CHAPITRE V
affranchie, que la vaillante main de son roi a plantées après de sanglans combats, flottent déjà su r le château dePorto-vecchio, sur le San-Pellegrinoet sur les murs de Sartena. Déjà la tranchée est ouverte devant Bastia. L'Espagne et la France nous soutiennent en secret; le Saint-Père s'est ou ver temeiTr déclaré pour la bonne cause.Encore quelques victoires et tous les états de l'Europe reconnaîtront le royaume nouvellement fondé !
Frédéric convaincu, s'écria en portant avec enthousiasme la main sur la garde de son épée : — Comte Giafferi ! que je les remporte sous votre direction , ces victoires ! Dans ce moment on entendit frapper légèrement à la porte ; Giafferi l'ouvrit et le factionnaire espagnol lui parla à voix basse et avec chaleur. Il parut troublé et se tournant vers Frédéric, il le pria de le suivre dans la chambre voisine; là, il tira d'une malle un uniforme espagnol pareil à celui qu'il portait luimême, et conjura le jeune homme de l'échanger à l'instant même contre son
" habit de voyage. A peine celui-ci eut-il cédé à sa prière, à peine Giafferi eut-il placé sur sa tête le chapeau orné d'un grand panache , que la porte s'ouvrit avec fracas et que le pauvre Bondelli , plus mort que viLiit signe au colérique procureur d'entrer. Un aide-de-camp du gouverneur de Livourne accompagnait ce dernier , et l'on entendit un cliquetis de fusils dans le corridor.
Giaffej'i s'avança avec dignité vers les arrivans. Le procureur dérouté d'abord par le changement de costimie de Frédéric, ne tarda pas pourtant à reconnaître ses traits, et cria à l'aide-de-camp : — C'est là le prétendu baron de Cronenslein.
— Je vous conseillerais, monsieur le procureur, s'écria Giafferi avec colère et d'un ton fier, de peser vos expressions lorsque vous parlez d'un officier supérieur qui a l'honneur de servir le roi d'Espagne. Si par hasard, continua-t-il en s'adressant à l'aide-de-camp, c'est au sujet de ce gen-
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tîlhomme que vous êtes venu chez moi, j'ai l'honneur de vous présenter le major du nouveau régiment corse que j'ai engagé pour le service de l'Espagne.
— S'il en est ainsi , reprit l'aide-decamp en s'inclinant respect ueuseii^^ent , je vous prie, mon colonel, de vouloir bien m' excuser de vous avoir importuné par ma visite.
— Ce monsieur nous est présenté, dit le procureur, c'est fort bien, mais où est le garant de celui qui nous le présente?
— Monsieur le procureur. s'écriaFrédéric avec véhémence, si pour votre bonheur vous n'étiez pas un héros de plume, ma bonne épée vous serait un irrécusable garant; mais, puisqu'il en est ainsi, je vous déclare que la première fois qu'il vous arrivera encore de m'offenser, je vous ferai prendre la route que j'ai fait prendre à votre manifeste.
— Don Giafferi , dit l'aide-de-camp en se plaçant entre Frédéric et le procureur, est suffisamment légitimé comme colonel
-^2 TIlliODORE, LE ROI D ÉTÉ.
au service de l'Espagne par le brevet du comte de Montemar, et vous avez eu grand tort , monsieur le procureur, de vous oublier ainsi vis-à-vis d'un officier de ce grade. Je cours faire mon rapport à monsieur le gouverneur, qui sera sans doute très mécontent de ce que monsieur le procureur lui a surpi-is par de fausses allégations un mandat dont il ne peut naturellement plus être question.
Il se retira, et les soldats qu'il avait amenés le suivirent : le procureur canfus et irrité sortit également, et Giafferi tout joyeux, s'écria : — Je savais bien qu'on ne nous donnerait pas tort à Livourne! Cependant, mon prince, je ne vous conseille pas de prolonger votre séjour dans cette ville. I.e procureur ne s'endormira pas, les bravos de ce pays-ci sont fameux, et les Génois sont connus pour ne pas ménager leur or et ne pas respecter beaucoup l'honneur, lorsqu'il est question de parvenir à leurs fins. Ainsi rendons-nous à bord de la corvette sur laquelle vous devez vous embarquer.