‹ Théodore, le roi d'étéChapitre 31 sur 120 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

SU fracas des saives par lesquelles on répondit aux siennes.

Lorsque Frédéric fut descendu à terre , un homme d'une fort belle apparence et d'une mine très grave, s'approcha de lui, l'informa qu'il était le comte Caffori. secrétaire d'état du roi, et lui transmit l'ordre de son père, de se rendre sans délai dans le camp établi devant Bastia. Impatient de voir ce père chéri qu'il n'avait jamais vu, Frédéric monta le cheval qu'on lui amena, Giafferi et Caffori raccompagnèrent, et le cortège s'avança à travers les pièves fleuries de Casinca et de Mariana , les riches champs de blé et les bois magnifiques, où les fruits et les fleurs des citronniers et des orangers égayaient le sombre feuillage des chênes toujours verts, où l'élégant amandier s'élevait à côté du figuier chargé de fruits, où le laïuier et le myrte s'élançaient jusqu'aux nues. — Par Dieu! s'écria Frédéric, la Corse est un paradis! mais un paradis sans habitans; £ai\ [iisqu'ici, je n'ai pas vu un seul

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hameau. 11 semble que ces beaux paysages manquent de leur plus bel ornement, du tableau mouvant de l'activité humaine.

— Tous les hommes de ces paroisses €n état de porter les armes, lui répondit Caffori, combattent devant Bastia pour la cause sacrée de la liberté , sous les ordres de votre glorieux père. Les femmes et les ^nfaiis se livrent aux travaux dans les villages; et dans ce malheureux pays, déchiré par d'éternelles guerres civiles, on a été obligé de les bâtir tous sur les sommets des montagnes, afin de se mettre à couvert de brusques surprises.

— Il est déplorable, s'écria le jeune homme, que ce soit justement là, où la lîonté du Créateur a répandu avec profusion ses plus précieuses bénédictions, que^ ies bommes s'acharnent le plus à empoisonner leur existence.

Le cortège prit à gauche, se dirigeant •vers la piève de Nebbio, attendu que sur la droite de Bastia quelques places se jLroiîViùent encore au pouvoir des Génois,

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et Giafferi montra de la main, à Frédéric, les dernières montagnes qui font la frontière de jMariana.

Aussi loin que porte l'œil, le rouge éclatant des fruits des pommiers sauvages qui couvrent toutes les cotes , rendu plus brillant encore par les rayons du soleil couchant, donnait aux montagnes l'aspect de masses incandescentes. Sur les cimes les plus élevées et sur les rochers taillés à pic s'élevaient les villages de la Corse. Lorsque la nuit fut tombée et que les habitans de ces contrées aériennes eurent allumé leurs lampes, et les bergers leurs feux, les montagnes elles-mêmes ayant disparu dans l'ombre , le tableau qui s'offrit aux regards étonnés de Frédéric, était de l'aspect le plus romantique. Il semblait voir des villages suspendus dans les airs.

— En vérité, dit-il à Caffori, votre île est belle, et d'une beauté bizarre.

— A'^ous avez parfaitement caractérisé la Corse en très peu de mots, lui répon-

dit Caffori ; notre île est aussi bizaiTe que belle, et plût à Dieu que cette épithèle n'y fut applicable qu'à la nature inanimée!

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