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CHRISTIANISME ÉVANGÉLIQUE

§ il8.

Doetrlne de iié«iis.

Kômer, De Sermonibiis Chrisli àypaçoi; , Lipsiar, 1776, in-4*. — Bôftme, Bic Religion J. Christi aus ihren Urkunden dargeslelU, Lei|iz., 18^7^ in-8*. — Ublois^ Parolefi de Jésus, Paris, 1862, in-8*.

Par cela même que Jésus n'a rien laissé par écrit et que ses enseignements n'ont été pendant des années transmis que par la tradition qui a pu involontairement les altérer plus ou moins avant que l'écriture les fixât pour toujours, la critique doit non-seulement distinguer avec soin sa doctrine de celle de ses apôtres, s'en tenir sur plusieurs points aux généralités, sans attacher une importance exagérée à ce qui est particulier ou porte le cachet d'un temps postérieiu*; mais elle doit encore ne pas accepter sans examen les paroles que les Évangiles lui mettent dans la bouche et qui ne peuvent être tenues pour authentiques qu'en cas que les évangélistes s'accordent entre eux, ce qui est presque toujours le cas pour les synoptiques. Jean, au contraire, c'està-dire l'auteur quel qu'il soit du quatrième évangile, se pla-

Digytized by

— iofi —

çant à un point de vue particulier, se trouve amené par le développement du philososophème qu'il expose sous forme historique, à faire tenir par Jésus de longs discours dofçmatiques qui s'éloignent trop pour la forme des discours sententieux, éthiques et paraboliques rapportés dans les autres Évangiles pour qu'on n'y reconnaisse pas l'individualité de l'auteur, le cachet particulier de son génie, et qu'il soit possible d'admettre qu'ils ont été prononcés sous cette forme. Il est, pensons-nous, inutile d'ajouter qu'il ne faut pas distinguer avec moins de soin les paroles de Jésus de celles de ses interlocuteurs, qui n'ont de valeur, au point de vue de sa propre doctrine, qu'en .tant qu'il y donne son assentiment.

Ces précautions seules permettront de retrouver dans les Évangiles avec une suffisante certitude la pensée exacte du Maître, et de faire ressortir au moins les points saillant^ de son véritable enseignement.

Dieu.

Jésus, pas plus que Moïse, pas plus que les prophètes, ne donne nulle part une preuve proprement dite de l'existence et de l'unité de Dieu ; il suppose ces deux dogmes admis par la conscience religieuse de ses auditeurs, et l'on ne trouve même rien dans son enseignement, touchant les attributs de la dif inité, qui dépasse les plus hautes conceptions des psalmistes et des prophètes. Jamais, dans les

Évangiles synoptiques, il ne s'arrête aux attributs métaphysiques; jamais il ne se demande si Dieu est fini ou infini, s'il existe dans retendue on hors de l'étendue; dans plusieui's occasions, il n'hésite pas à s'exprimer exactement comme s'il tenait Dieu pour un être limité, habitant le ciel et visible {Matt. v, 8, 16, 45, 48 ; vi, 9 ; vu, ^1 ; xviii, 10 ; xxiii, 9; Mare XI, 25, 26; Luc xi, 2). Laissant de côté ces problèmes, qui devaient tant occuper ses disciples plus tard, il s'applique à mettre en relief les attributs moraux, la sainteté, la bonté, la justice. La volonté de Dieu tend toujours au bien ; il est la bonté même^ la bonté parfaite {Matt. XIX, 17; Marc x, 18; Luc xvm, 19) ; elle s'étend aux méchants comme aux^ons {Matt. v, 45) et tempère même la justice par la 'miséricorde; car pour Jésus*, Dieu n'est plus, comme pour Moïse, un juge sévère, passionné, irrité ; c'est un père, idée qui n'était pas absolument nouvelle, puisqu'on la trouve déjà exprimée dans l'Ancien Testiament {Malachie ii, 10; Ésaîe Lxm, 16), et dans les Apocryphes (/// Macc, VI, 3) ; mais avec une couleur de particularisme juif que Jésus a effacée {Matt. y, 46). Notre Père ou notre Père céleste, tel est l'appellation qu'il emploie de préférence, lorsqu'il veut parler des rapports de Dieu et de l'homme, rapports de bonté et d'amour du côté de Dieu, de confiance et de soumission de la part de l'homme. Comme fils, l'homme doit prendre pour règle souveraine de sa conduite la sainte volonté de Dieu, renoncer à tout ce qu'il y a en lui d'égoïste, de particulier, de subjectif, pour tendre à la sainteté, c'est-à-dire à un rapport adéquat avec Dieu, la perfection absolue {Matt. y , 48); c'est ainsi et seulement ainsi qu'il s'ouvrira les portes du royaume des cieux {Matt. vn, 21), qu'il s'assurera la possession non pas

(11111 bonheur terrestre, comme l'enseignait la religion de Moïse, mais de la félicité céleste {MatL vi, 19-20) : car Dieu tst juste ou, en d'autres termes, il veut assurer la parfaite harmonie de la vertu et de la félicité, et rien ne lui est impossible [Matt, XIX, 26; Luc xviii, 27). Pénétré de cette confiance, de cette foi, moriç, et certain que rien n'arrive sans lu permission de son Père céleste, dont la Providence s'étend à toute la nature, quoique d'une manière plus spéciale au genre humain {Matt. vi, 25-34; x, 29-31; Luc xii, 24-30\ rhomme doit rejeter les soucis terrestres poiu* s'ap- ]iliquer avant tout à rechercher le royaume de Dieu.

§ iae,

Esprit de Dieu.

Nous avons vu que par esprit de Dieu les Hébreux entendaient la vertu divine qui agit dans la création et la ci^^nservation du monde, la vertu plastique ou providentielle de Dieu, la vertu divine qui doue l'homme de force, tF énergie, de prudence; la vertu divine qui inspire les prophètes; nous avons vu aussi que diu'ant toute la période de l'hébraïsme, aucun passage de l'Ancien Testament ne parle de l'esprit de Dieu en termes tels qu'il soit permis d'eu conclure positivement que les Israélites en faisaient une.personne distincte, une hypostase divine. Les Évangiles synoptiques ne nous en présentent pas une idée plus développée dans les discours de Jésus. L'esprit de Dieu est la vertu divine qui remplit le .Christ, qui agit en lui et par

lui (Matt. XII, 28; Luc xi, 20) ; dès le début de sa carrière, dans la synagogue de Nazareth, Jésus n'hésite pas k s'appliquer, dans la version des Septante, un passage signiticatif du pseudo-Ésaïe, commençant ainsi : L'esprit du Seigneur est sur moi [Ésaïehxiy i-2). Mais faut-il conclure de là qu'il tenait l'esprit de Dieu ou TEsprit-Saint poni' une hypostase, ou bien qu'il le considérait seulement comiue une force divine, comme une puissance venue d'en haut, ainsi qu'il le dit lui-même [Luc xxiv, 49. Cf. Luc i, 38) ? La question est d'autant plus difficile à résoudre que nulle part il ne s'explique sur le mode d'action de l'esprit de Dieu eu l'homme; que nulle part il ne nous dit si elle est médiate ou immédiate, naturelle ou sui^naturelle. Il nous déclare seulement que Dieu l'accorde à ceux qui le lui demandent \^Luc XI, i3), et que son action se manifeste chez ceux qui le reçoivent par une conception parfaite de la vérité et par une intrépidité supérieure à toutes les persécutions [MûU. x, 20; Luc XII, 12).

Ailles.

Jésus accepta sans y rien changer les opinions de ses contemporains sur les anges. Ds sont pour lui, comme pour les Juifs depuis l'exil, des êtres célestes {MatL xviii, tû), qui entourent le trône du Tout-Puissant {Luc xii, 9), et exécutent ses volontés {Matt. xxvi, 83). Us formeront l'escorte du Messie lorsqu'il apparaîtra dans sa gloire {}fan.

XTTt, 27 ; XXV, 31; Marc viii, 38) et, par ses ordres, sépareront et rassembleront les élus(Jlfflf^ xiii, 41, 49; xxiv, 31). Ce sont dey êtres supérieurs, affranchis des besoins physiques (Hait. XXII, 30) et de la mort {Luc, xx, 36), doués de eoaiïaissant.es supérieures à celles des hommes, quoique limitées (A/aft. xxiv, 36; Marc xiii, 32\ et essentiellement bons, puisqu'ils se réjouissent delà conversion du pécheur (Luc XV j 10,1, qu'ils protègent Tinnocence (M^^f. xvm, 10) et qu'ils n'abandonnent pas le juste même après sa mort, puisqu'ils portent les âmes pieuses dans le sein d'Abraham [Luc xvij Si^V I^eur nombre est infini {Matt. xxvi, 53)\ Il est clair i[ue Jésus se représentait les anges comme des êtres personnels; mais nulle part il n'est question dans ses discours de leurs noms, de leurs classes, de leurs vêtenieiits; il ny est pas une seule fois non plus fait mention d'une angcloi.>lianie, et chose peut-être plus remarquable encore, dans les paroles que le quatrième évangile lui met <lans la bouche, le mot d'anges ne se rencontre qu'une seule fiiis [Jeun i, 52) en un passage qui offre une allusion évidente à Genèse xxyiu, 12.

DémoMS.

Si JésiLs parle assez rarement des anges, il parle par contre très-souvent des démons, sur la nature desquels il paraît avoir adopté complètement les idées juives déjà trèsdévebippées de son temps, comme nous l'avons vu plus haut (^ 109\ Il appelle leur chef tantôt Satan {Matt. xii,

26; Luc X, 18, etc.), tantôt le diable, 6 SirfSoXoç {Matt. xiii, 39) ou Tennemi ô «x^po; {Luc x, 19), traduction plus littérale du mot hébreu jsatan. Dans deux circonstances {Matt. X, 26 ; cf. Luc. XI, 18, et MatL xii, 24, 27 ; cf. Jlf arc m, 24\ il lui donne le nom de Bélzéboul ou plutôt Béelzéboul *, divinité phénicienne (// Rois i, 2), que la haine nationale des Juifs identifiait avec le prince des démons, et une fois, dans la parabole du semeur, celui du Malin, ô w>vr,poç {Matt. xm, 19), par allusion à sa perversité morale. Satan, en effet, nous est présenté par Jésus comme un être essentielment méchant, comme Fennemi de tout ce qui est grand, noble et pur dans le monde, et cela, non pas, comme on Ta prétendu, par accommodation aux idées de ses auditeurs, car, autrement, dans ses conversations intimes avec ses disciples, il n'aurait pas manqué de les mettre en garde contre cette doctrine, s'il Favait crue fausse. Il admettait donc une sorte de dualisme, très-compatible d'ailleurs avec le monothéisme pur (puisque Satan, comme Ahriman, restait soumis au pouvoir de FÊtre suprême, de qui vient tout ce qui nous arrive, même la tentation [Malt, vi, 13; Luc xi, 4), et que le principe du mal devait finir par céder la victoire au principe du bien), parce que seul il explique la présence du mal dans le monde.

Ce Satan, personnification du principe du mal, a sous ses ordres une multitude de mauvais anges, d'esprits immondes, de démons {Matt. xu, 24, 43; Luc xi, 24), qui habitent les déserts et qui s'introduisent dans le corps humain où ils causent toutes sortes de maladies, surtout des maladies nerveuses et mentales {Malt. iv,24;ix, 32; xn, 22, etc.).

* ExpressioD araméenne qui signifie le înaitre de la maison céleste, selon MiehaëliSf Supplementa ad Lexica hebraïca, GoU., 1784-1792, 6 vol. in-A".

C'était là sans doute une opinion populaire qui avait cours fiiez les Juifs, comme chez les Grecs et les Romains '; mais que Jésus Tait partagée, c'est ce dont il est impossible de douter, puisqu'il déclare positivement qull est envoyé pour détruire le royaume de Satan, (Luc x, 18) et qu'il s'attribue le pouvoir de chasser les démons par l'Esprit ou le doigt de Dieu {Matt. xn, 27-28; Luc xi, 19-20, xiu, 32, Marc vu, 21) ; IX, 19, 25), pouvoir qu'il communique à ses disci[ïles {Matt. x, 1, 8; Marc xvi, 17, Luc ix, 1), qu'il promet à tous ceux qui croiront en lui {Marc xvi, 17), et qu'il ne refuse pan même à ses adversaires {Matt. xii, 27; Luc xi, ly), contribuant ainsi, tant par ses paroles que par ses actes, à fortifier la foule qui l'écoutait avidement dans une i^piiùoïi ïiiVt dangereuse pour la morale, puisque personne jie peut savoir, cette doctrine admise, si les plus nobles aspirations de son âme sont oui ou non des inspirations du démon.

l^'homme.

Une seule fois, dans les discours de Jésus qui nous ont été transmis par les synoptiques, il est parlé d'après le fragment jéhovistique, de la création de Thomme {Matt. XIX, a-6) et cela à propos des disputes qui divisaient alors les écoles àe Hillcl et de Schammaï sur la question du fUvorce, que le premier autorisait sous le moindre prétexte,

♦ itrfofiote, llb. UI, c. 33; iv, 79; — Euripide, Phœnîc. vers. ^^3, —Aristophane^ Thf?sthoplj. vera, lOGO. — Piutarque, Marcellus, c. '20.

tandis que son adversaire plus rigoriste, ne le permettait qu'en cas d adultère. Il admettait donc la tradition rappurtée par le jéhoviste, et cependant nulle part il ne fait hi moindre allusion à la chute des protoplastes. Nulle part non plus, il ne donne à entendre que le péché se transmette par la génération; il n'y a pas trace dans ses discours d un péché originel. D reconnaît sans aucun doute que tous Jes hommes sont pécheurs ; mais il attribue leur état actuel de péché à la prédominance des mauvais penchants s^MaU. xv, 18, 19), ou à la chaii', qui par Tinfluence corruptrice tle Satan {Matt. xm, \9; Luc xxii, 31), prend Tascendant sur l'esprit {Matt. xxvi, 41). Le péché n'est donc point quelque chose dinné, et l'homme peut résister d'ailleurs à la tentation de mal faire, puisque dans tout son enseignement, Jésus nous peint l'homme comme moralement libre, sans jamais essayer d'ailleurs de concilier cette liberté morale avec la prescience de Dieu, qu'il affirme également {MaU. vi^ H ; XXIV, 36 ; Marc xni, 32). Comme moralement libre, Thomme a le pouvoir de faire la volonté de Dieu et s'il la fait, il est en droit d'attendre une récompense {Matt. v, 12; x^ 42; XVI, 27; Luc x, 7 ; xiv, 14 etc.) mais il ne doit jamais s'imaginer qu'il est en possession d'une .vertu parfaite. Dieu seul est bon : Jésus lui-même ne peut prétendre à ce titre [Matt. vu, 13, 14; Marcx, 18); celui là même qui remplit le plus consciencieusement son devoir, ne fait que ee qu'il est obligé de faire (Lucxvii, 10); car Thomme doit tendre constamment à la perfection morale, à la ressemblance avec Dieu [Matt\y 48), et pour cela éviter dépêcher. Le péché ne consiste pas seulement dans l'acte extérieur, matériel; il consiste même dans la mauvaise pensée qui le dicte (Matt. v, 8"! ; bien plus, on fait le mal non-seulement

quand on viole la loi morale, mais même quand on néglige de faire le bien {Matt. xxv, 41-46). Cependant il y a divers degrés de culpabilité et aussi de châtiment {Malt, v, 22); celui qui pèche par ignorance n'est point indigne de pardon [Luc XII, 48; xxm, 34); mais celui qui nie sciemment et opiniâtrement le témoignage de Fexpérience et de la conscience morale, qui s'oppose systématiquement au triomphe du bien et de la vérité ' commet un péché irrémissible : il I*éche contre le Saint-Esprit {Matt, xii, 31-32), comme le faisaient ces Pharisiens qui qualifiaient de diabolique la vertu divine agissant en Christ.

Quant au châtiment du péché, rien ne prouve que Jésus iiit absolument rejeté les idées des anciens Israélites (jui mettaient, comme nous Tavons vu, en corrélation le péché et le mal physique, de même que la vertu et le bonheur. Il est certain au moins qu'il ne les combattit pas directement ; au contraire, dans plusieui-s passages de ses fliscours (comme Malt, ix, 2; Marc ii, 5; cf. Jean v, 14; îX, H\ il rattache la guérison des maladies à la rémission des pécliés. Le plus souvent cependant Jésus renvoie à une vie future le rétablissement de Tharmonie entre le bonheur et la vertu; car il partageait fermement la croyance des Esséniens à Timmortalité de lame {Matt. 28; Luc xvi, i9 et Ftiiv. ; XXIII, 43), et il faudrait même croire que, comme les J^liarisieas, il admettait la résurrection du corps avec tous ses membres {Matt. v, 29-30; xviii, 8-9; Marc ix, 43-48), si d'autres passages {Matt. xxii, 30; Marc xii, 25; Luc xx, 36) ne prouvaient clairement que les expressions dont il se sert doivent être prises dans un sens figuré, puisqu'il déclare

I lie Wme, Ueber die Sûnde widerden HeiligenGeist, Berlin, 1819, in-8.

ici positivement que les ressuscites ue seront plus soumis aux besoins matériels de la vie nia la mort, opinions qui étaient aussi celles des rabbins ' . De même, il emploie les images en usage chez ses contemporains pour peindre Fétat de l'âme après la mort. H distingue nettement dans le scheol ou hadès, le Paradis, où les âmes des justes se rendent aussitôt après leur séparation d'avec le coips {Luc xxm, 43), pour y assister à un festin éterfiel en compagnie des patriarches {Matt. viii, H), et la Géhenne, Enfer ou Tartare, séjour des diables et des méchants Luc xvi, 23' , qui y sont plongés dans les flammes et tourmentés par une soif dévorante [Luc xvi, 24). Tous deux sont situés sous la terre, mais séparés par un abîme infranchissable, qui nVnipêche pas cependant de voir de Tun dans l'autre {Luc xvi, 23, 26).

Jésus admettait bien certainement la permanence du principe conscient, qui constitue la personnalité [Luc x\i, 25, 27); mais nulle part il ne parle d'un état intennédiiiire entre la mort et la résurrection, quoique, dans certains passages, il renvoie la rémunération au jugement dernier-

JLm pcrsoBiie de Jésus*

Domer, Entwickelunfrsgeschichte der Lehre von der Person CUnMi von lUit âltesten Zeiten bis auf die neuesten, StuUgard, 1839, in^>.

Il est hors de doute que, dès le début de sa carrière, Jésus, sans prendre d'abord le titre de Messie, s'attribua sans hésitation les privilèges messianiques, mais uniquement

I Talmud, Berachot, fol. 17.

dans la sphère spirituelle et morale. Nous avons vu ailleurs [Voy. § 113) que la partie la moins fanatique de la nation juive attendait une réforme du mosaïsme. D se pose donc en réformateur religieux [Matt. v. 17), et tout en partageant Fopinion générale sur Tinspiration des anciens prophètes {Matt, xxii, 43), sans s'expliquer d'ailleurs sur la nature de cette inspiration, sans nous apprendre si, comme les Juifs orthodoxes de son temps, il entendait par là une action immédiate et surnaturelle de Dieu sur Fesprit des prophètes * , il se prétend en possession d'une révélation supérieure [Matt. XI, 27) et par conséquent en droit d'interpréter la Loi, delà compléter, de la modifier {Mait. v, 21, 27), d'en changer et même d'en abolir les institutions les plus vénérées {Matl. xn, 8; Luc, vi, 8).

Il n'hésite pas davantage à s'appliquer les prophéties regardées comme messianiques par ses contemporains^. La première fois qu'il entre dans la synagogue de sa ville natale, à son retour des bords du Jourdain, il fait à sa personne, au grand étonnement de ses concitoyens ^Luc, iv, \ G- 22), l'application à'Ésaïe lîi, 1, 2, passage qui se rapporte clairement au retour de Texil, comme le prouve le contexte '. Plus tard, pour prouver aux Phaiîsiens sa dignité de Messie, il se fait du Ps, ex, 1, une arme qu'il manie à la

< Voy. Seiler, Ueber die gôltlichcn OfTcnbarungcn, vornehmlich die, welcbe Jésus und seine Gesandtcn emprangen haben. Erlangen, 1797. in-S*.

'-^ Aijyourd'bui encore les opinions varient beaucoup au sujet de ces prophéties. Les orthodoxes les tiennent pour réellement messianiques, par la raison que Jésus et les Apôtres n'ont pu se tromper. Les rationalistes soutiennent que Ton ne peut les appliquer absolument au Messie sans se mettre en contradiction avec le bon sens. Les mystiques y cherchent un double sens, Tun naturel, l'autre allégorique, ayant trait au Messie. La critique enfin affirme que ces prophéties se rapportent à des événements contemporains, mais elle reconnaît que les apôtres les ont appliquées au Messie, parce qu'ils partageaient les opinions alors régnantes.

3 Notamment le verset 4 : On bâtit sur les décombres anciens et on relève les ruines d'autrefois ; on renouvelU les villes ravagées, dévastées depuis des âges.

manière des rabbins. Et dans les derniers temps de sa vie, il parle très-souvent à ses disciples, sans pouvoir les convaincre, de la nécessité de sa mort, depuis longtemps prédite par les prophètes (Lwcxvm, 31; xîiv, 28, 26, etc.); en y attachant, sans doute, une vague idée de rachat ou de délivrance [Malt, xx, 28; Marc x, 45), mais sans la leur présenter expressément comme un sacrifice expiatoire ' .

Dans Fopinion de ses contemporains, le Messie devait, en outre, confirmer sa mission par des miracles {Matt. xu, 38; XVI, 1 ; Luc xi. 16, 29"), et c'est aussi sur ses miracles, et particulièrement sur ses guérisons miraculeuses^ que dans sa réponse à Jean-Baptiste {Matt. xi, 2-6; Luc vu, 18-22) Jésus s'appuie pour prouver sa messianité. Ce pouvoir de guérir les maladies, ou, ce qui revenait au même, de pardonner les péchés {Matt. ix, 2-8), la maladie, d'après un préjugé fort répandu en Orient, étant presque toujours le châtiment d'un crime ou d'une simple faute, non-seulement Jésus se l'attribuait, mais il le communique à ses disciples

* Le fenet MaU. xxii, 28 est irès-vraisemblablement interpolé. Cf. Marc xiv, 24; Luc ixii, 20; 1 Cor. xi, 25.

'^ Gomme oous o'écrivoni pas une vie critique de Jétut, nous n'avons point à discuter ici les cures merveilleuses que les synoptiques lui attribuent. Nous nous boroêrooi à rapporter ce qu'on lit dans les Annales médico-ptychologiques, t. XIX, p. 180 et sttiv. Ces guérisons miraculeuses sont tout à fait analogues à celles qui s'opéraient dans les temples d*Esculape et que constatent un grand nombre dlnscriptiont {Bôekh, Corpus inscriptionum grteearum, t. III, p. 802 et seqq.),et à celles dont les tombeaux des saints furent le théâtre au moyen âge et jusqu'à nos jours. Elles s'expliquent par la surexcitation de rimapination qui agit fortement sur la vokmté et celle-ci réagit contrôle mal. Une foi vive dans la puissance médicale du dieu ou du saint exerçi|it une influence salutaire, surtout dans les affections nerveuses on mentales. La légende s'empara ensuite de ces guérisons réelles pour ajouter à leur merveilleux. Ajoutons que les historiens anciens abondent en miracles. Pythagore, entre autres, en opéra un fort semblable à la pèche miraculeuse {Elien, Hist. var. lib. IV, c. 17; Diogéne Laérce, De Vitis pbilosophomm, lib. VIII; Porphyre, Vita Pythagor. { 24) sans parler de nombrtuses cures merveilleuses (lamblique, VUa Pytbag., e. 29,34, 38). Empédocie ressuscita des morts (Diogéne Laèrce, ibid.). Les r^^DS juifs et les Esséniens possédaient le même pouvoir (Matt. xii, 27; Marc n, 38; Jotiphe, Bell, jadale., lib. II, c. viii, i G; Antiq.^Wb. VIII. c. ii. | 5).

^Mûvc VI, 7; XVI, 17-18; Luc x, 9), ce qui prouve clairement qu'il avait conscience de sa dignité messianique ; et ce qui le prouve plus clairement encore, s'il est possible, c'est qu'il se donne à plusieurs reprises pour celui qui présidera au jugement dernier {Matt. xvi, 27; xxiv, 30 et suiv.) *, sans doute en ce sens que, convaincu de la valeur morale absolue de sa doctrine, il la regardait comme la norme d'après laquelle serait jugé le monde.

Il est donc incontestable que Jésus avait la conviction profonde de sa mission messianique,* et c'est ce qui rend d'autant plus étranges ses défenses répétées à ceux qui le reconnaissaient pour le Messie, de le proclamer comme tel en présence du peuple {Matt. xvi, 20 ; Marc m, 12; Luc iv, 41 ; vm, 56 ; ix, 21). 8a conduite était-elle dictée par la prudence? Tout ce que l'on peut dire, c'est que, tout en s'appropriant les attributs caractéristiques du Messie ou du Christ, en permettant quelquefois au peuple de lui donner le titre messianique de Fils de David [Matt. a, 27 ; xv, 22 ; xx, 31 ; XXI, 9, 15, 16; cf. Luc xix, 38), et même celui de Fils de Dieu, il ne prit ce titre lui-même qu'une seule fois {Matt. xrv, 27 ; cf. Luc x, 22), au moins dans les synoptiques, oii jamais il ne lui est donné que par des personnes étrangères (Matt. XIV, 33; xvi, 16; Marc, m, H). Ce nom de Fils de Dieu, il ne l'emploie que pour désigner métaphoriquement les hommes amis de la paix [Matt. v, 9), qui, à l'exemple de leur Père céleste, font du bien même à leurs ennemis

Malt. V, 45j, de même que dans l'Ancien Testament, il était quelquefois donné dans un sens théocratique soit au

I D'après ¥a(/. vu, 21-!^3, Jésus aurait, dès l'origine, revendiqué cet attribut spécillque du Messie; mais ce passage est suspect, parce qu'on peut le supprimer sans nuire à la suite du discours; parce que Jésus parle de Dieu à ses auditeurs comme de icur Père, et ici seulement comme de son Père; parce que, sauf dans ce passage, il parie non comme juge du monde, mais comme docteur du peuple.

peuple d'Israël, comme objet spécial de la protection de Jéhovah {Exode iv, a;Jérémiexxxi, 20; Oséexi^i; Ps. lsxx, 1 6), soit à ses princes plus particulièrement agréables à Dieu {Ps. II, 7; Lxxxix, 27). Mais à ce titre il préfère celui de Fila de l'homime, dénomination évidemment empruntée à Ézéchiel ou à Daniel * et déjà appliquée au Messie par ses contemporains ^. Pourquoi cette préférence? Voulait-il donner à entendre que, malgré sa nature divine, il étaithomme; qu'il était homme-dieu, comme le quatrième Évangile renseigne assez clairement? Mais cette christologiejohannique n'est certainement pas celle des synoptiques, ainsi que nous rétablirons ci-après. Ne voulait-il pas plutôt, comme Ézéchiel, faire ressortir ce qu'il y avait en lui de vraiment humain et opposer sa petitesse à la Majesté divine, en vue de combattre les idées vulgaires des Juifs sur leur Messie'?

Nous venons de dire qu'une seule fois, Jésus prit le nom de Fils, fondant sa prétention à ce titre sur la connaisKanee parfaite qu'il avait de la volonté divine ; mais nullement sur une identité métaphysique d'essence. Il est vrai que dans une circonstance, lorsqu'il institua le baptême, il sembla se considérer comme l'égal de Dieu {Matt. xxviii, 19 ); mais, pour peu qu'on soit au courant des travaux de la critique moderne, on sait que la formule du baptême donnée par les Evangélistes n'est pas la formule primitive, et d'ailleurs dans une autre circonstance, Jésus ne repoussa-t-il pas

* Cette expression est prise dans un sens difTérent par l'un et l'autre praphèh-. Dans Ézéchiel, elle s'applique au ûls de Buzi; dans Daniel, à la nation mesE^ia nique, appelée à régner sur le monde.

a Livre d'Hénoch, c. 39, 45, etc.

' C*est ce qu'on pourrait conclure de MaU. ix,6; xii, 40; xvii, 12; xx^23, cICé^ mais Matt, ix, 6; xii, 8; xiii, 37 et suiv. ; xxiv, 30, etc., nous rejettent ^lans an tout autre ordre d'idées. Voir sur cette difTicile question la dissertation de Baur^ Die Bedeutung des Ausdrucks 6 \Àhç tou àvOpcoTTOu, dans le Zeitschrift Ttir m^" senschafUiche Théologie, de Hilgenfeld, t. lU, p. 274 et suiv.

forniellement Tattribut divin de la toute-^ience (Uatô xui, 33)? On peut même affinner que rien ne prouve dans les Évangiles synoptiques que Jésus se soit regardé comme un être supérieur à l'humanité ' même au point de vue moral. Tout au plus pourrait-on citer à Tappui de Topinion contraire la prédiction très-détaillée qu'il fit à ses disciples de la mort qui l'attendait à Jérusalem {Matt. xx, 17 et suiv.). Mais ces détails soulèvent des doutes nombreux, par cela même qu'ils sont trop précis. Sans doute Jésus, celairé par l'irritation croissante de ses nombreux enne- 1111!^, a pu prévoir qu'il succomberait dans la lutte; mais seîï prédictions ont dô nécessairement être vagues^ obsctirfôs ; car s'il avait annoncé sa passion et sa mort à ses disciples aussi clairement que le rapporte le premier évangile, on ne s'expliquerait pas le trouble extrême qu'elle leur causa, puisqu'il leur aurait prédit en même temps qu'il ressusciterait le troisième jour (cf. Luc xviu, 33;. Il faut donc ou que ce que les synoptiques nous racontent de la douleur des disciples et de leur hésitation à croire à la résurrection de leur maître {Matt xxvm, 17; Marc xvi, 10-U; Luc xxiv, II, 1 7) ne soit pas historique, ou que les apôtres aient, après revénement, donné une forme plus précise à ses prévisions. On ne peut sortir de ce dilemme. Or rien ne prouve que le nibleau de rabattement des disciples soit chargé, car le |Meniier chapitre des Actes nous les montre encore cherchant dans l'Ancien Testament des prophéties propres à foî titier leur conscience religieuse fortement ébranlée par le sort funeste de leur Maître, si différent de ce qu'ils attenfUient.

• Weber. Vidutis Jesu inlegritas neqnn ex ipî»iu8 pr.»fwi«ionibus neque ex actirtriibiit dor^rr pnte^t. Viiêmb,, 1706, In- V'.

— Ali —

I^e royaume de Dieu.

Koppe, De regno Messiae, Gôtting., 1780, in-4*.— Storr, Comment, de notionercgni cœleslis. TUbing., 1782, in-4^ — Flatt, Comment, de notione vocis ^ai^\Xd% Tiov oupavwv ex ipsis Christi dictis éructa, Tiibing., 1794, in-4". — Flec}it De regno ChristJ,Lips., 182G, in-8°.

Nous avons vu que la grande majorité des Juifs atteu» dait du Messie qu'il rétablirait le royaume de David on, pour mieux diie, quïl fonderait un, empire universel et éternel {Daniel vu, 13-14, 27) sur la terre. C'est à l'idée de ce royaume que Jésus rattacha sa mission ; seulement, tandis que Moïse avait confondu dans la constitution de sa théocratie la religion et la politique de la manière la \)lm étroite, et que les prophètes s'étaient contentés de mettre en relief la religion, Jésus comme Christ ou Messie, sépiira complètement ces deux éléments disparates et n'assigmi nu royaume des ciéux ou de Dieu, pa<yiXsia twv oùpavwv, tou Bewî, qu'un but. spirituel et moral. Il ne le fit pas cependant si clai rement que ses apôtres eux-mêmes n'aient conservé jusf [u'ti sa mort les convictions populaires de leur nation {Malt, xx, 21-23; Luc xxiv, 21). Et leur errem* était d'autant plus excusable que leur maître semblait quelquefois se contredire lui-même, tantôt enseignant que le royaume de Dieu était fondé {Matt, xi, 12; cf. Luc xvi, 16; Malt, xii, 28 ; xai, 37-41); tantôt en représentant la fondation comme devant avoir lieu dans un avenir peu éloigné i^MalL iv, 17 ; vi, tO ; XVI, 28 ; }farc ix, 1; Luc ix, 27; xi, 2; xvn, i^(V .

Très-faible à Torigine, ce royaume grandira peu à peu ^ytatt. xiu, 31-33); l'entrée en est ouverte à tous {MatL xxii, 1-1 i], et ceux qui se rendront dignes d'y entrer par une entière confiance en la miséricorde de Dieu et une conversion sincère, les élus, exXexTol, {MatL xx, 16 ; xxii, 14), arrivemnt, sous la conduite du Christ, à une vie éternellement bienlieureuse, par l'anoblissement moral et le développement religieux {Matt. v, 2-10).

Dans les Évangiles, le mot d'Église', comme synonyme de nn aume de Dieu, n'est employé qu'une seule fois {Matt, XVI, 18-19); encore l'authenticité de ce passage n^est-elle jms parfaitement prouvée. Dans ce passage, en effet, Jésus, jriimnt sur le nom de Pierre, semble acoorder au fils de Jouas de grandes prérogatives; mais ces mêmes prérogatives, il les accorde plus tard [Matt. xvni, 18) à tous ses dis^ciples, et nulle part les autres évangiles, ni les Actes des Apôtres, ni les épîtres de Paul, ne font même une simple allusion à une supériorité hiérarchique quelconque dont Pierre aurait joui sur ses collègues. Pierre lui-même, dans Irt première de ses épîtres, dont l'authenticité est à peu pi es généralement admise, prend modestemwit le titre de cn-aucien (/ Pierre v, 1 ) , et Jésus lui-même, dans différentes eirconstances, avait condamné l'ambition chez ses Apôtres Marc IX, 38), ou leur avait recommandé la modestie et Hmmilité {Matt. xxni, 8-12). Il est donc au moins vraisembliible que Pien'e n a obtenu sur ses collègues aucune su-

* Ce mot, ^ lxxXv)(T(a répond exactement au mol hébreu Hnp et désigne r.«ux qui afaient droit de prendre part aux exercices religieux de la synagogue. Il est donc l'équivalent de 9uvaY<o>Y^ ^^ c*^^^ ^^^^ ce sens, et non dans celui de ropiime de Dieu, qu'il est employé MaU. xviii, 17, puisqu'il n'existait pas alors d*M<*«t' rhrétienne.

périorité bien déterminée, et qu'il a été simplement chargé avec eux de prêcher TÉvangile, de baptiser les néophytes et d'orgapiser l'Église chrétienne, comme premier entre des égaux. Jésus n'a pas organisé formellement une Église; il se contenta de promettre à ses disciples de les protéger, bien qu'invisible, en leur commandant de rester unis par le lien de l'amour fraternel et d'exclure du milieu d'eux les pécheurs endurcis [Matt. xvm, 15-17), sans exiger d'eux toutefois une vertu idéale, qui ne peut s'acquérir dans cette vie {Matt. xm, 47\ Comme symbole d'admission dans la société religieuse dont il jeta les bases, Jésus adopta le b^tême, et comme signe de reconnaissance entre les initiés, comme symbole de la communauté permanente qui devait exister entre eux et leur chef invisible, il institua la Cène, n ne prescrivit d'ailleurs aucune formule pour le baptême, car il est évident que s'il avait enjoint à ses apôtres de l'administrer au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, comme l'affinne le premier évangile {Matt. xxvin, 19), les autres évangélistes n'auraient point passé sous silence une circonstance aussi importante et les apôtres ne se seraient pas contentés pendant longtemps de baptiser au nom de Jésus-Christ ou du Seigneur Jésus i Actes iiy 38; vin, 16; x, 48 ; Rom. vi, 3; Gai. m, 27). Et quant à l'institution de la Cène, Jésus ne paraît y avoir rattaché aucune idée de rémission des péchés ; autrement on ne s'expliquerait pas que siu* les trois synoptiques, deux se taisent complètement à cet égard ' .

* La venion de Paul (/ Cor. m, 23-26) est la plus ancienne et par conséquent la plus conforme à la formule en usage dans l'Église primitive. Celle de Matthieu efface d^à le earactère originel de l'institution, celle d'un repas commémoratif, pour entrer dans lafoie du mysticisme qui aboutit ii la transsubstantiation.

La parovftle.

TycMf7>^ t>(^ TTiïpuffia Christ! et notationibus de adventa Christi in Novo Testimenlcî olîviifs, Goitinf.. 1785, in-4".— 5c/iot/, Commentarius exegetico-dogmaliriiftjti ce?!: Jesu-Christi sermones, qui de reditu cjus ad jadicium agunt, lena,

Comme les Juifs ses contemporains, Jésus était persuadé que lu péjîode actuelle du monde était sur le point de finir, sans oser toutefois prendre sur lui de déterminer l'heure et le moment de la catastroplie, qui devait être annoncée 4>ar d eflVoyables calamités {Matt. xvi, 27-28; xxiv, 3 et suiv.; Marc xtii , 3 et suiv.). C'est alors que devaient avoir lieu la résurrection {les morts et le jugement dernier auquel il présiderait et dont il fait une peinture sous des couleurs chères aux Juifs comme à tous les Orientaux. Ce jugement, qui doit sY ton (ire sur tous les hommes sans exception, sur les bons comme sur les méchants [Malt, xxv, 32), sera rendu d*api'ès la loi de la rémunération : chacun recevra selon ses œuwes [Matt. xv, 27); ceux qui auront pratiqué le bien, habiteiont Je ciel {Matt. v, 12; Luc xxiii, 43); ils s'assiéront au Imnquet céleste avec les patriarches (Matt. vni, 11 ; Luc xxjiï, 43j et verront Dieu {Malt, v, 8\ tandis que les méchants, précipités dans la géhenne [Malt, v, 22, etc.), y sfi"(mt dévorés par le feu {Malt, xui, 50; Luc xvi, 24), opinion qui dominait parmi les rabbins, ou tourmentés par le vï^rroiigi^nr dont parle déjà le pseudo-Ésaïe (Marc ix, 43i\ ; v\\ K\({U Lxvi, 24;, ou bien encore, comme le crovaient

les Esséniens ', ils seront enfermés dans une soaibre et froide prison, en proie à un désespoir éternel {Malt, vni, 12; XXV, 30). n est impossible de distinguer aujouj-d'hui dans ces peintures matérielles empruntées aux anciens prophètes (voy. Ps. IX, 5 et suiv.; Dantrfvii, 9 et suiv.) ce qui appartient à la conception de Jésus de ce qui rentre dans le cercle des idées particulières aux premiers chrétiens. On ne saurait toutefois douter que ces dernières y entrent pour une grande part. Ce qui le prouve, c'est la prédiction fie la ruine de Jérusalem et du temple que Matthieu met dans la bouche de Jésus, et dont Tauteur de l'Apocalypse ne sait absolument rien. C'est encore la prédiction Matt. x, i'S, qu'il est difficile de concilier avec celle qui est rapportée dans le même évangile xxiv, 14.

* Josêphe, De bello judaïco, lib. Il, c. 18.

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