CHAPITRE I. If
— Mais je t'en prie , mon cher compatriote, dit V/achtendonk du ton d'un reproche amical, et en enveloppant le bras de Schmidtberg de son mouchoir, quel genius ater t'a poussé à faire d'un fait qui appartient à l'histoire du monde, le sujet d'un combat singulier? Sur cette terre, l'histoire est à-peu-près Tunique tribunal criminel devant lequel les grands coupables soient obligés de comparaître, et la sentence de cette cour souveraine ne peut, en véi'ité, être ni infirmée ni maintenue par le vain duellwn , ce reste de barbarie du moyen âge. Toi, en ta qualité de historiens et de jurisconsuhus , tu aurais dû d'autant moins t'y porter, que tu sais fort bien , que même les Romains, si disposés à se battre, ne le connaissaient pas, et que, le cas échéant, ils l'eussent puni, ex lege Corneliâ^ de sicariis^ ou bien ex lege Juliâ^ de vi publicâ; sans parler des peines sévères, portées par les Décrétales et par le Recès de l'empire de anno 1668.
Pendant ce bavardage, Schmidtberg,
l8 THÉODORE, LF ROI d'eTE,
épuisé par la perte de son sang , pâlit et tomba dans les bras de Wachtendonk qui le traîna sur un banc de gazon et s'efforça inutilement d'arrêter son sang.
— La théorie est quelcpie chose de sublime , marmottait entre ses dents le chirurgien improvisé; mais il ne faut pas mépriser la pratique. J'ai lu nombre de volumes anciens et modernes, J^ medicis €t chirurgis^ ainsi que de medicarneîUis et mstrumentis , et cependant je pense qu'un misérable barbier, qui ne saurait écrire son nom orthographié, panserait mieux que moi cette légère blessure. — Dans cet instant, les yeux de l'érudit tombèrent sur une jeune tille très basanée, vêtue d'une manière fantastique et d'habits bigarrés, qui avançait la tête avec curiosité entre les broussailles.
— Approche, petite brunette, dit Wachtendonk d'un ton suppliant ; aide-moi à panser ce joli garçon qui est en danger de perdre tout son sang. Pour moi, il faut que je me rende pour le moment à Colc^ne: