Massachusset’s Qualerly Review
TIlftODORn PARKER.
•'•lasli(|uo.)) Nous transcrirons ici, d’après son journal, remploi d’une de ses journées.
Été à la poste, cousu les feuillets de mon sermon do Pâfpies, commencé à écrire sur la matière, quand 1 . entre M'"* K*** qui avait à me parler de ses affaires matrimoniales; elle est restée jusqu’à près de onze heures; alors est survenu 2. M. Mackay, et comme nous causions de choses et d’autres, on annonça que 3. 1e docteur Papin était en bas. Je vais le trouver et rencontre à. R. W. Kmerson qui montait. Je le laisse dans mon cabinet et vois le docteur qui venait chercher des secours pour une pauvre femme; je remonte, nous parlons du nouveau journal. Les numéros 3, à et 2 s’en vont l’un après l’autre, et je descends l’escalier, quand tout à coup apparaît 5. George Ripley : nous voici causant de l’état de la civilisation, des perspectives de l’humanité, etc. Vient le dîner, une heure. Été voir M. N***, qui n’était pas chez lui. Visité d’autres personnes dans l’après-midi. A sept et demi, de nouveau à mon sermon. Une minute après, arrive 6. M. F. G. qui avait besoin d’emprunter douze dollars que je lui prêtai bien volontiers. De nouveau à écrire. A huit heures et un quart, survient 7. M. M***. Pour le coup, plus de chance de travailler; je quitte mou cabinet et descends au salon. Un peu avant neuf heures, on sonne, et alors 8. apparaît M. S***, désirant tuer un homme qui avait eu des torts envers un de ses amis et venant me montrer son cartel. J’ai brillé le cartel après un long entretien.
mais je n’ai pas complètement réussi à apaiser ses sentiments vindicatifs. A dix heures, il s’est retiré ; à onze heures moins un quart, j’en ai fait autant, pour me reposer, non pour beaucoup dormir.
Il était en effet assez souvent poursuivi par l’insomnie. Au milieu de cette vie si occupée, embellie par l’affection d’une femme dévouée et d’amis d’élite, — parmi lesquels nous pouvons citer MM. R. W. Emereon, le célèbre écrivain; Sumner, le légiste distingué, et en ce moment le plus grand orateur du congrès américain; Desor, le savant professeur de Neuchâtel, alors fixé pour quelque temps en Amérique, et beaucoup d’autres notabilités de la presse , du barreau , de la chaire et du commerce, — Théodore Parker avait pourtant ses chagrins. Il souffrait plus qu’il ne le voulait dire de son impopularité comme théologien, des rancunes, des colères, de la malveillance dont il rencontrait à chaque instant les pénibles marques. Il se prenait parfois à douter, non pas de la vérité \ qu’il annonçait, mais de sa capacité de la faire triompher, et cette pensée, chez les hommes à la fois humbles et courageux, est amère. Souvent , aussi il avait le chagrin de s’apercevoir que plu- sieurs de ceux qui avaient recours à son ministère, ne se rattachaient â lui que dans l’idée de joindre
les avantages d’une affiliation à une communauté religieuse établie à ceux d’une réduction des charges et de la vie religieuses à leur plus minime expression. C’est une triste expérience que font souvent les hommes du progrès religieux, et à laquelle ils doivent se résigner. Voici quelques extraits de son journal :
Noël 18/i7. — J’ai reçu aujourd’hui la traduction allemande de mes discours par l’archidiacre Wolff, de Kiel. La vue de ce livre m’a procuré des battements de cœur comme j’en ai eu bien rarement pour une cause en apparence aussi futile. J’ai lu la préface où le traducteur parle de moi avec tant de bonté, et j’ai pleuré. Est-il possible que je sois par la suite une puissance dans le monde, capable de remuer les hommes, que mon nom devienne un nom d’influence, un nom capable d’enflammer les cœurs pour la bonté et la piété ! Je me soucie peu de la renommée. Mais être parvenu à faire avancer un peu le genre humain, cette pensée me ravirait.
Oui, en lisant cela, en me rappelant aussi comme j’ai été traité par ici , je dois l’avouer, j’ai pleuré. Et puis j’ai senti que ces larmes me faisaient du bien. Dieu me donne de faire plus et d’être meilleur à mesure que les années viendront !
Février 18Ù8. — Mardi dernier, j’ai présidé aux funérailles d’un enfant de cinq à six ans. Les parents ne croyaient pas à la survivance consciente et continue de l’àme. C’était affreusement triste. Les amis de la famille,
avec qui je m’entretins, étaient superficiels et affectés. J’ai rarement assisté à de plus lugubres funérailles. Ils ne voulaient pas de formulaire de prière, mais, pour la décence, ils voulaient un ministre et un discours.
Je suppose qu’ils m’avaient envoyé chercher comme un minimum de ministre. J’ai tâché de leur donner le maximum d’humanité, pendant que leurs co'urs étaient froissés et leurs âmes remuées par la douleur. Le père me semblait un brave homme, de bon caractère, mais victime d’une mauvaise méthode philosophique.
Je ne comprends pas comment on peut vivre sans un sentiment continu de l’immortalité. Je suis srtr que je serais misérable sans la certitude que j’en ai.
Un autre de ses chagrins, plus inliine, c’était de'" n’avoir pas d’enfanLs. Les livres, les (leurs, les en- ) fants, formaient ses trois grandes passions. Nous stivons ce qu’il Atisaitdes livres. Quant au\ fleurs, elles l’inspiraient. C’est au point qu’il prêchait plus éloquemment quand il en avait sur sa chaire, et que des mains amies prirent soin de la fleurir chaque dimanche. Ceci est peut-être d’un goût contestable, du moins pour nous Européens. Mais les enfants surtout étaient pour lui l’objet d’un véritable culte. Souvent on le surprit dans son cabinet, ayant interrompu ses graves occupations pour se pi’êter aux caprices de marmots du voisinage qui avaient toujours leurs enirées libres dans
sa maison. « Un homme qui n’a pas d’enfants, (^crivait-il en 18^6 à une dame de ses amies, est privé non-seulement d’une grande consolation et d’une grande joie, mais aussi d’un élément trèsimportant de son éducation. J’ai toujours noté ce fait chez d’autres, je le sens dans ma propre destinée. »
Voici deux lettres en réponse à des communications que des paroissiens lui avaient faites de la récente naissance de leurs enfants :
Je vous remercie d’avoir pensé si amicalement à moi dans ce transport de joie qui vient inonder votre foyer et vos cœurs — non, votre cœur, car il n’y en a qu’un pour le mari et la femme, surtout en pareil moment. J’ai, par sympathie, des fils et des filles dans le bonheur de mes amis. J’attendais la nouvelle de cet événement dans votre famille. Dieu bénisse le petit immortel, le petit Messie, qui vient animer et bénir le monde de votre intérieur!
C’est ma de.stinée de n’avoir pas de petits mignons que je pui.sse dire à moi. Cependant je ne suis pas moins heureux des bénédictions célestes qui favorisent mes amis. Ce qui m’a le plus manqué, quand je .suis venu de Roxbury à Boston, c’est la société des bambins du voisinage que je voyais plusieurs fois par jour, que je caressais, et portais, et faisais trotter, et dorlotais de toute manière, comme s’ils eussent été à moi.
Bien. Dieu bénisse la vie qui est donnée, et la vie qui est épargnée, et la vie qui est si heureuse des deux autres! Je remercie la jeune mère de s’être rappelé un vieil ami dans une pareille heure.
En revanche, une de ses plus grandes joies, de ses meilleures consolations, était d’apprendre que des âmes rongées par le doute, tourmentées d’irréligion, avaient retrouvé la paix et l’espérance â l’ouïe de ses prédications ou à la lecture de ses livres. Cette joie lui fut souvent accordée. Nous transcrirons, à titre de spécimen de sa correspondance avec ses convertis, les deux lettres suivantes: la première adressée en 18i»8 à un médecin d’Utica (New-York), la seconde à une femme de haute distinction comme penseur et comme écrivain, et qui, d’Angleterre où elle avait lu plusieurs de scs ouvrages, lui avait envoyé les premières expressions d’une affection reconnaissante que la mort est loin d’qvoir éteinte.
2 octobre I8Z18. — Je vous remercie des aimables choses que vous dites de mes écrits. J’espère sincèrement qu’ils pourront contribuer un peu à diriger l’attention des hommes sur les grandes réalités de la religion et les encourager à faire de notre terre le paradis que Dieu veut. Je vois bien des signes qui font espérer.
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Ici, à Boston et dans le voisinage, il s’opère un grand changement en mieux depuis une demi-douzaine d’années. On n’insiste plus autant qu’auparavant sur ce qui passe pour miraculeux dans le christianisme. Plus j’étudie la nature de l’homme et l’histoire de ses progrès, plus je suis rempli d’admiration pour le génie de Jésus de Nazareth, d’amour ardent pour son magnifique caractère et sa noble vie. 11 est le représentant le plus parfait du genre humain jusqu'à présent, et le christianisme en est la plus grande idée. Que l’on calcule les résultats du christianisme, et l’on verra qu’il est le plus grand fait de l’histoire.
Mais je ne vois dans tout ce qui a été fait jusqu’à présent que le printemps de la religion, les quelques jours chauds de mars, qui fondent la neige sur les pentes les mieux exposées des collines et ne font encore que promettre les violettes et les roses. L’été réel et l’automne du christianisme sont, je le pense, bien loin encore. Mais ils viendront, et tout homme de bien, toute bonne action, toute bonne pensée, tout bon sentiment, hâtent leur venue.
A mademoiselle Cobbe, en Angleterre. 5 mai 18à8. — Ma chère amie, votre lettre du k avril m’a fait éprouver de vraies délices. Je suis extrêmement heureux d'avoir réussi à dissiper les difficultés qui embarrassaient votre chemin sur le terrain de la religion, et votre aimable lettre m’a réchauffé le cœur encore une fois en me faisant penser que j’avais de nouveau porté secours à l’une de mes semblables que peut-être je ne
verrai jamais U Votre histoire ajoute un intérêt de plus à tout cela. Je sais combien vous avez dû souffrir sous le joug de cette théologie orthodoxe qu’on vous avait appris à accepter sous le nom de religion, et que vous ne pouviez ni admettre ni encore moins trouver propre à vous satisfaire. Nous avons la même orthodoxie en Amérique, seulement, pensons-nous, un peu plus — comme chaque chose est un peu plus — intense de ce côté de l’eau...
Vous me demandez si Jésus croyait aux peines éternelles, etc., ou pourquoi, n’y croyant pas, je médis chrétien si Jésus y croyait. Je ne pense pas qu’il y crût. Je ne vois pas comment il y pouvait croire. Je doute que Paul lui-même y ait cru. Hé quoi ! Jésus n’enseignet-il pas que Dieu aime tous les hommes, les pécheurs aussi bien que les saints? Je sais qu’il y a plusieurs passages, quelques paraboles, qui enseignent clairement cette odieuse doctrine. Pourtant je ne crois pas que Jésus l’ait enseignée. Il était facile à des Juifs de se méprendre sur ses paroles et de rapporter pareille chose de lui longtemps après sa mort. Je ne saurais attribuer une très-grande autorité historique aux évangiles, ils indiquent plutôt les faits qu’ils ne les décrivent.— Je me dis chrétien parce que je crois que Jésus
1. Les relations d’amitié qui s’établiront ainsi par correspondance s’entretinrent par la même voie. Douze ans seulement après la lettre que nous reproduisons, mademoiselle Cobbe put rencontrer enfin son ami et son maître; mais ce fut, hélas! pour assister à scs derniers momeutsi
lus
THÉODORE PARKEII.
a enseigné lu religion absolue, boulé et piété, libre bonté, libre piété, libre pensée. Il fut, à certains égards, atteint des erreurs de son pays et de son temps. Mais il a rendu aux hommes un tel service en leur donnant la vraie méthode de religion, que j’aime à me dire chrétien par reconnaissance. Mais je ne penserais pas mal d’un autre qui n’aimerait pas ce nom ; je doute même que Jésus eût recommandé de l’adopter.
Citons encore celte lettre qu’il reçut d’un jeune homme qui lui écrivait du far wesi :
Je voudrais pouvoir vous exprimer sur ce papier mes sentiments, la joie, la paix, la satisfaction que je goûte en contemplant les pensées du bon Dieu dans ses œuvres. Il n’y a pas longtemps encore que la pensée de Dieu était la plus terrible qui pût me traverser l’esprit. Quelle agonie désespérée j’ai endurée, quand, durant des nuits mortelles, je pensais à l’enfer éternel vers lequel, selon toute probabilité, je m’avançais à grands pas! Et pourtant le sombre et hideux enfer de la théologie chrétienne était préférable à son idée de Dieu. Mais, Dieu merci, ce temps est derrière moi, bien qu’il soit dur d’entendre chuchoter le mot ^'incrédule à ses oreilles et de voir se détourner des amis que je considérais naguère comme mes amis de cœur. Pourtant je supporte volontiers cela. Oh! j’en supporterais dix fois plus pour ne pas revenir à ma première croyance.
J’ai de nouvelles pensées, de nouvelles perspectives,
de nouvelles aspirations; toutes choses sont nouvelles, nouveaux deux, nouvelle terre, et pas d’avenir sombre par delà. Je vois, en avant, une splendeur glorieuse, immense, et je marche en avant avec une paix, un calme qui m’étonne moi-même. Je n’ai plus peur, car je ne saurais avoir peur de Celui qui est bon.
Bien d’autres témoignages du même genre seraient encore à notre disposition, s’il était besoin de s’étendre davantage. Tous ceux qui, de près ou de loin, se sont trouvés dans une position analogue à celle de Théodore Parker, comprendront que de pareilles communications fussent pour lui autant de ravissements. Ils comprendront, par conséquent, cette parole qu’on lit dans une lettre à l’un de ses amis : « Un poète n’a pas plus de joie à chanter que moi à prêcher. »