CHAPITRE XXIII. aaD
— S'il en est ainsi, s'écria Frédéric avec une généreuse indignation , que le tyran envoie ses soudoyés à un combat sans gloire , et qu'en expiation de leur attentat, leur sang impur abreuve les sillons de cette terre de liberté.
— Il est question de huit bataillons de vieilles troupes, reprit Trévoux en remontant sa montre avec un grand sang-froid ; ainsi , il pourrait bien se faire que ce fut le sang Corse qui eût cet honneur.
— Ainsi, s'écria Frédéric en le regardant avec dédain , vous désespérez de la victoire avant d'avoir combattu.
— Si nous n'avions pas affaire à des Français, reprit Trévoux, alors
— Oh! inconcevable vanité! s'écria Frédéric.
— Dites tout ce que vous voudrez, répliqua le comte ; nous autres Français nous sommes connus pour savoir soumettre partout, les cœurs comme les provinces, et la Corse ne fera pas exception ; et il sortit en chantonnant.
Le malheureux jeune homme, également accablé de l'infidélité de sa maîtresse et des dangers qui menaçaient l'état, sentait bien qu'il n'avait pas grand secours à attendre de son frivole lieutenant; mais bientôt l'énergie de son caractère remporta sur son découragement. Il envoya un page pour appeler auprès de lui Paoli et Giafferi , puis étendit sur sa table une carte de la Corse, afin de concerter de nouveaux plaiTs de défense avec ses fidèles conseillers. Pour placer sa carte, il fallut mettre de côté plusieurs papiers qui s'y trouvaient amoncelés; en les parcourant, il ne put retenir un soupir : c'était l'édit de tolérance de son père, le projet d'une université, celui de plusieurs hôpitaux, d'une école , d'une maison des orphelins , d'un hôtel des invalides. — La guerre, dit-il en soupirant de nouveau, est un terrible fléau , incompatible avec tous les arts , et qui détruit pour des siècles le bien-être des peuples!
CHAPITRK XXIV. 22 3