CHAPITRE I. l
marchands, qui considèrent la vie et les forces de leurs sujets comme une denrée, et ne portent en compte les misères humaines que comme des faux-frais inévitables! Si le conquérant est comme la foudre qui anéantit en un instant le bonheur des peuples , l'esprit mercantile est un poison lent qui consume peu-à-peu les plus précieuses forces des nations !
— Voilà encore, Schmidtberg, qu'à votre ordinaire vous vous complaisez à des exagérations , dit Frégoso qui ne contenait sa colère qu'avec peine.
— Il n'y a qu'un gentilhomme génois, que l'un des prétendus rois de la malheureuse Corse , qui puisse m'aecuser d'exagérer ! s'écria Schmidtberg avec véhémence. Lisez l'histoire de toutes les zones et de tous les siècles. Les soupirs et les malédictions qui montent vers le ciel des champs délicieux des Indes orientales et du Cap, accusent ces juifs d'Anglais et de Hollandais, et confirment mon assertion. Carthage qui
l4 THÉODORE, LE KOI d'ÉTE.
fit détruire dans la Corse toutes les vignes et tous les oliviers , et qui défendit aux habitans de cultiver des céréales, sous peine de la vie , pour les subjuguer plus facilement
— Fait rapporté par le divin Aristote, ajouta Waclitendonk, qui ne laissait guère échapper l'occasion de faire une citation.
— Carthage est un colosse en comparaison de votre république de merciers , qui interdit aux Corses d'exploiter leurs riches salines , pour les forcer d'acheter leur sel à Gênes , au poids de l'or.
— Je vous invite sérieusement, dit Frégoso , tremblant de rage et en fermant convulsivement les poings; je vous invile sérieusement à témoigner dorénavant le respect convenable à la sérénissime république de Gènes dont la souveraineté est reconnue par toutes les puissances de l'Europe.
— Le respect! reprit Schmidtberg avec ironie. Depuis que votre doge a fait à l'orgueilleux Louis d'humbles excuses du