‹ Théodore, le roi d'étéChapitre 33 sur 120 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

que mon père ait à combattre; il a encore à se défendre contre des sujets révoltés! dit Frédéric aussi étonné que mécontent , à ceux qui l'accompagnaient; et Caffori lui répondit avec l'accent de la douleur:— La discorde intestine est la malédiction qui repose sur la Corse depuis bien des siècles. Elle serait libre depuis long-temps, si ses liabitans savaient rester unis.

Un officier d'un aspect imposant arriva au grand galop sur la place, à la tète d'un escadron de cavalerie , et il se fit connaître au prince royal pour le comte Giabicomi , capitaine des gardes de sa majesté, chargé par elle de conduire son fils chéri, sous une escorte, dans le camp de Bastia à travers les contrées qui étaient devenues tout-à-coup le théâtre de la guerre.

Pendant qu'il parlait encore, le bruit du canon annonça, du côté du nord, que le combat entre le despotisme et la liberté y avait commencé.

Le cœur de Frédéric fut embrasé d'une

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bolliqucMise aideur, et il s'écria d'un ton ferme et joyeux : — Si avant de nous rendre dans le camp, nous prenions part à cette bataille conmie volontaires? Je crois qu'avec les fantassins que voici et les cavaliers qui viennent d'arriver, nous }K)Uvons risquer une attaque!

— Je ne saurais approuver ce dessein, mon prince, répondit Giaffeii; l'ordre de votre père nous appelle dans le camp; et jious ignorons quelle tournure prend la bataille qui se livre.

— Moi aussi je dois déconseiller une telle démaiche à votre altesse, ajouta Giabicorai. Les Génois ont débarqué près de San-Fiorenza, les colonels Varone et Pier Casale avec deux mille hommes de troupes réglées qui, réunis aux rebelles de cette pieve, ont une grande supériorité sur les forces que nous avons sur ce point. Si vous périssiez dans votre téméraire entrepîise, comment oserais-je reparaître devant mon roi?

— Vous pouvez avoir raisor,, mais je le

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veux! répondit Frédéric en prenant un ton de maitre; et ayant tiré son épée, il s'écria: en avant!

Le son sourd des conques marines retentit et le corps se mit en marche. Lorsqu'il fut arrivé à Barbaigo, qui offrait le triste aspect d'un bourg que ses habitans ont abandonné , quelques niuratons se montrèrent disposés à piller et incendier les maisons de leurs plus proches voisins; mais Frédéric cria dans les rangs , que son intention était de faire la guerre en loyal chevalier et non point comme un brigand et un incendiaire; qu'il brûlerait la cervelle de sa propre main à quiconque commettrait le moindre excès.

Les Corses tîaverserent les rues désertes avec le plus grand ordre et dans le plus profond silence; bientôt ils virent devant eux Patrimonio, triste exemple des discordes civiles : les flammes s'en élevaient vers le ciel , les royalistes y avaient mis le feu! le bruit du canon redoul)lait à Farînolaj déjà l'oreille distinguait la fusillade

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et quelques blessés et quelques fuyards vinrent à la rencontre du corps.

— Halte! s'écria Frédéric en poussant son cheval vers le premier qu'il aperçut; dis-nous comment va la bataille?

— Mal, noble seigneur, répondit le Corse en soupirant, et en appuyant son bras sanglant sur sa carabine. Nous avons, tenu comme des Corses, c'est un témoignage que Satan lui-même doit nous rendre , et nous avions déjà repoussé ces chiens jusqu'à Fiorenza ; mais les capitaines Franchi et Gagraiii nous ont pris, en flanc avec quatre cents Grecs tout frais. Le général Arrighi a été pris, et l'armée sans chef ne pourra plus combattre long-temps.

— Eh bien, amis, est-ce le moment de prendre part au combat? dit le jeune homme en regardant ses compagnons avec des yeux étincelans,

— Avec le secours de Dieu et pour la Corse! s'écria Giaffcri en tirant son épée, prince, conduisez-nous à la victoire»

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— Chaque cavalier, dit Frédéric, prendra un chasseur en croupe; le messager de mauvaises nouvelles montera sur mon cheval derrière moi et nous mènera en dos des Grecs; la cavalerie prendra les devans au trot, l'infanterie la suivra au pas de charge. Le général Giafferi commandera sur le champ de bataille, car il connaît mieux que moi le moment où il faut attaquer et le point sur lequel il convient de faire l'attaque. Maintenant, en avant! au nom de Dieu, de la Corse et de Théodore !

La petite armée répéta ces cris de ralliement avec enthousiasme, et les pelotons doublèrent le pas; bientôt ils se trouvèrent non loin de Farinola en flammes, sur le champ de bataille où les Corses de Théodore combattaient encore avec im incroyable acharnement contre les soldais de Gènes, bien supérieurs en nombre.

La première attaque du corps de Frédéric fut dirigée avec une grande prudence, par Giafferi, contre les derrières

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des grenadiers grecs qui étaient l'élite des troupes génoises : le hu des carabiniers qui venaient de sauter à terre produisit un effet terrible, et Frédéric chargea à la tète de la cavalerie avec toute Tardeur d'un jeune homme: l'ennemi qui ne s'attendait pas à être attaqué de ce côté, comi'neiiça à fléchir. Bientôt, arriva le restant de l'infanterie, les Génois fléchirent de plus en plus;et Giaffei-i ayant fait une nouvelle attaque avec le corps principal, ils se débandèrent. Le seul capitaine Franchi tenait encore pied avec une com'pagnie de Grecs, quoique la moitié de ses hommes fût déjà tuée. Six des cavaliers de Frédéric poussèrent à ce téméraire pour lui donner son reste-, quoiqu'il fiit démonté, il se mit en défense contre eux avec intrépidité; mais Frédéric accourut, écarta les sabres de ses gens et lui cria d'un ton affectueux. — P^endez-vous, capitaine !

— A des rebelles? jamais! s'écria celuici. Je veux mourir avec mes camarades,

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ajouta-t-il en portant autour de lui des coups terribles.

— Eh bien, battez-vous contre moi seul, (lit Frédéric, en sautant à bas de son cheval, dans un accès d'esprit chevaleresque d'étudiant : voilà le troisième de mes absurdes duels; c'est comme si vous étiez déjà mon prisonni<^r, mais puisque vous ne voulez pas vous rendre, soit, en garde! et il attaqua le capitaine à pied; le combat ne fut pas long, une blessure qu'il icrut au bras mit Franchi hois de combat.

— Capitaine, lui cria le vainqueni", l'envie que vous avez de moiuùr avec vos camarades ne sera pas satisfaite, je veux que vDus me suiviez au camp devant Bastia?

— Pour offrir là, aux rebelles, un spectacle réjouissant, pour y mourir de la main du bourreau? dit Franchi en grinçant des dents. Camarade! vous vous êtes conduit envers moi comme un homme d'honneur; fuiissez de même, plongez-moi votre épée dans le cœur, afin que je meure de la main d'un soldat.

'Cj^ THJÎODORK, LK IlOi DÉTÉ.

— Le tumulte de la bataille vous a «chauflé la tête et troublé le cerveau, reprit Frédéric, sans cela vous ne pourriez pas craindre de telles horreurs de la part du roi Théodore. Nous en caïaserons dans le camp. Pour le moment, que ma parole vous soit garant de A?otre honneur et <de votre vie; faites panser vos blessures et n'ayez auome inquiétude.

Pendant que Ton emmenait les prisoniiiers , le jeune homme promenait ses regards sur le champ de bataille, avec le délicieux plaisir que fait éprouver une première victoire; il vit partout les Génois fuir à Fiorenza et les siens les poursuivre avec fureur Tépée dans les reins. Il se mit également à leur poursuite à la tète de sa cavalerie; son oreille fut frappée, à gauche de la route, de c^is confus entremêlés de coups de carabine, et lorsqu'il se fut approché de la masse d'hommes d'où ils partaient, il vit les Corses royalistes , et à leur tête ses Muratons, attaquer avec fureur le corps réduit pres'

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