XXIV
fi2
Chron.
1 Rois
vu. 1-3.
Vil, 16-22.
3** // Chron., x-xxxvi, histoire du royaume de Juda jusqu'à la ruine de Jémsalem, 586 ans avant notre ère^ selon Ewald. A Fin verse des livides des Rois, les Chroniques ne parlent qulncidemment du royaume dlsraël, contre lequel Fauteur laisse à tout moment percer sa haine {II Chron, xiii; XIX, 2 suiv.; xxv, 7 suiv.\ tandis qu'il s'attache à nous peindre Juda comme l'idéal de la magnificence et de la splendeur. Dans sa prédilection pour Jérusalem et le culte lévitique, il ajoute, retranche, modifie arbitrairement, ne négligeant aucune circonstance quUl juge honorable poui' les héros du mosaïsme ou les serviteurs du temple; si même les couleurs ne lui paraissent pas assez brillantes, il n'hésite pas à les surcharger (// Chron. xxni, l-M, 17-20, comp. à II Rois xi, 4-12, 18 siiiv.; — // Chron. XXIV, 2 suiv., comp. à // Rois xii, 3 suiv. ; — // Chron. xxv, 2 suiv., comp. à // Rois xiv, 3-4; — II Chron. xxix à xxxii, comp. à II Rois xvm à xx; — // Chron. xxxv., 1-19, comp. à // Rois xxiii, 21-23). D'autre part, il passe sans aucun scrupule sous silence ce qui lui paraît propre à ternir la gloire des descendants de David, le grand roi théocratique (// Chron. xx, 36-38, comp. à / Rois xxii, 49; —
IlChron, xxvi, 4, comp. à // ilôts xv, 3-4; — // Chron. xxviu, 2, comp. à II Rois xv, 34 suiv. ; — II Chron. xxix, 3 suiv., comp. à II Rois xvni, 4-S; — II Chron. xxxiv, 33, comp. à // Rois xxni, 4 suiv., etc., etc.) ou à porter atteinte aux privilèges du sacerdoce (// Chron. vm, 12, comparé à I Rois ix, 25; II Chron. xxvi, 16-21, comparé à II Rois XV, 1-5), sacrifiant sans scrupule la vérité historique à l'orthodoxie. Quelquefois c'est par amour-propre national que le chroniqueur se permet d'altérer l'histoire {II Chron. vm, 2, comparé à I Rois ix, ii; — II Chron. vm, 9, comp. à I Rois v, 13-14), ou bien par amour du mer; veilleux (/ Chron. xxi, 1-15, 25-27, comp. à II Samuel, XXIV, 1-9, 24; — II Chron. vu, 1, comp. à I Rois, vm, 5*- 62; — II Chron. xvm, 30, comp. à / Bois xxn, 32; — II Chron. xxxii, 31, comp. à II Rois xx, 12), et c'est apparemment par l'un ou l'autre de ces motifs, sinon par tous les deux, qu'il convient d'expliquer l'énorme exagération de tous ses chiffres. C'est ainsi qu'il porte à 100,000 talents d'or et à 1,000,000 de talents d'argent (7 Chron. xxn, 14) c'est-à-dire à plusieurs milliards, le trésor amassé par David, et qu'il évalue la pcJpulation mâle de son petit Royaume, à l'exclusion des vieillards et des enfants, au chiffre de 1,570,000 hommes (/ CAron. xxi, 5^; encore les tribus de Lévi et de Benjamin n'avaient-elles pas été comprises dans le recensement, tandis que d'après II Samuel xxiv, 9, le chiflfre des Israélites en état de porter les armes ne dépassait pas 1,300,000 âmes, ce qui donnerait déjà pour la Palestine, c'est-à-dire pour un petit pays agricole sans industrie, et sans grande ville, d'environ 3,500 kilomètres carrés, une population d'au moins 5,000,000 d'âmes, ou plus de i ,400 habitants par kilomètre
carré ! * L'exagération est plus manifeste encore dans // Chron. xvii, 14-19, où le chronographe ne craint pas d'affirmer que sous Josaphat le pauvre petit royaume de Juda contenait à lui seul une population de 1,160,000 habitants ^
Pour cette partie des Chroniques comme pour les deux autres, Fauteur a évidemment consulté les livres historiques de l'Ancien Testament, mais il leur emprunte de moins longs morceaux *, il les suit moins servilement (/ Chron. xviii, 4, comp. à // Samuel Yiii, i;—I Chron. xxi, 12, comp. à // Samuel xxiv, 13; — // Chron. xiv, 2-3, comp. à / Rois^ XV, 14-15; — // Chron. xxxvi, 6, comp. à // Rois, XXIV, 2-6; // Chron. xxxv, 24, comp. à // Rois xxni, 30), et il puise davantage à des sources aujourd'hui inconnues [II Chron, ix, 28; xii, 15; xvi, 11; xx, 34; xxiv, et suiv.; xxvi, 22; XXXIII, 19). D'ailleurs, il traite comme toujours les unes et les autres fort arbitrairement et avec négligence. Xon-seulement il intervertit l'ordre des événements, par ex. // Chron. xxii, 8-9, comp. à // Rois ix, 27-28 et x, 13- 14; mais il omet quelquefois les noms de lieux {II Chron. XXI, 9, comp. à // Rois viii^ 21), et assez souvent il se contredit lui-même, par ex. // Chron. xiv, 2 et // Chron.
< On sait que les États les plus peuplés de I*Europe en comptent à peine 250 à 300.
^ Le chroniqueur se montre encore très-modéré en comparaison de Thistorien Josèphe, qui affirme que, dans son temps, la Galilée ne renfermait pas moins de 404 villes, bourgs et villages, dont le moindre pouvait compter 15,000 habitants. (De bello judaïco, lib. Ul, c. 2. — De vitâ suâ.)
> Voy. cependant 1/ Chron. xvi, 1-6 et 11-14, comp. ai Bois xv, 17-24; ~ // Chron. xviii, 3-34, comp. à IRois xxii, 4-35; — II Chron. xx, 31-xxi, 1, comp. à 1 Rois XXII, 41-51 ; — JI Chron. xxi, 5-10, 19-20, comp. à // Rois viii, 16-24 ; II Chron. xxii, 1 -6, 7-9, comp. à II Rois viii, 25-29 ;— 11 Chron. xxiii, 1-21 , comp. à IIRoism, ^'10;— II Chron. xxxiii, 1-9, comp. à II Rois xxi, 1-9;— 7/ Chron. xxxiii, 21-25, comp. à II Rois xxi, 14-2 ^j; ~ // Chron. xxxiv,29-32, comp.à // fiotsxxiii, 1-3.
XV, 17; — // Chron, xvii, 6, et // Chron. xx, 33; — // Chron. xxi, 20 et // Chron, xxu, 2; — // Chron. xxx, 26 et // Chron. xxx, 18.
Le but de Thistoriograplie semble avoir été moins de composer une histoire qui rectifiât sur quelques points et complétât sur d'autres les ouvrages historiques qui existaient déjà, c'est-à-dire de véritables paralipomènes, que de raconter les destinées du peuple d'Israël au point de vue exclusif de la caste sacerdotale, qui, depuis le retour de l'exil, avait acquis une immense influence. On ne doit donc pas attendre d'un esprit aussi imbu de préjugés lévitiques l'impartialité nécessaire à tout véritable historien, et, en cas de désaccord, il serait d'autant moins sûr de donner à ses récits la préférence sur ceux de l'auteur des livres de Samuel ou des Rois, qu'il a vécu à une distance beaucoup plus grande des événements. Tout porte à croire, en efiet, qu'il a écrit dans les derniers temps de la domination persane, peut-être même encore plus tard. Son propre travail en fournit les preuves, son orthographe est aramééïine : ainsi il écrit Tn pour in (par ex» I Chron. ii, 15); — niQNi pour nîc-j (/ Chron. vi, 65); — ï^jv pour rm {I Chron. xm, 7); T]>n poiu- ^^n (/ Chron.
xni, 12); — a^nSNn-r]Sn pour a^nSNn^Sn {/ Chron. xvii, 21, cf. H Samuel vu, 23); — liaiN pour ipaiK {Il Chron. n, 6); — a\SwT pour nSwT (// Chron. xxv, 1); — ''^^n pour ^tt>^ [IChron. n, 12et 13), etc., etc. Il descend dans ses tableaux généalogiques jusque vers la conquête d'Alexandre le Grand (/ Chron. m, 19 suiv.) ' ; il parle, dès le règne
* Sept générations à 30 ans par génération 'donnent en eiTet 210 ans depuis Zorobabel.
de David (/ Chron, xxix, 7), de la darique, monnaie d'or persane qui avait reçu son nom soit du roi de Perse Darius * soit du mot persan Dara ou Darab, qui signifie roi, mais qui dans tous les cas ne s'introduisit en Palestine qu'après l'exil ^. H se sert assez fréquemment de mots qu'on ne retrouve que dans les livres de l'Ancien Testament postérieurs de beaucoup à la ruine du royaume de Juda, comme Esdras et Néhémie, Esther et Daniel. Il rapporte un prétendu psaume de David (/ Chron. xvi, 8-36) qui est tout simplement pris dans trois psaumes composés après le retour de la captivité. Enfin il s'exprime au sujet de Satan {1 Chron. xxi, i) comme pouvait seul s'exprimer un^ Juif initié à la doctrine de Zoroastre. Il semble résulter assez clairement de tout cela que l'auteur des Chroniques n'a pu vivre que sous les successeurs d'Alexandre.
lie' llTre d'Bsdras.
Keil, Apologetischer Versuch iiber die Bûcher der Chronik und ûber die Integritàt des But-hes Esra, Berlin, 1833, in-8». — Schirmer, Observationes exeget.crilic» in librum Esdrae, Breslau» 1820, in-8°.
Le livre d'Esdras^ qui, réuni à celui de Néhémie, forme pour les Juifs les deux livres d'Esdras, se divise éh deux parties bien distinctes : 1** Chap. i-vii, retour de la captivité l'an 536 avant J.-Ch., sous la conduite de Zorobabel ; avec
« Hérodote, liv. IV, 166.
3 La première monnaie nationale juive Tul frappée par Simon Macchabée (/ Macc, XV, 6).
la permission de Cyrus, les Juifs * se mettent à rebâtir le temple de Jérusalem; les Samaritains réussissent à les en empêcher pendant les règnes de Cambyse et du faux Smerdis; mais après une interruption de plusieurs années, il s'achève enfin ^, en 516, avec la peimission de Darius, fils d'Hystaspes, que Fauteur appelle Arthachschaschta, c'est-à-dire Gi^nd Roi (en persan Artaschetr). A l'occasion d'une lettre des Samaritains (iv, 7) qu'il rapporte, l'historien adopte tout à coup la langue amméenne, et il continue à l'employer jusqu'au chap. vi, 18 dans le récit des événements. — 2"* Chap. vii-x, histoire de la seconde colonie juive qui rentra en Palestine sous le règne d'Artaxerxès Longuemain, l'an 458 avant J.-Ch., et sous la conduite d'Esdras, sacrificateur et scribe, qu'on ne saurait confondre avec un autre Esdras, dont il est parlé Néhém. xii, i, comme d'un compagnon de Zorobabel. Cet Esdras, chef de la seconde colonie peut très-certainement être l'auteur de la seconde partie du livre qui porte son nom, quoiqu'il y soit à plusieurs reprises question de lui à la troisième personne (Esdras vu, 1-27; x, 1 suiv.), car l'exposition des faits révèle un témoin occulaire; mais il est douteux que la première puisse lui être attribuée. Peut-être la rédaction définitive du livre d'Esdras est-elle due à l'auteur des Chroniques, auxquelles il est rattaché de la manière la plus directe {Esdras i, 1-3 comp. à // Chron. xxxvi, 22-23), hypothèse que tendraient à confirmer la ressemblance du style, les citations fi'équentes de la Loi, le goût des généalogies et des pièces oflScielles, la partialité pour les lévites
* Outre un certain nombre de prêtres et de lévites, il n'y eut guère que des Judites et des Benjaminites qui rentrèrent dans leur patrie.
^ Ce temple restauré, en 165 avant J.-Ch., par Judas Macchabée, fut reconstruit avec une grande magnificence par Hérode, 20-19 ans avant Tère vulgaire.
et Tamour pour les cérémonies du culte qui distinguent les deux ouvrages. Elle ne remonterait pas dans ce cas au-delà du siècle d'Alexandre le Grand.
A côté du livre canonique d'Esdras, la Septante a inséré un apocryphe, le 3® livre d'Esdras, qui n'en est que la traduction grecque avec quelques additions : un fragment des Chroniques, un autre de Néhémie et la description d'un festin à la cour de Perse, où Zorobabel défend avec succès les droits de la vérité. Il règne dans cette dernière pièce, qui est fort ancienne, puisque Josèphe la connaissait ', un esprit religieux si pur que Luther n'a pas hésité à l'insérer dans la Bible à la suite de Néhémie. Mais il a rejeté, et avec raison, un prétendu 4*" livre d'Esdras, apocryphe écrit en latin, rempli d'idées messianiques et de légendes juives, qui ne remonte pas évidemment au delà dé l'ère chrétienne*.
lie livre de IVéhémie.
Ce livre, nous venons de le dire, est considéré par les Juifs comme le second d'Esdras; mais il en a été séparé dans la Septante. Ce Néhémie, qu'il ne faut pas confondre
* Josèphe, Antiq. jud., lib. Xî, c. 3.
^ G*est dans cet apocryphe, chap. xiv, qae l*on trouve pour la première fois la légende qui attribue à Esdras la reslftutioa de tous les livres de l'A. T. anéantis lors de la destruction du temple^ oii les Juifs les conservaient, selon l'usage de tous les
peuples de l'antiquité. Cette légende, fondée évidemment sur le titre de 150, qui lui est donné Esdras vu, 6, a été adoptée sans hésitation par Irénée {Adv. hœres, iïl, Î5) et par d'autres Pères de l'Église Ct^Sauer, Dis. quâ canonem Vet. Test, ab Esdrâ non collectum fuisse, ex ipso Chronicorum librorum indole polissimum probalur, Altenb., 1797, in-4».
avec le compagnon de Zorobabel du même nom {Esdras ii, 2), la chronologie le défendant, fiit envoyé à Jérasalem avec le titre de gouverneur par Artaxerxès Longuemain, Tan 444 oif 448 avant notre ère. Par ses soins, Jérusalem est fortifiée, le gouvernement théocratique affermi, Tordre rétabli et toute relation rompue entre les Juifs et les Païens. Il est vraisemblablement Fauteur de la plupart des morceaux, mais non pas de l'ensemble du livre qui porte son nom. En effet, le long fragment chap. vu, 6-73 (sauf ime interpolation, cliap.vii,70-72), n'est que la reproduction de la liste déjà donnée Esdras ii, 1-70; et les chap. vii-x, où est décrite la célébration de la fête des Tabernacles et d'un jeûne général, ne peuvent pas non plus être sortis de sa plume, parce qu'il y est parlé de Néhémie à la troisième personne et que le style est différent. Il y est d'aUleurs fait mention expresse d'Esdras le scribe comme d'un collègue de Néhémie, ce qui est invraisemblable, le silence gardé dans les chapitres précédents sur ce célèbre personnage semblant prouver qu'il était déjà mort, comme le dit Josèphe *, et ce long fragment paraissant trouver sa place naturelle à la suite du livre d'Esdras, qui se termine trop brusquement. Un troisième fragment assez considérable, chap. xn, 1-26, est aussi sûrement une interpolation : il est question (xn, 11-22) du grand-prêtre Jadduah, qui vécut sous Darius Codoman et Alexandre le Grand '*. Il est donc parfaitement certain que le livre de Néhémie, tel que nous le possédons aujourd'hui , n'a pu être composé que sous les Lagides, en même temps peut-être que les Chroniques et le livre d'Esdras.
* Josèphe, Antiq. jod. xi, 5.
» md. XI, 7, 8.
lie livre d'Esther.
Kelle, Vindici» Estheris, Freiberg, 1820, in-4'. — Baumgarten, De fidc libri Esther», comment, histor. crit., Halle, t839, in-8*.
Le livre d'Esther n'est ni historique, ni mythique; c'est un roman historique sur l'origine de la fête de Purim *, où se fait sentir la décadence complète de l'histoire chez les Juifs, dont il nous peint au moins avec fidélité les mœurs barbares, l'arrogance, l'orgueil et l'esprit de vengeance dans les derniers temps de la domination persane. C'est là son seul mérite aux yeux de la postérité, '' car aucun souffle religieux ne l'anime : le nom de Dieu n'y est pas même prononcé une seule fois. Le but de l'auteur est évidemment de montrer le triomphe constant du* judaïsme sur le paganisme. L'absence complète d'esprit religieux et théocratique, l'indifférence pour le temple réédifié de Jérusalem, la connaissance des usages des Perses, l'emploi de plusieurs mots persans, comme oaro {Esther i, 20) ; ta^oms {Esther i, 3), tout prouve que c'est en Perse et non dans la Judée, qu'a été écrit ce roman, qui abonde d'ailleui-s en prodigieuses invraisemblances, en impossibilités manifestes, en erreurs géographiques et his-
^ Cette fête se célébrait le 14 et le 15 du mois (VAdar, qui répond à février. C'est cette fête que Tévangile selon saint Jean {Jean v, 1) désigne par ces mots : iopr^ Tojv Jou$a(a>v {Ânger, De temporum in actis Apostolorum ratione, Leipz., 1833, in-8% t. I, p. 24 suiv.).
toriques. La scène se passe sous le roi Assuérus^ qu'on croit être le trop fameux Xerxès ^ .
Dans la Septante et lltala, le livre d'Esther présente des variantes considérables, des gloses explicatives et quelques additions d'une date de beaucoup postérieure au temps de sa composition. Jérôme les a placées à la suite du livre, mais Luther les a rejetées parpd les Apocryphes, ainpi que les Bibles protestantes.
lilires poéUqaeB de l'Ancien Testament.
Lowth, De sacra poesi HebrsBorum pr»lectiones académies Oxonii habit» : subjicitur metricae Harianae brevis confutatio et oratio Crewiana : notas et epimetra adjecit
• J.-D. Michaelis, Gottingae; 1768-1770, 2 vol. in-S». — Leulwein, Théorie der Bibliseben Verskunst, Tùbing., 1775, in-S". — Herder, Geiçt der hebrfiischen Pocâe, 3* édit., Leipzig, 1825, in-8". — Guttenstein, bie poetische Literatur der alten Israeliten, Mannheim, 1835, in-S**. — Ewald, ï>ie poetischen Bûcher des Alten Bondes, Gôtting., 1835-1839, 4 vol. in-8*.
Comme toutes les nations placées à un degré inférieur sur l'échelle de la civilisation, les Hébreux ont cultivé le chant et la poésie, et cette dernière au moins avec un grand succès, leur langue riche en expressions figurées, nobles et énergiques, n'ayant jamais atteint la précision philosophiques des langues aryennes, mais ayant toujours conservé dans ses contours quelque chose de vague, de flottant, et étant restée par cela même plus propre à peindre les vives sensations, les émotions profondes, les mouvements' violents de l'âme qui enflamment le génie du poète. H est donc
^'Eichhom, Repertorium fur biblische nnd morgenlândische Literatur, Leipz., 1777-86, 18 vol. in.b% t. XV, cah. L
permis de croire que les poésies hébraïques étaient nouiç breuses; celles qui sont arrivées jusqu'à nous se peuvent diviser en lyriques et en didactiques; les premières ont leur racine dans le cœur et. Timagination; les secondes, dans la réflexion et le raisonnement, et supposent par conséquent un degi'é de culture plus avancé. Est-il nécessaii'e d'ajouter que la ligne de démarcation n'est- pas tellement marquée entre les deux genres qu'ils ne se confondent jamais?
La poésie lyrique se développa d'abord chez les Hébreux de même que chez tous les autres peuples, par la contemplation des merveilles de la nature ou sous l'impulsion d'un ardent patriotisme, d'un vif sentiment de joie et de triomphe, *qui se manifestait par des chants accompagnés de danses et du son des instruments de musique {Exode xv, 20; Juges v, 1 ; / Samuel xvni, 6); et dès Torigine elle se distingua par un caractère religieux qui imprime à ses productions, même les plus barbares, un cachet particulier de noblesse et de majesté; cependant ce fut seulement sous David, qui nous a laissé quelques modèles admirables en ce genre de poésie, qu'elle fut introduite dans le culte. Dès lors, elle^fiit cultivée par les prophètes et les lévites, et elle continua à fleurir après le retour de Texil, quoique à partir de cette époque, on trouve moins de compositions originales que de froides imitations des poètes plus anciens. A côté de cette poésie religieuse, les Hébreux avaient une poésie profane, bachique {Esaîe XXIV, 9) et erotique, dont U ne nous est rien resté, si ce n'est le Cantique des Cantiques, un véritable chef-d'œuvre * .
* Voir Wolf, Veher die Lais, Sequenzen und Leiche, Heidelb.. 1841, in-8^
La poésie didactique ou gnomique se compose, comme son nom l'indique, de courtes sentences ou maximes morales, d'aphorismes et de proverbes, fruits de Texpérience du peuple, dont la sagesse s'exprime volontiers en images et revêt sa pensée d'une forme rhythmique |. Ce genre de poésie, très-populaire en Orient ^, et dont l'anthologie connue sous le nom de Proverbes de Salomon, nous offre le plus parfait modèle, prit plus tard, dans le livre de Job, une forme plus sévère et plus noble et osa aborder les problèmes les plus importants de la religion et de la morale. Mais il portait en lui-même un germe de mort : le scepticisme, qu'on voit poindre déjà daiis Job. A l'époque de la naissance de Jésus-Christ, la poésie gnomique avait disparu depuis longtemps; le livre de l'Ecclésiaste est déjà écrit en prose, en une prose, il est vrai, coupée symétriquement en versets.
La poésie hébraïque abonde en images brillantes, en comparaisons, en métaphores hardies; elle se distingue de la prose non-seidement par un grand nombre d'expressions et de locutions propres ou au moins employées seulement par les prosateurs d'un âge postérieur, par certaines formes grammaticales et certaines flexions syntaxiques inconnues à la prose, par des licences qui ne seraient pas permises dans les discours ordinaires, mais elle s'en éloigne encore et surtout par la symétrie rhythmique des membres du vers ou stiques (<yT{yoi). La symétrie est en effet la loi générale de la poésie hébraïque; elle règle la structure du
* Bhode, De veterum poetarum sapientiâ gnomicfi llebfsoram imprimis et Gr»corum, Havn., 1800, in-8«.
s SehitUens, Anthologia senteotiarum arabtcarum, Lugd. Bat., 1772, in-4'*. — SUvestre de Sacy^ Pend-Nameh ou le livre des conseils de Férid-eddin Altar, Paris, 1819, in-8«.
vers comme celle de la strophe *, car les Hébreux n'avaient ni rime, ni quantité, ni par conséquent de vers mesurés par le nombre des mots ou des syllabes longues et brèves; ils n'avaient, comme les anciens Romains et les Grecs, dans leurs chants populaires ', que des vers rhythmés, et leur rhythme consistait en la juxtaposition de deux propositions identiques ou contraires, exprimées souvent par le même nombre de mots, disposés parfois dans le même ordre ', d'où résulte ce qu'on appelle le parallélisme des membres. Quelquefois, il est vrai, le vers ne consiste qu'en un seul stique ou membre, comme Ps. cxxxix, 1 :
Éternel, tu me pénètres et me connais;
OU bien en deux membres qui ne sont point parallèles, comme ^
Ps. XLV, 4 :
Guerrier, ceins à tes flancs ton épée, ta parure et ta gloire;
mais ces exemples sont si rares dans l'âge d'or de la littérature hébraïque qu'ils confirment plutôt qu'ils ne détruiseçt la règle de la symétrie rhythmique ou du parallélisme. Or le parallélisme des membres peut être synonymique, antithétique ou synthétique, selon qù'U consiste, soit dans la répétition de la môme pensée (que le poète se serve des mêmes mots ou d'expressions synonymes), par exemple :
* Kôsten, Die Strophen oder der Parallelisrous des Verse der hebriiischen Poésie, dans les Theologische Studien und Kritiken, année 1831» cah. I, p. 40 et suit.
* Lersch, De versu quem voeaot Saturnio, Bonn, 1838, in-8'.
> Leutwein, Versuch einer richti^en Théorie von der biblischen Vcrskunst, Tûbing., 1775, in 8% p. 51 et guiv.
Ps. viu, 5 :
Qii*est-ce que rbomme, pour que tu songes à ki? et l'enfanUd'AdaiDi pour que tu regardes à lui?
Ps. XIX, 2 :
Les cieox racontent la gloire de Dieu,
et le firmament proclame TœuTre de ses mains;
Prov^ VI, 20 :
Garde, mon fils, le précepte de ton père, et ne néglige pas les leçons de ta mère;
Prov. XIV, 19 :
Les mécha||s s*inc]inent devant les bons, et les impies, à la porte du juste;
soit dans l'opposition des pensées, par exemple : Ps. I, 6 :
L*Éternel a Tœil sur la voie des justes, mais la voie des impies mène à la ruine ;
Ps. XX, 8 :
. Ceux-ci font gloire de leurs chars, ceux-là de leur cavalerie, mais nouS| c'est du nom de l'Étemel notre Dieu;
Prov. XI, 1 :
La balance fausse est Tabomination de TÉternel, mais le poids juste lui est agréable;
Esaïe, I, 3:
Le bœuf connaît son possesseur, et Tàne la crèche de son maître ; Israël ne le connaît pas, mon peuple ne le distingue pas;
soit dans le développement logique d'une pensée ou de pensées identiques, par exemple :
Ps. XIX, 8:
La loi de I^Ëternel est parfaite, elle resUure rflme;
le témoignage de rÉternel est sûr, il rend sage le simple ;
Ps. XLU, 2 :
Comme une biche languit après on couraqt d*eau, ainsi mon âme languit après toi, mon Dieu;
Ps, xci, 12 :
Ils te porteront sur leurs bras,
De peur que ton pied ne heurte la pierre;
Ps. CIV, 8 :
Us montagnes montèrent, les vallées descendirent à la place que tu leur assignas ;
Prov. XX, 20 :
De quiconque maudit son père et sa mère, Le flambeau s'éteint au sein des ténèbres.
Par les exemples que nous venons de donner, il est aisé de pressentir que le vers hébreu consiste le plus ordinairement en un distique dont les membres peuvent-être de longueur fort inégale. Le nombre des syllabes du stique peut varier en effet de 3 ou 4 à 12 ou 18 ; cependant cette forme de la poésie hébraïque resterait d'une insupportable monotonie, si les poètes' ne se permettaient toute sorte de licence, s'ils n'usaient de toutes les ressources de la langue, de toutes les figures du style, pour rompre cette 'monotonie et pour introduire un peu de variété dans leurs productions. Souvent, surtout dans les beaux temps de la littérature hébraïque, ils brisent le distique, par exemple, en coupant en deux Tun des membres,
Ps. xLvm, 12 :
La montagne de Sion est dans la joie, et les filles de Juda dans l'allégresse à cause de tes jugements;
Ps. Lxxxiv, 11 :
Car mieux vaut un jour dans tes parvis, que mille autres ; j*aime mieux me tenir au seuil de la maison de mon Dieu, que d*habiter les tentes de l'impiété.
Dans ce cas, il est rare que les trois membres soient parallèles, comme dans Ps. I, 1 :
Heureux Thomme qui neisuit point le conseil des impies,
et ne pratique point la voie des pécheurs^
et ne prend point place au cercle des moqueurs.
Le plus souvent dans le tristique, le parallèle n'est établi que sur deux, et le troisième membre offre une idée qui complète ou explique ce qui est énoncé dans les deux autres, par exemple :
Ps. n, 2 :
Cette levée des rois de la terre et ces princes en conseil assemblés contre l'Ët» nel et contre son oint.
Ps. u, 8 : • ^
Demande-moi,
et je te donnerai les nations en héritage
et en propriété les extrémités de la terre.
Esaïe vm, 17 :
Et je compte sur TÉtemel
qui cache sa face à la maison de Jacob, «
et j'espère en lui.
Cette forme de vers produit surtout un bel effet lorsque le premier stique comprend deux idées qui se trouvent développées dans le second et le troisième, par exemple,
Cantique i, 5 :
Je suis noire et gracieuse, filles de Jérusalem, (noire) comme les tentes de Cédar, (gracieuse) comme les draperies de Salomon.
Quelquefois aussi le poète réunit deux distiques qui forment un tétrastique, limite que les bons poètes ne dépassent guère, et alors il est rare que les quatre stiques soient parallèles comme dans
Esaïe un, 3 :
Il est méprisé et délaissé des hommes, homme de douleurs et familiarisé avec la maladie, et comme celui qui se cache le visage devant nous, méprisé, et nous ne fîmes aucun cas de lui.
Ordinairement il n y en a que deux qui correspondent, soit le premier avec le quatrième, et le second avec le troisième, par exemple,
Ps. I, 3 :
- Il est comme un arbre planté près d'une eau courante, qui donne son fruit en sa saison, et dont la feuille ne se flétrit point ; •
tout ce qu'il fait est suivi de succès ;
soit le premier avec le troisième, par exemple, Esaïe IX, 9 :
Des briques se sont écroulées,
et en pierres de taille nous rebâtirons;
des sycomores ont été coupés,
et par des cèdres nous les remplacerons.
Cependant il y a des exemples de tétrastique où trois membres sont parallèles, ainsi dans Esaïe, IX, 3 :
Le joag qui lui pèse,
la verge qui bat son épaule,
et le bâton de son oppresseur,
tu les brises comme à la journée de Madian.
C'est en alternant ainsi souvent avec beaucoup d'art le parallélisme simple avec ce parallélisme qu'on peut appeler complexe, que le poète hébreu évitait jusqu'à un certain point le danger de la monotonie, danger d'autant plus redoutable qu'il naissait déjà de l'identité des images qu'il employait, images presque toutes empruntées à la nature de l'Orient, surtout de la Palestine, ou à l'histoire nationale.
Ce ne sont pas les seules singularités de la poésie hébraïque, si diflfiérente de la poésie grecque et de la poésie latine. Quelquefois on rencontre non-seulement des vers, mais des strophes entières qui riment, comme dans le chant de Lémec {Gen. iv, 23-24), dans les plaintes de Job (Jotxvi, 42) et surtout dans le Cantique des Cantiques; mais cette uniformité du son dans la terminaison des mots est probablement moins le fait du poète que celui de la langue. D'autres fois, les vers d'un morceau de poésie commencent chacun par une des lettres de l'alphabet hébreu dans leur ordre grammatical; mais cette forme artificielle qui rappelle l'acrostiche, ne se rencontre que dans les poèmes de la décadence^ par exemple P«. xxxvii et cxi. Enfin nous signalerons encore une forme de poésie tout-à-
fait particulière à Thébreu * où le dernier mot, parfois la dernière pensée du vers, se trouve répété dans le vers suivant. Les psaumes cxx à cxxxiv, ainsi que le cantique de Débora {Juges v), en ofirent des exemples.
lie llTre de #ob.
Garnett, À disserUlion on the Boo^l of Job, its Nature, Argument, Age and Author, 3*é()it., Lood , 1-751, in-4*. — Bellermanny De libro Jobi, nom sit historia, an fictio, Erf., 1792, in-4». — Umhreit, Das Buch Hiob, 2* édit., Heidelberg, 1832, in-S». —Amheim, Das Buch Job, Glogau, 1836, in-8*. — Hirxel, Hiob erkiërt, Leipz., 1839, in-8'*. — Stickel, Das Buch Hiob, rhythmisch gegliedert und iibersetzt mit exegetischen und kritischen Bemerkungen, Leipz., 1842, in-8". — GleisSj Beilrage zur Krilik des Bûches Hiob, Hamb., 1845, în-8». — Magnus, Commentar zom Buch Hiob, Halle, 1851, in-8''.
Ce livre qu'Ewald considère comme le chef-d'œuvre de la littérature hébraïque ^, est un poëme didactique dialogué, où des discours en vers sont encadrés dans un texte en prose. Séduits par la beauté générale du style et la délicatesse de rinvention poétique, quelques-uns ont cru reconnaître dans cet ouvrage le cachet de Moïse, ou tout au moins de Salomon *, et rien pourtant, si Ton en excepte la langue, n'y révèle une origine juive. La scène se passe, non pas en Palestine, mais dans le pays de Utz, sur les frontières de Tldumée et de l'Arabie {Lamentât, iv, 21). Job lui-môme et ses amis sont Iduméens : Eliphas a vu
* Elle se retrouve cependant jusqu*à un certain point dans notre triolet.
2 Ewald, Die poetisch. Bûcher des Altcn Buûdes, t. UI, p. 449.
' lotcf/t. De sacra poesi hebrsBorum, édit. de Michaeiis, Gottingue, 1758, in-12.
le jour à Théman, ville célèbre par le nombre de ses sages {Jérém. XLix, 7; Abdias^ 8-9); Bildad à Such, ville située entre la Palestine et FEuphrate ; Tsophar est originaire de Naama, ville de Juda, mais sur les frontières de Tldumée (Josué xv, 41); enfin Elihu est natif de Buz près de Théman {Jérim. xxv, 23). Bien plus, pas une seule allusion n'y est faite au mosaïsme ni à l'histoire des Israélites, et même jamais, quand l'auteur fait parler ses personnages, Dieu n'est désigné sous le nom de Jéhovah, si ce n'est dans un seul passage (xii, ô) très-probablement altéré par quelque copiste ', et dans le Prologue et l'Épilogue écrits en prose et ajoutés évidemment plus tard et par une autre main au poème proprement dit. Cette hypothèse étant inadmissible, d'autres commentateurs, même parmi les rabbins ', ont regardé Job comme un personnage fictif créé par l'imagination d'un poète, et le livre qui porte son nom comme une composition parabolique, artificielle et profane. Cette opinion est beaucoup plus probable que celle qui veut voir dans Job un personnage réel, historique; car si Job est mentionné dans Ézéchiel xiv, 14, dans Tobit n, 12, dans Tépître de Jacques v, 11, et même dans le Koran (sur. xxxviu, 40-44), cela prouve seulement que le livre qui porte son nom était connu des auteurs de ces ouvrages, et si les Arabes montrent encore aujourd'hui son tombeau, il ne faut pas oublier que c'est en cinq ou six endroits différents ', La supposition la plus vraisemblable, comme le reconnaissait déjà Luther ^, c'est
* Dans les manuscrits, on lit Âdonaï, au lieu de Jéhovah. 3 Talmud, Baba Bathra, c. t, fol. 15.
' Niehuhr^ Reiseheschreibung nacb Arabien und andern umliegenden LSoderOf Kopenhag., 1774-1778, 2 vol. in-4», t. I,p. 466.
* Luther, Opéra, éd. Walch, t. XXH, p. 2093.
que Tanonyme, à qui nous devons cet admirable poème, s'est contenté, dans l'intention de combattre au point de vue universaliste le dogme théocratique de la rémunération, de mettre en œuvre une ancienne légende iduméenne, en ^orte que la biographie de Job n'est plus que l'accessoire et que la partie didactique y occupe le premier rang. Le Prologue, qui est écrit en prose et remplit deux chapitres, sert comme d'introduction au poème. Jéhovah y est peint comme un émir arabe, délibérant avec les Élohim ou les pères de famille sur les affaires qui concernent la tribu. * Dans cette assemblée se glisse, comme cela peut arriver à un serviteur de confiance, Satan dont la charge est de parcourir le monde, d'observer ce qui s'y passe et de le rapporter à Jéhovah. Ce n'est iX)int encore un être méchant par essence, comme l'Ahriman persan; seulement il est malin, fort enclin à médire et surtout fort soupçonneux ; aussi craint-il de s'en laisser imposer par la vertu de Job, qui poiurait être de l'hypocrisie. Il demande donc à l'éprouver, et Jéhovah y consent parce qu'il veut fournir à Job l'occasion de montrer combien sa piété est solide. Job est donc cruellement frappé, non-seulement dans sa personne, mais dans ses enfants et dans ses biens •, quoiqu'il n'ait rien fait pour s'attirer tous ces malheurs. Comment concilier ce qui lui arrive avec la justice divine? Comment se peut-il que la vertu et le bonlieur ne soient pas toujours corrélatifs? tel est le sujet du poème.
La discussion s'engage sous une forme dramatique, dès le chapitre m, par une plainte amère de Job, qui maudit le jour de sa naissance. Éliphas lui répond, (iv-v) avec
< On remarquera dans rénuméraUou de ses enfants et de ses troupeaux la répétition des nombres sacrés 10, 7 et 3.
douceur d'abord, puis avec moins de ménagements (xv, xxn), en s'appuyant sur l'opinion dominante chez les peuples de Fantiquité, que le mal physique est toujours le châtiment du péché, que qui souflfre est nécessairement coupable, quelque innocent qu'il paraisse, d'où il conclut que Job a dû commettre quelque transgression puisqu'il a été puni. Bildad défend la même thèse (vni, xvm), mais avec plus d'emportement, en reprochant à son ami de nier la justice de Dieu, et Tsophar enfin, qui joue certainement dans la discussion le rôle le moins brillant, répète en les exagérant, dans deux discours aussi prolixes que pauvres en raisons nouvelles, les arguments des deux philosophes iduméens (xi, xx). Réfugié dans la conscience de son innocence. Job ne se laisse pas convaincre; il persiste à soutenir que le mal n'est pas toujours le châtiment du péché, et s'il reconnaît que l'impie n'est pas toujours heureux (xxvn, 7-23, cf. xxi, 7), s'il confesse que Dieu est tout sage (xxviii), il n'en continué pas moins à soutenir que son infortune est imméritée, et après une vive peinture de sa misère, peinture hardie qui touche presque au blas-. phème et qui contraste singulièrement avec le prologue où Job est peint comme un modèle de patience, sa douleur éclate en une magnifique prière, où il supplie Dieu de lui faire grâce et de le délivrer. Il semble que le poème devrait se terminer ici; mais le problème n'était pas résolu et un poète postérieur d'au moins un siècle a cru devoir ajouter un épisode (xxxn-xxxvii) qui pourrait fort bien être retranché sans que cette suppression nuisit à l'ensemble, n y fait intervenir un quatrième interlocuteur, Élihu, qui, dans un tout autre esprit que celui du poème et dans un, style très-difiérent, froid, lourd, prétentieux, obscur,
diffus et fortement empreint d'une couleur araméenne, par ex. srr pour nvT (xxxii, 6), ip pour oniya (xxxpi, 25), h^v pour rfr\v (xxxiv, 10), abandonne la thèse de morale vulgaire défendue par les trois autres, affirme que le mal n'est pas un châtiment, maii? une épreuve, un moyen d'amendement pour le pécheur,, et que Job a pu pécher à son insu, par excès de confiance et par orgueil, transgression dont il lui suffit de se repentir pour obtenir son pardon. Enfin apparaît Jéhovah lui-même (xxxviii-xlii, 6), non pas pour donner la solution de l'insondable problème, mais pour prouver à Job, par quelques questions sur les mystères de la nature, que les voies de la Providence sont au-dessus de l'intelligence humaine; que l'homme doit renoncer à les pénétrer; qu'il doit se contenter de rendre à Dieu ce qui lui est dû, c'est-à-dire une soumission absolue, une adoration sans condition. H reconnaît, d'ailleurs, dans TEpilogue (XLU, 7-17), écrit en prose comme le Prologue, que Job a parlé plus , sagement que ses amis et il lui rend en biens terrestres plus qu'il n'arvait perdu.
Le but de cette théodicée poétique est évident. Le poète voulait combattre les doutes soulevés par la téléologie des Israélites, en montrant que l'homme pieux peut être mis à de rudes épreuves, mais qu'il doit les accepter avec soumission et avec confiance en la justice divine, certain que Dieu finira par l'en délivrer et par le récompenser sur cette terre. Ce grand problème de l'existence du mal, il le met pour ainsi dire en action, il le personnifie en Job, qui perd par une subite catastrophe sa fortune et sa famille, et qui est frappé lui-même d'éléphantiasis, la plus douloureuse et la plus incurable des maladies. Ses souffrances sont si cruelles qu'elles le jettent dans le désespoir et du désespoir
presque dans le blasphème; cependant il n'oublie jamais la nécessité d'une conscience pure, et il finit par confesser la témérité de ses doutes sur la sagesse et la bonté de Dieu.
La plus grande incertitude règne sur Tépoque où ce poème a pu être composé. Par la fraîcheur et la richesse de la langue, Fart de la disposition, la profondeur des idées, la magnificence des tableaux, il appartient incontestablement au plus beau siècle de la littérature hébraïque. Une foule d'indices conduisent à la même conclusion, tels que allusions fréquentes à des usages d'une civilisation déjà développée, raffinée même {Job m, 15; xiu, 26; xv, 26; xx, 24; xxvu, 16; xxvui, 17; xxxi, 35), mention de l'or d'-Ophir (xx, 24) et des Chaldéens (i, 17), doctrines des anges et de Satan (i, 7; IV, 18; V, 1; xv, 15), connaissances astronomiques (ix, 9; XXVI, 13; xxxviii, 31-32) *, zoologiques (xxxix) et métallurgiques (xxviii), mention enfin de villes murées et de champs cultivés (xv, 28; xxiv, 12; xxix, 7; xxxix, 7). D est vrai, d'un autre côté, que l'auteur transporte la scène de son drame dans l'âge patriarcal et qu'il nous peint Job non-seulement comme le chef, mais comme le prêtre de sa famille {Job i, 5); mais il est évident que c'est par une fiction poétique, puisque tout dans son ouvrage trahit une composition d'une époque beaucoup moins ancienne. L'opinion la plus vraisemblable, contre laquelle on ne peut arguer de la perfection de la langue en présence du Pseudo- Ésaïe, est qu'elle ne remonte pas au delà du règne de Manassé, c'est-à-dire au vu* siècle avant notre ère; peut-être même descend-elle à une date encore plus moderne, puisque
* Les constellations dont H parle sont les Pléiades, HD^^, Orion, S^D3, la Grande-Ourse» WV, le Dragon, tfn^. Il parle même du Zodiaque rîltD*
la première mention de Job se trouve dans Ézéchiei, xiv, 1 4, et que le livre qui porte son nom n'est cité, pour la première fois, que dans le texte latin de Tobit ii, 12, 15. Quoiqu'il en soit. Fauteur était juif de naissance, et Ton peut ajouter qu'il habitait très- vraisemblablement sur les frontières de Juda et de l'Arabie. C'est la seule hypothèse qui explique d'une manière satisfaisante les connaissances qu il possédait sur les sites et les mœurs de l'Arabie {Job xxn, 6-7; XXIV, 2; XXX, 2-8; vi, 18, etc.), sur les coutumes de l'Egypte et ses monuments. {Job m, 14 ', vm, H, ix, 26, xiv, 17, XLV, 10, 20).
lie* PMtvmes.
Fenema, Commentarii ad Psalmos.Leovard., 1762-t767, 6 vol. in-4'*. — Home, ACommentaryontheBookofPsalms, Oxford, 1776, 2 vol. iD-4^ — De Wette, Commentar ûber die Psalmen, 4* édit., Heidelb., 1836, 4 vol. io-S*. — Kaiser, Zusammenhàngende historische Erklfirung der fûnf Psalmbûcher, aïs National- Gesangbuchs, Niirenberg, 1827, in-8^ — Hitiig, Die Psalmen, Heidelb'., 1835-36, 2 vol. in-8<>. — Koester, Die Psalmen nach ihrer strophischen Anordnung iibersetzt, mit Einleitiingen und Anmerkungen, Kônigsberg, 1837, iD•8^ — Hengstenberg, Commentar uber die Psalmen, 2* édit., Berlin, 1849-1852, 4 vol. in-8'*. — Thqluck, UeberseUung und Auslegung der Psalmen, Halle, 1843, in-8-.
Sous le nom de livre des Psaumes, l'Ancien Testament contient une anthologie de 180 poésies lyriques, composées par divers auteurs, à des époques et dans des circonstances très-différentes et offrant les caractères les plus dissemblables, depuis l'hymne religieuse jusqu'au dithyrambe.
4 ri5in, oiot égyptien qui signiflc pyramides et que Martin traduit par solitudes; Perret-Gentil, par tombes,
Pas une ne remonte au delà de David, mais quelques-unes descendent jusqu'au temps des Macchabées; -car le prophétisme avait disparu depuis des siècles que la poésie lyrique était toujours florissante ; les lettres écrivaient en hébreu assez pur, longtemps après que la langue araméenne était devenue la langue du peuple juif.
Le livre des Psaumes se compose de trois recueils bien distincts, formés successivement. Dans tous, les sentiments exprimés par les poètes sont les mêmes : soumission sans bornes à la volonté de Dieu, confiance absolue en sa justice ou en sa bonté, reconnaissance profonde pour ses bienfaits, horreur du péché et repentance sincère après une chute, haine implacable et féroce contre les païens. Dans tous aussi, ridée qu'ils se forment de la divinité est grande et noble, qu ils désignent Dieu sous le nom de Jéhovah, qui prédomine dans le premier et le troisième recueil, ou sous celui d'Elohim, plus fréquemment employé dans le second. Le premier recueil comprend les psaumes i-xli; le second, les psaumes xm-Lxxxix; le troisième, les psaumes xc-cl. Dans ce dernier ont été fondus trois autres recueils moins considérables : 1** Psaumes xcii-c, qui offrent entre eux une grande analogie quant aux pensées, au coloris et à la langue ; — 2** Psaïunes cxx-cxxxrv, qui différent des autres pour le fond et pour la forme ajitant qu'ils se ressemblent entre eux; ce sont des cantiques de pèlerins rentrant dans leur patrie; — 3** Psaumes cm-cvu, cxi-cxvui, cxxxv, cxxxvi, cxLVi-ci., cantiques d'actions de grâces composés pour le culte après la reconstruction du temple par Néhémie. Cette division, fondée sur les critères internes, est beaucoup plus rationnelle que celle des Juifs qui partagent les psaumes en cinq livres : i-xu, xlu-lxxii, lxxiii-lxxxix,
xc-cvi, cvii-CL, par Tunique raison que c'est le nombre des livres du Pentateuque.
La Bible hébraïque ne compte que 150 psaumes, mais il y en a 151 dans la Septante, qui oflfre aussi quelques différences dans Tordre des numéros, comme on le verra par le tableau suivant :
Ps.