CHAPITRE I
banque : sans daigner jeter un regard sur le magnifique panorama que la main du Créateur déroulait tout autour d'eux , ils suivaient d'un œil avide les amas d'or et d'argent, qui, cédant à une irrésistible attraction, allaient tour-à-tour se précipiter <lans la banque. Deux des jeunes gens s'étaient éloignés du reste de la société et s'étaient assis sur le rivage , non loin l'un de l'autre. L'un , le baron de Wachtendonk , que ses satiriques camarades avaient gratifié du sobriquet de inite de liçres, était couché par terre, entouré de volumes, de cartes et de cahiers qu'il lui avait semblé indispensable d'emporter avec lui , même dans ce joyeux pèlerinage , et il se livrait à ses recherches avec une ard'eur telle que la sueur ruisselait de son front. L'autre, nommé Schmidtberg, que les jeunes plébéiennes appelaient tout haut le beau Fritz , et auquel les fières patriciennes donnaient le même nom en cachette, était assis les bras croisés, contemplant au-delà du fleuve majestueux , dont les flots Lnl-
laient de l'éclat de 1 emeraude , la magnifique ville de Cologne, surmontée de ses quarante-neuf églises et de ses trente-sept couvens , qui se déployait sur la rive de l'ouest. Le jeune homme saisi de l'idée de se trouver dans le monde , dépourvu de tout appui, était plongé dans une sombre rêverie ; et, sans qu'il s'en aperçût, des larmes coulaient de ses yeux sur ses joues vermeilles. Frégoso leva la banque après avoir fait un gain considérable. Les pointeurs , dont il avait vidé la bourse , déchiraient en jurant leurs livrets fort innocens de leur perte; et, enchantés de pouvoir faire éclater leur mauvaise humeur contre un être sans défense, ils accablèrent de sarcasmes le pauvre Wachtendonk , lui reprochant d'être cloué sur ses bouquins enfumés, même au milieu de ses camarades livrés au plaisir.
Nolite turbare circulas meos*, dit celui-
• Au moment où Syracuse fut emporté d'assaut , Arclùmède s'occupait de géométrie comme à son ordinaire ;