Oui I moi, je le verrai à moi propice
« mes yeux le verront, et non ceux d'un antre, w Mon cœur en languit dans mon sein. » Cette traduction, toute supérieure qu'elle est k celle <-le
Martin, a est pas partout exacte. Le membre devers qu'elle rend par il demeurera le dernier sur la terre, signifie littéralement il demeurera près de la poussière^ c'est-à-dire il demeurera près du mort (pour le protéger contre la calomnie) ; et dans le distique suivant, le mot composé ntoaa signifie non pas proprement sans chair ^ mais plutôt, comme traduit Martin, de ma chair ou avec ma chair, mon corps; en sorte que le passage entier peut s'expliquer fort naturellement par le passage parallèle. Job xxxiii, 21-28, oii sont exprimées les mêmes espérances. Job aurait donc voulu dire seideiuent : Lorsque mon corps aura été broyé, consumé par la souffrance, j'ai espoir qu'il reprendra la fraîcheur de la jeunesse, et que dans, ce corps ainsi renouvelé, moimûme, Job, et non un autre après ma mort, je verrai Dieu pi oclamer mon innocence * .
Il n est donc pas possible d'affirmer que le dogme de la r'ésurrection se trouve enseigné dans Job, comme Fa cru Tancienne Église. Mais il Test, par contre, de la manière la plus formelle dans Daniel xn, 2 : « Et plusieurs de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour une vie éternelle, les autres pour 1 opprobi'c et une ignominie éternelle. » Qui pourrait méconnaître ici l'influence du zoroastrisme? La doctrine de la résurrection en vue d'une rémunération future est si étrangère au mosaïsme, qu'il fallut un long temps pour qu'elle frtt adoptée par les Juifs palestiniens. Il n'est question d'une vie bienheureuse après la mort ni dans le Siracide,
> Nmke, ^iart^atio ciitica de interpréta lione cap. xix, 25^27, in antiquà Ecclesiâ, lldtttsi., 17^3, rn-V. — KosegarUn, Commentarius exegetico-criticus in loco XIX, 25-27, fTrypï]., IB15, in-4-. ^HaUtnberg, Dogmatis de resurrectione corporum mifrUiorufii Df^^o «t num in libro Jobi ejusdem mentio facta sit, Stockholm, 1798, in-4".
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ni dans le premier livre des Maccabées, ni dans Judith, ni dans Esther ; en un mot, dans aucun de leurs apocryphes. Le Siracide qui prend pour modèles les anciens prophètes et les poètes de Thébraïsme reste fidèle à leurs idées. Tl ne connait qu'uu âfSyjç, sombre et triste séjour, où Ton n'a h attendre aucune joie. (Strac. xiv, 17), pas même celle iïv louer Dieu {Sirac, xvn, 24, 26; Baruc ii, 17), où Tunique bonheur est le repos {Sirac. xxii, 11); aussi descendre <hin s THadès est-il considéré par les Juifs palestiniens comnit' k^ plus grand des malheurs {Baruc m, 1 1 ) . La seule récompense que puisse espérer le juste, c'est une longue vie (Sirac. i, 1 2] , une nombreuse postérité {Sirac. xxx, 4-5 ; xuv, 13}, ou une renommée qui vivra à travers les âges {Sirac. xliv, 14-15), tandis que le méchant disparaîtra sans laisser de souvenir (Sirac. xliv, 9 ; xli, 13), après avoir subi déjà durant sa vie le châtiment de sa méchanceté {Sirac, ix, 17 ; xxxix, 32 ; XL, 8-10). On comprend qu'avec des idées semblables, il n'est question dans les Apocryphes palestiniens, ni de rémunération morale, ni de jugement après la mort.
Ce fut chez les Juifs de l'Egypte que commencèrent à s'implanter vers la fin du second siècle avant l'ère chrétienne, la doctrine spiritualiste de l'immortalité de Tâme avec conscience de sa personnalité et celle d'une rémunémtion morale future, doctrine qu'ils empruntèrent vraiseniblablement à la Grèce où depuis longtemps régnaient, sur la permanence de l'âme après la mort et la rémunération, des idées presque aussi pures que celles que nous professons aujourd'hui. Selon ces poètes et ces philosophes, l'âme du juste débarrassée de ses liens terrestres, monte au ciel, où assise sur un trône d or, au milieu des sphères célestes, elle jouit de la contemplation éternelle de la lumière et
diaiite les louanges de la Divinité * tandis que 1 ame du méchaiitj alourdie par ses souillures, ne peut s'élever avant sa purification jusqu'au séjour de la félicité et erre sur la teri*€ autour des lieux impui's ou dans Tatmosphère ^. Les plus œupables seules étaient précipitées dans le Tartare jKïur n'en plus sortir jamais *.
Ce sont ces idées de la partie la plus éclairée de la population au milieu de laquelle ils vivaient, que les Juifs alexandrins adoptèrent peu à peu, en les combinant avec les doctrines de la philosophie orientale *. La Sapience purle en plusieurs endroits de la permanence du moi après Uniiort.j mais comme d'une continuation de vie purement siùrituelle [Sapience m, 9; v, 16; vi, 19-20); car pas un mot ne tend à faire supposer que lauteur croyait à la résurrection du corps, bien qu'il peigne sous des couleurs toute;? matérielles, empruntées aux prophètes, les récompenses et les châtiments qui attendent leîs hommes après le jour de Texamen {Sap, ui, 18) ou la Visitation des âmes [Sap, m, 13}. On pourrait croire, d'après ce qu'il dit [Sap. i, 15 et VI, 19, 21 ; xv, 3', que, dans son opinion, les justes seuls rciïïiusciteront; mais ce serait une erreiu*; car il met ailleurs [Sap. v, 1-18) les méchants en présence des justes glnrifiés. Les mômes idées se retrouvent dans Philon**; elles régnaient aussi parmi les Esséniens, au rapport de
' Fiafon, I^ges, x,g 12. —Euripide, Alceste, 943; Troyennes, 608, 643.— Pindare, Opéra, édit. Bôckh, t. fl, part. II, p. 623.
^ Pindnre, loc. cit. — Eschyie^ Euménides, 2G9-Î75. — Platon, Phxdo, 1^9,10.
3 Platon, Ph«do, g 143-144.
* frmhf Vergleichang ïwischen den Ideen, welche in den Apocryphen des A. T. \im\ den Schriflen desN. T. Uber Unsterblichkeit, Gericht und Vcrgeltungherrschen, dan^ l'Allgcnieine Bibliothek ô'Eichhom, t. IV, p. 658.
5 Voir Schreiter, Philos Ideen (iber Unsterblichkeit, Aufewlehung und Vergel- !img, lUtiBles Analeklende Ifi^/, Leipz., 1821 ei suiv., 4 vol. in-8''. t. I, cah. 2.
riiistorien Josèphe *. Parmi les apocryphes^ hellénistiques, c'est le deuxième livre des ^Maccabées qui parle le premier de la résurrection des cori^s^ [Il Macc. vu, 9, H, 1 4, 23 ; XIV, 46); encore ne s>xplique-t-il pas clairement sur la résurrection des méchants; car les châtiments dont ils sont riienacés {IIMacc. vn, 17, 19, 31, 35) peuvent les atteindre dans cette vie, et tout ce qu'il est permis de conclure de IIMacc, xn, 38-45, le seul passage de T Ancien Testament où il soit question de prières et d'offrandes pour les morts, c'est que les Juifs pécheurs pourraient être purifiés par des sacrifices pour le péché et participer à la résurrection ^. Au reste, pas un seul mot ne nous apprend si, en ressuscitant, les justes prendront le même corps ou un corps plus parfait. Nous voyons seulement pari/Macc. xv, 12-16, qu'on commençait à croire h leur intercession auprès de Dieu, croyance qui a fait un si rapide chemin dans l'Église chrétienne. Ce fut par Finfiuence des Pharisiens que le dogme d'une résurrection plus ou moins matérielle devint populaire en Palestine, malgré l'opposition des Sadducéens, qui, fidèles aux enseignements de l'hébraïsme, n'admettaient qu'un royaume des ombres, le Scheol, et étaient accusés
* Josèphe^ De bello jadaîco, lib. U, c. 8, 1 11 : '£^^(«)Tai -Kap aOTolc i!$£ ^ SoÇa* çôaprà jacv eTvai xi ŒWfAata... t^ç ^s ^/^âtç àGavotTOiyç otel $ia[X£vsiv, xai oujx'TçXéxeaôai {xèv, Ix tou XsTrroxaTOu cpoiTwaaç «lô^po;, wGTrep eîpXTaîç Toïç 9to{AQi(7iv tuY^i Ttvt cpu^ixt) xara^ico^fAEvaç. 'E^içeiSiv 5è diveôGat twv xaxà ffdcpxoc BtcyMw, oîov 8i| (AaxpSfç $ouXe(aç àmjXXaYfx^a^, téxt x«'pc*^ ^^'^ |X£Tio)pouç îp^peffOai. Kai Taîç fxèv dYaOaiç, Ô|xo5oÇouvt6ç icaialv 'EXXvwv, ^Tcocpa^vovTai t^v 67rèp (ôxeav^v Staitav ditoxeloOat, xat x&)pov oure ^fA^potç, oure vicpetotç, otSts xaufiavi papuvj(Aevov, dcXX' $v IÇ d>xeavou irpat^ç jet C^cpupoc Ittituv^cdy dfva^^ei* Taîç $è cpauXaic 2^o^i(>^ xoel yetfiiptov 9cpop(2^ovTact {Au/èv, yÉfiLovTa Ti(X(op(£5v dl$taXe(irT(ov.
2 Celle docirinc est professée dans le Zendavesta. Voy. Vendtdad* trad. par Kliuk' r p. U'iel >uiY.
par leurs adversaires de nier rimmortalité *. Les Phari- Biens, en effet, croyaient fermement, selon le Nouveau Testament, Il une résurrection générale des bons et des méchants {Àeteâ xxni, 8 ; xxiv, 1 6) et ils prenaient le mot dans le sens le plus grossier, dans celui d'une résurrection du coii)5; c'est au moins ce qu'on peut induire de Matth. xxn, â4etsuiv\; Marc xri, i9-23; mais cette assertion semble être contredite par Josèphe *, contradiction, au reste, plus apparente que réelle, si Ton admet que Thistorien juif parle plutôt d un état intermédiaire des âmes pieuses, jtisqu'à la venue du Messie '. Ce qu'il dit s'appliquerait alors non pas k la résurrection proprement dite, ni même à la métensotnatose, c'est-à-dire au passage successif de l'âme dans plusieurs corp^, mais à ce que la Kabbale appelait n^:?, t'/est^-dire a la ftision de l'âme d'un juste avec celle d'un vivant, rju Vile rendait plus énergique, plus sage, plus parfaite, en niLTue temps qu'elle rentrait elle-même en f*oni ni uni cation avec la terre. Cette croyance populaire, dont on trcnive des traces jusque dans le Nouveau Testament {Mauhùu XIV, â\ paraît avoir existé à côté de celle de la transmigration de lïime d'un mort dans le coips d'un enfant avec ses mérites ou ses souillures {Jean ix, !-2)*. Les rabbins y rlierchaient la solution d'un des plus difficiles pral>lèn\es saulevés par l'existence du mal.
Au reste, quoique les opinions variassent beaucoup
* /oîtip/if, Anilquit, juiL, îih. XVUI, c. l, | 4. — Matthieu xxii, 24 et suiv. —
2 Josê}ihé, Anijquil. jud. \ \\h. xviii, c. l, g 3; — De bello judaïc, lib. Il, c. 8, I 11 ^ H'uy V irSaav iih a^&âfpTov, fjieTa6a(veiv $1 e!ç Irepav aufiioc, t?jv Twv àYiOsTjv li^v/jv, T^,v Si <f«uX<ov aïoi(|) Ti[JL(op(a xoXdfÇeaôoet.
' Paîiiu-T, iMiarbiPoruimU.' ri*surrectioiiesentcntia ex tribus Josephi locis explieaM, Iciiii. ]70^, îr}-4*.
parmi les Juifs sur les principales questions de ce que la dogmatique appelle l'eschatologie, toutes les sectes s'accordaient dans la haute idée qu'elles se faisaient de l'âme humaine, toutes reconnaissaient en elle l'image de Dieu, que le Siracide faisait consister non-seulement dans la domination sur les animaux {Sirac. xvii, 3, 4), mais aussi dans une intelligence supérieure et surtout dans là conscience (Sirac. xvn, 6-8), privilèges auxquels la Sapience ajoute l'incorruptibilité {Sap. n, 23). Comme conséquence de sa supériorité, l'homme doit pratiquer la sainteté et la justice {Sap, ix, 2^ ; cf. X, 2). Le judaïsme attachait donc à l'image de Dieu une importance morale bien plus gmnde que l'hébraïsme, et, en même temps, il se faisait des idées bien plus justes sur la liberté de la volonté humaine. Le Siracide déclare positivement que, placé entre le bien et le mal, l'homme est libre de choisir, qu'il dépend de lui d'observer ou non les commandements de Dieu [Sirac. xv, 14-17;, dont la volonté lui est connue non-seulement par la loi révélée {Sirae. xvii, 12), mais aussi par la voix de sa conscience, son conseiller le plus sûr et le plus fidèle {Sirac. xiv, 2; xxxvu, 17-1«\ L'auteur fait d'ailleurs un magnifique éloge de la vertii, qu'il identifie avec la crainte de Dieu ou la justice {Sirae. X, 25 ; XXV, 13-14) et qu'il place au-dessus de la sagesse et de la science, tandis que la Sapience, qui ne parle pas de la vertu avec moins d'enthousiasme {Sap. iv, 1), la dérive directement de la sagesse, mère de toutes les qualités morales, de tous les talents, don magnifique octroyé par Dieu aux hommes {Sap. vm, 21 ; ix, 17), s'ils le lui demandent avec ardeui- ^Sap. vi, 13-15).
Sur Torigine du mal moral, les Apocryphes ne s'expliquent pas aussi clairement. Le Siracide et la Sapience sont
les premiers parmi les livres de T Ancien Testament^ qui établissent une relation directe entre la corruption morale du gem-e humain et le péché des protoplastes. L'un et Tautre admettent le péché originel \ conformément au mythe jéhovistique {Sirac. xxv, 31; Sap, ii^ 24}, que le Siracide cependant ne suit pas partout fidèlement. Ainsi Sirac. xvii, 1 considère la mort, non plus comme la suite (lu péché d'Adam, mais comme une nécessité physique : né de la terre, Fhomme devait retourner dans la ten'e, après avoir vécu le petit nombre d'années que Dieu lui avait donné. La puissance du mal n'est d'ailleurs considérée nulle part comme irrésistible {Sirac. xv, 14-17). On peut le in)mbattre par la stricte observation des lois cérémonielles, dont le prophète Zacharie et le Siracide apprécient la valeur morale d'après les dispositions de ceux qui les prati- <[uent {Zach. vu, 5-10; Sirac. vu, 9; xxxiv, 18 et suiv.), tandis que Daniel, Judith et Tobit attachent non-seulement un prix excessif, mais même la rémission des péchés à l'observation des lois mosaïques, et surtout aux exercices de piété, aux macérations, aux bonnes œuvres [Daniel l, 8-16 ; IX, 3; Tobit iv, 7-11 ; xii, 8-13 ; Judith iv, 9-13 ; vni, 6 ; XI, 12). Tel était l'idéal de la vertu, notamment pour les Pharisiens. Il devait résulter nécessairement de ce formalisme un affaiblissement du sentiment moral qui, en étouffant peu à peu la voix de la conscience, ouvrirait la porte toute grande à l'hypocrisie, et remplacerait la morale par la casuistique chez les Juifs palestiniens. Les Esséniens,
* Appelé y^n T3f^ par les Pharisiens et les Mystiques. Ce Jetser hara, ce penf^hant au mal est inné, tandis que le JeUer toh, lîlS *^V^ le bon penchant, ne M' manifeste qu'à la puberté (Sohar, ad Gènes, fol. 68).
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seuls^ n'adoptèrent pas ces déplorables idées. Ils estîniîdeiit la domination sur les passons, la modération, la patierK^e bien au-dessus des sacrifices et des cérémonies du culto ; malheureusement, à côté d'idées très-saines sur La moralité, ils en admettaient d'autres très-funestes. Ils plagiaient le siège du mal moral dans la chair, source de toutes les passions selon eux, erreur qui a donné naissance aiuc extravagances du monachisme et au prix excessif que Ton commença à attacher dans cette période à la virginité et au célibat (Sap. m, 13, 14; iv, l-!2\
§lil.
Inspiration — Révélation.
farfauf^ De cessa tione oraculorum divinorum post Malachiam, Franektir, 1%^% in-S". — Fritzsche, De revelationis notione biblicâ, Leijizig, 1828, iri-S'\
Dans cette période, la croyance à l'action directe de l'Esprit de Dieu dans l'homme, s'affaiblit de plus en pliit^. Longtemps avant la période des 'Maccabées, il n'y a phis de prophètes, plus d'oracles divins {Ps. lxxiv, 9; I Macc. iv, 46; IX, 27; xiv, 41), tout au plus une voix divine, Sip"n2, révèle-t-elle encore de temps en temps la volonté de Jchovah. * Par contre, on se persuade de plus en plus, depui.s le retour de l'exil, que cet Esprit a révélé l'avenir par les anciens prophètes {Zacharie xii, 12; Sirac. XLvm, 27-28; Tobil XIV, 5, 11), et déjà l'Esprit qui enseigne à Daniel
* Ta^mud, Sanhédrin, fol. 11. Il est souvent parlé dans le Talniud de cette fiil'' de la voiXf forme nouvelle de révélation, dont il est aussi question dnns W Nouveau Testament, notamment dans Matth, m, 17; tlvii, 5.
l'iiiti^i1>rétation des visions et des songes est appelé TEsprit des Dieux saints {Daniel iv^ 8; v, 11). Cette conviction se produit clairement dans les Apocryphes. Selon Baruc n, ÎO, 24» c'est Dieu qui a parlé par ses prophètes, notamment pR!" Jêrémie, par Aggée et par Zacharie *. Après Tenlèvemeiit d'Élie, son disciple Elisée fut rempli du Saint-Esprit (Sirnc. XLViii, 12), et le jeune Daniel proclama Tinnocence (le Siisanne, grâce à TEsprit Saint qui vivait en lui [Susanne 4d .
Les prophètes postérieurs à Texil nourrissaient encore rpspoir que l'Esprit de Dieu continuerait à agir au milieu du peuple {Aggée ii, 8' ; et la persécution d'Antiochus Epiphune, loin d'étouffer cette espérance, lui donna de nouveaux uWmeuts [IMacc, iv, 46; xiv, 41). En attendant que paraisse le prophète, plus ardemment désiré à mesure que l'étranger appoî^antit son joug, les docteurs juifs s'occupent avec un zb\e infatigable de l'étude de la loi de Moïse ', le plus grand des i>rophètes, loi de vie et de science {Sirac. xlv, 7), lumière incorruptible et éternelle {Sap. xvin, 4; Banic iv, 1), dont rétiide remplit celui qui s'y livre de l'Esprit de Dieu [Sirac. XXXIX, 1 et suiv.). Cette infusion, pour ainsi dire, de l'Esprit divin fait du rabbin un homme remarquable par sa prudence et sa sagesse {Sirac. xxxix, 12-13), un ami de Dieu, un prophète même [Sap. vu. 27), mais non plus dans
* Voy. /// Esdras i, 28, 47; vi, 1, dans les Libri Veteris Tcstamcnti apocrypfai, édiL Aupisti, Lipsiœ, 1804, in-8*.
> Jusqu'à la ruine de Jérusalem, les Sopherim s'appliquèrent avec une ardeur sans éga\ek perfectionner Torthographe des livres saints, à les diviser en chapitres, à en compter les versets, les mots, les lettres, à les expliquer en langue vulgaire. Aprèii CU3( vinrent les Talmudistes qui prirent à tâche de commenter le texte au double point de vue de la légalité et du culte, à recueillir les traditions rabbiniques et à )«^ l'^vn ligner dans de volumineux écrits. Enfin, pendant le moyen Age, les Massorh]ft mirent la dernière main au texte reçu, par leur» travaux de critique.
le sens de rhébmïsme; car si elle lui donne rintelligeneê des révélations faites à Israël par les anciens envoyés de Dieu, elle ne lui confère plus le don d'opérer des mîmcles. Parmi les livres postérieurs à Texil, ceux d'EsdraSj de Néhémie et d'Estlier ne racontent en effet aucun miracle, et les Chroniques se contentent de relater ceux qui se trouvent rapportés dans Samuel et les Rois. Les prophètes Aggée, Zacharie et Malachie eux-mêmes, quoiqu'ils possèdent le don de prophétie aussi complètement qu'Ésaïe ou Jéréinle, quoiqu'ils prédisent, comme eux, rétablissement futur d'une théocratie parfaite, réalisation d'un idéal que leur enthousiasme religieux leur fait entrevoir dans Fa venir, n'essayent même pas de confirmer leurs prédictions par <les miracles; ils ont des visions, mais ils n'opèrent p^is de miracles proprement dits. Parmi les livres canoniques de l'Ancien Testament composés après l'exil, celui fie Duuk'l seul abonde en faits merveilleux qui tous tendent à le légitimer comme prophète. Mais ce livre, nous l'avons tîéjà dit, est d'une date relativement moderne, en sorte que, quant aux miracles qu'il raconte, on est en droit de le placer sur la même ligne que les Apocryphes, dont la composition tombe aussi dans un temps où les malheiu-s de la nation juive et quelques succès inespérés avaient entiainnic son fanatisme et exaspéré sa haine héréditaire contre l'étranger {Sirac. xii, 3-7 ; xxxvi, 9-12), au point qu'elle attendait avec l'impatience du désespoir que son Dieu nianifestât de nouveau sa puissance par des signes et des miracles {Sirac. xxxvi, 6).
Dans les Apocryphes palestiniens, les miracles^ sont appelés eaûixa<na {Sirac. XLvni, 4) ou Tipaxa {Sirac. XLViii, 14), Il n'y est jamais question que des mimdes anciens^ qui sont
rapportés avec fidélité, sans dé^'eloppements, sans ornements {Sirae. XLV, 3 et suiv. j XLVi, 4 et sniv. ; xlviii, 2 et suiv, j Judith V, 12-14 ; / Macc. ii, 58 et suiv. ; iv, 9; vu, 41), tandis que (liiiisles Apocryphes hellénistiques, les anciens mimcles sont souvent embellis par des additions {Sap. xvii-xix; /// Macc. vi, 6); il y en a même quelques-uns de Il (inveaux dans le second livre des Maccabées (// Macc. i, 19-30; XV, 12-16). Mais c'est toujours Dieu qui les opère; aussi est-il apjjelé 6 TepaToicoio; {II Macc. xv, 21). Du reste, un ne trouve nulle part dans les documents de cette période une définition du miracle. La Sapience seule essaie de préciser cette notion. La nature, selon elle, est Fœuvre de Dieu; c'est lui qui a établi les lois qui la régissent et qu'il peut, iMï conséquence, modifier dans certaines limites déterminées ]mr sa bonté, sans pourtant troubler Tharmonie nniverscllc [Sap. xi, 18-24; xix, 17-21). C'était là un progrès sur rhébniïâme qui voyait dans le miracle une création nouvelle, wi^ {Nomb. xvi, 30), c'est^-dire quelque chose d'incompatible avec l'immutabilité de la volonté divine.
R^ne de Dle«.
k'tippej De regno Mcssiae, Gotling., 1780, in-4". — ICeil, Hisloria dogmatis de regno M*?ïisiff^ Chmti et Aposlolorum aBlate, Lips., 1781, in-4".— Seiler, De regni à vouUm divin» !ffe$t!iM' i^^iusque populo promissi vera natura atque iodole, Erlang. 1791, in-V.
Les Juifs n'étaient pas moins feimement convaincus que les Hébreux tjue Dieu s'était révélé d'une manière tonte
particulière aux Israélites, qu'il les avait choisis [huiv mu peuple, qu'il était à la fois leur législateur et leur roi, et que tôt ou tard se réaliserait le rêve théocratique de leurs prophètes. Aggée, Zacharie et Malachie les entretinrent dans ces idées, en leur peignant, Aggée, la magtiifieence du nouveau temple {Aggée n, 7-9), Zacharie, la conversion au mosaïsme des peuples étrangers {Zach. ii, 11; vin, §0- 23), et Malachie, le prochain triomphe du roi théocratique (MaL m, 1 ; iv, 1-2).
Ce roi, que Zacharie appelle germe, rejeton {Zach. lu, 8 ; VI, 12, 13) comme Ésaîe iv, 2 et Jérémie xxxiu, 5, et que Malachie nomme le messager ou Tange de Talliance Mal m, 1), unira en sa personne, selon Te premier de ct^s pï'ophètes, la dignité de gmnd-prêtre à celle de roi [Zach. xi, 13), idée étrangère aux prophètes antérieurs, niais cpii commençait à se produire depuis Texil {Ps, ex, 4\ Il vit^iidra, précédé du prophète Elie, idée particulière à Malacliie {Mal. IV, 8), régénérer le peuple d'Israël et,purifier les lévites eux-mêmes, en extirpant les impies, les magiciens^ les adultères {Mal. m, 2-5), tous ceux, en un mot, qui ne craignent point Dieu et commettent l'injustice. Ces trois prophètes, on le voit, ont mis en circulation quelques unes des idées qui régnaient parmi les Juifs à Favénement de Jésus-Christ; cependant il faut descendre jusqu'à Daniel^ ou plutôt à l'anonyme qui a mis ses prophéties sous le [jfitronage de ce nom vénéré, pour saisir toute la différence qiû existait entre les attentes messianiques des Hébi*eux et celles des Juifs. Dans la période précédente, nous avons vu que généralement on croyait que le royaume de Dieu serait fondé par un roi conquérant de la race de David, et que, selon Jérémie le prophète, le règne du Messie eom-
Tuencerait immédiatement après le retour de la captivité. Cet ontcle ne s'étant pas accompli, et la famille de David étant tombée dans une obscurité si profonde que Forgueil juif lui-même devait hésiter à se promettre le triomphe en présence de la formidable puissance des rois de Syrie, et 111' plus guère attendre la réalisation de ses espérances que d'une intervention toute particulière de Jéhovah, Tauteur lin livre de Daniel non-seulement adopta un autre calcul eu tiiisant des 70 ans de Jérémie 70 années sabbatiques ou seiuïiiiies d'années, c'est-à-dire 490 ans, ce qui le conduisait jusqu'au règne d'Antiochus Epiphane; mais, au lieu d'mi simple mortel, d'un davidide, son roi théocratique devint nu être surnaturel, divin, revêtu, il est vrai, d'une forme humaine {Daniel vu, 13), qui apparaîtrait sur les nuées et tVnulei ait avej une puissance irrésistible un empire universel et éternel {Daniel u, 44; vu, 14, 27) au profit des saints, c'est-à-dire des Juifs {Daniel vu, 18-22). .
Ces idées, empruntées sans aucun doute au zoroastrisme, lu* pénétrèrent pas très- rapidement dans les esprits. Beaue<>u[j s'en tinrent aux vagues espérances de l'hébraïsme, comme le prouvent les apocryphes de l'Ancien Testament. U y est question d'un jugement exercé " contre les ennemis ilii peuple de Dieu {Judith xvi, 17; Sirac. xxxvi, 10 et suiv.); de la délivrance ou du rachat {Sirac. l,.25) des Juifs emmejiés en exil et du bonheur qui les attend {Baruc iv, 2l-vj dans une Jérusalem fantastique [Tobit xni, 20-21), lorsque les temps seront accomplis {Tobit xiv, 7) ; du châtiment des païens et quelquefois de leur conversion {Tobit xui, 14, 16; XJVj 9] ; mais nulle part il n'est fait mention ni du Messie,
^ Piif ÈWt, selon VEcclétia8tique;amn Sirac xlviii, tO-11 eM sufipect, comme en t'OntrûdicUon avec l'esprit général du Siracide.
ni du royaume messianique ; seulement il y est parlé encore de la royauté sans fin promise à la maison de David {Sirac. xLvii, 11;/ Macc. ii, 57), et une durée infinie est prédite à la nation juive {Sirac. xxxvu, 28; xliv, 13; // Macc. xiv^ 1
15). Dans les apocryphes hellénistiques, qui attachent beaucoup moins d'importance religieuse à la venue du Messie, on trouve seulement exprimé Tespoir que les justes^ cest-à-dire ceux qui auront accompli strictement la Loi, jugeront les impies et domineront sur eux; mais sera-ce dans cette vie ou dans l'autre? On l'ignore, les deux f^piniona s'y rencontrant à quelques lignes de distance {Snpience lu^ 8; V, 16; cf. IV, 16).
lesflie.
Kuinôl, Messianische Weissagungen des Alten Testaments tibersetst hik) erffiutert^ Leipzig, 1792, in-S". — Scherer^ ÂusfQrliche ErklSirung der sâmmtliehen messianischen Weissagungen des A. T., Âltenburg, 1801, in-S''.^ SchvUc, KHtik aller Messianischen Psalmen, Stendal, 1802, in-8o.~£erfho{d(,Chri&tologinJudsBorum Jesu Âpostolonimque aetate, Erlangen, 181 l,in-8'.— Sf ô/iclm, Dre me»?îi«int*chen Weissagimgeo des Alten Testaments in ihrer Entstehung, Entwickelung and Aus« bildung, Berlin, 1847, in-8°.
Devenues de plus en plus ardentes à mesure qu'augmentaient les malheurs de la nation, les espérances messianiques formaient le centre des croyances religieuses des Juifs palestiniens et avaient acquis le plus haut de^^n^ d'intensité à l'époque de la naissance de Jésus, coniine le prouve le témoignage du Nouveau-Testament fortifié par
ceux de Josèphe *, de Suétone* et de Tacite '. L'attente était générale; mais les opinions variaient beaucoup tant sur la date de son apparition, sur les signes précurseurs de son ayénementetsur les conditions de sa venue, que sur sa personne et son œuvre.
1" Date de son apparition. Les Juifs divisaient le temps en deux grandes périodes, dont la venue du Messie, selon les iinSj ou l'inauguration de son règne, suivant les autres, formaient la ligne de démarcation *, savoir le temps présent, rtn dSiv, alwv oSxoç, 6 vuv «îév, temps de péché et de misère, et le temps fiitur, Kan oSs^r, «Iwv fxéXXcuv, alGv Ipx^ iJLcvoç, dm IxtTvoç, temps de piété et de bonheur. Le passage de rime à l'autre de ces périodes était appelé yiûV} yp, cruvTÉXtta t5v alcovwv, la fin des jours, la fin des temps, et cette époque de transition devait être marquée par une terrible angoisse, m», ôXî^iiç. A l'exception peut-être de que](]îR^s disciples du rabbin Hillel, qui prétendait que les prédictions messianiques avaient été accomplies du temps d'Ezéchias *, tout le peuple croyait que le Messie ne tardeniit plus à paraître ; seulement la date précise de son avènement était un mystère que les rabbins cherchaient avidement à pénétrer, et quelques-uns, se fondant sur la pro[>hétie de Daniel relative aux quatre monarchies, s'étaient persuadés que son arrivée suivrait immédiatement la soumission de la Judée par les Romains *. Cette opinion avait trouvé d'autant plus de crédit que les prophètes, nous
< Jotiphe, Anliquit. jud., I. VI, c. 5, f 4. ^ Suiion^^ Vita Vespasiani, c. 4.
3 Trtf iVtv Hisloriœ, lib. V, c. 13.
* Sdwttgtnf Hors hebraïcseettaimudicœ, 1. 1, p. 1153; t. U, p.23etsuiv.
* Tahuidy Sanhédrin, f. 99.
* Schifigen^ ouv. cil»', t. fl, p. 501-504.
l'avons vu, rattachaient la venue du Messie à la fidèle observation de la Loi par le peuple, et les Juifs pouvaient alors se rendre le témoignage qu'à aucune époque de leur hîstoirej il n'y avait eu parmi eux moins de penchant à Tadoration des dieux étrangers.
2*^ Signes préfiurseurs. La transition du temps présent au nouvel ordre de choses devait être signalée par toutes sortes de calamités personnifiées dans le Nouveau -Testament sous le nom d'Antéchrist, être mystérieux et terrible qui résumait en sa personne toutes les tendances hostiles k Dieu. Déjà Ézéchiel ' avait prédit des guerres efiroyables avec les peuples mythiques de Gog et Magog, et Daniel * avait prophétisé un temps de détresse tel qu'il n'y en avait jamais eu. La Mischna * décrit ainsi les calamités qui précéderont la venue du Messie : L'iniquité sera grande (cf, MatL XXIV, 12); tout se vendra à un prix excessif (cf. Malt, XXIV, 7); la vigne donnera SQS fruits et cependant le vin sera cher, à cause de l'ivrognerie ; les royaumes seront troublés par des opinions perverses, on n'écoutera aucune remontrance (cf. Matt. xxiv, 11); les synagogues seront des lieux de prostitution (4); la Judée sera dévastée et rendue déserte (cf. Matt. xxiv, 6); les habitants erreront de ville en Ville sans asile (cf. Matt. xxiv, 12); la sagesse des docteurs sera méprisée ; ceux qui fuient le péché, vilipendés ; la vérité trahie; les jeunes gens insulteront les vieillards, qu'ils laisseront debout devant eux; le fils injuriera son
• Ézéchiel x\xviii-x\xix.
'^ Daniel xii, 1.
' Talmud, Sata, fol. 49; cf. Sanhédrin, fol. 97, 98. — Et IJénoch xcviir, t et suiv.
* Voir, sur la corruption des mœurs de^ érudits à cette époque, Schêitfj^n, i. Il, p. 518.
père, les filles s'élèveront contre leur mère, et les serviteurs se feront les ennemis de leurs maîtres (cf. Matt. x, 35-36). Dans une telle extrémité, s'écrie le rabbin, à qui recourir? .
A notre Père qui est aux cieux.
A ces calamités s'en joindront d'autres non moins redoutables, telles que la peste et des tremblements de terre '; Jérusalem sera ruinée, le temple sera détruit^. Il n'est pas ceilain que parmi ces signes (ninîK, <ni|aT«) précurseurs, l'opinion générale ait placé l'apparition d'une étoile, le passage du Testament des douze patriarches qui parle de cette apparition' étant non moins suspect que ceux du Sohar % où il en est également question; mais on ne peut dtiuter que les Juifs n'aient attendu le retour sur la terre du piuiihete Élie*, le plus illustre représentant de la théocratie «près Moïse, qui devait par sa prédication convertir le cœur du peuple {Sirac. XLViu, 10) et le rendre digne d'entrer dans le royaume messianique*, en le purifiant^. Le précurseur devait être aidé dans son œuvre de régénération par iloise lui-même * selon les uns, par Ësaïe et Jérémie, seloa les autres *.
3^ Conditions de sa venue. La venue du Messie devait être
< Schmtgen, t. II, p. 518, 519. Cf. Matlh. xxiv, 7.
^ Schàttgen, t. U, p. 505. Cf. Matlh. xxiv, 15; Luc xxi, 24.
^ Testamentum III Patriarcharum, publié par Fabricius, Codex pseudepigraph V. T., 1. 1, p. 584et8uiv.
^ Fçsfkia Sotarta^ ad Nomb. xxiv, 17, fol. 58, Venise, 1546, in-fol. — Sohar^ in Namb., fol. 85-86; in Gènes., fol. 74.
* MûlacUie iv, 5,6. — Targum Jonathanis, in Exod. vi, 18; XL, 10* — Taimud, EJigolh, fol. 14.
« Taimud, Erubim.fol. 43; Pesachim, fol. 30.
' tbid., Kaddouschim, fol. 71 . Cf. JfaM. xvii, 10,11; - Mare ix, 11, 12; — lU€ I, 10, 17.
* Hchmfjen, ouv. cité, t. Il, p. 544.
» ï r hfdras II, 18. Cf. Matl. xvi, 13, 14. - Jean i, 21.
nécessairement précédée de la repentance et de la conversion du peuple ^
4** Sa personne. Le Messie, 6 Mea<riaç, ô Xp^to;, mttJçn, c'est-à-dire TOint du Seigneur, le roi par excellence, devait être un descendant de David; à cçt égard, les opinions étaient unanimes; mais elles variaient touchant le lieu de sa naissance. Les uns croyaient qu'il viendraient au monde à Bethléem', s'appuyant sur Michée v, 2, tandis que d'autres concluaient de Daniel vu, 13, qu'il descendrait du ciel sans que personne sût d'où il venait '. Rien ne prouve cependant, en dehors du Nouveau-Testament, que les Juifs aient admis, une naissance surnaturelle. D n'en est pas dit un seul mot dans le Talmud, ni même dans les Targums*, et il est plus que douteux que les contemporains de Jésus, qui attendaient avec une si ardente impatience le roi théocratique qui devait briser le joug de Rome et soumettre tous les ennemis d'Israël, se soient figuré cet oint de Jéhovah, ce Christ*, autrement que comme un simple mortel. Sans doute le restaurateur du royaume de David serait un prince pieux et brave comme son glorieux ancêtre; mais il devait être un roi temporel, un roi conquérant, dans l'opinion de l'immense majorité du peuple ^ ; c'est à peine si quelques-uns attendaient un Messie à la fois temporel et spirituel, un réformateur moral du mosaïsme', dont ils
f Taknud, Sanhédrin, fol. 97 ; Sabbath, fol. 118. Cf. Matt. m, 2; iv, 17.
2 Targum Jonathanis in Zachar. x, 3-4; in Isaïam xi» 1 ; in Mich. v, 2.
' Matt, II, 6; xxiv, 23; — Luc xvii, 20 et suiv.; — Jean vu, 27, 41-4Î. — Targum Jonathanis in Mich. iv, 8. — Talmud, Berachot, fol. 11. • * Voy. Schôttgen, on\. cité, t. II, 421-423.
^ C'est le nom qui lui est donné dans IV Esdras v, 28; xii, 31 et suiv.; dans Hénoch, c. 48, ! 10; c. 52, 1 4.
• Targum Onkelosi in Gènes, xlix, 11. — Targum Jonathanis in Amos ix, 11 ; in Zachar. x, 4 seqq. — Talmud, Pesachim, fol. 118.
7 Talmud, Niddah, f. 61.
clierchaient le type dans Melchisédec, ce roi de Salera ou Jth usaleiîi, à la fois roi et grand-prêtre ", qui joue un rôle important dans la tjrpologie allégorique des Juifs et des Chrétiens, (Quelques autres peut-être, sous Finfluence de la l>hilosophie grecque, mêlaient aux idées généralement admises sur lu personne du Messie, celles du platonisme sur le Logos, et s'appuyant surtout sur Ésate ix, 5-6; xi, 1-8, se peràuadaient qu'il serait un être surhumain plus grand que les ])atriarches, que les anges, que le monde entier', sans aller toutefois jusqu'à l'identifier avec la Parole de Dieu, la yophia ou le Logos, jusqu'à en faire un homme-dieu. Au lûK^'im ne trouve-t-on aucune preuve claire et positive, si ce n'est dans un passage du Sohar qui est suspect, que jamais une secte chez les Juifs ait attribué au Messie plus quune sumljondance de l'Esprit de Dieu *, et peut être la préexistence*.
5** Son œvvre. Les Juifs attendaient du Messie qu'il réttiblirait dans tout son lustre le royaume de David par la reunion sous son sceptre des royaumes de Juda et d Israël, par le rajipel des réfugiés, par la victoire sur leurs ennemis; qu'il ferait, en un mot, de leur nation faible et méprisée le peuple-j'oi *. Au point de vue moral et religieux, il devait, au moins dans l'opinion de quelques uns des moins fanatiques, refoi'îûer le mosaïsme, en abolissant les sacrifices et
i Va. ck, 4. — Taltnud, Sanhédrin, fol. 99. — Teslament. xii patiiarcharum dant» Fiibrichis, Cod. pseudepigr., t. I, p. 542. Cf. Hebr, v,6; vu, 17.
'■* tfeiM)c/i \ivi, 1 et suiv.; xlviii,2 etsuiv.; lxi, 10 etsuiv. — Voy. Bertholdi, , ouv. dté, é 22, îiM-8.
■1 Tfir{fU7n Jonathan, in Isaï. xlii, 1 ; — Sohar ad Gmes. xlix, II. — Henoch, c. 4fi, I 5. — Cf. Jean i, 32; m, 34.
1 Jmn ïiiï, ûS. Cf. Henoch, c. 48, { 2, c. 62. { 6.
* i y EsdTos xiUf 32 cl suiv. — Schottgen, ouv. cilé, t. Il, p. 160, 2! 1, 6J9.
les fêtes, vieux symboles de la théocratie S rétablir les Israélites dans la dignité de race sacerdotale qu'ils avaient perdue par Tadoration du veau d'or ^, convertir les païens au culte de Jéhovah '; apporter aux Juifs le pardon de Dieu et la rémission de leurs péchés* et établir sur la terre rajeunie l'abondance, la joie, le bonheur^ tous les biens promis, au nom de Dieu, par les prophètes à son peuple pour prix de leur conversion sincère et de leur soumission à ses commandements •. C'était là, en effet, la condition absolue du pardon de Dieu, selon tes anciens prophètes, qui subordonnent toujours la rémission des péchés du peuple d'Israël à son amendement, et même après l'exil^, les Juifs étaient restés fidèles à cette manière de voir.
Quoiqu'ils eussent d'ailleurs partagé de tout temps les idées de l'antiquité sur l'efficacité des sacrifices expiatoires, on ne trouve ni dans les Apocryphes, ni dans les Targums, ni dans le Talmud, aucune preuve cojitvaincante qu'ils aient jamais fait dépendre la rémissioif oes péchés de la mort expiatoire du Messie. Un petit nombre d'entre eux qui avaient appris la résignation à l'école du malheur, et remplacé dans leurs espérances messianiques l'élément politique par l'élément moral, avaient bien conçu l'idée d'un Messie souffrant, et cela se comprend assez aisément^. David, le type du Messie, n'avait-il pas eu à lutter avant d'atteindre au degré de puissance où il était arrivé sur la fin de sa vie? Son des-
* Talmud, Avoda Sara, f. 5. — MechiUa ad Exod. mx, 6.
"^ Talmud, Erubim, fol. 43. — Targum Onkelosi in Isaîam xii, 2. — Schôttgen, . onv. cité, t. U, p. 611-615.
* Tobu XIV, 9; — Ésaïe xlii, 6; — Schôttgen, ouv. cilé, t. H, p. 624-631.
* SchôUgen, ouv. cité, t. Il, p. 206.
* Targum Onkelosi io Gencs. xlix, 1 1-12.
« Zacharie xiii, I ; — Daniel ix, 24. Cf. Luc i, 76-77. ' Talmud, Chetoufot, fol. 111.
cendant, à son exemple, ne devait-il pas mériter par ses souffrances la gloire qui l'attendait? Cependant jamais les Juifs n'ont supposé que les souffrances du Messie pourraient aller jusqu'à la mort ; loin de la, ils croyaient qu'il vivrait à jamais. Il est vrai que le pseudo-Esaïe parle de la mort du serviteur de Dieu ' et que le Targum de Jonathan entend par ce serviteur de Dieu le Messie ; mais en admettant même que le rabbin Jonathan ait cru à la mort expiatoire du Messie, cette opinion n'était assurément pas générale et ce qui le prouve, c'est à la fois le découragement profond qui s'empara des disciples après le drame du Calvaire et le silence de l'apôtre Paul, qui ne s'appuie jamais sur Esaïe IHI dans sa polémique contre les Juifs, preuve certaine que de son temps ce chapitre du pseudo-Esaïe n'était pas encore appliqué au Messie. On ne doit d'ailleurs jamais perdre de de vue qu'à la fin de cette période régnait parmi les rabbins l'opinion d'un double Messie, l'un fils de David, l'autre fils de Joseph ou d'Ephraïm ^, et que c'est à ce dernier que se rapportent les passages* de Sohar où il est question, des souffrances, de la mort et de la résurrection du Messie *.
Au reste, le rôle du Messie ne devait pas se borner à détrôner Rome au profit de Jérusalem et à réformer le raosaïsme.
D s'était considérablement agrandi depuis que les Juifs avaient emprunté au zoroastrisme le dogme de la résurrection. A l'instar du sosiosch du Zend-Avesta, il devait ressusciter les morts, en commençant par les justes, c'est-à-
• Ésaïeuii, 1-15.
^ Gl2sener,ï>e gemino Judsorum Messià, Helmstadl, 1739, in 8*.
^ Schengen ouv. cité, 1. 1, p. 3t l, t. H, p. 557 et suiv.
dire par les Israélites ^ ; renverser l'empire de Satan et Tenchaîner au fond de Tenfer ^, afin qu'il ne troublât plus la félicité des justes, félicité qui est ordinairement peinte sous l'image d'un festin'. Enfin le Messie fondera sur la terre rajeunie et devenue digne de lui servir de demeure *, son royaume Krntfaa mohi2 *, d'où seront bannis les pécheurs, na^Vtt^i, âfjLotpTtoXot , (SfStxoi, c'est-à-dire les nations payennes, qui seront jugés par les Juifs et condamnés à les servir ^ comme esclaves. L'opinion à peu près générale parmi les Juifs était que ce royaume du Messie durerait jusqu'à la fin du monde ^ ou jusqu'à l'an 6000 de la création*; quelques-uns cependant pensaient qu'il ne subsisterait qu'un temps, étant compris dans la série des choses finies ; mais on était loin de s'accorder sur sa durée ^. Il parait que les idées n'étaient pas mieux fixées sur ce qui devait arriver ensuite. Les uns croyaient que Satan serait alors délivré et qu'il recommencerait la guerre contre les saints ouïes justes *®; tandis que d'autres plaçaient la guerre contre Gog et Magog avant la venue du Messie. On admettait d'ailleurs généralement que Satan finirait par être
* SchôUgen, ouv. cité, t. I, p. 662. Cf. Sûsskind, Ueber die jadischen BeprirTe voD Messias als Weltrichter nnd Todtenerwecker dans le Magazin de FUit, Tûbing., 1796-1812, 17 vol. in-8, t. X, p. 104. —Cf. Apocal.w, 4-5. —/ Cor. xv, 22-23.
^ Jalkut Simeoni, Francf , 1709, in-fol. P. H, fol. 56. — Cf. Apoc. xx, 2. » Vajikra Rahha, fol. 146. — Livre d'Henoch. c. 57. — Cf. Jlfa«. viii, II; — Luc XIV, 15. — Apoc. XIX, 9.
* Ésate Lxv, 17. — HenocK c. xlv, 4-5 — Talmudy Orlah, fol. 9. ^ Targum Jonathanis m Imam Lin, \0.
« Talmud, Sanhédrin, fol. 99. Cf Luc xiii, 28. — Apoc. iï, 26; v, 10. — / Cor, VI, 2.
^ Voy. Schôttgen, ouv. cité, t. U, De Messie, lib. VII, c. i,J 49.
« Voy. Bertholdt, ouv. cité, i 43, n* 3.
» Toimud, Sanhédrin, fol. 99; — IV Esdras vu, 28-29. Cf. Apoc. xx, 4-6; l Cor. XV, 23-25.
*» Apoc. XX, 7-9.
vainc!i et plongé à jamais dans lenfer. C'est alors que devait avoir lieu la résurrection générale et le jugement dernier, auquel, selon quelques-uns, devaient être soumis meine les Juifs déjà ressuscites à Favénement du Messie*. Précipités dans Tenfer avec Satan, les impies y seront détruits par le feu ou, comme disent les rabbins, par la secaude mort', tandis que les justes recevront en partage une félicité éternelle. Ils n'auront ni besoins ni passions, parce que Dieu détruira chez eux le penchant au mal', penchant inné selon la doctrine des Pharisisiens et des Mystiques , et, comme nous l'avons déjà dit , en lutte constante avec le Jetser tob ou le penchant au bien, qui nait en Phomme avec la puberté.
' Hidro^rh TehiUim ad Ps. xxxi, Amst., 1730, in-fol., fol. 25. Cf. Apoc, ^ Tûrgum Onkelosi in Deuteron. xxxiii, 6. — Targum Jonathanis in Isaïam x%\m, f>-l5; tn Ezechiel., li, 39. Cf. Àpoc. xx, 14. " TaimMd, Berachot, fol. 17.— IV Esdras viiw 52. — ranc/itima, Anwl., 1701,