Allusion à la parabole des t iloiits
confiance, de leui’s sympathies, qui ne s’étaient pas un moment démenties. « Mon désir, leur dit-il, eût été de re.ster toujours avec vous. Mais le devoir m’appelle ailleurs. » Il alléguait, pour justifier son départ , l’excommunication tacite dont il était l’objet de la part de presque tous ses collègues, laquelle équivalait pour lui à l’exclusion de toutes les chaires importantes, et la nécessité où il se trouvait de répandre la vérité autant que possible dans les grands centres d’où elle pouvait rayonner au loin.
La société religieuse tonnée par les paroissiens de Parker ne voulut pas se donner un nom de secte. En réalité, ce n’était pas une Église ù part que Parker et ses amis voulaient fonder. Ils ne prétendaient nullement renverser les anciennes en se substituant à elles par la voie du prosélytisme. Leur ambition était de reprendre en sous-œuvre le rôle utile et fécond que l’unitarisme, pour le moment , n’avait pas le courage de remplir, c’est-àdire de fomenter un levain réformateur dont l’action l'égénératrice se ferait sentir tôt ou tard dans les cadres des autres communautés. C’est pour mieux encore marquer ce rôle, qui ne surprendra aucune personne bien renseignée sur les idées régnantes parmi les protestants en matière d’Église, que la paroisse de Parker s’organisa sous le simple
TllIiODOHl- l'AlîKK».
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iiuiii lie <t N iiigt-liuilièinc Congiégaliuii de Boston.»
Son sermon d’entrée en fonction roula sur la vraie idée d'une Église chrétienne *, c’est-à-dire sur le hnl que doit se pioposer une Église, fidèle au caractère chrétien et au principe essentiel du christianisme, pour remplir sa mission au sein d’une société qui a ses grandeurs, ses besoins, ses misères piopres, et qui ne trouve la plupart du temps dans les églises traditionnelles que des institutions et des maximes faites pour le moyen âge, tout au plus pour les deux derniers siècles, rien qui réponde réellement et puissamment aux aspirations du nôtre. L ue foute compacte accueillit avec sympathie ce mâle et liane discours. Depuis lor.s, la salle du Mélodéon fut trop petite, chaque dimanche, pour contenir tous ceux qui eussent voulu s’abreuver â cette source vive que le Saint- E.sprit venait de faire jaillir sur le sol souvent aride de funitarisme américain.
Depuis lors aussi, le désir de l’entendre de\ inl plus grand dans les villes voisines. 11 put monter dans plus d’une chaire dont le titulaii'e sympathisait avec ses vues générales. Parfois même il put prêcher son christianisme tout â la fois si positif et .si avancé sous le voile de l’incognito. C’est â
I. Voir la traduction de quelques frugineiits de ce sermon vers la lin du volume, ^
LE PASTEUR DE BOSTON. ItT
l’iiiie de ces occasions qu’une bonne daine, liansportée d’aise à l’ouïe de son beau sermon , s’écriait toute ravie : « Oh! si cet incrédule de Théodore Parker avait pu entendre cela ! »
Cependant on ne pouvait espérer que la défiance dont il était l’objet, au sein des cei’cles et des corps ecclésiastiques, fît place d’une manière notable à des procédés plus fraternels. Les ministres et les consistoires qui le repoussaient ne faisaient, il faiil le dire, que se conformer à l’opinion de la grande majorité du moment. Dans cet état de choses, et malgré la notoriété que valaient à ses idées ses prédications de Boston , sténographées séance tenante, propagées par la pre.sse jusqu’aux contins les plus reculés du territoire, jusque chez les piouniei’s des solitudes occidentales ’, Parker ne se sentait pas encore en possession d’un levier assez puissant pour soulever le lourd fardeau d’ignorance et d’étroitesse religieuse qui pesait sur la société américaine. C’est alors qu’il réalisa en grand un plan qu’il avait conçu depuis quelque temps, et qui même avait déjà reçu un commencement d’exécution. Ce plan était de profiter des puissants moyens de communication que le nord des États-
1. On a calculé que quelques-uns de ses sermons avaient atteint un tirage de plusieurs centaines de milliers d’exempl aires.
TllftODORI- PARKER.
Luis avait déjà multipliés à la surface de son iiiimeiise territoire, pour faire de nombreuses lectures ou conférences dans les différentes villes de rUnion. Dès le premier hiver il en fit quarante, en autant de lieux différents. Ce chiffre s’éleva jusqu’à quatrevingts et même jusqu’à cent lectures par an. On calcule qu’il pouvait se faire entendre annuellement par ce moyen à plus de cent mille peraonnes. 11 était rare que les sujets de ses conférences roulassent directement sur les questions religieuses. Il n’eût trouvé presque nulle part de local ni d’auditoire, s’il avait annoncé de pareils sujets. Mais il fiiut admirer la naïveté de ceux qui croyaient pouvoir impunément écouter l’orateur de Boston sur les heaux-arts, la politique, la littérature, l’économie sociale, sans être Infectés des venins d’hérésie que recélaient nécessairement les prémisses et les conséquences. Du reste, il fallait toute l’énergie, tout le savoir et toute l’imagination de Parker pour tenir tête à un pareil travail; car ces excuraions, qui l’entraînaient souvent à plus de cent lieues de Boston, ne faisaient aucun tort à ces occupations pas^ torales. II soignait beaucoup la composition de scs discours hebdomadaires. Il avait chez lui des réunions à heures fixes, oùil recevait scs amis, ceux qui désiraient le devenir, des proscrits de tous les pays qu’il aidait de ses con.scils et de sa bourse, des
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psclaves échappés des États du sud, etc. Sa conversation était, paraît-il, d’une vivacité entraînante, pleine d’/utr?joitr et d’originalité, bien que roulant toujours sur les sujets les plus sérieux. Puis c’étaient des familles en deuil, des pauvres, des malades, des prisonniei’s qui réclamaient son ministère. Le tiers de son revenu annuel s’en allait en charités de divers genres. Il était aidé par quelques dames dévouées ‘ qui , sous sa direction , faisaient rayonner la bienfaisance dans les plus misérables quartiers. Sa seule dépense consi(b*rable consistait en livres, car il lisait toujours beaucoup, et il se montait une superbe bibliothèque : on est littéralement effrayé en voyant sur son journal le chiffre de .ses lectures annuelles. 11 trouva encore le moyen de fonder, avec quelques amis, la Revue trimestrielle dit Massachussets *, et de la rédiger presque seul pendant trois ans. Il dut y renoncer, faute d’un nombre suffisant de collaborateurs, et parce que des préoccupations croissantes, d’un genre tout spécial, vinrent absorber de plus en plus sa pensée. « Le temps, disait-il parfois, s’étend, quand on veut, comme de la gomme
1. L’une d’elles, M"' Stevenson, est devenue la miss Nightingale de l’armée unioniste. Le gouvernement fédéral lui a confié la direction d’un immense hôpital militaire.