‹ Théologie cosmogonique; ou, Reconstitution de l'ancienne et primitive loiChapitre 100 sur 154 · CHAP. II. DE LA CUPIDITÉ · texte numérisé non relu

CHAP. II. DE LA CUPIDITÉ

envoyés en Angleterre par ledit pape. Ceux-ci , armés de plusieurs lettres papales avec bulle , et cachant sous une toison de brebis leur rapacité de loups, se présentèrent d'abord au roi sous un extérieur modeste , les yeux baissés et avec de douces paroles. Ils demandèrent la permission de parcourir le royaume , disant qu'ils demanderaient la charité au nom du seigneur pape, et assurant qu'ils n'exigeraient rien. Le roi , qui ne redoutait d'eu« rien de fâcheux , leur accorda cette permission. Aussitôt après leur départ delà cour du roi , les susdits frères, devenus de prétendus légats, et fiers des présents que leur avaient faits les clercs royaux, montèrent sur de magnifiques palefrois dont les selles étaient dorées, se revêtirent des habits les plus précieux, chaussèrent séculièrement ou plutôt prodigalement les chaussures des chevaliers, qu'on appelle vulgairement heuses , prirent des éperons , et partirent dans cet appareil , au détriment et à Topprobre de leur ordre et profession, jouant le rôle de légats avec autant de tyrannie, exigeant et extorquant des procurations, et regardant comme peu de chose une procuration de vingt sols. Etant donc venus trouver d'abord les principaux prélats d*Angleterre , ils exigèrent d'eux insolemment et sous des peines formidables, de l'argent au nom du seigneur papQ, abrégeant le terme ordinaire de la réponse ou du paiement , et montrant des lettres foudroyantes du pape , qu'ils présentaient commodes cornes menaçantes. Lorsqu'ils parurent devant l'évéqtie de Lincoln , qui avait toujours désiré l'agrandissement de leur ordre , et même avait poussé son affection jusqu'à souhaiter d'embrasser leur règle, il fut étrangement surpris en voyant à quel point monstrueux les frères Mineurs avaient changé d'extérieur, de conduite et d'office ; car il eût été fort difficile de démêler à quel ordre ils appartenaient ou de quelle condition ils étaient. Ceux-ci montrèrent les lettres sacrées qui contenaient le mandat papal, principalement au sujet d'une créance d'argent, et exigèrent instamment de l'évôché de Lincoln une grande quantité d'argent , à savoir 6,000 marcs. Aussi l'évêque répondit-il à l'un d'eux, non sans grande surprise et douleur de cœur : « Mon frère , cette, exaction, sauf l'autorité papale, est inouïe et déshonnête; de plus, il est impossible d'y satisfaire , et cela ne dépend pas seulement de moi , mais encore de l'universalité du clergé et du peuple entier, ainsi que du royaume. Je regarderais donc comme téméraire et comme absurde , en vous donnant précipitamment une réponse décisive à cet égard , sans avoir consulté la commu-

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nauté du royaume , de consentir à une proposition si importante et à une affaire qui demande délibération ? » Les Mineurs , s'étant alors retirés , arrivèrent à l'église de Saint- Albans dans l'appareil et le travestissement dont nous avons parlé, et, ne se souciant pas d'entrer et de descendre dans l'hôtel ordinaire des frères Mineurs, qui avait été bâti fort convenablement avec toutes les dépendances nécessaires , hors de la porte de la cour , pour l'usage spécial des Prêcheurs et des Mineurs, ils furent reçus avec respect dans un logement plus somptueux , où les évoques et les hommes éminents ont coutume de s'arrêter. De même qu'ils avaient exigé 6,000 marcs de l'évêque susdit, de même ils demandèrent très instamment, au nom du seigneur pape, que ledit abbé leur payât 400 marcs, sous une forte peine et dans un délai très court; qu'autrement ils y pourvoieraient en le traitant mal. L'abbé leur répondit de la même manière que le susdit évêque ; et les frères habillés comme des séculiers et se conduisant comme tels, remontèrent sur leurs magnifiques chevaux et se retirèrent avec des murmures menaçants (i).

Lorsque ce fait fut parvenu à la connaissance du roi de France Louis IX, il donna ordre que tout l'argent extorqué par le légat, avec sa permission , à l'université du clergé , et que ledit légat avait récolté dans sa terre par des discours mielleux et des menaces pleines de fiel , restât en France et y fût mis en dépôt jusqu'à ce qu'il vit quel serait le résultat QQ cette affaire , pour que du moins le pape qui est appelé sur la terre le vicaire de Jésus-Christ , fût obligé , mêiûe malgré lui , d'être fidèle à sa parole (2).

Vers le même temps (1247), le seigneur pape , au moyen de SCS députés les Prêcheurs et les Mineurs , envoya des lettres authentiques à tous les prélats de France en particulier, suppliant chacun d'eux de lui prêter, selon son pouvoir, une certaine somme d'argent , et s' engageant d'une manière formelle à rendre indubitablement, quand il aurait un moment de repos , ce qui reviendrait à chacun. Le roi de France (3) en ayant été informé , et regardant comme suspecte l'avarice de la cour romaine , défendit qu'aucun prélat de son royaume , sous peine de perdre tous les honneurs qu'il possédait, appauvrît de telle façon sa terre. Ainsi , les députés du pape, sur les épaules desquels pesaient

(1) Matt. Paris, t. 6, p. 305 à 308.

(2) Matt. Paris, t. 5, p. 75.

(3) Louis IX.

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les fondions de léjrals non reconnus, quittèrent le royaume susdit sans avoir réussi, el les sacs vides, au milieu des murmures moqueurs de tout le monde (1).

i. LA GRANDE-BRETAGNE. L'IRLANDE.

Lorsqu'au milieu du v* siècle les légions romaines abandonnèrent la Grande-Bretagne , qu'elle ne pouvaient plus conserver à l'empire , le peuple était en général gâté par son contact avec la race latine et sa civilisation. Ne pouvant plus résister aux attaques des habitants re.-^tés indépendants, <\ux attaques des Pietés et des Scots de la Calédonie, il chercha aide et protection auprès c'es races germaniques de la Basse-Elbe. En 449, les Saxons, les Angles et les Jutes, el d'autres peuples des côtes de la mer du Nord, suivirent sous Hengist et Horsa , l'invitation qui leur était faite, et immigrèrent dans la Bretagne qu'ils conquirent. Ces nouveaux Germains refoulèrent les idées romano-chrétiennes qu'ils rencontrèrent éparses çà et là sur le territoire dont ils venaient de se rendre maîtres. Les populations celtiques succombèrent en partie : celles qui purent se soustraire au glaive saxon, se réfugièrent dans la Gaule, et augmentèrent le nombre des habitants de l'Armorique , plus tard notre province française de la Bretagne. Les seuls habitants des contrées montagneuses du pays de Galles et ceux do la côte sud-ouest de l'île, dans les Cornouailles. maintinrent leur nationalité jusqu'au xni' siècle. Le reste de l'Angleterre fut soumis par les Anglo-Saxons qui y établirent sept petits royaumes, nommés heptarchie. Ces petits Etats se conservèrent entre eux, mais en guerres et en luttes de races et de familles, jusqu'au ix" siècle, quand Egbert. roi de Wessex, réunit sous son sceptre les sept royaumes isolés, et s'intitula roi d'Angleterre. Ce ne fut pas sans une vigoureuse résistance que les Anglo-Saxons se convertirent au christianisme , entraînés dans le milieu où ils ee trouvaient. Le peuple se convertit d'abord , et les rois durent suivre pour ne pas se voir frustrés de leur pouvoir par les manœuvres et les ruses des émissaires que l'évoque de Rome ne cessait d'envoyer en Angleterre.

Les moniAients de la Grande-Bretagne antérieurs à la conquête des Romains et de nombreux passages d'auteurs anciens, prouvent positivement que le culte symbolique d'un

(1) .Malt. Paris, t. 6, p. 308, 309.

(3) Diodore, 1. v, ch. 22.

Dieu suprême et unique a régné sur ce pays. Ce culte s'y maintint longtemps dans sa pureté, et fixa aussi pour un certain nombre de siècles, la paix, la tranquillité et le bonheur de ses habitants. Leur civilisation ne fut pas troublée par l'immixtion de la race sémitique, ^ui venait cependant chercher sur les côtes méridionales et dans quelques localités, sur quelques îles, des marchandises , et surtout de l'étain, qu'on transportait d'abord sur les côtes septentrionales de la Gaule, et qu'ensuite on faisait passer par terre à dos de cheval, pendant une route de trente jours environ, jusqu'à l'embouchure du Rhône (i). L'analogie du culte Scandinave des conquérants danois, ne dut modifier que faiblement la religion et l'état social de la Bretagne. Ils ne furent bouleversés qu'après l'arrivée et l'introduction des idées religieuses venues d'Orient et apportées en Bretagne par des hommes isolés des races déviées delà Méditerranée. Alors aussi, les éléments formant les idées et les doctrines ne pouvant se traduire en actes, assumèrent leur ascendant de destruction et de dissolution théologique, gouvernementale, et scientifique. Cela ne s'opéra toutefois qu'après de vives protestations, d'énergiques résistances, des luttes désespérées pour maintenir la puissance de la raison contre le joug que l'imagination cherchait à faire prévaloir au seul bénénce d'une hiérarchie ecclésiastique qui mettait la main sur le monde, tout en proclamant toujours et partout qu'elle n'avait en vue que le bonheur spirituel futur des hommes et des nations. Bien que soumise à la longue au chrif ^àanisme , la race d'hommes qui habitait et qui immigra dans la Bretagne , ne perdit jamais entièrement l'essence de son caractère primitif et les divers éléments qui l'avaient constitué. Dans tous les temps , les Anglais ont été positifs, rationnels , conséquents, quelque froideur qu'on remarque dans leur esprit, et qui provient de l'aspect de leur sol , et de 1 éclat peu brillant que le soleil lui jette. L'ancien honneur, l'ancienne loyauté celtes ou germaniques s'y sont longtemps maintenus dans leur dignité primitive et originelle , et s'y maintiennent encore aujourd'hui, quelque altération que la dégénérescence d'une industrie trop développée et du commerce , commence à y introduire de nos jours. Mais l'Angleterre a de grands hommes d'Etat , mûris dès leui^eunesse dans l'étude de la politique, dans le maniement des idées réalisables , et le bon sens do la nation qui a toujours prévalu et

(1) Diodore, 1. v, ch. 22.^ •

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qui prévaudra , fera sans aucun doute, justice de ces parvenus politiques, sans traditions, sans science véritable , qui y suppléent par la faconde et l'orgueil , en s'entêtant à faire prévaloir leurs doctrines uniquement subversives do tout ordre social , doctrines détestables et odieuses sous tous les rapports.

Si quelques politiques anglais d'autrefois, exagérant les sentiments nationaux, ont déclaré une guerre à mort aux idées de liberté dont l'aurore s'élevait dans un pays voisin du continent, ils n'ont été qu'irrationnels et égoïstes, et cela n'empêche pas que l'Angleterre jouit de la liberté individuelle la plus illimitée , comme d'une liberté semblable pour la conscience et la manifestation libre et sacrée des idées de l'homme, une de ses attributions les plus saintes et les plus imprescriptibles.

D'après des indices vagues et généraux , le christianisme se serait introduit dans la Bretagne par des marchands de l'Asie Mineure qui , pour y arriver , côtoyèrent l'Espagne et la Gaule , après avoir traversé la Méditerranée. Et là nous retrouvons encore la race sémitique dans ses occupations exclusives pour le trafic (la vente jBt Vachat, car pour la production ou la création des valeurs, soit manufacturières, soit agricoles, elle ne l'a jamais fait, exclusive pour le trafic, c'est par ce côté surtout qu'elle est dissolvante et antisociale) , cette race, ainsi que nous l'avons déjà dit et répété tant de fois, contribua d'une manière puissante à détourner de l'ordre, et par conséquent aussi du bonheur les peuples avec lesquels elle se* mit en contact. Par la conquête romaine , la Bretagne fut plus exactement connue en Italie, d'où sa renommée passa facilement en Asie, et alors aussi le commerce maritime, qui avait été nul avec elle jusqu'alors , la saisit comme sa proie. La coïncidence qui existait entre l'Eglise bretonne et l'Eglise orientale pour la détermination et la célébration de la fête de Pâques, prouve une liaison entre les deux Eglises, et prouve, de plus, que la première ne descendait pas de l'EgHse romaine. Tertullien mentionne l'introduction du christianisme dans les contrées de la Bretagne non soumises aux armes des Romains, et Bède rapporte que le prince breton Lever Maur (la grande lumière), où Lucius, se convertit à la nouvelle foi, qu'il demande à l'évoque de Rome Eleuthère, vers la fin du n* siècle, de lui donner de plus amples informations sur la doctrine chrétienne , que trois missionnaires lui furent envoyés , qui fondèrent trois archevêchés et vingt-huit, évôchés, — qaali-

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ftcations qu'il faut prendre pour ce que l'esprit du Icn ps lui donnait de valeur.

Les envahissements du christianisme en Bretagne attirèrent l'attention des princes bretons de l'ancien culte, c'est-àdire de l'autorité temporelle, qui ne voyaient dans les prédicateurs de la nouvelle foi rien autre chose que des perturbateurs de l'ordre social. La persécution des chrétiens par l'empereur Dioclétien vint en aide aux adversaires indigènes de la doctrine galiléenne. Cette dernière ne fut pas étouffée dans la Bretagne ; le concile d'Arles de 314, tenu sous le règne de Constantin . prouve, au contraire , qu'il y avait dans ce pays trois évêques romains apostoliques , Eborius de York , Restitutus de Londres et Odelfius de Lincoln. Si de petites communautés chrétiennes se maintinrent paisiblement dans la Bretagne, nous voyons cependant des disputes continuelles entre l'administration romaine et temporelle et le clergé qui cherchait à attirer à lui le plus possible l'argent des 6dèles. C'est aussi pour celte raison qu'on ne voit au concile d'Ariminum , tenu en 359, que trois évêques bretons seuls qui acceptèrent la proposition de l'empereur Constantius , de recevoir de l'Etat les émoluments de leur fonction.

L'empire des traditions scientifiques de l'ancien culte national et le bon sens pratique de la population les poussèrent incontinent à embrasser l'arianisme , doctrine qui repoussait , comme on le sait , la divinité du fondateur du Christian i,sme. Toute l'histoire religieuse de la Bretagne prouveindubitablement l'aversion des nationsdece payspour la nouvelle foi apostolique romaine et surtout pour le pouvoir et rinflnence subreptices de l'évêque de Rome. L'opposition In plus vive et la plus persévérante à ce pouvoir et à cette influence, qui représente la réaction des idées pratiques contre des rêveries sentimentales et abstraites, a été faite par les Culdées , religieux nationaux bretons , et dont nous devons dire quelques niots.

Les Culdées étaient des moines sages, vertueux et instruits, originaires de l'Irlande , du pays de Galles et de l'Ecosse , qui envahirent leNorthumberland, dont le Yorkshire était une province. Là , ils fondèrent de nombreux couvents , convertirent les Anglo-Saxons et s'opposèrent aux envahis-^ sementsde la religion et de la puissance apostolique romaine. Le fondateur de cet ordre est Columba, né vers o22. Les Culdées ne célébraient pas l'office dans les églises ; Columba n'était point un anachorète , mais un cénobite. C'est sur une

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