‹ Théodore, le roi d'étéChapitre 39 sur 120 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

s'écria-t-il, je serais tenté de regarder comme un mauvais augure ce qu'il y a eu d'hostile dans notre première entrevue; mais tu y as déployé un caractère si droit et si énergique, que toute appréhension, pour l'avenir, s'efface de mon âme.

— ■ Dieu soit loué , s'écria le jeune homme , voilà un langage tel que j'espérais l'entendre de la bouche de mon père. Maintenant, je jurerais que je suis véritablement votre fils. Auparavant, continua-1- il, avec un frissonnement subit, il ne me semblait pas qu'il en fût ainsi. Vous me paraissiez un roi magique, étranger pour moi, qui, par amour pour l'éclat de son trône, s'était livré à Satan que je croyais voir derrière vous sous la forme de ce hideux païen qui ne cessait de vous souffler des idées criminelles.

Comment pouvez-vous tolérer ce monstre près de votre personne sacrée?

— La jeunesse est toujours prompte à porter de semblables jugemens , lui répliqua Théodore avec le sourire de l'em-

îo8 THÉODORI', LE ROI d'ÉTÉ.

barras. Quand tu connaîtras quelle

espèce de fatalité a noué des liens entre ce Musulman et moi, tu te repentiras de ta précipitation et tu rectifieras le jugement que tu viens de porter. Il y a dix ans , qu'étant aide-.de-camp du colonel espagnol Mendoza, je concourus à défendre la forteresse d'Oran en Afrique contre le dey d'Alger, et que,, dans une sortie, je fus fait prisonnier par les Barbaresques. Mes connaissances en astrologie et en chimie ne tardèrent pas à me valoir la faveur du dey; et lorsque j'eus terminé heureusement la révolution qui porta son petitfils sur le trône de Tunis , les deux souverains désirèrent me témoigner leur reconnaissance d'une manière active. Je pensai à la malheureuse Corse: déjà quelque temps auparavant j'avais fait mettre en liberté, par l'intermédiaire de la cour impériale, les chefs de cette île qui étaient détenus contre le droit des gens. Il me sembla possible d'assurer une couronne à ma famille, en donnant l'indépendance à

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ce peuple courageux. J'entamai donc des négociations avec les prétendus rebelles de la Corse; ils accueillirent tout ce que je leur proposai ; Alger et Tunis promirent de me soutenir d'une manière très énergique. J'abordai ici avec un bâtiment anglais qui portait des armes, des munitions et un million de sequins. Tu sais quels ont été mes succès; mais, vu la pauvreté de ce pays, je me serais trouvé dans l'impossibilité de soutenir une guerre dispendieuse si je n'eusse tiré sans cesse de l'argent de la Barbarie. Cependant, les secours que l'on m'envoie ne sont cpie des prêts, et je dois les restituer dès que mon trône sera affermi. Les trois Tunisiens qui m'ont accompagné ici, sont chargés de veiller à ce que ces fonds soient employés conformément aux plans que j'ai concertés avec les Musulmans, et à ce que leur remboursement soitpréparé. Ce Hassan qui t'inspire tant d'aversion, et, dont la physionomie n'a en effet rien qui prévienne beaucoup en sa faveur, est leur chef; c'est un fidèle

no THEODORE, LE ROI D ETE.

serviteur du dey, qui, lui-même, m'est personnellement dévoué par la raison que j'ai beaucoup contribué à le mettre sur le trône. Quoique, à proprement parler, je ne dépende pas de lui, je le consulte souvent et avec plaisir; car ses conseils sont toujours dictés par la prudence et ils vont droit au but comme la balle. Quelquefois, il est vrai, ils se ressentent du despotisme oriental; mais dans ce cas, comme tu en as déjà vu toi-même un exemple , mon inébranlable volonté royale corrige ce qu'ils ont de trop acerbe. Je ne puis rien avoir à appréhender de lui, puisque la direction de sa destinée est parallèle à la mienne. Après avoir comparé son horoscope avec le mien, je serais même tenté de croire que son alliance avec moi le menace d'inévitables dangers auxquels cependant il ne se trouvera exposé que dans quelques années.

Frédéric avait écouté cette longue apologie avec une attention soutenue, mais le cœur rempli de tristesse. — Je ne saurais dis-

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