‹ Théologie cosmogonique; ou, Reconstitution de l'ancienne et primitive loiChapitre 99 sur 154 · DE LA CUPIDITÉ DE LA COUR DE ROME · texte numérisé non relu

DE LA CUPIDITÉ DE LA COUR DE ROME

Nous avons souvent parlé dans ce volume des convoitises de l'église pour les choses temporelles. Si l'on rapportait sans commentaires et «ans réflexions tous les passages saillants et spéciaux relatifs à ce sujet des auteurs du moyen âge, auteurs ecclésiastiques cependant, et peu suspects de

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partialité ou d'animosité contre l'Eglise, on en ferait un volumineux ouvrage en plusieurs tomes. Nous nous bornerons à citer les faits et les réflexions notés par un des grands et des principaux chroniqueurs du xiu* siècle, Matthieu Paris, religieux de l'ordre de Cluni au couvent de Saint-Albans. Homme de race germanique , à l'esprit droit et national, sage et observateur, il note le plus souvent sans réflexions, sans en savoir la raison qui vient des races, les menées individuelles et égoïstes de la race sémitique, de l'esprit arabe de ses contemporains du continent méridional.

« En 1256, des lettres adressées par le pape à l'abbé et au couvent de Saint-Albans y arrivèrent, qui leur enjoignaient de payer dans un mois, à certains marchands, 500 marcs dont ils étaient tenus envers les mêmes marchands. S'ils dépassaient ce terme, ils devaient savoir qu'ils seraient dès iors suspendus. Cette clause était insérée dans la teneur des lettres , sans que cependant le couvent eût connaissance d*avoir contracté une dette envers personne. On en agit , de semblable façon avec plusieurs autres communautés, de telle manière qu'elles furent forcées de suljir le joug des marchands usuriers. Et pour extorquer plus facilement de l'argent, les exacteurs disaient que toutes ces sommes étaient demandées dans l'intérêt du roi, prêt à entreprendre son pèlerinage (1J.

En 1240 , le pape, toutefois , qui guettait soigneusement \es moyens d'avoir de l'argent et qui comptait sur l'Angleterre pour lui fournir la proie désirée , fit savoir au légat qu'il n'était pas habile de rassemblera la fois tout le clergé, de peur que ies prélats, se communiquant leur fermeté les uns aux autres, n'appuyassent encore leur refus sur leurs anciennes raison^et exceptions; mais qu'il fallait bien plutôt appeler chacun en particulier et s'efforcer de le fléchir. Il lui recommanda avant tout de faire plier par tous les moyens possibles la fermeté du roi , pour que lui , qui précédemment avait tenu ferme avec le clergé , et l'avait aidé à relever la tête , perdît tout courage et contribuât à sa ruine (2).

Vers le même temps, le nouveau seigneur pape envoya en Angleterre un nouvel exacteur d'argent , à savoir maître Martin , muni d'un bref authentique du pape et ayant pouvoir d'excommunier, de suspendre et de punir de toutes les façons ceux qui résisteraient à sa volonté. Fort dun pareil

(1) Matthieu Paris, t. 8, p. 188, 489.

(2) Matthieu Paris, t. 5, p. 75, 76.

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pouvoir, il suspendit les prélats d'Angleterre de la collation des bénéfices jusqu'à ce qu'on eût satisfait aux désirs du pape, qui exigeait des revenus pour ses olercs ou pour ses parents. Cependant il regardait comme inconvenant de recevoir un revenu qui n'allait pas jusqu'à 30 marcs ou au-dessus, pour qu'un homme aussi haut placé ne parût pas s'amuser à ramasser des brindelles. Ledit maître Martin commença donc à exiger impérieusement et à extorquer aux prélats, et surtout aux religieux , de beaux présents , principalement des palefrois magnifiques, enjoignant expressément par lettres, à tel abbé ou à tel prieur, de lui envoyer des chevaux tels que devaient être les montures d'un clerc spécial du seigneur pape. Ceux qui résistèrent et qui mirent en avant des excuses et des motifs de refus même raisonnables (comme par exemple l'abbé de Malmesbury et le prieur de Merton) furent suspendus jusqu'à pleine satisfaction et grièvement punis. 11 explora ensuite soigneusement et examina les églises et les prébendes vacantes, pour les offrir au sein tout ouvert de l'indigence papale. Parmi elles, la riche prébende de l'église de Salisbury, qui appartenait au précenteur, s'étant trouvée vacante , il y porta aussi des mains rapides contre le gré de l'évêque , qui s'en affligeait fort avec tout son chapitre , et, sur l'ordre du pape , il la conféra à un enfant , neveu dudit pape , non sans exciter chez plusieurs l'amertume du cœur et l'étonnement; car plusieurs croyaient et espéraient que ia cour romaine , flagellée tant de fois par le courroux de Dieu , mettrait enfin à son avarice le frein de la modération (1).

Vers le même temps (12-40), une très inique convention fut faite , à ce qu'on prétend , entre le seigneur pape et les Romains : le pape s'engagea à ce que tous les bénéfices , principalement ceux des religieux , qui viendraient à vaquer en Angleterre, fussent distribués, selon le vœu des Romains, à leurs fils ou à leurs parents; à la condition, toutefois, qu'ils se soulèveraient unanimement et à main armée contre l'empereur, et qu'ils ne tarderaient point à le précipiter, selon leur pouvoir, du faîte impérial, recouvrant de cette manière le renom de leur antique valeur. Aussi , peu de jours après, le seigneur pape envoya ses ordres sacrés au seigneur Edmond, archevêque de Canterbury, et aux évêquos de Lincoln et de Salisbury, pour qu'ils installassent trois cents Romains dans les premiers bénéfices vacants; sachant qu'ils seraient

(1) Matthieu Paris, t. 5, 387, 388,

suspendus de la collation des bénéfices jusqu'à ce qu'ils en eussent installé un pareil nombre convenablement. Aussi une grande stupeurs empara des âmes de ceux gui apprirent cela ; et on craignait que celui qui osait pareille chose ne tombât dans un abîme de désespoir (1).

A la môme époque, une nouvelle exaction pécuniaire, inouïe jusque-là et exécrable , vint désoler l'Angleterre. En effet, le pape, notre saint père , envoya en Angleterre un certain exacteur, nommé Pierre le Rouge, qui, fort habile dans les tours d'adresse, savait les moyens d'arracher aux malheureux Anglais le plus d'argent possible. Il entra donc dans les chapitres religieux , les forçant et les amenant à promettre de l'argent et à payer l'argent qu'ils avaient promis , à l'exemple des autres prélats. Il assurait faussement que les prélats avaient donné cet argent de grand cœur, et disait : Tel et tel abbé a déjà satisfait volontiers. Que tardez-vous, paresseux que vous êtes, à gagner les actions de grâces et les récompenses qui vous attendent? Le susdit imposteur leur fit jurer en outre qu'ils ne révéleraient à personne pendant la moitié d'une année la nouvelle extorsion qu'il exigeait d'eux, et il leur imposa cette obligation comme faisant partie de la profession primitive de chacun d'eux , tandis qu'on ne doit tenir cachés les ordres du pape , que lorsqu'il s'agit de choses honorables. En se conduisant ainsi , il faisait comme ces brigands de grande route , qui extorquent à.ceux qu'ils dépouillent le serment de ne déclarera personne les noms de ceux qui les ont dépouillés. Mais quand même les hommes se tairaient , les pierres des églises élèveraient la voix contre les pervers. Et cette mauvaise action ne put rester longtemps cachée dans les ténèbres ; car, comment les prélats pourraient-ils exiger de l'argent des leurs et de ceux qui leur sont soumis, s'ils ne déterminaient la cause de cette exaction (2) ?

Les évêques résistèrent , le légat et ses compagnons dissimulèrent leur confusion au fond du cœur et attendirent qu'une époque favorable se présentât pour mettre en avant les mêmes ou de semblables prétentions.

Tandis que la fortune se jouait du monde par des prestiges si fallacieux, deux frères de l'ordre des Mineurs, Jean et Alexandre , anglais de nation , ayant obtenu du seigneur pape pouvoir d'extorquer de l'argent à son profit , furent

(1) Matt. Paris, t. 5, p. 40.

(2) Matt. Paris, t,^5, p. 44.

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