CHAPITRE VÎIÎ
Frédéric placé auprès de Giafferi, fit son entrée dans le camp devant Bastia, au bruit des salves d'artillerie, des fanfares et des acclamations des Corses. Son cœur palpitait d'impatience de serrer son père dans ses bras; mais le roi recevait lë ferment d'un Corse nouvellement apobli, et il fut obligé d'attendre la fin de cette cérémonie. Enfin , l'entrée de la tente s'ouvrit, et un homme petit, trapu, portant l'ex» pression d'un sot orgueil sur son ignoblfe figure olivâtre, vêtu d'un habit galonné avec une ridicule profusion , en sortit en se carrant, et enfila la rue du camp d'un air extrêmement important.
1^0 THÉODORE, LE ROI d'ÉTJÉ.
— Qui est ce gentilhomme de nouvelle création ? demanda Frédéric au comte Caffori.
— C'est Buono, boucher d'Ajaccio, lui répondit le comte en levant les épaules ; le roi croit lui devoir cette promotion pour lui témoigner sa reconnaissance de ce qu'il lui a prêté une faible somme dans un besoin urgent.
— Hélas! dit Frédéric tout bas, et il ertra dans la tente : le coup-d'œil bizarre qui s'offrit à ses yeux, l'affecta d'une manière fort pénible. Dans le fond d'un salon formé de riches tapis de Turquie , s'élevait un baldaquin d'oi", sous lequel était placé, sur une estrade, un divan de brocard d'or, où se tenait un homme d'une cinquantaine d'années, grand de taille et d'un aspect imposant. Les rides profondes, dont ime vie agitée et qui n'était pas toujours restée parfaitement pure, avait sillonné son visage, contrastaient avec ses traits réguliers et qui portaient l'empreinte de l'esprit et de la sagacité, tout autant que la longue pelisse