‹ Théodore, le roi d'étéChapitre 6 sur 120 · CHAPITRE I. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. l

bombardement de Gènes , il ne peut plus, je pense , être question de respect. Vous savez ce qui arrive à l'étudiant qui fait des soumissions à celui dont il a reçu des coups de bâton ; vous n'ignorez donc pas quel respect tout homme d'honneur doit avoir pour votre république, depuis qu'un pareil scandale a eu lieu !

— En garde ! s'écria Frégoso d'une voix tonnante, en jetant son manteau et en arrachant son épée du fourreau.

— Il est assez plaisant , dit Schmidtberg en tirant la sienne, que je sois forcé de me battre , sur le Rhin , pour la Corse que je n'ai jamais vue de mes yeux !

Les étudians formèrent le cercle et deux anciens mirent l'épée à la main pour servir de seconds aux combattans*; mais Schmidtberg leur dit: — Si Frégoso est de mon opinion , nous viderons notre affaire seuls; elle pourrait devenir sérieuse, et je

* Voir la note à la iin du volume.

î6 THÉODORE, LE ROI D^ÉTÉ.

ne veux mettre personne dans l'embarras.

— Je ne puis que gagner à cela, s'écria Frégoso en se mettant en garde, et le combat commença.

Il fut court et sanglant : à l'instant où un coup de tierce que l'italien avait tiré au cœur, perça le bras gauche de son adversaire, celui-ci lui fendit la figure d'un coup de revers qui le jeta par terre.

— Tire tes chausses, frère ! dit l'un des anciens , en examinant la blessure de Frégoso. Qui sait si nous pourrons transporter ce pauvre diable vivant à Cologne?

Un morne silence succéda à la bruyante gaîté. Les étudians , frappés de stupeur à l'aspect du moribond, le pansèrent en silence,aussi bien qu'ils purent, le portèrent dans le bateau, et firent force deramespour retourner à la ville. Le seul Wachtendonk resta auprès de Schmidtberg qui, les deux mains appuyées sur son épée sanglante et plongé dans une sombre rêverie, suivait des yeux les gouttes de sang qui lom- >baient lentement de son bras sur le sable.

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