‹ Théodore Parker, sa vie et ses œuvresChapitre 33 sur 37 · LES VIEILLARDS · texte numérisé non relu

LES VIEILLARDS

(A sermon of Old Age. — Voy. p. 134.)

Telle que la lumière qui brille sur le saint chandelier, est la beauté du visage dans la vieillesse.

(Ecclésiastique, xxvi, 17.)

On m’a .souvent demandé de prêcher un sermon sur la vieillesse , et jusqu’à présent j’ai décliné cette invitation, me fondant sur ce que je ne pouvais en parler d’après ma propre expérience. J’espère être en état de parler sur ce thème dans un certain temps : a.ssurément, si je vis, je pourrai corriger mon défaut actuel. Aujourd’hui pourtant, j’essayerai, me bornant à demander à toutes les personnes âgées de me pardonner les imperfections de ce discours. Elles savent et stmtent ce que je ne puis qu’observer du dehors. Mais quand je naquis, le père qui me reçut dans ses bras avait cimiuante et un ans, et devait vivre encore un quart de siècle. Je

FRAGMENTS

fus bercé par une grand’mère qui avait plus de quatrevingts ans à ma naissance, et près de cent quand elle cessa d’être mortelle. Mon premier « ministère chrétien » fut donc consacré à des vieillards, et par là je pense connaître quelque chose du caractère des hommes et des femmes que le temps rend vénérables.

Il est une saison où le pommier fleurit en même temps que ses compagnons des bois et des champs. Quelle belle saison! Toute la nature aime et est aimée. Le monde visible chante ses amours végétales, et les corolles des fleurs, touchées par les vents du printemps, annoncent partout 'le mariage universel de la nature. Le quadrupède , l’oiseau, l’insecte, le reptile, le poisson, la plante, la mousse et ses couleurs prophétiques, tout baigne et s^avance dans la marée montante de la vie nouvelle. Puis vient l’été. Plus d’une fleur est tombée à terre sans porter de fruit, tapissant le sol de sa beauté, qui ne sert plus à rien. De larges feuilles protègent ce travail de la nature, qui d’abord s’étalait dans les fleurs purpurines, qui maintenant continue, mais ne se montre plus. C’est ainsi que les heures les plus profondes et les plus fécondes de la vie cherchent la protection du mystère. Les pommes grossissent sur tous les arbres. Elles grossissent pendant tout l’été et au commencement de l’automne. Enfin le fruit est pleinement formé, les feuilles commencent à tomber et permettent au soleil de le réchauffer de plus près. La pomme est encore suspendue à la branche, mais ce n’est plus pour grossir, c’est pour mûrir. Pendant des

TIlfcODORE PARKER.

semaines encore elle tient à son arbre, ne gagnant plus rien en poids, ni en grosseur. Mais à sa surface il y a accroissement de beauté. Ayant achevé son œuvre au dedans, la nature ajoute la couleur au dehors. Ce n’est

pas une peinture mignarde et plaquée, c’est une beauté

interne qui se révèle, c’est un parfum et une fraîcheur qui proviennent de l’intérieur même de la pomme. En même temps les éléments qui la composent se modifient. La pomme devient moins âpre, plus savoureuse. Elle s’adoucit, s’attendrit; en un mot, elle mûrit. L’une de ces nuits, la force vitale de l’arbre s’endormira , et l’automne, de son souffle aimable, va secouer la branche qui laissera partir son doux produit, bien coloré et bien mûr, pour qu’il tombe avec un bruit sourd et joyeux dans le giron de la saison des fruits. Le mariage du printemps a tenu ses promesses.

Tel est le cours naturel de la croissance de tous les fruits : fleurir, grandir, mûrir.

La même loi divine est applicable à toute espèce d’animal, depuis le dernier des reptiles jusqu’à l’homme, roi de la terre. C’est bien beau 1 Chaque partie de ce développement est parfaite, le tout est achevé. La naissance, c’est la floraison humaine; la jeunesse, la virilité, c’est notre croissance d’été; la vieillesse, c’est la vraie maturité. Les mains alors se détachent de l’arbre mortel. C’est la mort naturelle. C’est un Dieu doux et bon qui a tout ordonné pour le pommier et pour le genre humain. Que dis-je? son arche universelle protège aussi l’araignée et

FIIAÜMENTS.

le crapaud, le loup et le lézard et le serpent. Car il est Père et Mère pour tout le monde.

Suit alors une description des faits physiques, des goûts, des inclinations, des habitudes qui caractérisent la vieillesse. En particulier elle aime à

revenir, soit en littérature, soit en théologie, à ce qui charma sa jeunesse. Elle a, tout aussi bien que l’ûge mûr et la jeunesse, ses défauts et ses dangers. Elle court le risque d’être grondeuse, acariâtre, routinière, rétrograde. Ces défauts ne lui sont pas nécessairement inhérents. On peut voir des vieillards, hommes et femmes, qui ont un véritable « été indien , » dont l’automne est encore plus beau que le printemps.

Tout dépend de la fidélité plus ou moins grande que l’on a gardée à ce qu’il y a de meilleur dans notre nature. iMoralernent le vieillard est plus fort que l’homme encore jeune. Il peut aimer plus et mieux. Il est plus pacifique, plus religieux, il espère moins dans ce monde et plus dans l’autre.. Tel est du moins le vieillard qui a bien usé de la vie. Mais malheur à l’homme qui a menti aux promesses de son printemps! Y a-t-il quelque chose de plus triste que la vieillesse du vieux débauché, du vieil avare, du vieil ambitieux, de la vieille coquette! Après avoir tracé de vigoureux portraits

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