CHRISTIANISME
ttovrees.
La source unique où Ton puisse puiser une commissance exacte des origines du christianisme, est le Nouveau-Testament. Il est très-possible, il est probable même que quelques-unes des opinions religieuses qui ont eu coui^ dans rÉglise primitive se trouvent fidèlement rapportées dans les Apocryphes, au moins du premier siècle' ; mais ces écrits, bien qu'ils portent le cachet d'une bonne foi naïve, sont remplis de trop de récits merveilleux, de trop de légendes ridicules pour qu'on puisse leur accorder quelque valeur historique, et quant aux souvenirs du siècle apostolique qui nous ont été transmis par les. premiers Pères de TEglise ; par cela même que ce ne sont que des souvenirs conserve!*
* Brunet, Les évangiles apocryphe», Paris, 1848, in-12.
par la tradition pendant des lustres^ il n'est permis d'en faire usage qn'avec une extrême réserve.
Ël«l politique- de In Jmdée à 1» niitssiinee dv ^b ri Ht in AtsBie.
yijmtcr, Dt^riUdiftche Staai inr Zetl cler Geburt Christi, Gopenh., 1837, iii-8*.
Apres la mort d'Hérode-le-Grand, qui arriva quatre ans avant la naissance de Jésus-Christ, son royaume fut partage entre les trois fils qui lui restaient. Archélaus obtint avec le titre d'Ethnarque, la Judée, laSamarie et Fldumée; les deux autres qui prirent le titre de Tétrarques eurent en partage : Philippe, une partie de la Galilée et la Traclionite; Antipas, la Péreeet une partie de Tlturée; mais avant que trois ans se flissent écoulés, Archélaus, par sa mauvaise administration, perdit ses Etats, et la Judée avec la Samarie, réduite en province romaine, fut soumise à des procurateurs sous rautorîté supérieure du gouverneur de Syrie. Philippe régna dans sa tétrarchie jusqu'à sa mort, Pan 31 de Père \ iilgaire, et son territoire, d'abord réuni à la Syrie, tut donné, Pan 37, ù Hérode Agrippa, petit-fils de Ilérode-le-Grand, par PemiK-reur Caligula, qui voulut récompenser son dévouement à la maison de Germanicus. Dès Tan 41 , Agrippa fie vint roi de toute la Palestine ; mais, après sa mort, Pan 44, ses États, réduits en province romaine, turent réunis de nouveau à la Syrie sous Padminîstration des procui*ateurs. Cependant son fils Agrippa II fut
de nouveau reconnapour tétrarque de la Galilée, en 58^ par Tempereur Claude, tandis que le reste de la Palestine était gouverné par des procurateurs, dont les violences * portèrent plusieurs fois les Juifs à la révolte. En 66 notamment, il éclata un soulèvement formidable, qui couvrit la Judvïe de ruines et de sang, et finit, en 71, par la ruine de Jérusalem et de son temple, bâti avec magnificence par Hérode, 88 ans auparavant.
#e«M-Baptl«te.
Àhegg, De Joanne BaptiMâ, Heidelb., 1820, în-4''. — Box. De Joanne Bapti»!^, Lugdun. BaUv., 1821, m-8*. — LUeo, Johannes der Tfiofer, Berlin, 1826, ïu-^\ — Von Rohden, Johannes der Tttufer in seinem Leben und Wirkeu dargeâtellt, Lûbeck, 1838, in -8*.
Ce fut au milieu de ces bouleversements politiques et quelques années seulement après la révolte de Judas le Gaulonite, qui fut étouffée dans le sang, que Tesprit prophétique, sortant d'un sommeil de plusieurs siècles, se réveilla panai les Juifs, et que la voix de Jean-Baptiste commença à retentir sur les bords du Jourdain. Comme Isaac [Genèse x\ m et suiv.), comme Samson [Juges xiii, 2 et suiv.), comme ^Sa* muel (I Samuel i, 2 et suiv.), le nouveau prophète était né d'une femme longtemps stérile, et la tradition racontait que sa naissance avait été prédite par un ange à son père Zachu-
4 Tacite, Hisior., Ub. V, c. 10.
rie, sacrificateur de la tribu de Lévi {Luc, i, 7 et suiv.}. Jaloux d'imiter l'austérité de vie de Tancien- Élie, il se tenait de préférence dans le désert de la Judée, grossièrement vêtu de poil de chameau ; se nourrissant de miet sau- \ âge et de sauterelles, comme le plus sévère ascète, et prêchant à ses nombreux auditeurs l'approche du royaume de Dieu, dont, à l'instar de ses prédécesseurs, il rattachait l'avènement à la conversion morale du peuple, conversion symbolisée par le baptême qu'il administrait. Cette cérémonie symbolique, où le nettoiement extérieur du corps finirait la purification intérieure de l'âme, était en usage dus la plus haute antiquité et déjà même plusieurs prophètes {Ésaîe, I, 18; Zacharie xiii, 1) avaient présenté la purification du peuple à la venue du Messie sous l'image d'une ablution, sans paraître, il est vrai, en faire dépendre l'efficacité des dispositions morales de ceux qui s'y soumettaient.
Ce fiit pendant qu'il prêchait "ainsi la repentance et qu'il baptisait en vue du royaume messianique, qu'il attendait certainement lui-même avec une impatience d'autant plus vive qu'il était un ardent patriote et qu'il voyait la nationnalité juive menacée par la réduction de la Judée en province romaine, ce fiit dans ces circonstances que vint à lui pour se faire baptiser un de ses parents, selon une légende conservée par l'évangile de Luc {Luc i, 36), Jésus ' de Nazareth, alors âgé de 31 ou 32 ans. Pendant qu'il le baptisait, Jean crut entendre une voix du ciel, Hip na, <pwvij ix twv dupavGv qui proclamait Jésus fils de Dieu, c'est-à-dire roi tliéocratique {Malt, m, 17 ; Marc, t, 11 ; Luc m, i¥). Tout ce
^ VttJin^ et par abréviation ^Wi
que Ton peut retenir de ce récit, qui rentre tout-à-tait dans le cercle des idées juives, c'est que Jean-Baptiste, qui était prêt à saluer le Messie dès qu'il se présenterait, crut l'avoir reconnu en Jésus (les Évangiles ne nous apprennent pas à quels signes), mais il ne tarda pas à perdre ses illusions. Nous avons vu dès la période précédente les espérances messianiques suivre un double courant : les uns, et Jean était du nombre, persistaient dans leurs rêves de vengeance contre leurs oppresseurs et de domination universelle, tandis que les autres n'attendaient du Messie que la réconciliation du peuple juif avec son Dieu. Il était impossible que l'harmonie subsistât longtemps entre Jean^ qui espérait un Messie politique, un roi terrestre, un libérateur du peuple, et Jésus qui ne voulait être qu'un Messie spirituel, un réformateur moral. De cette divergence de vues naquirent sans doute des contestations, qui <ioiiueraient peut-être l'explication la plus naturelle du mythe de la tentation {Matt. iv, 1-H; Luc iv, 2-13), et qui en tous cas nous font comprendre les impatiences de Jean, ses doutes et ses scrupules {Matt. xi, 3), toutes choses inexplicables si, comme le rapporte le quatrième évangile, le Baptiste avait été convaincu de la messianité de Jésus au point de croire à sa préexistence {Jean i, 18) ou bien s'il avait compris le rôle du Messie comme celui d'une victime expiatoire {Jean i, 29, 36). * On ne s'explique même pas, en s'en tenant aux récits des synoptiques, qu'après avoir reconnu Jésus pour le Messie et s'être modestement donné
* Les paroles que le 4* Évangile lui met daus la bouche : Voilà Tagneau de D»en qui eolève le péché du monde, ne peuvent être de lui Le fils du prêtre Zacharie n'était pas sans savoir que l'agneau ne servait pas de victime [expiatoire d'apr^i^ h législation mosaïque.
lui-mûme pour son précurseur, il n'ait pas immédiatement renoncé à baptiser; qu'au contraire, il ait continué à tenir assemblés autour de lui des disciples qui, laissés ainsi dans Terreur, persistaient, bien des années après sa mort, à attendre toujours la venue du Messie {Act. xvm, 25 ; XIX, 4) promis, ne reconnaissant pas dans Jésus, crucifié pai' les Juifs, le roi conquérant après lequel soupirait la grande majorité de la nation.
liésnMDlirist.
5fraitttf Das Leben Jesu kritiseh dargestellt, Tttbiog., 1835,2 vol. in-8% dernière ^cliL., Letpz., 1864, in-8<'. — Hase, Das Leben Jegu,2* édit., Leipz., 1835, in-8. — Neander, DaK Leben Jesu, Hambourg, 1837, in-S". — Renan, Vie de Jésus, . Parii, t8ti3, in-8». — Sehenkel, Das Charakterbild Jesu, Wiesbaden, 1864, in-8°.
La vie de Jésus ;^est fort peu connue; longtemps le souvenir du lundateur de la religion chrétienne, de ses admirables qualités morales et de sa puissance merveilleuse sur les esprits n'a vécu que dans la mémoire de gens grossiers et ignomiits, à imagination vive, chez qui l'enthousiasme allait aisément jusqu'à Textase; delà le caractère fragmentaire et aiiecdotique qui frappe dans sa biographie, de là aussi un mélange de légendes avec des faits réels, et la couleur mythique que revêtent la plupart des événements.
Une grande incertitude a régné jusqu'à ces derniers temps, même sur la date de sa naissance et celle de sa raoït. Il est à peu près généralement reconnu aujourd'hui qu'il n'est pas venu au monde Fan 754 de Rome, comme le
veut Topiiiion vulgaire. On sait en eflfet par Tliistorien Josèphe * que le roi Hérode mourut avant la Pâque de 750, "et si, comme il y a lieu de le croire, c'est la conjonction dans le signe du Poisson, des trois planètes, Jupiter, Mars et Saturne, ^ fixée par le calcul astronomique à Fan de Rome 747, qui a donné naissance au mythe de l'étoile des Mages {Matt. il, 2 et suiv.), on peut placer à cette dernière année la date de la naissance de J.-Ch., sans pouvoir d'ailleurs en déterminer ni le mois, ni le jour '. Quant à la date de sa mort, il avait certainement été crucifié avant le rappel de Pilate, Tan de Rome 790. Or, comme dans les neuf années que ce procurateur fut en fonctions, 28-37 de l'ère vulgaire, la Pâque juive tomba une seule fois à la fin de la semaine, à savoir l'an 31 * , c'est évidemment cette année là qu'il mourut, puisque les quatre évangiles s'accordent à placer son exécution le vendredi, premier jour ou veille de la fête {Marc xv, 42; Luc xxiii, 54; cf. Jean xix, 14, 31).
Ainsi, né Tan de Rome 747 et mort l'an 784, selon toute probabilité, Jésus arriva à l'âge d'environ 37 ans, après trois ans d'apostolat, selon le quatrième évangile, après une année seulement selon les synoptiques, qui nous le montrent exerçant sa mission presque exclusivement dans la Galilée, habitant Capernaiim en hiver, parcourant l'été les bords pittoresques du lac de Génésareth, s'avançant un jour
* Jotiphe, Ântiq. jnd.» lib. XVU, c. viii, § 1.
3 Mûnter, Stern der Weisen, Kopenh., 1827, in-8. — Kepler, De J.-Cb. vero anno natalitio, Francf., 1606, in-4^
' Uhland^ Christam anno ante aéra vulg. 4 exeunle natum esse, Tubing., 1775, JQ-4*. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est qu'il ne naquit pas en déceoibre, puisque les troupeaux, qui rentrent toujours aux premières pluies de novembre {Talmud, Nedarim, f. 63), étaient encore aux champs (Luc ii, 8).
4 Anger, De temporum in Âctis Apostolorum ralione, Lipsie, 1830, in-8*.
Coogic
juBqu*aux frontières de la Phénicie, et se rendant une seule fois à Jérusalem pour la Pâque, tandis que le quatrit me évangile place en Judée le théâtre principal de son activité et le fait assister à cinq fêtes juives (Jean ii, 13; y^ 1 ; VII, 2, 10 ; x, 22 ; xii, 1), notamment à deux Pâques, lu première fois peu de jours après son baptême ; la seconde, peu de temps avant sa mort.
A Texception d'une seule anecdote rapportée par Luc u, 4 1 -al , mais à laquelle une couleur mythique très-prononcée 6te presque toute valeur historique, on ne sait rien de la jeunesse de Jésus, silence qui, pour le dire en passant, laiïisait pleine carrière à Fimagi nation des premiers sectateurs du christianisme. ' C'est seulement à Tâgede trente et un ou trente-deux ans, vers Tan 28 de notre ère que, s*^l<m la coutume juive, il commença à exposer publiquement les idées que Tétude des livres sacrés de son peuple, s!u*Èout des prophètes, et ses réflexions solitaires avaient fait naître dans son esprit profondément religieux sur la nécessité d'une réforme, qui simplifierait et spiritualiserait le culte symbolique du mosaïsme, qui substituerait lesprit de la loi à la lettre, la pureté du cœur aux observances rituelles % un royaume de Dieu moral et universel à une
* Aussi la légende y a-t-elle largement suppléé dans les Évangiles apocryphes par itïs plus étranges inventions.
i Plusieurs prophètes (^saïc i, 11-17; Jérémie vi, 19-20; vu, tl, 23; Miehée it, 6-g; Osée vi, 6) et des moralistes {Prov, xxi, 3) avaient, et depuis bien des siècles (1 Sam. XV, 22), exprimé les mêmes sentiments. Depuis longtemps aussi la morale grecque s'était élevée à cette hauteur (Voy. Isocrate, Ad Nicocl., c. 20; ad Démon., c. I4Ï), C'est ce qui explique les rapides progrès du christianisme. Si la prédication ûe Jésus a réussi, c'est qu'elle répondait aux aspirations d'un très-grand nombre de KË» contemporains. Il devança' un peu son siècle^ comme tous les hommes de génie, tîi c'tit pourquoi il fut persécuté; mais il fut le résumé vivant de l'esprit de son temps qui aspirait à une religion plus pure et plus rationnelle, et c'est pourquoi sa doilrine se propagea si rapidement dans l'Empire romain.
théocratie politique et exclusive. La tâche était difficile. Jésus se convainquit qu'il ne pouvait espérer de réussir qu'en rattachant son entreprise à lldée messianique^ la plus puissante et la plus intelligible pour sa nation. Quelques jours après son baptême, dans le sermon de la montagne {Matt. v-vu), nous le voyons déjà se poser en réformateui' de la loi mosaïque dans la plénitude de sa conscience messianique. Il ne suffit pas, déclare-t-il à la foule quiFentourej il ne suffit pas de ne pas tuer; il faut étouffer jusqu'à la pensée du crime; il ne suffit pas de ne pas se venger, il faut aimer môme ses ennemis. Ce n'est pas sur raccomplissement rigoureux des prescriptions de la loi, qu'il insiste, c'est sur la pureté du cœur et de la vie ; il n'admet ni fausse piété, ni hypocrisie; il proclame hautemi^it et à plusieurs reprises que Tinnocence de la conscience donne seule à l'homme une valeur morale aux yeux de Dieu, Dès l'origine, il établit donc une antithèse entre le mosaïsme et le christianisme, entre le formalisme et la monilîté. Dans d'autres passages, il est vrai, Jésus déclare qull n'est pas venu abolir la loi, mais l'accomplir, que le ciel et la terre passeront avant qu'un iota soit retranché de la loi, que pour entrer dans son royaume, il faut l'observer jusque dans ses plus petits articles, établissant ainsi, au lieu d'une antithèse, une identité complète entre la loi mosaïque et son Evangile.
Comment expliquer ces contradictions? Si sa religion n'est que l'accomplissement de la Loi, pourquoi oppose-t-il à la justice légale du înosaïsme, un tout autre principe fondé sur 1 amour de Dieu et de l'humanité ? Et si la valeur morale d'une action dépend uniquement de la piu-eté du cœur de celui qui la fait, pourquoi conserver la loi rituelle
du mosaïsme? Faut-il croire qu'au début de sa carrière, Jésus n'entendait pas abolir la loi de Moïse, qu'il faisait de sa stricte observation, ou de ce que les Juifs appelaient la justice, la condition nécessaire de l'admission dans son royaume, et qu'il ne modifia ses idées dans le sens de l'universaiisme {Matt.wm, H-12; xxii, 1-14; xxiv, 14; xxvin, 19) qu'après s'être vu rejeter par sa nation, cçmme il serait facile de l'induire de Malt, x, 5-6; xv, 24; cf. xxi, 43)? Mais dans ce cas, il serait resté inférieur dans son premier enseignement, non-seulement à Socrate, qui avait professé la fraternité universelle *, mais à Bouddha môme, qui, bien des siècles avant lui, avait appelé tous les hommes à conquérir la délivrance finale, réservée jusque là aux seuls ascètes du brahmanisme^. Ou bien, ne trouverait-on pas plus naturel d'admettre que Taphorisme rapporte par Matthieu {Mdtt. V, 17-18) avait déjà reçu dans la tradition une couleur juive qu'il n'avait pas encore lorsqu'il avait été prononcé par Jésus ? Cette dernière hypothèse est d'autant plus probable que ce même aphorisme, qui ne se trouve pas dans le second évangile et qui n'a été inséré dans le troisième {Luc XVI, 17) qu'avec une variante notable, est en contradiction avec plusieurs aul res passages qui prouvent que Jésus n'accordait pas à la loi de Moïse une autorité absolue, mais qu'il mettait au-dessus d'elle une loi primitive, souveraine, dérivée de Dieu même, la loi de la conscience morale (Voy., entre autres, Malt, v, 32, 39; xn, 12) *. Au
« Cicéron, Tuscul. Ub. V, c. 37.
2 Obrtff Du Nirvana bouddhique, Paris, 1863, p. 206.
3 N'esUil pas impie, en effet, de prétendre que Dieu a refusé à Têtre raisonnable Jes forces nécessaires pour accomplir sa destinée? Et comment le pourrait-il si sa destinée dépendait absolument d'une lui dont il n'aurait jamais eu la moindre connaissance?
reste, il était trop sage pour se mettre tout d abord et ouvertement en opposition avec le sacerdoce, pour, heurter violemment les préjugés de sa nation, ou pour tenter de déraciner brusquement des croyances ancrées dans les esprits depuis des siècles. Aussi revêtait-il généralement ses instructions des formes delà parabole, imitant d'ailleurs en cela la méthode d'enseignement des rabbins '.
Ce qui devait choquer les idées des Juifs et révolter leur orgueil national plus encore que l'abaissement de la Loi mosaïque, c'était le sens tout à fait spirituel que Jésus donnait à l'attente du fiitur royaume messianique. Faire accepter ridée d'un Messie pacifique par des gens habitués dès l'enfance à soupirer après la venue d'un Messie conquerant était Une tâche ardue, et Jésus ne pouvait se dissimuler les obstacles peut-être insurmontables qu'il rencontrerait. Mais doué d'une profonde conviction religieuse unie à une invincible énergie morale, il ne se laissa pas détourner de la réalisation de son plan messianique par la conscience des dangers qu'il courait. Cependant le courage n'exclut pas la prudence. Ce ne fut donc que peu à peu et avec de grands ménagements qu'il révéla sa conception d'un royaume spirituel de Dieu. Il est, en effet, impossible 'd'expliquer autrement que par un souvenir traditionnel de sa circonspection à cet égard, ses défenses répétées de publier les grandes choses qu'il opérait, défenses d'autant phis étranges que dans la plupart des cas tout s'était passé en public. Si jamais, pas même en présence de Pilate, à en
* Le Talmnd et les Midraschim contiennent un grand nombre de paraboles dont quelques-unes offrent d*étonnantes analogies avec celles du Nouveau Testament. Voy. par exemple, Talmnd, Sota, f. t4 et Schabbath, f. 127, comp. avrc Matt. XXV, 36.
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croire les synoptiques, Jésus ne déclara positivement que son royaume n'était pas de ce monde, et si, dans une circonstance, lors de son entrée à Jérusalem [Matt. xxi, 1-H ; Marc XI, 1-H; Luc xix, 29-14}, il souffrit même que ses partisans tentassent un mouvement révolutionnaire, ce serait aller sans doute trop loin que d'en conclure qu'il nourrissait secrètement l'idée de restaurer une théocratie politique. Cette opinion serait contredite non-seulement par l'ensemble de sa doctrine, dont Ja tendance est purement morale, mais par un certain nombre de passages des Évangiles, où, parlant des conditions d'admission dans son royaume, il exhorte à s'en rendre digne par Tabnégation {Matt. XIX, 21-26), l'humilité {Matt., xx, 20-28), Tinnocence des mœurs {Matt. xviii, 1-5), l'amour du prochain {Marc XTi, 33-34),en deux mots, par la conversion {Matt. iv, 17} et par la foi, [Marc i, 15) non pas la foi dans le sens qu'on attache aujourd'hui à ce mot, mais par une pieuse et filiale confiance en Dieu (Marc xi, 22-24), c'est-à-dire par des vertus plus propres à fonder une société lûorale qu'une société théocratique.
Au reste, de quelques précautions qu il usât, il soulevait trop de passions contre lui pour que le sort, qu'il avait prévu dès la confession de son disciple Pierre {Matt. xvi, 21) ne lui échût pas. H mourut donc, laissant à ses disciples non pas un système arrêté de doctrines, mais comme tout fondateur d'une religion nouvelle, un ensemble d'intuitions, de pensées, de réminiscences, exprimées en sentences, en aphorismes, en paraboles, dont ils devaient avec le temps tirer une série de dogmes précis, de formules bien arrêtées.