CRAP. II. GRANDE-BRETAGNE
des Hébrides, sur File de Jona, que Columba fonda un grand monastère. Il eut une grande influence sur le chef de la contrée , qui , ainsi que le prouvent les résolutions d*anciens conciles, enleva aux évoques la surveillance sur les couvents fondés par Columba, et que de plus il lui donna en fief l'île de Hy et lui soumit l'évoque local quant aux choses temporelles. Pour la date de la fête de Pâques , Columba était un quarta-décimien , il suivait non le calcul do l'Eglise catholique romaine, mais celui des Eglises d'Asie mineure. Il mourut en 597. L'historien Bède, quoique dévoué au saintsiége , a cependant fait en ces termes l'éloge des Guidées : Nous savons positivement que Columba a laissé des successeurs, célèbres par la retenue extraordinaire de leur vie, leur amour pour Dieu et la stricte observation do leur règle; ils suivent à ta vérité, dans leur retraite du monde, les coutumes hérétiques relatives à la célébration de Pâques, mais ils ont pratiqué des œuvres de charité et de piété telles, qu'on ne pourrait apprendre que dans les livres des prophètes, des évangélistes et des apôtres Les Culdées n'acceptèrent pas la corruption et la superstition qui entachaient alors le monde converti à la foi catholique : par leur exemple , ils préservèrent pendant des siècles leurs compatriotes de la contagion , et tombèrent enfin dignement comme martyrs et en sacrifice pour la défense de leur antique foi.
La théologie druidique et l'ordre social temporel qui en dérivait, résistèrent cependant longtemps aux tentatives incessantes faites par l'évêque de Rome en Bretagne pour y substituer le christianisme et la hiérarchie sacerdotale. Toutes les notions qui nous restent sur les doctrines des Culdées. nous prouvent que, tout en ayant adopté certains
E oints de la foi nouvelle, leur fond restait cependant un déris du culte druidique, et leur ascendant était encore d'un grand poids sur les populations de l'île.
En Tannée 668 les rois de Kent et de Northumberland envoyèrent une députation à l'évêque de Rome, Vitalien, pour lui demander un homme savant et vénérable, digne d'occuper le siège archiépiscopal de Canterbury. A cette époque vivait à Rome un Grec, de Tarse, en Cilicie. On le recommanda à révoque romain. C'était un homme instruit, sachant la langue latine, versé dans la géométrie et l'astronomie, instructeur distingué delà jeunesï^e, connaissant la musique et la poésie autant qu'on le pouvait alors, la science antique et maniant la langue grecque qu'il introduisit dans les écoles ecclésiastiques de sa nouvelle patrie. Cet homme,
qui est le célèbre Théodore , fut choisi par Vitalien pour développer sur une grande échelle la prédication et 1 établissement de la foi catholique dans la Grande-Bretagne. Il fit pour elle ce que firent Âlcuin et plus tard Gerbert pour la France, et suivit docilement les injonctions de Tévéque de Rome. On voit par le choix de cet apôtre que la tâche était dirâcile, et l'envoi d^un homme aussi capable prouve qu'on se défiait de l'opposition savante qu'il devait rencontrer dans la patrie du rationnel Pelage, qui s'y était élevé deux siècles et demi auparavant contre les combinaisons purement imaginaires d'Augustin l'Africain. Théodore institua partout des écoles pour contrebalancer Tinfluence des quarta-décimiens , car c'est ainsi qu'on nommait alors les Guidées. Ces Guidées subsistèrent cependant /quoiqu'il s'élevât une nouvelle génération de moines romains qui leur étaient aussi inférieurs en science et en piété qu'ils les surpassaient par les richesses et la multiplicité des cérémonies religieuses Les Guidées se nourrissaient du travail de leurs mains ; ils étaient mariés. En l'année 950 l'église de Northumberland lança par une loi l'anathème contre un prêtre qui répudierait sa femme pour contracter mariage avec une autre. L'église romaine ne cessa de persécuter les Guidées, qui ne cherchaient pas à se saisir clu pouvoir temporel et qui par là donnaient un mauvais exemple aux populations et aux princes temporels et gênaient les envahissements de la secte apostolique romaine.
Lorsqu'on l'année 934 le roi d'Angleterre Ethelstan trouva, dans sa campagne contre le roi d'Ecosse Constantin, les Guidées en possession du ministère ecclésiastique dans l'église de Saint-Pierre d'York, il leur «ordonna des prières pour ses succès. A son retour, il remercia Dieu dans cette roêiTie église de sa récente victoire, et, comme il vit que dans ladite église d'York il y avait des hommes menant une sainte vie, vivant dans une respectable communauté et qu'on nommait alors Guidées , qui venaient en aide à une infinité de {)auvres , n'ayant eux-mêmes que de petites propriétés , il eur accorda en 934 , au nom de Dieu et de saint Pierre , pour eux et leurs successeurs à perpétuité, afin qu'ils pussent mieux soutenir les pauvres qui se rendraient auprès d'eux, pratiquer l'hospitalité et faire encore d'autreiB œuvres pieuses , il leur accorda de chaque acre (caruca), dans l'éyêché d'York, une gerbe de blé, etc. (1) * Ge fait prouve qu'au mi-
(i) MonasticoD anglicanum, t. 2, p. 367 et suir.