CHAPITRE X
troublait point la présence des Tunisiens, car l'orthodoxie des Corses ne permettait point à ces mécréans de paraître dans l'é- £;lise, plongea Frédéric dans une espèce d'ivresse; sa vanité se complaisait sous son brillant costume, et le nouveau commandeur oublia tous les soucis du prince royal: dans cet instant, il était tout entier au plaisir de se trouver placé avec tous ces brillans chevalieis auprès du trône, l'épée à la main comme le chérubin armé de son glaive flamboyant. Lorsqu'il, imaginait cju'un jour il pourrait être placé sous le dais comme grand-maître , à la place où son père se trouvait alors, et recevoir lui-même des chevaliers et des commandeurs , son ravissement était à son comble. Perdu ; dans ces rêves, il ne fit pas grande attenr tion à une réception qui eut lieu après la sienne, et il ne jugea même pas le récipiendaire digne d'un regard. Il n'en fut que plus étonné , lorsqu'il entendit le roi parler de la sorte:
i< En récompense des services que vous >
l3o THÉODORE, LE ROI DETE.
« avez déjà rendus à l'état, et pour vous « encourager à continuer de Je servir avec « le même zèle, nous vous nommons, vous, « don Pedro, comte de Trévoux, notre « cousin bien -aimé et prince du sang, « chevalier et commandeur de notre noble « ordre de la Rédemption. »
Il en crut à peine ses oreilles; mais force lui fut de se convaincre, lorsqu'après avoir regardé le candidat,.il reconnut en lui son jeune cousin , l'ex-enseigne de la garde du roi de France. 11 subit toutes les cérémonies de la réception avec une expression tellement satirique , qu'il semblait se prépaier à adresser quelque brocard au vénérable chapitre assemblé. Alors la foi de Frédéric , dans la sublimité et la dignité de l'ordre, commença à chanceler, et les efforts qu'il fit pour deviner comment ce cousin se trouvait en Corse, comme s'il y fût tombé du ciel , et quels pouvaient être les services qu'il avait rendus à l'état, le plongèrent dans une profonde rêverie. Cependant la cérémonie^