CHAPITRE V
fille Laiirette qui f^iisait de vains efforts pour l'arrêter.
— Excusez cette brusquerie , donna î s'écria-t-il du ton de l'inquiétude; j'entre ainsi parce qu'il n'y a pas un moment à perdre. Il faut, monseigneur, que vous me suiviez à l'instant même. Pinelli, l'ancien tyran de la Corse, excité par le perfide procureur qui l'a peut-être mis complètement au fait à votre sujet, s'est rendu lui-même chez le gouverneur pour obtenir votre prompte arrestation : il a offert sa propre personne pour caution, et pour le cas où sa demande serait refusée, il a ajouté des menaces telles, que le gouverneur n'a ])u se dispenser de signer une seconde fois l'ordre de vous arrêter. Le quartd'heure de retard que l'aide-de-camp m'a promis est écoulé , et une minute que vous resteriez ici de plus peut vous coûter la liberté et la vie.
Les larmes que lui arrachait la douleur de cette séparation remplacèrent, dans les yeux d'Olympia , la langueur de l'a-
8o THIÎODORE, LE ROI DLTJi.
moiir heureux. Elle serra encore une fois le jeune homme contre son sein, puis elle l'éloigna en s'écriant : — Maintenant, Fédérigo, je vous conjure moimême de fuir. Souvenez-vous dans votre île fortunée, d'une femme qui vous a donné son cœur. Si les saints sont favorables à notre amour, nous nous y reverrons peut-être bientôt!
Frédôiic, muet et comme frappé de la foudre, se laissa enti-aîner par Giafferi à travers les rues silencieuses où les ombres de la nuit commençaient déjà à se répandre. Tandis qu'ils s'avançaient à grands pas vers la porte du port, un détachement de soldats toscans, que Pinelli et le procureur suivaient en voiture, se rendit à l'auberge de Bondeîli, et lorsqu'ils furent entrés dans la chaloupe qui les conduisit à la corvette, Giafferi embrassa son jeune ami avec des transports de joie, et s'écria : — Le danger était imminent, mais, glaces en soient rendues à tous les saints, vous voilà sauvé.