Jour anniversaire de l’indépendance américaine
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chez elle qu’il faut attaquer de front mensonges et péchés : plus ils sont acceptés ou pratiqués, plus ils sont pernicieux, plus il faut les combattre. Ici pas d’idée fausse, pas d’action faus.se, qui passe sans être dénoncée et stigmatisée. Mais ne laissons pas non plus l’héroïsme contemporain , les nobles hommes de nos jours passer sans recevoir l’honneur qui leur est dû. S’il est bon d’honorer les saints du passé et l’héroïsme de nos pères , il est mieux encorejd’honorer les saints d’aujourd’hui, l’héroïsme vivant des hommes qui combattent lorsque le combat se livre autour de nous. Je connais quelques saints de ce genre, çà et là un héros de ce caractère, et je n’attendrai pas qu’il soit mort et cla-ssique pour l’appeler ainsi et l’honorer comme tel.
L’Église, pour être à la hauteur de sa mission, doit aussi faire rayonner autour d’elle sa bienfaisance éclairée. Elle doit activer le mouvement de l’éducation populaire, de la philanthropie sociale, combattre le paupérisme , l’ivrognerie, s’occuper des criminels et des abandonnés. En pailiculier elle a un devoir national à remplir au sein de r Union.
Le Christ n’a-t-il pas dit : « Ce que vous voudriez que l’on vous fît, faites-le de môme à vos frères? » Et n’y a-t-il pas dans notre pays trois millions de vos frères et des miens en esclavage , victimes sans espoir d’un
décret sauvage, exclus de la civilisation de notre âge, les barbares de notre siècle, rais à la porte du soi-disant christianisme, païens d’un pays chrétien, dépouillés de la liberté inaliénable de l’horame, esclaves d’une république chrétienne? Un cri d’indignation ne s’élève-t-il pas de chaque législature du Nord? La presse ne rugit-elle pas par ses milliers d’organes, et du cœur des hommes libres ne monte-t-il pas de l’orient au couchant une grande voix de réprobation? Non. Aucun cri de ce genre contre le plus énorme péché de ce siècle ! Le rocher de Plymouth, sanctifié par les pieds qui conduisirent une nation à la liberté, est tout aussi muet que la pierre la plus aride des montagnes de l’ouest. Les quelques hommes qui fassent entendre un langage viril, on les appelle des fanatiques. De grâce, qu’ils se taisent, ils vont gâter le marché ! Grand Dieu ! en être venu à ce point qu’on reste muet devant un pareil péché! C’est pourtant comme cela. Donc l’heure est venue où toute église qui ose porter le nom du Christ va tonner contre ce mal hideux! Non. L’État est silencieux, mais l’Église est muette; les serviteurs du peuple dorment, mais les « ministres de Dieu » sont morts.
Et au milieu de tous ces maux, de tous ces péchés, de tous ces crimes individuels et sociaux, en face de l’ignorance, du paupérisme, de l’esclavage, l’Église n’a rien à dire? rien à faire? rien pour les auteurs du mal, rien pour ses victimes? On nous le dit, on ajoute même que c’est la seule voie conforme à la prudence! Oh! si je pouvais penser pareille chose , je n’entrerais plus
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qu’une fois dans l’Église, et ce serait pour appuyer mon épaule contre son plus gros piller, pour jeter bas ses colonnes, ses arceaux, ses dômes, ses murs, son toit, son clocher, sa tour, dussé-je, comme Samspn, m’ensevelir moi-même sous les ruines de ce temple qui a profané le culte du Dieu très-haut, du Dieu bien-aimé. Je le ferais au nom de l’homme, au nom du Christ, Je le ferais au nom du Dieu que j’aime et que je bénis.
Voilà ce qu’une (église doit être et doit faire, si elle ne veut pas être simplement une église de théologie, mais qu’elle veuille être surtout une église de religion. Ce n’est pas pour rester tranquille qu’on en devient membre. La persécution a changé d’allures et de méthode. On n’allume plus de bûchers et on n’envoie plus aux galères ; mais le martyre des âmes vaillantes qui bravent la ctilomnie, l’abandon, le mépris pour faire le bien que réclame notre siècle, n’en est pas moins réel. L’avenir verra encore la masse chercher par tout le pays assez de marbre blanc pour construire des tombeaux aux prophètes lapidés par ses pères. Une véritable église chrétienne au xix* siècle doit être celle de ces généreux précui’seurs , ou bien elle est morte.
C’est ainsi que l’église chrétienne redeviendra la conductrice des âges modernes, ce qu’elle a cessé
(l’èli e, depuis que. par un attachement sénile poulie passé , elle a refusé de marcher vers l’avenir. Les grands mouvements de la société moderne s’opèrent en ce moment en dehors d’elle. Elle se défle du siècle. Si le Christ nous devance tous, on n’en peut pas dire autant des églises qui portent son nom. Elles n’ont pas son esprit. « Elles n’ont (I ni cette tendresse qui pleura sur Jérusalem , ni <i celte virilité (|ui fit descendre du ciel assez de <1 chaleur pour allumer sur l'autel du monde un (t feu qui brûle depuis bientôt deux mille ans. «
L’Égli.se , destinée à marcher en avant de ce
siècle, ne sera pas une église se traînant et rampant, une église de gémissements et de doléances, baissant la tête et regardant en arrière. Ce sera une église pleine de l’esprit viril et courageux du temps actuel, .sachant garder aussi les bonnes choses du passé. Il y a de nos jours un redoutable déploiement d’énergie. L’homme n’a jamais été si développé, si maître de lui-même. De grandes vérités morales et politiques ont été mises en lumière. Leur vol est rapide. La presse, ce prophète de fer, publie, au loin comme au près, ses visions de bonheur ou de malheur. Cet âge merveilleux a inventé la vapeur et le télégraphe électrique , symboles appropriés à son caractère , en comparaison desquels les miracles de la fable ne sont plus que de vains contes. Il demande avec plus d’instance que jamais la liberté
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pour elle-même, Tutilité dans les institutions, la vérité dans les enseignements, la beauté dans les actions. Vienne une Église qui réunisse cette liberté, cette utilité, cette vérité, cette beauté, et toute l’énergie des temps sera pour elle. Mais l’Église qui suflBt au v* ou au XV* siècle ne suffit plus à celui-ci. Ce qui satisfait Rome, Oxford ou Berlin, ne satisfait pas Boston. L’Église que je veux doit avoir nos idées, le parfum de notre sol; elle doit provenir de la religion qui est dans notre âme. Il faut que la liberté américaine pénètre l’Église pour que l’énergie américaine vienne la vivifier. Il faut que la sagesse du xix* siècle règne dans nos églises pour que sa science y puisse habiter; autrement, cette science passera aux « infidèles. »
... Ayons donc une Église qui ose imiter l’héroïsme de Jésus, qui cherche l’inspiration comme il la chercha luimême, qui juge le passé comme lui, qui agisse sur le présent comme lui, qui prie comme il priait , qui fasse comme il faisait, qui vive comme il vivait. Ayons des doctrines et des formes qui soient à nos âmes ce que les membres sont au corps dont ils proviennent et avec lequel ils grandissent. Ayons une Église qui fasse du bien à l’homme tout entier, donnant de la vérité à son intelligence, de bonnes œuvres à ses mains, de l’amour à son cœur, et à son âme cette aspiration vers la perfection, cette foi inaltérable en Dieu, qui, semblable à l’éclair dans la nue, ne brille jamais plus vivement que lorsque l’obscurité règne partout ailleurs. Que notre Église soit adaptée â l’homme, de même que les deux le sont à la terre!
En d’antres termes, à la transformation scientifique, industrielle, commerciale de notre âge, doit correspondre un progrès religieux parallèle. Oa l'Église saura se transformer dans ce sens, ou bien elle perdra toute influence.
Au moyen âge on avait des idées bien erronées sur la religion, sans doute; et pourtant c’était l’Église qui menait le monde. Quand elle entrait en lutte avec l’État, c’était presque toujours l’État qui avait le dessous. Voyez les résultats de cette suprématie par toute l’Europe, les monastères, ces palais élevés à la science d’une petite élite, ces cathédrales, ces dômes, ces miracles de l’art, dont chacun vaut la fortune d’une province. Telle fut l’incorporation des idées religieuses du temps, les prières sculptées en pierre d’un âge de piété, psaumes pétrifiés, dirait-on, au moment où ils sortaient de la bouche du monde. C’était sans doute une chétive offrande , mais c’était la meilleure que l’on sût présenter au ciel.
Et aujourd’hui, si l’on portait dans les choses religieuses le sérieux et l’énergie qu’on applique au commerce, aux arts, à la politique; si la religion absolue, si le christianisme de Jésus -Christ était appliqué à la vie avec la puissance de notre âge, comme le christianisme de l’Église le fut alors , quels résultats n’obtiendrions-nous pas? Nous élèverions un grand État sur la base de l’unité nationale et de la liberté du peuple, un
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État où il y aurait du travail honorable pour toutes les mains, du pain pour toutes les bouches, des habits pour tous les corps, de la culture pour tous les esprits, de l’amour et de la foi pour tous les cœurs. La vérité serait notre sermon perpétuel, tirée de la plus vieille des Écritures, du livre de Dieu qui se lit soit dans la nature, soit en l’homme. Les œuvres du devoir quotidien seraient notre sacrement. Des prophètes inspirés seraient les ministres de la parole, et la piété ferait monter au ciel son psaume, sa prière aux accords suaves et .joyeusement prolongés. Le plus splendide des monuments élevés en l’honneur du Christ, le plus beau trophée de sa religion, c’est un noble peuple, où tous sont nourris, habillés, industrieux, libres, instruits, courageux, religieux, sages et bons.