CHAPITRE IX
Lorsqu'il sortit de la tente, il vit affluer autour de lui les cavaliers de la garde qui avaient combattu sous ses ordres à Farinola. Ils revenaient d'une grande reconnaissance qu'ils avaient faite aux environs de Capo Corsico , où les maisons , les blés, les bœufs, les brebis et les chèvres des Corses -Génois, avaient plus souffert de leur présence que les ennemis : cependant les cavaliers avaient conservé dans cette expédition un sentiment très vif du crime que l'on commet en violant la propriété; car ils avaient donné lâchasse à des Bohémiens qui s'avisaient d'aller à la
IlG THÉOUORK, LE llOl DETÉ.
maraude pour leur compte; ils avaient pris toute la horde qu'ils avaient amenée garrottée dans le camp, et, avec cette animosité dont les titulaires légitimes sont toujours animés contre les intrus, ils demandaient à leur nouveau colonel une prompte instruction de l'affaire et une sentence sévère.
Frédéric jeta un regard fugitif sur ces figures patibulaires, allongées par la frayeur, et qui ne lui paraissaient pas tout-à-fait inconnues. Ses yeux s'arrêtèrent sur un géant qui, enveloppé dans son manteau brun tout déguenillé, se tenait à l'écart dans une attitude aussi fière que s'il eût voulu défier le destin. Le jeune homme reconnut aussitôt en lui le loyal capitaine i\e brigands Horra, qui lui avait rendu de si grands services sur le Rhin: après s'être convaincu, par quelques questions qu'il adressa aux accusateurs ainsi qu'aux in« culpés , que le compta des uns pouvait balancer à-peu-près celui des autres, il prononça avec beaucoup de gravité le ju-
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gement suivant: — Pour faire un exemple, la bande sera lapidée, mais ne seront admis pour l'exécution de ce jugement que ceux des soldats qui auront préalablement juré sur la sainte hostie, que leurs mains sont toujours restées pures du bien d'autriii. Les accusateurs s'entre-regardèrent en se parlant tout bas, et lorsque Frédéric leur dit : — Eh! bien, qui de vous va lancer la première pierre? Ils se dispersèrent en riant, et la horde resta seule devant son juge. Celui-ci coupa avec son épée les liens du Bohémien qui était le plus à sa portée, et il se trouva qu'il venait de rendre à la liberté les mains de ce téroco Kloska qui naguère l'avait couché en joue avec sa carabine. Il lui oidonna de délier ses camarades et de le suivre dans sa tente avec toute la bande. Là il leur dit avec gravité : — Je vous ai récompensés de ce que vous avez fait pour moi sur le Rhin; nous sommes quittes.
Maintenant que votre propre détermination décide si vous voulez rester des ban-
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dits OU si VOUS voulez combattre comme de braves soldats pour la bonne cause. Si vous avez l'intention de continuer votre infâme métier, prenez cette bourse et sortez à l'instant même du royaume de mon père; car si vous vous trouvez encore une fois en ma présence comme je vous y vois aujourd'hui, je vous fais pendre sans miséricorde. Si, pour varier, vous voulez essayer une boime fois d'être honnêtes gens, allez trouver de ma part le comte Giabicomi, et priez-le de vous faire doinier des armes.
Toute la horde se précipita aux pieds de Frédéric; mais le capitaine s'avança vers lui avec dignité, serra sa main contre son cœur et lui dit : — Vous êtes le premier qui nous donne la possibilité de renoncer à cette vie de loup que nous avons prise en horreur depuis long-temps, mais qu'une dure nécessité nous forçait de continuer. Par la grande Isis! vous ne vous repentirez jamais de la confiance que vous nous témoignez. Et, afin que vous le