ÉDUCATION RELIGIEUSE
Mais il ne faudrait pas juger de ses dispositions réelles par cette boutade momentanée qui se rattachait chez lui à une antipathie croissante pour tout ce qui sentait le factice et le convenu. Il est telle manière de citer old Paulus ([ui dénote une étude plus approfondie, partant plus respectueuse des écrits du premier des réformateurs de l’Église, que bien des prosopopées en l’honneur du saint canonisé. On se familiarise aisément avec les grandeurs qu’on examine de près et beaucoup. Or, Parker examinait beaucoup, et de toujours plus près. Il lisait les pères, savourait avec délices la grande littérature mystique, s’initiait à l’histoire des dogmes et des religions antiques, s’entourait des meilleurs exégètes allemands, et avide d’élargir loiijoure plus le cercle de ses études, voyant le monde grandir à mesure qu’il le connaissait mieux, il parvenait à mener de front avec l’étude de la théologie celle d’une dizaine de langues mortes ou vivantes’. Sa santé souffrait de nouveau des excès de travail
1. On peut voir par les échantillons que son journal et sa correspondance contiennent de sa manière de parler les langues étrangères, qu’il avait voulu les connaître afin de pouvoir lire les grands auteurs dans l'original, et aussi de se faire une idée du problème, dont il comprenait déjà l’immense importance et qui fait l’intérêt de cette belle science moderne qu’on appelle la philologie comparée. Il se soucia peu de les parler correctement, poux vu qu’il pût se faire comprendre. C’est ainsi que racontant.
f|irn s’imposait. Quelquefois une ‘'main chérie, ou devine laquelle, lui adressait de Watertown de ces prières qui, en pareil cas, sont des ordres bien doux à recevoir, pour qu’il ne compromit pas son avenir par un labeur exagéré. Pendant quelques jours on était ob(dssant; mais la passion de s’instruire, de voir clair, le qo aheail du Yankee reprenait le dessus. Tout en explorant ainsi Thistoire et la carte du monde, il apprenait bien des choses.
Il est impossible qu’en s’élargissant, l’idéal ne s’élève pas. H seiait facile de montrer (pie tous les grands progrès religieux du genre humain ont coïncidé avec un élargissement notable de l’horizon intellectuel. La philosophie grecque la plus élevée est née après que les événements eurent mis en contact les Grecs et l’Orient. Le judaïsme des temps qui précédèrent le Christ s’est formé, non sous la dictée, mais au milieu et sous l’impulsion plus ou moins directe des influences persanes et grecipies. Le christianisme arrive au moment où le monde ancien, jusqu’alors parqué en nationa-
lors de son premier voyage à travers la France, comment il dut prendre la diligence d'Avignon à Arles, en compagnie d'mie énorme matrone qu’il appelle Madame Fumeau, il décrit en termes moitié anglais, moitié français, l’accident qui arriva à son parapluie laissé dans la voiture [tendant qu’on passait le Rhône : Madame Fumeau se viit sur la ( s’assit dessus ) lherefore, voilà ma parapluie cassée.
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lités indilTôrontos, si en n’est hostiles, les unes aux autres, prend connaissance de Ini-même, et où les étroitesses nationales doivent disparaître dans la communauté des souffrances et de la sujétion h Rome. La Réforme a eu pour générateur l’esprit nouveau, plein d’indépendance et de hardiesse, que l’antiquité retrouvée, de grandes découvertes, la connaissance du monde plus que triplée avaient inspiré à l’Europe moderne. Et de nos jours où les découvertes géographiques, scientifiques, industrielles, changent de nouveau la face du monde, n’assistons-nous pas à une évolution nouvelle de l’impérissable idée chrétienne? La raison de ces coïncidences est simple. Tout progrès religieux ne s’accomplit que moyennant un certain affaiblissement du prestige de la tradition. Tant qu’elle parle seule, la tradition donne à tous ses enseignements le cachet de l’éternel et de l’universel, l’apparence de l’absolu: de là sa puissance religieuse, car le cachet de l’absolu, c’est un caractère divin. Rien donc ne ruine plus sûrement son autorit(* que de découvrir qu’il n’y a là qu’une apparence. Je suis bien loin de penser que l’étude des langues et des religions comparées, les belles investigations de l’astronomie et de la g(’‘ologie, les modernes travaux de la criti(pie historique et bildique doivent nous détacher de l'Évangile et nous faire désirer
une rolifïion absoliimont nouvello. J’eslimo an rontraire ([lie si ([ueUjiie cliose plaide en faveur de la religion de Jdsiis, c'est ([n’idle demenn^ intacte, du moins quant à ses principes essentiels, au milieu de la transformation des idi'es et des esprits. Mais je dis <|u’à la vue de tout ce qu’on sait aujourd’hui sur le monde et son histoire, toute la vieille lh(*ologie (*st à nd’ormer, toutes les vieilles méthodes de présenter ou de défendre la divinité de l’Évangile sont convaincues d’impuissance, tous les vieux dogmes .sont menacés de mort, et que ceux-là seulement sont les amis intelligents du christianisme qui, discernant les signes des temps, travaillent selon leurs foi ces à le renouveler d’accord avec l’esprit de son fondateur et avec les impérieux besoins de l’esprit moderne.
Tel fut à peu près le cours que suivirent les idiies de Parker, à mesure que les choses divines et humaines se révélèrent à sou àme passionm^e de vérité. Nous avons dit que l’unitarisme américain, fort en avant des autres églises au point de vue des dogmes proprement dits, se mouvait encore sur le même terrain ([u’ell(*s quant à l’idée d’une révélation extérieuie, miraculeu.se, impo.sant sou autorité à la conscience et à la raison, et exclusivement contenue dans la Bible, ('/était par des interprétations, tant(M foi-t li*gitimes, tantôt fort arbitraires.
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qu’il se flattait de faire taire les rdclaniatioiis du sens moral et de l’intelligence éclairée. En fait la critique biblique, déjà coinplétcinent émancipée en Allemagne, était encore chez lui dans l’enfance. Parker, qui lisait les Allemands, ne tarda pas à se sentir à l’étroit dans les théories de ses piofesscui-s qui prenaient toujours la Bible en bloc, comme un tout irréductible, sans se préoccuper autrement (les circonstances (jui avaient présidé à la rédaction, aux remaniements, à la réunion des livres qui la conq)osent.
La tradition lui disiiit : « La Bible est une, elle est la révélation de Dieu à l’humanité, c’est un livre surnaturel qui, de sa première à sa dernière ligne, est parole de Dieu. » — Alais voici ce que la critique lui apprenait. D’abord, quand il en serait ainsi, encore faudrait-il, pour que la Bible que le peuple lit actuellement fût un livre infaillible, que les traductions elles-mêmes le fussent, et quant aux savants qui peuvent la lire dans l’original, qu’ils ne fussent pas eu.v-mèmes très-indécis et très-partages sur le sens qu’il faut donner à nombre de passages importants. — Puis nous devrions posséder ce texte miraculeux dans son intégralité, sans l’ombre d’une variante, et c’est par dizaines de milliers que Ton compte aujourd’hui les variantes dans le texte biblique. — .Mais surtout la tradition
TlIÉÜOOUli l’AKKliU.
a-t-elle donc oublié que la Bible n’esl, dans l’ccononiie cbiétienne, ni un fait primitif, ni un fait simple et irréductible? Telle que nous la possédons aujourd’hui, elle se compose de deux parties bien distinctes, l’Ancien et le Aouveau Testament : le premier, source régiilalrice de la religion juive; le second, document de la religion chrétienne originelle. Mais le premier se compose de trente-neuf livres écrits par des auteurs diflérents espacés sur plusieui’s siècles; le second, de vingt-sept livres, div.ers aussi par leur origine et leur but. Qui a réuni à deux reprises ces deux collections? On n’en sait rien pour l’Ancien Testament, qui n’était pas même rigoureusement clos quand Jésus vint au monde. On ne le sait pas davantage quant au Nouveau, dont le canon ne fut arrêté avec précision qu’au V® siècle, après bien des variations et des tâtonnements, après que tel des écrits qui le composent actuellement eut été longtemps ignoré ou rejeté, et que tel autre, exclu aujourd’hui du canon, eut longtemps été en possession d’une autorité égale à celle des livres canoniques. Sur quelle inspiration miraculeuse les collecteurs du canon se sont-ils donc appuyés pour faire leur triage? Ils étaient faillibles comme nous. Comment donc soutenir l’infaillibilité d’un livre sorti d’une opération faite par des hommes sujets à l’erreui ?
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Si du iiioins un examen attenlil iles livres canoniques justifiait complètement leur œuvre! Mais tant s’en faut qu’il en soit ainsi. Le canon traditionnel attribue à Moïse cinq livres évidemment composés de documents divers par la date et par l’esprit, dont le dernier raconte sa mort; au prophète Ésaïe, des prédications qui doivent être scindées eu deux groupes forts distincts et séparés l’un de l’autre par une période d’au moins cent cinquante ans ; au roi David, un très-grand nombre de psaumes dont une grande partie, sinon la trèsgrande majorité, lui est de beaucoup postérieure; à Daniel, qui est censé avoir vécu au temps de la captivité de Babjlone, une série d’oracles visiblement rédigés sous le règne d’Antioclius Épiphane. — De même le Nouveau Testament actuel attribue à l’apôtre Paul l’épître aux Hébreux, qui ne peut être de lui, et à l’apôtre Pierre une seconde épître qui suppose que toute la première génération chrétienne était morte quand elle fut écrite (Il Pierre, iii, 3-9), Ce sont là les faits les plus saillants que la critique ait mis en lumière, et si positivement démontrés que les plus méticuleux, parmi ceux qui s’en sont sérieusement occupés, ont dû se rendre à la force de l’évidence. — Si maintenant, faisant abstraction des auteurs, nous passons au contenu de ces livres, pouvons-nous
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rcgardci’ coiniiiG une révélation divine continue CCS récits ou ces enseignements où il est si facile de relever tant d’erreiii's astronomiques, physiques, historiques; ces narrations qui se contredisent; ces miracles décidément impossibles, même pour ceux qui croient volontiers au miracle, et dont le caractère légendaire ou mythique s’impose à tout espiit non prévenu; ces idées grossières de Dieu représenté comme un être imparfait, colère, vindicatif et arbitraire? S’imagine-t-on d’ailleure que la Bible contienne d’un bout à l’autre une seule et même doctrine? C’est ce que les unitaires pensent encore, et de là leui-s toui*s de force en fait d’interprétation. Sur ce point ils n’ont rien à reprocher aux autres sectes chrétiennes qui toutes s’ingénient à tordre le sens des déclarations scripturaires jusqu’à ce qu’elles soient parvenues à les faire cadrer avec leurs dogmes particuliei’s. Mais, pour l’observateur attentif, cette unité de la doctrine biblique est une illusion. Pour nous borner au Nouveau Testament, autre est la doctrine des trois premiei-8 évangiles, autre celle du quatrième; autre est l’enseignement de l’apôtre Paul, autre celui de l’épîln' de Jacques ou de l’Apocalypse. Qu’il ne soit donc plus question d’imposer aux chrétiens la doclrine de ta Bihle, car il yen a plusieurs.
On conçoit comment, ces portes une fois percées
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dans le mur de clôture de renceinle consacrée, le flot de la critique ne tarde pas à tout envahir. L’histoire des dogmes chrétiens contribuera non moins puissamment à détacher le jeune théologien de la tradition dogmatique du passé. Elle a été déjà faite en Allemagne, et d’une main magisti’ale. Si runitaire y trouve d’amples confirmations des griefs de sa secte conti'e les dogmes de la Trinité, du péché originel, dé la rédemption par le sang du Christ, s’il voit qu’elle a eu parfaitement raison de dire que le christianisme en lui-même est fort indépendant de ces doctrines, qu’il a vécu avant elles et par conséquent leur sunivra, il doit reconnaître aussi que l’église de son choix n’a pas échappé plus que les autres à l’illusion qui leur a fait croire à toutes que l’antiquité chrétienne a été précisément ce qu’elles sont, et il devra se dii c qu’il est vain de vouloir à tout piix se légler sur une église primitive qui a eu aussi sa part d’erreui-s et de défauts graves. Le vrai christianisme, celui (|ui répond réellement à l’esprit et aux intentions du maître, est en avant, non pas en arrière de nous.
Enfin l’étude des religions comparées, des mytliologies, des peuples et des langues vient poser au penseur une question rénovatrice de la théologie tout entière. Le christianisme, (juebpie
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supélieiir qu’il soit à toutes les religions liistol'iques, est-il tellement séparé de celles-ci par son origine miraculeuse «jne l’on doive le leur opposer purement et simplement comme la véritéà l’erreur, l’œuvre de Dieu à celle des hommes? Ou plutôt riiistoirc des religions ne présente-t-elle pas des phénomènes que l’on peut dire, non pas égaux, mais semblables à ceux qu’on peut observer en étudiant les origines du christianisme? Zoroastie, Mahomet, Bouddha surtout, sont-ils jugés quand on les a relégués sans autre* forme de pjocès dans la catégorie des imposteurs ou des hallucinés? Kt quand on voit que l’on peut classer les religions comme les genres et les espèces de la nature vivante, quand on découvre la loi immanente de ce développement religieux de l’humanité qui s’est élevée peu à peu, sur ce domaine comme sur d’autres, de la matière à l’esprit, du fétichisme le plus enfantin à la conception la plus sublime de l’être divin, lie serait-il pas infiniment plus rationnel d’admettre que, non-seulement le christianisme et le judaïsme, mais encore tout le mouvement ascensionnel de l’humanité cherchant son Dieu est le déploiement imposant d’une seule et même loi de croissance? A ce point de vue, Jésus, fils de l’humanité attirée par Dieu, a prononcé le mot que la conscience humaine avant lui s’essajait
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cl Wgayer, mais en le prononrani il l’a rendu clair et facile pour tous.
Telles étaient les idées, les doutes, les découvertes qui se croisaient dans l’intelligence de Théodore Parker durant son séjour à runivei’silé. Déjà, de concert avec quelques amis, il lédigeait pour le Scriptural Interpréter des articles sur l’Ancien Testament où perçait l’influence que les critiques allemands commençaient à exercer sur ces esprits indépendants et séi’ieux. C’est ainsi, par exemple, qu'on démontrait comment le chapitre ui® d’Ésaïe n’est pas du tout une prédiction de la personne et de la mort de Jésus, mais une description idéale du juste ou du serviteur de l’Éternel, tel qu’il était pendant la captivité de Bahylone. En général on faisait voir que les prophéties, rapportées de l’Ancien Testament à la personne de Jésus, manquaient de toute validité en tant que prédictions miraculeuses. Il y eut un cri de surprise et bientôt de terreur dans les rangs des vieux unitaires. Ils ne se demandèrent pas : Ces jeunes gens ont-ils tort ou raison? mais : Où allons-nous? El qu’épargnera-t-on si l’on y va de la sorte?
Il est clair que des arguments de cette force ne suffisaient pas pour faire reculer les hardis explorateurs. Du reste Parker n’avait pas organise' encore ses idées théologiques. Beaucoup de choses
étaient encore chez lui à l’état chaotique. Par exemple, quant au surnaturel, il n’avait pas encore, ainsi qu’il le dit lui-même, l’idée de Dieu qu’il eut plus tard et qui, une fois acquise, lui rendit l’admission d’un miracle réel aussi impossible que celle d’un triangle rond. On peut seulement observer qu’à partir de cette époque, sa foi dans les miracles bibliques va toujoui'S en diminuant. A mesure, en effet, qu'il promenait sur les pages de la Bible le flambeau d’une libre critique, il devait se convaincre toujours plus qu’il n’y avait pas un seul miracle suffisamment attesté pour qu’un homme pût se croire tenu de subordonner son expérience quotidienne au témoignage d’un écrivain peut-être inexact, peut-être mal renseigné, peut-être enfin trompé par son propre enthousiasme. Plein d’admiration pour les vertus héroïques et l’incomparable beauté morale du Christ, il se disait déjà que c’était leur ôter toute valeur que leur assigner pour cause une naissance et une nature extra-humaines. Cette naissance miraculeuse de Jésus est sans doute enseignée dans deux évangiles. Mais les deux autres, tout le reste du Nouveau Testament, n’en savent rien, et les évangiles eux- mêmes qui la rapportent contiennent d’autres données qui la démentent. Puis une grande idée s’emparait toujours plus de fesprit de
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Parker, celle de la perfection absolue de Dieu, et elle devait lui servir désormais de pierre de touche pour apprécier les doctrines religieuses. Enfin, plongeant au fond de cette mer tumultueuse d’opinions de toute espèce qui s’entre-choquent et se réduisent mutuellement en poussière, son esprit judicieux et pratique cherche le fond résistant, permanent, sur lequel il faut jeter l’ancre, et il le trouve en ceci, qu’il n’est rien de meilleur pour un être quelconque, qu’il ne peut non plus y avoir pour lui d’obligation plus impérieuse que d’obéir à la loi de son être: donc, pour l’homme à la loi de la nature spirituelle. Être bon et faire le bien dans la foi au Père céleste, c’est le sentiment chrétien proprement dit, il n’est rien de supérieur à cela au ciel ni sur la terre, et c’est le fondement sur lequel il faut toujours édifier. C’est aussi là-dessus qu’il veut construire ^
1. Il ne faudrait pas croire que le sentiment religieux chez Parker se trouvât desséché ou amoindri à la suite de cette investigation persévérante et libre. Nous aurons plus d’une fois l’occasion d’observer que ce qui fait l’originalité et la puissance de Parker, c’est cette réunion du mysticisme et du rationalisme, saisis l’un et l’autre par leur cùu^ légitime. C’est en 1830 qu’il composa ces beaux vers :
Jésus, Üiore is no dnarer name than thine,
Which time lias blazened on his rnighty scroll;
No wroaths nor garlands ovor did entwine
Cppondant les années du noviciat théologique touchaient à leur terme. Bientôt il put prêcher en (jualité de candidat au saint ministère et se faire connaître dans plusieui-s localités, en attendant qu’une paroisse vacante l’appelât comme pasteur è poste fixe. C’était en 1836. 11 partageait son temps entre ces prédications itinérantes qui lui valaient déjà une certaine réputation, et ses travaux théologiques toujours poussés avec ardeur. C’est alors
So fair a temple of so yast a soûl.
Tliere evcry virtue set his triumph-seal ;
■Wisdom conjoined with strength and radiant grâce In a sweet copy Heaven to reveal And stamp perfection on a mortal face.
Once the earth wert Thon, beforo men's eyes,
That did not half Thy beauteous brigtitness see,
, B'cn as the emmet docs not read the skies
Nor onr weak orbs look tlirough immensity.
Ce que nous essayons de traduire ainsi, en invoquant l’indulgence due à toute traduction de vers en une langue étrangère : Jésus, il n’est pas de nom plus précieux que le tien, — Ce nom que le temps a blasonné sur sa puissante voûte, — Et jamais frises ni guirlandes ne se sont déroulées — Autour d’un si beau temple que celui de ta grande âme. — Chez toi chaque vertu a posé le sceau de son triomphe. — La sagesse s'est alliée à la vaillance et à la grâce — Pour révéler le ciel dans une douce image — Et imprimer la perfection sur des traits mortels. — Tu passas jadis sur la terre devant les yeux des hommes — Qui ne virent pas â moitié ta sublime splendeur, — Pas plus que la fourmi ne sait lire dans les deux, — Et que nos faibles yeux ne pénètrent l'immensité.
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qu’il conçut le dessein de faire paraître une tra- ■ duction de V Introduction à l’Ancien Testament du professeur De Wette. C’était en ce temps le meilleur ouvrage de ce genre. Avec la candeur du jeune h®mme qui croit que le monde est comme lui disposé d’avance à se tourner vers la lumière, il en espérait beaucoup de bien en vue des progrès d’une saine théologie. 11 voulait surtout briser par ce moyen, dans l’opinion des gens éclairés, cette bi-
bliolâtrie qui enchaînait tant d'intelligences. Il dut /
avouer par la suite qu’il s’était bien trompé dans ses calculs. Mais, dans cet espoir, il se livrait avec sa fougueuse ardeur à ce travail de traduction, enrichissant d’ailleui-s l’ouvrage allemand d’une masse de notes fournies par sa propre érudition et le rectifiant même quelquefois. Ce fut vers le même temps qu’il eut la douleur de perdre son vieux père. Sa douce et pieuse compagne l’avait de (luelques années précédé dans la tombe. Leur souvenir resta comme embaumé dans le noble cœur de leur fils. On peut s’en apercevoir souvent dans ses discours religieux.
En 1837, la petile paroisse unitaire de West- Roxbury, située à peu de distance de Boston, fit choix de lui comme pasteur. La communauté se composait d’une soixantaine de familles, vivant pour la plupart dans une modeste aisance, quel
qiios-unes riches et instruites. Les devoii'S pastoraux n’étaient pas absorbants. Le pays était beau. La cure, d’une simplicité charmante, était enfouie dans la verdure, et, selon une coutume assez répandue dans les contrées protestantes, le pasteur avait le libre accès des jardins du voisinage. Son goût pour la méditation à travers champs ou au milieu des fleurs, qu’il aimait avec passion, trouvait là pleine satisfaction. 11 pouvait aller aisément à Boston, et y profiter des derniers entretiens du docteur Channing, dont il fréquentait beaucoup la maison. Ses paroissiens écoutaient avec plaisir ses sermons pleins d’originalité, de poésie, d’applications à leur vie simple et honnête. Ce fut dans cette retraite parfumée qu’il alla s’établir avec sa chère Lydia, devenue la compagne de sa vie.