‹ Théodore, le roi d'étéChapitre 3 sur 120 · CHAPITRE r, O · texte numérisé non relu

CHAPITRE r, O

ci d'un ton suppliant; et comme cette requête resta sans effet, il s'écria avec une indignation horacienne : Odi profanuin vulgus et arceo ! Peu s'en fallut que mal ne lui prît de cet enthousiasme; car déjà un bretteur s'avançait vers lui et lui demandait , en brandissant une bouteille au-dessus de sa tête, ce qu'il entendait par profanuin vuîgus. Mais Schmidtberg se jeta devant ce matamore, et lui déclara qu'il regarderait comme lui étant personnelle toute insulte qu'il se permettrait de faire à Wachtendonk, et qu'il en demanderait raison. Une pareille déclara-, lion faite par la bouche de l'un des

un soldat étant entré dans son appartement , il lui dit ; Noli turbare circulas meos ( n'efface pas mes cercles ) , ce qui n'empêcha pas le soldat de tuer le géomètre. Les anciens traçaient leurs figures sur le parquet ou sur le carreau avec du sable fin qui s'échappait d'un vase par une ouverture étroite; ainsi, on pouvait facilement effacer de semblables figures: c'est ce qui explique l'exclamation d'Aichimède.

( Le Traducteur. )

6 TiiKODonn, lk noi d'i:tk.

meilleurs tireuis de l'université, rétablit aussitôt la paix ; mais tous les assistansfirent cliorus pour demander que Wachtondonk, afin de contribuer de son côté à Tamusement de la société, lui communiquât ce qu'il venait de lire. L'érudit marmotta, à la vérité, dans sa barbe, qu'il

ne fallait pas jeter des perles Mais la

troupe tumultueuse qui craignait de se livrer à de tristes réflexions, après avoir éprouvé une perte au jeu, ne le tint pas pour quitte ; et le pauvre Wachtcndonk finit par avouer à ces importuns, qu'à l'occasion des évènemens qui venaient d'avoir lieu, il s'occupait de l'étude de l'bistoire de la Corse.

— Voilà une triste étude , dit Frégoso d'un ton ironique; comment peut-on perdre son temps et fatiguer ses facultés intellectuelles à étudier l'histoire d'un petit peuple, pauvre, paresseux, vindicatif, menteur, voleur, impie et rebelle !

— Vous en dites là beaucoup, monsieur FrégosOjS'écriaWacbtendonk, choqué d'ea-

CIIA.P1TRE I. 7

tendre ravaler ainsi l'objet de ses études ; permettez que j'examine l'une après l'autre les épithètes que vous venez de donner aux Corses. Qrioad, vindicatif, menteur, voleur, inrpie, etc., vous ne faites que répéter le primum ukisci de Sénèque qui, impatienté de son exil en Corse, s'est répandu contre les habitans de cette île en calomnies bien peu convenables tali phi^ losopho. Diodorc de Sicile parle de ces Corses sur un tout autre ton ; il dit d'eux:

Tavra; r,/t^l^ toi»; âXXou; ëapCâiou;.*

Paroles qui méritent d'être écrites en lettres d'or sur les armes de la nouvelle république. Si Strabon, avec sa plume affilée, s'est érigé en véritable bourreau de la réputation des Corses, Petrus Cpenœus lui a bien dit son fait dans ses quatre livres ,

* Ils vivent entre eux dans la paix et clans la justice plus que tous les autres haibarcs qui liaijiteut autour d'eux.

de rébus Corsicis, où il le conduit, pour ainsi dire, ad ahsurdwn. Les Corses ne sont pas plus mécbans que les autres Italiens, et si, après ce qui leur est arrivé depuis des siècles, ils ne sont pas plus vicieux qu'on ne les voit; s'ils ne sont pas dégénérés en véritables bêtes féroces, cela prouve qu'ils valeiit mieux que les autres peuples de l'Italie. Quoad ^ petit et pauvre , concedo ; cependant-, avec l'étoffe qu'ils ont , il ne serait pas , selon mon opinion , impossible à un gouvernement bon et clément , de faire d'eux une nation grande et opulente.

— J'espère, baron Wachtendonk, s'écria Frégoso, pâle de colère, que par de semblables assertions vous n'avez pas l'intention d'insulter la séréuissime république de Gênes, la reine de la Corse.

— Quoadj paresseux, continua sans s'interrompre , l'érudit dont la langue , une fois en mouvement, avait peine à s'arrêter, ce reproche n'est pas non plus tout-à-fait sans fondement; mais c'est,.

CHA.PITRE I. g»

selon moi , un momeîitum defensionis fort important, que là où le bon plaisir du plus fort domine, où la propriété est sans garantie, il ne saurait y avoir d'industrie. Un peuple chez lequel un gouverneur étranger peut interrompre toute action de la loi, par son non procedatur^ et envoyer les gens aux galères ex inforuiatâ conscientiâ^ se trouve dans un état d'illégalité et ne peut pas avoir grande envie d'acquérir des propriétés. Enfin quoad j rebelle , nego in totum. Distinguo entre Catilina et les Brutus. Que la Corse ait été la propriété des Phéniciens, des Etrusques , des Carthaginois , des Romains , des Grecs , des Sarrazins , une conquête de la France, un présent fait par la France au pape, un cadeau fait par le pape à Pise , enfin une conquête des Génois, il faudra bien avec tout cela revenir au principe raisonnable que les Corses sont des hommes, qu'ainsi la nature leur donne le droit d'être libres, et que, dans tous les temps , lorsqu'on les

lO THEODORE, LE ROI D ETE.

privera de leur liberté , ils auront parfaitement le droit de la ressaisir. Dixi.

Déjà Frégoso se précipitait sur l'impudent ba\ard, comme il l'appela , lorsque les autres jeunes gens se jetèrent entre eux en déclarant qu'ils étaient fatigués de cette pédantesque discussion, et sommèrent Waclitendonk de leur communiquer ce qu'il savait de plus nouveau au sujet des troubles de la Corse.

-^ Je n'ai rien de bien consolant à vous apprendre , dit celui-ci ; ces évènemens sont encore pour ainsi dire un large pâté dans le grand livre de l'histoire , tel qu'il y en existe déjà, hélas! un assez grand nombre; jet la sérénissime république de Gênes aurait bien pu se passer de mettre son nom près de cette tache. Ainsi donc , continua- 1 -il, après avoir toussé et craché; ainsi donc, après que les Corses, serrés de près par les troupes de S. M. I. apostolique et romaine, qui prête assistance aux Génois , eurent négocié avec leurs prétendus maîtres , sous la garantie

Page 1