CHAPITRE VI
Le ciel pur du midi brillait comme une voûte de saphir au-dessus de la mer Tyrrhénieiine , dans laquelle la corvette de Giafferi faisait voile par un vent favorable. Les chaînes de montagnes de la Corse qui commençaient à paraître à l'horizon, dorées par les rayons du soleil couchant, offraient à l'œil un spectacle ravissant. Frédéric, placé sur le pont, auprès de Giafferi, contemplait avec un ravissement muet, le spectacle nouveau pour lui de l'immensité de la mer; et, tandis que son cœur l'attirait vers le nord , son impé-» tueuse ambition le poussait vers le sud.
8* THÉODOKK, LE IlOI d'ÛLÉ.
Déjà la corvette avait laissé à Touest l'ilo de Capraja et le cap Corso, et les tours et les palais de Dastia surgissaient du sein des ondes. Sur le bastion le plus avancé du port, flottait le pavillon blanc avec la croix rouge surmontée d'une couronne d'or, annonçant avec arrogance que cette importante place était encore au pouvoir de Gènes. Pour être débarrassé plus tôt de cet odieux aspect, Giafferi ordonna de déployer toutes les voiles; le vaisseau fendit les ondes avec une rapidité nouvelle, et bientôt parut le château San-Pellegrino, où commençait le territoire du nouveau royaume, et où flottait l'ancien pavillon de la Corse, portant une tète de Maure ceinte d'un bandeau blanc dans un champ de sable. Le joyeux hurra de l'équipage salua ce signe chéri; le pavillon espagnol qui jusque-là avait servi à la corvette de palladium contre les galères génoises fut enlevé, et l'on arbora à sa place la tète de Maure. Le bruit du canon salua le port ami; la corvette y entra et jeta l'ancre-