CHAPITRE V
puis, se tournant vers le jeune homme avec ce charme irrésistible que donne un amour naissant , elle lui dit : — Don Fédérigo ! ne me faites pas attendre trop longtemps votre visite; ce que don Giafferi peut avoir à vous dire , n'aura pas besoin d'être longuement discuté. L'art de gagner les cœurs est le seul dont vous ayez besoin en Corse , et vous avez déjà prouvé à Livourne que vous y êtes passé maître.
Hors de lui-même de ravissement , en entendant un pareil aveu d'une telle bouche, Frédéric saisit avec transport la main d'Olympia et la couvrit de baisers brûlans. La belle duchesse retira sa main en serrant celle du jeune homme , et entra dans la maison en lui jetant un regard qui dévoilait le fond de son cœur. Frédéric suivit le colonel qui l'entraîna dans sa chambre. Don Giafferi quitta la salle, et le jeune homme resta immobile, rêvant à son bonheur subit et inattendu. Après que le colonel eut mis un soldat espagnol en fac-
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tion à sa porte, il rentra, poussa les rerroux et parla ainsi d\ïn ton solennel.
— Je ni'esîime heureux , monseigneur , detre le premier gentilhomme corse qui présente, avec effusion de coeur et avec attendrissement, au prince royal de Corse, les hommages dn plus respectueux amour et de la plus inviolable fidélité.
— En voilà assez ! s'écria Frétléric avec véhémence. Jusqu'ici j'ai tenu avec peine la bride à mon imagination ; mais si tout concourt à la faire sortir de ses bornes ^ il faudra que je perde la tête. A j>eine me suis-je habitué à être baron , qu'une duchesse m/avoue que j'ai touché son cœur:, pendant que je savoure ce plaisir, vous voulez me faire prince royal de Corse de vive force. Quand même vous auriez eu la bonne intention de me préserver de l'orgueil, en me persifflant, du moins le moyen est-il choisi avec peu de déhcatesse, et je vous prie instamment de roeStre fin à cette plaisanterie.
— Mon seul aspect devrdiit suffire ^
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monseigneur, dit Ciafieri piqué, pour bannir d<i votre esprit un soupçon qui m'offense, alors même que les actions par lesquelles j'ai tâché jusqu'ici de me rendre utile à mon pays, vous seraient restées inconnues. Je suis très affligé de me voir réduit à faire usage d'une commission que m'a donnée pour vous votre père, afin d'obtenir la confiance de votre altesse.
— Malheureusement, répliqua Fré<léric d'un ton chagrin, j'ai appris, par un infâme manifeste du doge de Gènes, que mon père a essayé , sans succès , de se mettre à la tête des mécontens de la Corse: mais j'ai appris aussi , par la même pièce, qu'il a été proscrit, comme rebelle et coupable de haute trahison et de lèsemajesté : s'il m'appelle en Corse pour l'aider à mettre ses plans à exécution, je sais quels devoirs la piété filiale m'impose; mais loin de moi les espérances trompeuses que votre salutation pourrait faire naître !
— Ces espéi'ances sont déjà réalisées!
s'écria Giafferi d'im ton joyeux. Votre auguste père a été élu à l'unanimité roi de Corse dans une assemblée généiale qui a ététenueleiSavril; ilaétécouronnéàAlensano , avec une couronne de laurier, symbole des victoires qu'il a déjà remportées et de celles qu'il va remporter encore. Le comte Giafferi, général en chef des troupes corses , a été choisi pour porter au fils unique de Théodore 1^^ et héritier de sa couronne , l'acte d'élection de ce souverain et pour l'inviter de la part de son auguste père et de celle de son peuple à se montrer bientôt au pays sur lequel il doit régner un jour.
— Arrêtez , la tête me tourne sur le faîte élevé où vous venez de me placer! s'écria Frédéric; mais Giafferi, continua avec une chaleur toujours croissante : — Tous les Corses courent aux aimes pour hvrer le combat sacré qui doit assurer leur liberté ; tous les Corses font retentir d'une voix les noms sacrés de Théodore et de Frédéric ! I^es bannières de la Corse