‹ Théodore, le roi d'étéChapitre 40 sur 120 · CHAPITRE VIII. III · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. III

simuler avec vous, mon père, reprit-il; ainsi, permettez-moi de vous dire, sans détour,que toute votre entreprisemeparaît désastreuse. La guerre que la Corse soutient contre Gènes, me semble juste, et je répandrai avec joie mon sang pour une nation qui a brisé ses fers. Mais les protecteurs qui vous ont porté sur cette île me font frémir. Je sais que déjà dans des temps reculés, des empereurs et des rois ont fait usage contre leurs ennemis des armes des Sarrasins ; mais l'impartiale histoire ne rapporte une semblable conduite qu'avec une juste horreur, par la raison que s'allier avec ces païens, c'est leur montrer le chemin des pays chrétiens. Et d'ailleurs, ces Tunisiens, ces Algériens ne sont pas même d'honnêtes païens , ils sont brigands et forbans par caractère national. Je ne connais rien de plus affreux qu'une nation qui ne vit que de meurtres et de pillage comme d'un métier honnête, non point par besoin, mais par la raison qu'elle est née corrompue.

112 THJiODORE, LE ROI D ETE.

C'est vouloir chasser le diable j3ar le pouvoir de Tenfer, et de telles entreprises ne mènent jamais à bien.

— Je ne saurais nier, reprit Théodore avec une ironie chagrine, que ce sujet ne puisse fournir la matière d'une dissertation éminemment morale, où tu ferais triompher ton opinion d'une manière très brillante, mais il s'agit ici de répondre à une seule question : faut-il sauver une nation infortimée d'une affreuse misère qu'elle n'a point méritée, ou l'abandonner à ses bourreaux par délicatesse de conscience? Tant que tu ne me pi-ocureras pas l'argent nécessaire pour acheter aux malhein^eux Corses des fusils et des souliers, je seraidansl'impossibilitéd'applaudir comme je le dois au zèle tout chrétien, qui te fait détester les pauvres Tunisiens.

— Ainsi, ce n'est que l'argent qui vous manque? s'écria Frédéric transporté de joie, et tirant de son sein le porte-feuille d'Olympia qui reposait encore sur sou rœur. Pliit à Dieu que cette somme put

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