CHAPITRE XXlir
bon spéculateur elle abandonne ses actions. Cette conduite est tellement naturelle dans une femme fine et ambitieuse, que je suis à concevoir ce qui peut vous irriter. Elle a même très bien fait, selon moi; car notre sécularisation me paraît imminente, et vous pourriez, dès aujourd'hui, vous remettre dans vos momens perdus, à étudier votre corpus juris , car vous ne tarderez guère à être un vice-roi in partibus infidelium.
— Vous êtes fou , Trévoux , lui dit Frédéric en colère. Jusqu'ici nos Corses remportent encore des victoires sur cette canaille génoise. Dieu veuille seulement que nous puissions tenir jusqu'à ce que le roi ariive avec les secours qui nous sont promis.
— D'ici là , lui répondit Trévoux en riant, nous aurons lieu d'exercer notre patience , et les Génois pourront en finir avec nous. Je vois que vous n'êtes pas encore au fait , que vous n'avez pas connaissance du traité de Versailles, conclu entre
la France et Gènes , par lequel cette première puissance s'engage à replacer la Corse sous le sceptre tutélaire de la république mère ; vous ignorez par conséquent que Boisseux et Contades aborderont, peut-être dès aujourd'hui, à Bastia avec un corps de troupes françaises.
Frédéric garda quelques moniens le silence. Enfin il s'écria : — Cela est impossible; nous avons exposé, de la manière la plus touchante , au roi de France tous les maux que la Corse a soufferts des Génois depuis un siècle ; nous lui avons offert la suzeraineté de notre île. Il ne peut vouloir nous remettre sous le joug ignominieux de ces merciers!
— Il le peut et il le fera ! dit Trévoux. Un roi de France ne saurait souffrir que des sujets réclament des droits contre leur souverain, et encore moins qu'ils les soutiennent les armes à la main; car de telles concessions pourraient ouvrir les yeux à ses très fidèles sujets, et avoir de fâcheux résultats.