‹ Théologie bibliqueChapitre 22 sur 37 · VI, 2N22. IV · texte numérisé non relu

VI, 2N22. IV

Plusieurs Qiît conclu de là que Tépître aiwf ^pb^ens n'^tiftit point destiuée à une égUae paftiç^^ère^ i^flis était une espèce d'encyclique^ qui dçv^,xt cirç\ileF ^W^l* les églises dç l'Asie mineur^ *. Çettç hypothèse ^l^^^^• querait d'uçieî manière ç^çz ^^.tiçfftisantç ppurqw^ a, pe s'y trouve rien de local^, rieiî de personnel, rien 4© pwtiçuUjÇr à tçlle qn liell^ égUs^ et pourquoi Paul se perftitj tenu 8\y le terrain (}es g^rq,Jités, sei l?omapt ^ pr^sçntey ^ i^i^ lecteurs le Christ CQWWO le chef de VÉglisq universçllg, à exhorter les fidèles à fuir les divisions et les schismes, à Q'alwitenir dei? vices des Gentijs, à mener une vie chrétienne, à rester fermes dans les persécutions, à prier pour tous les fidèles et particulièrement pour lui, qui était alors en prison. Elle expliquerait aussi comment Marcion * et d'autres ont pu croire que cette, épître était identique avec celle aux Laodicéens, dont il est parlé Colossiensiv, 16; mais elle ne rend pas compte de la différence notable de style qu'on remarque entre l'épître aux Éphésiens et d'autres lettres de saint Paul, et bien moins encore d'un certain nombre d'opinions qui ne semblent pas rentrer

« irul/i, Epistola ex Laodiceâ in encyclicâad Epbesios adservata, Erlang., 1751» in-4''. — Schneékeriburger, BeitrSige zur Einleitung ins N. T. und zur ErkUrung 86mer sehwierigen Stellen, StuUgard, 1832, n* 13.

2 TertuUien, Conin Marcionem, lib. V, c. 11, 17.

dans son système théologique. Le style est moins concis, moins elliptique, moins riche en tropes hardis et en synonymes, et Ton y signale plusieurs expressions qui ne se rencontrent dans aucune autre épître de Paul ou qui y sont prises au moins dans une autre acception ^ Quant aux doctrines, les idées démonologiques exposées chap. n, 2 et chap. VI, 12 paraissent étrangères à la conception paulinienne du christianisme, de même que l'explication allégorique (chap. IV, 8-10) du vers. 19 du psaume Lxvm, et l'allégorie du mariage et de Téglise {Éphés., v, 23). Ne semble-t-il pas que l'on doive conclure de tout cela que l'épitre aux Ephésiens n'est pas de Paul, mais d'un de ses disciples, ou tout au moins tenir pour suspect le témoignage de l'antiquité qui la lui attribue? * Si on la regarde comme authentique, on doit admettre qu'elle a été écrite pendant la captivité de l'apôtre à Koine {Éphés. m, 1 ; iv, 1), c'est-à-dire vers l'an 63 ou 64 de notre ère.

* Par exemple l^apCrcoffcv i^^Biç (I, 6), lxXif;pa»OY)fAev (I, 11), ili^ùcfu (III, 18), x\j€tia (IV, 14), (i€Ôoôe(a (VI, 11), T^t irveufxaTixi (VI. lî) 2 Irénée, AUv. Hœres., 1. V, c. ii, i 3.

. §68. J^lire aux Phlli»»leB««

Storr, Disserlalio exegetica in Epistolam ad Philippenses, Tttbing., 1783, in-4''. — Rheinwald, Commentar ûber deo Brief Pauli an die Phiiipper, Berlin, 1827, in-8*. — Matthies, Erkfàning des Briefes Pauli ao die Pbilipper, Greifswald, 1835, in-S**. — Van Hengel, Commentarias perpetuus in Epistolam Pauli ad Philippenses, Leyde, 1838, in-8\ — A. Rilliet, Commentaire sur.l'épitre de l'apdtre Paul aux Philippiens, Genève, 1841, in-8<*.

Cette épître, qui se distingue plus qu aucune autre de Paul par le ton d'une cordiale affection, fut écrite à Toccasion d'un secours en argent que Téglise de Philippes envoya à Paul vers la fin de sa détention à Rome, Tan 64 ou 65 de notre ère {Philipp. i, 7, 12-14; ii, 17; iv, 22). Nous savons déjà que Philippes avait été la première ville d'Europe où Paul avait prêché l'Évangile, lors de son second voyage de mission [Actes x\i^ 12; xx, 1-6). Le succès qu'il y obtint fut tout-à-fait propre à le confirmer dans sa résolution de s'adresser aux Païens plutôt qu'aux Juifs, et il était resté imi avec cette église par d'intimes liens. Après avoir loué les Philippiens de leur fidélité à l'Évangile et les avoir rassurés sur sa propre situation comme captif pour le Christ, l'apôtre les exhorte à la charité, à l'humilité, à la persévérance et les met en garde contre les Judœo-Chrétiens qui, se vantant de révélations surnaturelles, essayaient d'introduire dans l'église de Philippes un respect exagéré des formes extérieures du culte ; ils ne doivent rechercher que Jésus, n'attendre leur salut que de la foi

en lui. Il termine sa lettre par des remercîments pour le don qu'il avait reçu de leur part. L'authenticité de cette épître semble avoir été confirmée par les travaux de la critique.

Épfitre «HZ ColoMle»*.'

Bàhr, Commentar ûber den Brief Pauli an die Colosser, mit steter Berûcksichligung derëlteren und neueren Ausleger, Bàle, 1833, in-S". — Bôhmer, Theologische AusleguQg des Paulinischen Sendschreibens an die Kolosser, Breslau, 1835, in-8°. — Sietger, Der Brief Paull an die Kolosser, Erlangen, 1835, in-9*. — Hutheff Commentar fiber den Brief Pauli an die Kolosser, Hambourg, 1841, in-8*.

Quoiqu'il eût deux fois traversé la Phrygie, Paul n'avait jamais visité Colosses, ou plutôt Celasses, importante ville où Antiochus le Grand avait transporté, plus de 250 ans auparavant, un nombre considérable de familles juives établies dans la Babylonie et la Mésopotamie ^, mais il avait reçu par son disciple Épaphras des nouvelles de l'église qui s'y était fondée. Elle était alors agitée par certains docteurs théosophes qui voulaient allier à une philosophie mystérieuse la stricte observation de la loi juive et les sévères préceptes de l'ascétisme ^. C'est pour combattre leurs doctrines et mettre les Colossiens en garde contre leurs erreurs, que Paul doit leur avoir écrit cette épître, vers l'an 63 ou 64 de notre ère, pour les exhorter

* Josêphe, Antiq. judaic , I. XU, c. 3, § 4.

^ Rheimoaldy De pseudodoctoribus Colossensibus, Bonn, 1834, inA", — Osiander, Uebcr die Colossiscben Irrlehrer, dans le Tûbinger Zeitschrift fur Théologie, Tub.. 1827 et suiv., an. 1834, cah, 3.

à se montrer reconnaissants de la grâce que Dieu leur avait faite par Jésus-Christ, en demeurant fidèlement attachés à la saine doctrine et en menant une vie pieuse et sainte. Les surprenantes analogies que nous avons signalées entre cette épître et Tépître aux Éphésiens, sont fort propres à inspirer des doutes sérieux sur son authenticité, qui est pourtant attestée par les Pères du m* siècle ^

Çpttres «u TlieMAlomieleB

Schotty Epistole Pauli ad Thessaloniceuces et Galatas, Lips., 1834, in-8*. — De Wette, Erklfirang der Briefe ao die Galater und Thessalonicher, Leipiig, 1841, in-8*. — Koch^ Commentar ttber die Briefe ao die Thessalonieher, Berne, 1849, in-8*.

Fondée par Paul à Tépoque de son voyage de mission et vraisemblablement visitée par lui pendant son second séjour en Macédoine, Féglise de Thessalonique n'avait pas cessé d'être persécutée par les Juifs qid y étaient assez nombreux et y possédaient une synagogue {Actes xvu, 1). Instruit par Timothée, qu'il y avait envoyé d'Athènes, de la situation de cette jeune communauté, Paul, qui se trouvait alors à Corinthe-, Tan 53 ou 54 de notre ère, jugea à propos de lui écrire non-seulement pour la fortifier contre la persécution, mais aussi pour combattre le chiliasme qui

f TertuUien, Contra Marcionem, i. V, c. 19. — Irénée, Advers. Haîres., 1. III. c. 14, 8 1. — Clément d'Alexandrie, Stromata, 1. 1, p. 277; I. IV, p. 499; I. V, p, 576; 1. VI, p. 645, édit. de Paris.

y produisait de déplorables résultats. Sa lettre se divise en deux parties. Dans la première, Fapôtre félicite les Thessar loniciens sur l'enthousiasme avec lequel ils ont reçu l'Évangile et leur rappelle la manière dont il a exercé sa charge parmi eux. Dans la seconde, il les exhorte à la persévérance, à la charité, à la chasteté et au travail; il les rassure sur le sort des chrétiens morts avant le retour du Christ ; ceux qui seront encore vivants ne jouiront d'aucun avantage sur eux, et ils doivent se tenir toujours préparés à cet événement certain, bien qu'on ne puisse en fixer là date précise. La lettre se termine par des instructions sur le don de prophétie et sur les devoirs des chrétiens.

Cette épitre n'ayant pas eu tout le résultat que Paul en attendait, et quelques-uns des chrétiens de Thessalonique ayant continué, dans leur attente impatiente de la parousie, à s'abandonner à une vie oisive et à d'autres désordres, Paul, qui n'avait pas encore quitté Corinthe, leur écrivit une seconde letfre pour modérer leur impatience et combattre leurs fausses idées sur l'imminence du retour de Jésus. L'Antéchrist devait paraître auparavant et de grandes calamités fondre sur l'Église. H termine par de nouvelles exhortations morales en insistant principalement sur l'obligation de travailler.

H est certain que pour le fond et pour la forme, ces deux épîtres portent le cachet paulinien. On peut ajouter que rien dans l'une ni dans l'autre ne contredit ce que nous savons de la vie de Paul/ Cependant la notion apocalyptique de r Antéchrist, dont on ne trouve pas trace dans les épîtres authentiques de l'apôtre ', soulève des doutes sur

* Voy. Beilrâge znr Befœrderung des vernûiiftigen Denkens, par Corrodi^ Wiil-

rauthentidté de la seconde, et comme du reste les idées concordent bien dans Tune et dans l'autre, comme Fauteur, dans la seconde, réfute clairement les fausses conséquences tirées par les Thessaloniciens de la première, surtout du passage iv, 17, il en résulte que ces doutes s'étendent jusqu'à celle-ci. L'une et l'autre, au reste, sont attribuées à Paul par la tradition du m* siècle *.

Êpfitres pastorales de Paul.

Wegscheider, Der erete Brief des Âpostels Pauli an den Timotheus, Gôtting., 1810, iD-8^ — Heydenreieh, Die Pastoralbriefe Paaii erlâutert, Hadamar, 1826-18^8, 2 vol. 10-8". — Baur, Die sogenannten Pastoratbciefe des Âpostels Paulus aufs neue kritisch untersacht, Stuttgard, 1836, iQ-8". — Matthies, Erkiârung der Pastoralbriefe, Greifswald, 1840, in-8*>. — Maek, Gommentar ûber die Pastoralbriefe des Âpostels Paulus, 2«édit., Tttblng., i84i,iD-8^ — Moller, Gommentar over Paa]iPastoralbreve,Kopenhag., 1842,in-8*'.— De WeHe,Kune Erkiârung der Briefe an Titus, Timotheus und die Hebrâer, Leipzig, 1844, ln-8*. — JRudoto, Dissertatlo de argumentis historicis, qulbus Epistolarum pastoralium origo Paulina impngnala est, Gôtting., 1852, in-8*.

Ces trois épîtres, adressées à Timothée et à Tite, deux des disciples de Paul les plus connus, ofirent des difficultés chronologiques insurmontables. Qu'elles aient été écrites par un même auteur, le fait est hors de doute; mais cet auteur est-il l'apôtre Paul, c'est ce qu'on ne saurait aucunement prouver.

terth., 1780-1801, 20 vol. ln-8», t. XIX, p. 163. — Neucs kritisch. Journal, par Winer, Nûremb., 1824-29, 9 vol. in-8% t. VIII, p. 1 etsuiv.

* Irénée, Âdv. Haeres., 1. III, c. vu, 12; 1. V, c. vi, § 1; — Clément d'AlexandrUj Opéra, p. 89 et 554, édit. de Paris. — TerluUien, De resurrectione carnis, c. 24.

Timothée, fils d'une mère juive et d'un père grec, s'était attaché à Fapôtre lors de son passage à Lystre, vers Tan 52 de notre ère {Actes xvi, 1), et Vavait accompagné dans son second voyage de mission, le servant, ainsi s'exprime Paul lui-même, comme l'enfant sert son père {Philippiens n, 22). Quelques années plus tard, vers l'an 66 ou 57, nous retrouvons Timothée à Éphèse, d'où l'apôtre l'envoya devant lui en Macédoine [Actes xrx, 22), et peu de mois après, la seconde épître aux Corinthiens {II Cor. i, 1) et l'épître aux Romains (xvi, 21) nous les montrent réimis d'abord en Macédoine, puis en Grèce. Comment concilier ces faits certains, irrécusables, puisés dans des écrits authentiques, avec / Timothée i, 3, où nous lisons que l'apôtre, avant son départ pour la Macédoine, avait laissé Timothée à la tête de l'église d'Éphèse avec charge spéciale de combattre certaines doctrines contraires au pur christianisme? Est-il vraisemblable qu'il eût quitté le poste important qui lui avait été confié pour aller presque immédiatement rejoindre en Macédoine son maître qu'il venait de quitter? Comment mettre d'accord / Tint, m, i4; IV, 13, où Paul annonce à son disciple son prochain retour à Éphèse, d'où il avait été tout récemment chassé par une émeute, avec Actes xrx, 21 ; xx, 16, qui nous parlent de son intention de visiter l'Achaïe et de se rendre de là à Jérusalem, sans passef par Éphèse, comme il le fiteflfectivement? Comment s'expliquer que Paul eût parlé à Timothée, son compagnon d'œuvre depuis plusieurs années, en qui il avait une entière confiance {I Corinth. rv, 17). » comme à un proséljrte à qui il aurait été nécessaire de donner les plus minutieuses directions et même d'exposer les préceptes du christianisme les plus élémentaires? Com-

ment concevoir aussi que Paul eût laissé Timothée à Éphèse pour combattre des hérésies dont il ne parle encore que comme d'un danger à venir dans son discours d'adieu aux anciens de cette église {Actes xx, 29-30)? Le silence absolu, enfin, gardé par Vapôtre sur les relations intimes qu'il avait dû conserver avec les chefs au moins d'une commimauté fondée par lui, ne serait-il pas inexplicable? Pour résoudre ces difficultés, on a eu recours à des hypothèses forcées, inadmissibles, et la première épitre à Timothée reste incompréhensible au point de vue historique. Tout, ce* qu'on peut affirmer c'est qu'elle n'a pas été écrite avant l'arrestation de Paul à Jérusalem, l'an 59;

La seconde, moins générale, plus personnelle, daterait, selon l'opinion commune, de la captivité de Paul à Kome. S'il n'y a rien dans l'épître qui contredise directement cette opinion, il n'en est pas ainsi des circonstances historiques. D'après // Timothée iv, 9, Timothée était absent de Rome, puisque l'apôtre l'invite à venir le rejoindre avec Marc (// Tim. iv, 11); or, comme, d'après d'autres lettres écrites par Paul pendant sa détention à Eome {Philipptens 1, 1; Philémon 1, 24), Timothée et Marc étaient auprès de lui au moment où il les écrivit, Al en résulte clairement que la seconde épitre à Timothée est d'une date antérieure; ce qui est confirmé par Philémon 24, comp. à II Tim, iv, 10, et le serait aussi par Colossiens i, 1, comp. à II Tim, iv, 9, si l'authenticité de cette dernière épître était mieux établie. Mais si elle 9 été écrite dans les premiers mois de sa captivité, comment expliquer // Timothée nr, 6 : Car, pour moi, je sers déjà de libation , et le moment de mon départ approche^ surtout si l'on compare ce passage avec Philémon 22 et Philippiens i, 25; u 24? Comment, en outre,

faire concorder // Tim. nr, 13, 20 avec Fitinéraire que les Actes nous donnent du voyage de saint Paul depuis Césarée jusqu'à Kome {Actes xxvu-xxvm)? Comment Paul pouvait-il oublier un manteau à Troas et laisser Trophime k Milet, où son navire n'avait point touché? On a essayé de répondre à l'objection par l'hypothèse d'une seconde captivité de Paul à Kome, entre les années 68 et 68. Mais historiquement cette seconde captivité n'est rien moins que prouvée. Il serait d'abord étonnant que Paul eût été remis en liberté au moment même où commença la persécution de Néron contre les Chrétiens Ml le serait encore davantage qu'il n'eût fait aucune allusion à son élargissement, dans sa seconde épître, ou qu'il n'eût pas au moins rappelé, par un mot à Timothée, qu'il avait été le compagnon de sa première captivité, au lieu de lui parler de sa mère et de sa grand'mère, ou de reporter ses souvenirs sur des événements auxquels son disciple n'ayait pas été directement mêlé. Plusieurs circonstances, la présence de Luc et l'absence de Timothée, entre .autres, confirmées l'une et l'autre par les Actes, tendent, d'ailleurs, à prouver que cette épître fiit écrite pendant la première captivité, probablement vers l'an 62 ou 63. Le premier Père de rÉglise qui parle d'un second emprisonnement de Tapôtre est Clément de Rome ^. Origène n'en sait encore rien, et Eusèbe lui-même ne peut s'appuyer que sur la tradition *. n est vrai qu'il croit en trouver des preuves dans l'épître même, mais c'est aussi sur la même épître que s'appuient ceux qui en contestent l'authenticité. Ds font observer

* Tacite, Annal., I. XV, c. 44.

^ Clément de Rome, Epistola ad Corinthios, c. 5.

> Eusèbe, Hist. ecclés., I. II, c. 22.

que le conseil 4onné par saint Paul à Hmothée de fuir les convoitises juvéniles (// Timothée ii, 22), serait assez étrange adressé à un homme d'environ 35 ans *, et ils trouvent invraisemblable que Paul eût rapporté (// Timothée m, 8) sur Jannès et Jambrès, les magiciens de Pharaon ^, une tradition juive qu'on retrouve dans la littérature rabbinique *.

La troisième des épîtres pastorales de Paul est adressée à Tife, païen de naissance, converti par Tapôtre et son actif compagnon d'œuvre. Elle oflfre plus d'ordre et de suite dans les idées que la première à Timothée, quoiqu'elle roule sur le même sujet : tracer l'idéal d'une communauté chrétienne; mais il n'est pas moins difficile de la classer chronologiquement. Il n'est pas aisé, en effet, de trouver, dans la vie de l'apôtre, place pour un voyage apostolique en Crète {Tite i, 8), ni pour un séjour à Nicopolis {Tite m, 12). La plupart des commentateurs mettent ces deux événements entre la première et la seconde captivité, c'est-à-dire que les deux dernières épîtres pastorales auraient été écrites vers le même temps *; mai» comment concilier alors Tite i, 5, où nous voyons Tite organiser Téglise de Crète avec // Timothée nr, 10, qui nous le montre en Dalmatie ?

De ce qui précède ne naît-il pas une foule de doutes légitimes sur l'authenticité des trois épîtres pastorales, qui se distinguent d'ailleurs des autres épîtres de Paul, quant

* Timothée devait avoir au moins ime vingtaine d'années lorsqu'il devint le compagnon de saint Paul, Tan 52, et la seconde captivité tomberait Tan 68.

3 Michaelis, De Janne et Jambre, Halle, 1747, in-4*.

» Jalkut Simeoni, Francf., 1709, In-fbl., fol. 52 et suiv.

4 M. Renss (HUt. de la théologie chrétienne, édit. de 1852, t. H, p. 29), place avant Tannée 59 la rédaction de Tépître à Tite et de la première à Timothée; mais cette opinion soulève de plus nombreuses difficultés encore.

au fond et quant à la forme, par des caractères tout particuliers.

Le style d'abord est très-différent. Plus clair et plus simple, plus coulant et plus rapide que celui de Paul, il présente aussi des mots nouveaux et des tournures étrangères à la phraséologie de Fapôtre. Ainsi la salutation habituelle de Paul : que la grâce et la paix vous soient don-nées {Rom. i, 7; TCor. i, 3; Il Cor. i, 2, etc.), est remplacée ici par : Grâce, miséricorde, paix de par Dieu (/ Tim. i, 2; // Tim. I, 2; Tile 13 4). Nulle part ailleurs on ne rencontre les noms de fables et de généalogies appliqués aux hérésies, ou celui de Sauveur à Dieu ^ . La formule de transition : Cest une vérité certaine, est particulière aussi aux trois •épitres pastorales, ainsi que ces circonlocutions et ces formules SiSaaxaXia bywlyouaoL (/ Tim. I, 10; // Tim. IV, 3; Tite i, 9; U, 1), XtÎYOt ôytaivovTeç (/ Tim. VI, 3; // Tim. I, 13), Xoyoç

trfii(;{Tite II, 8); eOce^îG; Çriv (// Tim. ni, 12; Tite 11, i2); fiixm^piofv TTjç eôaeCeCaç (/ Tim. III, 16), etc., etc. Or, pendant son apostolat, Paul s'était fait, en quelque sorte, une langue à lui, qui distingue son style de celui des autres écrivains du Nouveau Testament, et il lui eût été d'autant plus difficile de substituer à ses expressions et à ses formules favorites d'autres mots et d'autres locutions, qu'il n'était pas trèsfort en grec. Pourquoi d'ailleurs, s'il avait, sur la fin de sa vie, modifié à ce point sa manière d'écrire, ne retrouveraiton pas les mêmes façons de parler dans celles de ses épîtres authentiques qui, comme celle aux Philippiens, datent de la captivité?

Sous le nom vague de fxueoi, propre, comme nous l'avons

« Voy. 7 Tim., i, I ; 11, 3 ; iv, 10; TUe, 1, 3; if, 10.

dit, aux trois épîtres, Fauteur condamne des hérésies qui, vraisemblablement n'ont pris naissance qu'après la mort de Paul et qui semblent le produit d'un mélange de la gnose païenne avec l'ascétisme pharisaïque. Autant qu'on peut en juger, en effet, par ce qu'il nous apprend de leurs doctrines, ces hérétiques se vantaient de connaissances supérieures sur le mondç invisible [I Tim. i, 4; // Tint, iv, 4; Tite m, 9) et s'enorgueillissaient de la force de leur dialectique, en même temps qu'ils tenaient strictement à la loi mosaïque (/ Tim. i, 7; Tite i, 4) et proscrivaient le mariage (/ Tim. rvr, 3). Ces différents traits ne s'appliquent-ils pas fort bien à certaines sectes gnostiques ' et ne faut-il pas reconnaître ici un de ces anachronismes si fréquents dans la tradition?

Dans / Timothée m, 6, l'auteur recommande de ne pas choisir pour évêque un nouveau converti, comme si, une dixaine d'années après l'introduction du christianisme à Éphèse, il avait été possible d'y trouver autre chose que des prosélytes. Cette recommandation, qui cpnvient si peu au temps apostolique, comparée avec / Tim. m, 8; v, 17, ne trahit-elle pas une époque où le christianisme avait déjà fait des progrès importants, où l'organisation de l'Église avait pris un développement notable, où la hiérarchie commençait à se constituer? On peut l'affirmer sans hésitation, aucune des Épitres pastorales n'est de l'apôtre saint Paul, quoique la tradition les lui attribue à partir du n* siècle ^.

* Haag, Histoire des dogmes chrétiens, 1. 1, p. 1 14 et sulv. > Irénée, Adv. Haeres., I. Hl, c. m, |3. — Terluttim, Contra Marcionem, 1. V, c 21.

Épttre à Phtlémom.

Hiigenbach, PmM iié Philemonem epistola, Basil., 1829, m-4". — Rothe^ Paoliad Philemonem epistule interpretatio historico-exegetica, Brème, 1844, in-S". — Demme, Erklëning des Briefesan Philemon, Breslau, 1844, In-S". ~ JToc/i, Gonn mentar ûberden BriefPauliad Philemon, Zurich, 1846, io-8^

Cette épître, simple lettre de recommandation en faveur d'un esclave fugitif, est sans importance pour la théologie biblique. L'authenticité du reste n'en est guère contestée.

tfipttre aux Hébreux*

BUeh, Der Brief an die Hebrëer, Berlin, 1828-40, 3 vol. in-8^ — Kuinôl, Gommentarius in Epistolamad Hcbraeos, Leipzig, 1831, in-8o. ~ Paulus, Lehrbrief an die Hebrfierchristen, Heidelberg, 1833, in-8*. — Tholuck, Commentar zu dem Briefe an die Hebrfier, 3* édit., Hambourg, 1850, in-8 '.

L'épître aux Hébreux, qui a pour but de montrer la supériorité de la révélation chrétienne sur la révélation typique et préparatoire de l'Ancien Testament, se divise en deux parties, l'une théorique, l'autre pratique. Dans la première, chap. i-x, 18, l'auteur élève le Christ bien audeësus des prophètes, des anges et de Moïse lui-même qui

— in —

n'était qu'un serviteur de Dieu, faible et pêcheur comme les autres hommes, tandis que le Christ est son fils. Jésus est aussi un grand-prêtre fort supérieur aux grands-prêtres de TAncienne Alliance, parce qu'il est prêtre selon Tordre de Melchisédec, prêtre du sanctuaire céleste et médiateur d'une alliance plus excellente. Dans la seconde, chap. x, 19-xm, il exhorte les chrétiens à qui il s'adresse à persévérer dans la foi à l'exemple des héros de l'Ancien Testament, à rester fermes dans les persécutions, à l'instar du Christ, à aimer le prochain, à pratiquer la charité, à mener une vie vertueuse.

Cette épître offre dans les idées et jusque dans le style une affinité avec les écrits de Paul qu'il est impossible de méconnaître; mais en même temps elle présente, et dans les idées et dans le style, des divergences qui ont fait douter de tout temps qu'elle fût l'œuvre de l'apôtre, surtout dans les églises d'occident •; ce fut seulement dans la seconde moitié du iv* siècle qu'elle fut presque généralement admise dans le canon. Les doutes cependant reparurent avec une nouvelle énergie à l'époque de la Réforme. Ds se fondent sur des motifs très-sérieux. A l'inverse de toutes les épitres de Paul, on ne trouve dans celle-ci ni le nom ni la salutation ordinaire de l'apôtre. L'auteur ne se donne pas du tout pour un disciple immédiat de Jésus {Héb. u, 3). et l'on sait quelles étaient les prétentions de Paul à ce titre {Galat. i, 1, 12). Il parle des apôtres comme de gens morts depuis longtemps {Héb. xm, 7). Son style n'est pas le style figuré, véhément, coupé de digressions et de parenthèses, hérissé d'inversions, à la période exubérante ou

« Sutèbe. HûU eeclés., lib. VI, g. 20.

incomplète; il est plus classique, plus pur et d'un rhythme plus oratoire. On n'y trouve pas les expressions favorites de Paul, même dans les passages où elles seraient le mieux à leur place; le mot de itiori; même est pris dans une tout autre acception. C'est en effet dans les idées qu'éclatent surtout les différences. On ne trouve nulle part dans répitre aux Hébreux Fantithèse paulinienne de la foi et des œuvres de la Loi.

Pour Tauteur de cette épitre, la foi n'est pas autre chose que la confiance aux promesses d'un Dieu rémunérateur [Héb. XI, 6) et elle pouvait par conséquent exister sous l'ancienne alliance, tandis que pour Paul, l'objet de la foi étant la grâce de Dieu par le Christ, la foi justifiante ne pouvait opérer avant la venue de Jésus et était ainsi chose toute nouvelle. Quant à la Loi, tous deux en parlent, il est vrai, et longuement, mais Paul l'envisage exclusivement dans son opposition avec le christianisme et l'épître aux Hébreux la considère dans son rapport avec le sacerdoce juif qui, pour lui, est l'essentiçl {Héb. vu, 12). Delà une nouvelle et notable différence dans leur conception de l'œuvre du Christ. Pour Paul, le Christ est la victime expiatoire offerte à Dieu pour les péchés de l'humanité; pour l'auteur de notre épitre, il est à la fois le grand-prêtre qui offre le sacrifice et la victime. Pour Paul, la Loi mosaïque est abolie; pour l'épitre aux Hébreux, elle est accomplie. Pour l'un comme pour l'autre, le Christ n'est point encore le Logos johannique, le Verbe incarné, mais il était déjà l'image de Dieu ; seulement l'épître aux Hébreux ajoute à cette notion une circonstance nouvelle, c'est qu'il est sacrificateur éternel, sans père, sans mère, sans généalogie [Héb. vu, 3). Il n'est question du reste dans

cette dernière ni de royaume de Dieu, ni de royaume de Satan ; il n'y est parlé ni de TÉvangile du Christ, ni de l'importance de sa résurrection pour le salut; mais, par contre. Fauteur émet une opinion qui lui est particulière, celle d'une réconciliation progressive de l'homme avec Dieu {Héb. vu, 28). Ces différences dans les idées, jointes à l'usage fréquent que l'auteur de l'épître aux Hébreux fait de l'interprétation allégorique et à l'analogie de sa méthode avec celle de Philon, ne^permettent guère de douter qu'il était un juif d'Alexandrie converti au christianisme par un disciple de Paul, et ce qui peut confirmer cette conjecture, c'est l'ignorance qu'il trahit quelque part {Héb. IX, 4, comp. à / Rois vin, 9), de la disposition du temple de Jérusalem " . En tout cas, elle n'a point été écrite par Paul. Aux raisons que nous avons déjà fait valoir, nous ajouterons que difficilement Paul aurait présenté Jésus-Christ comme un grand-prêtre; qu'il n'aurait certainement pas manqué de parler de sa vocation comme apôtre des Gentils et de faire valoir le christianisme comme une révélation universelle, s'adressant aux Païens aussi bien qu'aux Juifs; que,* s'étant imposé la loi de ne pas empiéter sur le champ d'activité des autres apôtres, il n'aurait pas écrit à des chrétiens judaïsans; qu'enfin la forme de l'épître, qui est moins une lettre qu'un traité théologique, s'éloigne trop de ses épîlres authentiques pour qu'on puisse la regarder comme son œuvre. Mais si elle n'est pas de Paul, qui donc en est l'auteur? Serait-ce, comme

^ D*après Exode xvi, 32-34 et Nonibr, xvii, 10, la cruche de manne et la verge d*Aaron, que notre auteur place dans Tarche, étaient devant rÉtemel, c'est-àdire devant celle-ci. De même, Tautel d*or pour Tencens qu'il met dans le lieu trèssaint (d'après le texte reçu et presque tous les manuscrits) était dans le lieu saint, devant le voile (Exode xxx, 6; xt, 26).

quelques-uns Font prétendu *, le savant alexandrin Apollos, celui-là même qui avait continué à Corinthe, mais avec une tendance plus scientifique , la prédication de rÉvangile commencée par FApôtre, ou bien Barnabas, le premier compagnon de Paul;^, ou bien encore Luc Tévangéliste ou Clément de Rome? *. Toutes ces hypothèses prêtant plus ou moins le flanc à la critique, ce qu'il y a de plus sûr, c'est de constater que l'auteur n'en est pas connu. On peut seulement affirmer avec certitude qu'elle date de la fin de l'âge apostolique {Héb. u, 3;xni, 7); qu'elle a été composée avant la ruine de Jérusalem {Héb. vni, 4-5; ix, 6-7) en vue d'une Église judœo-chrétienne sans mélange de prosélytes païens, car il n'y est fait aucune mention de chrétiens hellénistes ; et qu'elle a été écrite en grec, comme le prouvent la pureté relative de la langue, l'usage presque constant de la traduction des septante dans les passages mêmes où elle s'éloigne "du texte hébreu *, et surtout certains jeux de mots qui n'étaient possibles qu'en grec *. On ne peut rien affirmer de plus.

* Osianderf Epistola ad Hebraeos illustrata, Tûbing., 1585, in-S", p. 1 et suiv.

2 Tertullien, De pudicitiâ, c. 20.

' Eusèbe, Hist. eccles., lib. Vf, c. 25. ~ Jénùme^ Catalog. scriptor. eccles. c. 15.

^ Par exemple, lîébr, x, 5, comp. à Ps. xl, 7-8 ; — Bébr, i, 6, comp. à Ps. icvii, 7; — Héhr» ii, 6*^8, comp. à Ps. viii, 6-7; — Uébr, x, 38, comp. à Habacuc ii, 4; — Hébr, XI, 21, comp. à Genèse xlvii, 31, etc., etc.

^ Voy. par ex. Héb, ix, 16, jeu de mots sur ^isOy^xy), qui signifie à la fois alliance et testament; Hébr. v, 8» où l'auteur joue sur les mots l^ioide et ifiraOe, etc.

^ttre catholique de ilacqnes.

Sehneckenburger, Annotatio ad epîstolam Jacobi perpétua cam brevi tractatione isagogicfl, Stattgard, 1832, in-S". — Theile, Commentarias in epistolam Jacobi, Leips., 1833, 'm-S'.—Kem,Det Brief Jacobi untersucht und erUiutert, Tûbing., 1838, m-8».

Production du judœo- christianisme déjà adouci, cette épître, à la fois parénétique et polémique, roule sur Tantithèse de l'amour du monde etde Tamour de Dieu. L'austérité de la morale qu'elle prêche, la défense .de jurer [Jacq. V, 12), Timportance attachée à la prière [Jacq. v, 14- 18), la réfutation de la théorie paulinienne de la foi justifiante {Jacq. n, U-26), à laquelle l'auteur en oppose une autre où la foi n'est plus l'essentiel, mais cède le pas aux œuvres, semblent justifier Topinion de ceux qui attribuent cette lettre à Jacques, dit le Juste, évêque de Jérusalem et firère de Jésus \ zélé ascète, dont la tradition raconte qu'il n'usa jamais de vin ni de liqueurs spiritueuses, qu'il ne mangea jamais de viande, ne se coupa jamais les cheveux, ne prit jamais de bain, et qu'à force de prier, il se fit venir aux genoux des callosités aussi épaisses que celles du chameau. Mais, d'un autre côté, on se demande où ce frère de Jésus, qui ne paraît- pas être jamais sorti de la Palestine jusqu'à son martyre vers l'an 63 *, aurait appris à parler la langue grecque avec plus de pureté que saint Paul lui-

* Eusèbe, HLst. eccles., lib. U, c. i, 23.

3 Josêphe^ Antiquit. judaic, I. XX, c. ix, g 1.

même^ Tapôtre des Gentils. Le style de notre épître qui est en effet oratoire, poétique S malgré le désordre des idéeSj décèlerait plutôt un écrivain né dans une des colonies juives de rÉgypte ou de F Asie, et comme rien d'ailleurs dans la lettre n'en désigne clairement Tévêque de Jérusalem comme l'auteur, le champ reste ouvert aux conjectures. Dans l'inscription en effet, Jacques ne prend le titre ni de frère du Sauveur, ni d'évêque de Jérusalem ^; il se qualifie seulement d'esclave de Dieu et du Seigneur Jésus, et ce titre peut s'appliquer aussi bien, soit à Jacques le Zébëdéide, frère de Jean, soit à Jacques, fils d'Alphée ou de Cléophas, ^sSn ' Mais le premier ayant été mis à mort par Hérode Agrippa {Ad. xll, 1-2) vers l'an 44, on ne comprendiuit pas qu'il eût eu connaissance de l'épître aux Hébreux {Jacq. ii, 21-25, cf. Hébr. xi, 17, 31). Quanta Jacques l'Alphéide, rien ne prouve que, bien qu'il fût apôtre (J/affA. x, 3; Marc m, 18; Luc vi, 15; Aet.i^ 13), il ait jamais joui parmi les chrétiens de la .considération dont Fauteur de cette épitre jouissait évidemment. Toutes les probabilités, en dehors du style, se réuniraient donc jusqu'ici plutôt en faveur de Jacques, le frère de Jésus, qui, just[n\isa mort, exerça une grande influence dans l'Église chrétienne {Actes xii, 17; xv, 13; xxi, 18; Galat. ii, 9) et qui paraît s'être montré l'adversaire déclaré de l'univQrsalisme paulinien {Galat. ii, 12). Mais ici se présente une autre difficulté, soulevée par un passage de l'évangile selon

* Lisez, entre aatres, chap. i, 14.-18; m, 5-9; v, 1-6, cf. GUrig, De yirtutibas epistolLE Jacobi, Duisburgi, 1782, m-8o.

^ Blom, De toîç àSeX^oTc et Taiç dl$sX^aî; tou xup(ou, Lugdun., Batav., 1839, in-8-.

^ Ccft deux noms ne diffèrent que par la prononciation du mot hébran qa*on écrit auaiiii ^sSj;.

saint Jean {Jean vn, 8), où nous lisons que les frères mêmes de Jésus ne crurent point en lui, passage inconciliable^ il est vrai, avec Ad. i, 14, qui nous les montre assidus à la prière avec les apôtres et les premiers disciples.

n est donc très-difficile de désigner avec quelque certitude Fauteur de Fépître de Jacques, et il ne Test pas moins d'en préciser la date. Tout ce qu'il est permis d'affirmer^ c'est qu'elle a été écrite dans un temps où la première ferveur du zèle s'était éteinte, où la charité s'était déjà considérablement refroidie, où la communauté des biens avait cessé et où la distinction entre les riches et les pauvres s'était déjà introduite dans les églises chrétiennes. La première mention de cette épître se trouve dans Origène * ; car on ne doit attacher aucune importance à de prétendues citations qu'on croit trouver dans les écrits des Pères apostoliques; ce sont des allusions imaginaires fondées uniquement sur la ressemblance d'un ou deux mots,

Apttres de Pierre.

Steiger, Der ente Brief Pétri mit Berlicksichtigung des ganxen biblischen Lehrbegriffs ausgelegt, Berlin, 1832, iii-8". — Mayerhoff, Historisch-kritische Ëinleitimg in die petrinischen Schriften, Hambourg, 1835, in-S*". — Ve WeHe,K\iTze Erkiâmng der Briefe des Petms, Judas und Jacobus, Leipzig, 1847, in-S*".

Le nom véritable de l'apôtre à qui ces deux épître s sont attribuées était Simon, ^i^npttf; il était né à Bethsaïda, mais il habitait Capernaiim, où il exerçait la pro-

* Origêne, Opéra, t. IV, p. 30C.

fession de pêclieiLT, lorsque Jésus le choisit pour un de ses disciplesj et changea son nom de Simon en celui de Pierre, en araméen kb^^, KtjçSç, c'est-à-dire Rocher ^ H ne tarda pas à mériter FaSection du maître par un dévouement à sa personne et à son œuvre, qui ne se démentit qu'une fois, dans te palais rrAnne et de Caïphe. D'un caractère ardent, qui le polirait à toujours se mettre en avant [Maith. xix, 27; MûTùwu, 29; \\, S; Luc xn, 41^ lorsqu'il s'agissait d'inteiToger le nuiitre ou de lui répondre, il resta, après la mort de Jésus, T organe de la petite communauté des disciples, sur lesquels il jouissait évidemment d'une certaine supériorité, snpéri irrité qu'il devait peut-être autant à son impétuosité naturelle, qu'à l'avantage qu'il avait eu d'être le piTîmier appelé par le Christ aux fonctions périlleuses (le l'apostolat, ati moins d'après les évangiles synoptiques {Maith. IV, i8-20; Marc i, 16-18; Luc v, 10); car d'après Jean i, 41, ce furent les fils de Zébédée qui le conduisirent à Jésus. Les Actes nous le montrent proclamant devant le peuple de JériLsiilem et devant le sanhédrin . la vérité de la résuîTection du Christ, prêchant l'Évangile dans la Samarie et la Phénicie, admettant le premier un païen, le centurion Corneille, dans le sein de l'Église, et assistant, vers Tan 50, au concile de Jérusalem, mais sans y présider* A dater de cette époque, on ne sait plus rien de positif sur sa vie. Selon une tradition assez généralement adnnsCj il soiiffj'it le martyre à Rome, sous le règne de Néron. Cette traditittn peut itre authentique ' ; mais ce qui ne Test pas^ c'est qu'il ait été évêque de Rome pendant un quart

f Tel est lerècTi de Jçan i, 42; mais Matih, xvi, 18, rapporte ce changement de nom il uiR' tout uiitrc circonstance.

^ BQnt\ Her A|i(^ieJ Petrus in Rom, dans le Tûbing. Zeitschrift, an. 1831,

de çiècle, comme raflSrme saint Jérôme *, fait peu vraisemblable en présence du silence des Actes et surtout des épîtres de saint Paul.

La première des deux épîtres qu'on attribue à Pierre est adressée de Babylone, où habitait une colonie juive nombreuse et riche ^, aux chrétiens de TAsie-Mineure, pour les fortifier contre les persécutions exercées contre eux, sous Néron {I Pierre iv, 12-t9) et pour les exhorter à persévérer dans la doctrine qui leur a été prêchée par saint Paul et ses disciples. De là, les nombreuses analogies qu'on remarque entre cette épître et quelques-unes de celles dont Fapôtre des Gentils est ou est regardé comme l'auteur'. Ces réminiscences et certaines ressemblances qu'elle offre avec l'épître de Jacques, dont elle reproduit quelquefois les propres expressions (/ Pierre iv, 8, cf. Jacq. v, 20; — / Pierre V, 5, cf. Jacq. iv, 6), ne confirment guère l'opinion commune que l'apôtre Pierre en est l'auteur; cependant la tradition la lui a attribuée de tout temps *, et plusieurs critiques ne trouvent pas dans le seul manque d'originalité du style une raison suflSsante pour en contester l'authenticité, et cela avec d'autant plus de raison, ce nous semble, qu'on rencontre bon nombre d'idées propres à l'auteur dans cette épitre, qui n'est donc pas un simple plagiat *.

H n'en est pas de même de la seconde, qui soulève des

* Jérôme, Gatalog. script, eccles., c. i.

3 Josèphe, Antiquit. jadaic, lib. XVHI, c. 9, H.

» Cf. / Pierre ii, 13 et Rom, xiii, 1 ; — / Pierre ii, 16 et Gai, v, 13; / Pierre ii, 18 et Ephés. VI, 5; — / Pierre m, 1 et Ephés, v, 22; — / Pierre iv, 9 et Rom, XII, 17, etc.

* Irénée, Adv. Haeres., lib. IV, c. ix, 8 2; c. xvi, 8 5. — Eusèhe, Hist. eccles., lib.in,c. 39;iv, 14.

' Voy. Raueh, Rettung der Originalitât des ersten Bnefs des Apost. Pctnis, dans le Neues kritisch. Journal der theolog. Uteratur, de Winêr, Sulzb., 1824-29, 9 vol. in-8', t. Vni, 4.

doutes plus . nombreux^ quoique l'auteur s'y révèle plus claîrenient que dans la première, dont il se dit Fauteur (// Pierre i, 1^ 14; m^ 1), Ce qui frappe tout d'abord dans cette seconde épître, c'est son étonnante ressemblance avea celle de Jude, ressemblance que fera ressortir jusqu'à lévidence le tableau suivant :

ti Pierre. Jude.

rit 1-3, 4.

II, e. 7.

ji, 10. 8.

II, th 9.

ti, 12. 10.

Il, 15, U. •

II, 13, ïl. 12, 13.

ir, 18. 16.

En comparant les passages parallèles, on observe sans peine que Tépître de Jude doit être la plus ancienne, pour plusieui^s motifs ; 1"* le style y est plus simple, moins rechercliu^ moins oratoire; â"* certaines expressions de Jude sont mal comprises et singulièrement dénaturées; 3^ le verset // Pierre u, 11, ne se comprend que si on le rapproche de Jude 9 ; 4" les idées sont mieux liées dans Jude; 5'* les adversaires que Jude combat sont clairement désignés, tandis qu ils ne le sont pas dans Pierre. N'est-il pas évident que n Pierre n'est qu'un remaniement peu intelligent de l'épître de Jude? S'il restait encore quelque doute au sujet de son inauthenticit^, il suffirait de faire remarquer que l'auteur parle aux chrétiens à qui il s'adresse, c'est-à-dire aux chrétiens de rAsie-Mneure (// Pierre ni, 1, cf. 7 Pierre i.

1), comme s'il les avait convertis (// Pierre m, 2; or, on sait qu'ils l'avaient été par Paul), et qu'il classe les épîtres de Paul parmi les Écritures, yp*?«^ c'est-à-dire parmi les livres canoniques, anachronisme plus qu'étrange, qui trahit un écrivain d'un âge postérieur, probablement du commencement du n® siècle, où commençait à se faire le travail de conciliation qui mena au catholicisme pai^ la fusion des deux partis apostoliques; c'est ce que fait ressortir aussi le verset ra, 4, où il est question des doutes ironiques sur le retour de Jésus-Christ, qui se manifestaient déjà dans l'Église ^ Au reste, les Pères de l'Église eux-mêmes ont longtemps douté que cette épître fût de Pierre. Irénée ne la connaissait pas encore. Origène, il est vrai, la cite ', mais il n'était nullement convaincu de son authenticité, et ses doutes étaient encore partagés, deux siècles plus tard, par Jérôme, qui signale entre les deux épîtres attribuées à Pierre une différence de style caractérisée par la fréquente répétition de certains mots, comme àTtwXeia, Six^îo*;; l'épithète de awr^p appliquée plusieurs fois à Jésus- Clirist Jl Pierre i, 1, H; ii, 20; m, i8}, tandis qu'elle n'accompagne jamais son nom dans la première, et le titre de xtips&ç donné assez souvent au fondateur du christianisme, tandis que dans I Pierre, excepté une seule fois (/ Pierre ij 3\ il est toujours réservé à Dieu.

* Voy. Richter, De origine posterions Pétrin» ex epistolfi Juds repetendâ, Vtteb,, 1810, iD>8". " Kem,De secundâ Pétri Epistolfi, Tûbing., 1829, in-4°. a Origène, Opéra, t. II, p. 200, 412. — Eusébe, Hist. cccles., lib. ^ï, c. 25.

pitres de iIcaB.

pâufuf, Die drei Lchrbriefe des Johannes, Heidelberg, 1829, in-8''. — De Wette Kurie Erkiànuig des EyaDgeliums und der Briefe Johannis,2* édit., 1829, iii-8".

Ces epîtres sont au nombre de trois. La première a été bien évidemment écrite par Tauteur de l'Évangile selon saint Jean : même esprit mystique, même cercle d'idées * et môme style* On y retrouve les mêmes formes de raisonnementj les mêmes tournures, les mêmes irrégularités grammaticales et syntaxiques, le même goût pour Tantithèse et le parallélisme, la même prédilection enfin pour certaines locutions peu familières aux écrivains du Nouveau Testament. Qu'on lise, même dans nos traductions françaises les plus défectueuses, les passages parallèles qu'offre ce tableau, et qu'on en juge :

T' ËP[TAE 0E UkTI. IV* ÉVANGILE.

1,6; tt, 11. Yiii, 12; XII, 35.

], 8ï II, 4. ' . Tiii, 44.

iip n. xviii, 37.

Ttt, 6. viii, 44.

III, ÏO. VIII, 47.

tv, 5. VIII, 23.

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