‹ Théodore Parker, sa vie et ses œuvresChapitre 20 sur 37 · L\ QUESTION DE L’ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

L\ QUESTION DE L’ESCLAVAGE

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le principe, et avant que le Sud lui-inênie se fût enfermé dans une impasse dont il ne sut plus comment sortir, le Nord avait fait entendre sa grosse voix de majoi ité et pris des mesures énergiques poui* resserrer l’esclavage dans le cercle restreint où, à défaut d’une abolition forcée, il fût mort tout doucement de lui-même. Au contraire, heureux d’être exempt du fléau chez lui, absorbé dans ses travaux matériels et ses opérations lucratives, ébloui de sa prospérité prodigieuse, le Nord laissa venir le mal au point où le remède lui -môme devenait si douloureux qu’on préférait presque voir Iç mal s’aggraver. Le Nord ne songeait pas même, ce qui lui eût été bien facile, à s’assurer une majorité dévouée à ses principes dans les conseils de l’Union. Les présidents étaient toujours du Sud ou inféodés au parti de l’esclavage. Les états-majors de l’armée et de la marine, la magistrature fédérale, les bureaux de l’administration étaient remplis d’bommes du Sud. En 1851j, sur quarante mille fonctionnaires de rUnion, trente-six mille pouvaient être rangés dans cette catégorie !

Pourtant, depuis 1831, un humble imprimeur de Boston, William Lloyd Garrison, publiait un journal qui fomentait une certaine agitation abolitionniste. Dans les premiers temps, elle eut fort

peu d’ëcho, assez toutefois pour que les vigies du Sud, toujours aux aguets, dénonçassent en termes violents, aux autorités du Massachusetts, le caractère incendiaire de cette feuille impertinente. Le maire de Boston s’efforça de calmer leurs alarmes. Il résultait de son enquête , leur écrivait-il , que le mouvement était absolument insignifiant, qu’il ne trouvait qu’un très-petit nombre d’adhérents obscurs, et que Garrison lui -même n’était qu’un pauvre écrivain, « vivant dans une espèce de trou « avec un négrillon pour tout domestique. » — (I C’est une chose étonnante, « disait plus taixi Théodore Parker, « que le mépris fréquent des « hommes intelligents pour les petits commence- « ments des grandes choses. Il y avait une fois >( quelqu’un qui n’avait pas même de trou pour « reposer sa tête, et pas l’ombre d’un négrillon à « son service. Il n’était pas trop bien avec les « maires et gouverneurs de son pays. Cela ne l’a « pas empêché d’exercer à la fin quelque influence « sur les destinées de ce monde. »

En effet, en dépit du « trou » et du « négrillon, » le mouvement se propagea. Un parti se forma autour du courageux publiciste. Mais il devait s’écouler encore bien du temps avant que ce parti pût influer d’une manière marquée sur la marche des affaires. Et même, pendant bien des années, le

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parti abolitionniste, dans le Nord lui-même, dut subir tous les inconvénients de l’impopularité. On le considéra comme l’ennemi de l’Union, et les hommes politiques, tenant à rester au pouvoir ou bien à y monter, durent longtemps décliner toute solidarité avec lui. Les meneurs du Sud profitaient de cet état de l’opinion pour lancer de plus en plus l’Union dans une voie dont l’esclavage universel et éternel était le terme avoué. Le Nord laissait faire, ou se bornait à murmurer. Il y avait des endormeurs de conscience qui lui disaient qu’après tout c’était la destinée providentielle de la race noire d’être asservie à la blanche, que c’était écrit dans la Bible, les fils de Chain devant être les esclaves des fils de Sem et de Japhet, etc., etc. Comme si les noira descendaient de Cham, et comme si nous étions les exécuteurs testamentaires du vieux patriarche ! Puis on ajoutait que, pour l’amour de l’ Union, il fallait laisser dormir cette question, ne pas s’en occuper, ne pas inquiéter les frères confédérés, et que l’esclavage rapportait une énorme quantité de dollars, et que tous les intérêts commerciaux seraient compromis si cette source de profits assurés allait tarir. Que sais-je encore? L’homme est habile, en politique surtout, à procurer des narcotiques à sa conscience. Enfin, nous l’avons dit, le Sud avait réussi à représenter le sort de ses

esclaves comme tellement heureux qu’on se demandait presque s’il n’y aurait pas une véritable barbarie à immoler cette félicité idyllique au fanatisme de quelques chanteurs de psaumes, aux utopies d’idéologues ne connaissant rien aux affaires.

Une chose toutefois contrariait vivement le Sud. Cha(iue année, et malgré les plus cruelles mesures de répression, un nombre assez considérable d’esclaves parvenait à fuir le paradis et à gagner au péril de la vie l’enfer des états libres. La longanimité du Nord avait déjà supporté tant de choses que les planteurs du Sud firent un pas de plus. Ils obtinrent en 1850 le fameux bill des « esclaves « fugitifs » qui, moyennant quelques formalités dérisoires, investissait le premier homme venu du Sud du droit de kidnapper^ (c’est le terme employé), c’est-à-dire d’escamoter par la ruse ou par la force , le plus souvent par les deux voies, tout homme de couleur habitant les États libres, de le traduire devant un juge fédéral; puis, après une vérification où toutes les précautions étaient prises pour que le pauvre accusé ne pût échapper aux griffes de ses ravisseur, de se faire délivrer sa capture par la force armée de l’Union. Une récom-

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