CHAPITRE V. ni
jx>ur la Corse, où tout est prêt pour vous recevoir.
— Sans voir encore une fois la divine Olympia? s'écria Frédéric; si je consacre ma vie entière à ma nouvelle patrie, elle peut bien me laisser une heure pour satisfaire mon cœur.
— L'Alcibiade de la Corse! dit Giafferi en souriant. Eh! bien, volez à une victoire facile, afin de prendre dés forces pour en remporter qui seront plus sérieusement disputées; en attendant je vais faire appareiller ma corvette. Mais, de grâce, ne quittez, sous aucun prétexte, cette auberge avant le moment de nous rendre à bord : ici la fidélité bien éprouvée de Bondelli est votre sauve -garde, et mes Corses veillent sur votre tète.
Le colonel se rendit au port, et Frédéric vola à l'appartement d'Olympia: un chant harmonieux , accompagné des sons argentins d'une guitare,luien indiquale chemin.
Au moment où il ouvrit la porte, la guitare venait d'échapper de ses mains ; elle
était absorbée dans de douces rêveries, et sa tête, soutenue par sa main plus blanche que le lis; elle était couchée sur un sopha dans une attitude propre à trahir tout le charme de ses formes et à faire bouillonner le sang du jeune étudiant.
Elle leva sur Frédéric des yeux languissans,et lui dit à demi- voix : — Pourquoi cette mascarade, Fédérigo? ce n'est pas moi qu'elle peut tromper! Une femme qui vous a vu une fois , vous connaît pour le reste de ses jours.
Il l'informa alors des dangers qui l'avaient forcé de revêtir cet uniforme et qui le mettaient dans la nécessité de renoncer au bonheur qui venait de lui sourire.
— Renoncer au bonheur ! Vous avez grand tort, Fédérigo, de flatter mon faible cœur par une pareille galanterie ! Je suis encore assez enfant pour ajouter foi à ce que disent les hommes , et malheur à moi si vos douces paroles faisaient naître en moi des espérances que l'éclat du diadème ne manquerait pas de détruire.