CHAPITRE IV
dans sa fureur, le baron marcha sur les pieds du pauvre Bondelli qui se trouvait à coté de lui, et qui lui fit très respectueusement des excuses des vilaines grimaces que la douleur lui faisait faire.
Sans les écouter, Frédéric assourdit le pauvre aubergiste de questions au sujet de la dame et de l'église dans laquelle elle se rendait ; mais Bondelli ne put lui dire autre chose , sinon , que c'était justement la duchesse de Frescobaldi qui venait de descendre dans sa maison.
— C'est une dame belle comme un ange, continua-t-il dans sa loquacité, mais fière comme un grand d'Espagne. Après tout elle a bien sujet de l'être; car elle est de l'ancienne famille de Brienne , dont les membres ont régné sur la Toscane au quatorzième siècle.
ïout-à-coup, la voix du colérique procuieur se fit entendre au-dessus des interlocuteurs, dans la chambre de Frédéric; sa seigneurie parut à la fenêtre et ordonna à l'un de ses secrétaires d'aller ramasser
la boule de papier qui se trouvait aux pieds de Frédéric.
Le secrétaii'e descendit et déploya sur le seuil même de la porte, la proclamation de la sérénissime république de Gènes. Quelle fut son épouvante, lorsqu'il vit cette pièce aTithentique déchirée en quatre.
Le vieux procureur, fin-ieux, ordonna au secrétaire d'enjoindre à l'étranger de monter à l'instant pour s'expliquer sur cet attentat.
— Monsieur le procureur n'est point ici sur le territoire de Gènes , s'écria Frédéîic en adressant directement la parole à l'autorité supérieure, sans daigner parler au secrétaire; ici, il ne peut intimer à personne Tordre de comparaître devant lui; il n'a pas plus de chemin à faire pour venir me trouver que moi pour aller le joindre.
Mais comme sa chambre est en même temps la mienne, je vais m'y rendre, parce que tel est mon plaisir, et je lui répondrai sur le ton dont il me parlera lui-même.