CHAP. II. GRANDE-BRETAGNE
lieu du X* siècle il y avait encore en Angleterre des moines anti-papaux.
Lorsque le christianisme eut étendu son empire sur presque toutes les nations de l'Occident , qu'il eut couvert les peuples et les nations d'un sentimentalisme extatique, mais d'un voile épais de ténèbres et d'ignorance, différentes branches de la science s'étaient encore conservées ou réfu;-
fiées dans la Grande Bretagne. Les connaissances que lé ruidismé y avait accumulées n'y périrent jamais. Virgile , Irlandais, évêque deEalzbourg, affirmait encore que la terre est ronde et qu'il y avait des antipodes. Au commencement du «• siècle, Dicuil écrivait son livre « De Mensura orbis terrae. » Dès les premiers siècles de l'ère vulgaire, la Bretagne était réputée pour ses artistes, pour ses architectes constructeurs savants , qu'Eumène célèbre déjà dans son panégyrique de Constantius, père de Constantin.
Mais la science théologique primitive des Celtes et des druides bretons ne devait pas périr dans cette immersion catholique du monde. Ses zélés et fervents tenants se retrouvent dans les membres de ces loges maçonniques qui datent du X* siècle et qui avaient leur siège principal à York, où, comme nous l'avons vu, se maintenaient toujours les Culdées. A l'instigation d'un membre de sa famille, le roiEthelstan donna des franchises, en 924, à une société d'hommes savants et initiés à la connaissance de la nature des choses. Nous possédons encore aujourd'hui la charte dressée en langue anglo-saxonne , et son invocation prouve assez (ju'ils ne confessaient pas la foi apostolique romaine. Cette invocation est solennelle , digne au but qu'elle se propose et de l'antiquité qu'elle invoque : « Que l'omnipotence du Dieu éternel, père et créateur du ciel et de la terre , que la sagesse de la parole divine et que l'influence de l'esprit qu'il a envoyé, soient avec nous dans notre origine et qu'il nous donne la grâce de; nous diriger dans cette vie, que nous y ayons sa faveur, et qu'après notre mort nous puissions atteindre la vie éternelle! — Les Grecs et les Romains ayant déjà regardé l'architecture comme un grand art et une science remarquable, et qui, comme telle, devait être fidèlement observée, il doit aussi en être de même chez nous, selon la volonté du pieux roi, » dit la charte d'York. Ethelstan était le digne petit-fils d'Alfred le Grand; il mérita bien de son peuple par les efforts qu'il fit pour avancer sa culture intellectuelle. Ethelstan , le Charlemagne britannique , était héros et législateur à la fois ; il ne manquait pas d'instruc-
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lion , fit traduire la Bible en anglo-saxon et construire une quantité de châteaux, d'églises et d^abbayes. C'est pour cette raison qu'il est nommé pieux. Les historiens anciens et peu critiques qui le chargent du meurtre d'Edwin, sont démentis par les grands écrivains modernes anglais. Les auteurs qui lui reprochent l'assassinat en question sont tous catholiques romains. Comme Ethelstan favorisait les religieux qui ne voulaient pas se soumettre à Tévôquè de Rome , c'est dans ce fait qu'il faut chercher le mot de cette énigme historique.
L'historique que la charte d'York fait de l'architecture , prouve que ses rédacteurs connaissaient des débris , non liés a la vérité, de la synthèse antique. Ils étaient de plus savants, et à celte époque d'ignorance universelle, on est étonné de voir citer les Phéniciens, Hermès, Euclide, Ninus, Athènes, Pythagore, Vitruve, Archimède, etc.
Le christianisme n'a pas donné de^synthèse. Dans l'édification des monuments religieux, il suivit le style et les ordres nés de la généralité antique, telle qu'elle s'était développée dans une de ses ramifications en Grèce, et plus tard, en s'abâtardissant, en Italie. Il ne sut rien créer, et tous ses édifices se traînent dans l'imitation inhabile de l'architecture romaine de la décadence; et nous avons montré aussi plus haut que la conception de la cathédrale ne lui appartient pas. Il n'en fut point ainsi en Angleterre. Là de nombreux monuments, élevés avant la conquête normande, témoignent d'une façon irrécusable de la création d'un style indigène, original, bien qu'il ait fait quelques emprunts aux constructions que les Romains laissèrent dans l'île comme traces de leur fugitive conquête. Quand tout avait été enveloppé d'ignorance dans ce pays par l'envahissement du christianisme, quand l'essence intime de la nouvelle foi plongeait tout dans le sentimentalisme, excluant toute science, dont il n'avait que faire, n'est-il pas rationnel de supposer que les constructions dont nous parlons ne furent pas élevées par des sectaires apostoliques romains, mais bien par des religieux indigènes, les Guidées, qui conservaient encore jusqu'à un certain point le dépôt des débris de la science passée , telle qu'elle avait été enseignée par un Orphée , un Numa , un Pythagore ?
La Grande-Bretagne protesta donc de toutes façons contre le christianisme, tout en étant obligée peu à peu de se soumettre au courant d'idées qui entraînait la société. Mais dans toute son histoire nous voyons percer à chaque instant l'invincible ascendant du caractère de ses habitants primi-
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tifs, des couches germaniques et superposées de sa population qui, les uns et les autres, protestaient avec le bon sens naturel et la raison pratique, contre les envahissements incessants d'un ennemi qui fait bon marché de la disposition des choses dans la société, qui cherche par tous les moyens imaginables à asservir l'ordre de la vie réelle ou temporelle, pour faire main basse sur les choses de ce monde et en jouir à son aise et à son proHt exclusif.
tJn des grands et nombreux exemples de la juste opposition du pouvoir temporel contre les envahissements do la donnée chrétienne qui, tout en prêchant que son règne n'est pas de ce monde, cherche cependant à l'établir subrepticement, c'est la lutte effroyable que le roi Henri II d'Angleterre eut à soutenir contre Thomas Becket, plus catholique que le pape môme. Quoique né en Angleterre, il n'avait [)as la raison, la clarté et le sens pratique qui caractérisent se.^ compatriotes. Mais cela ne doit pas surprendre, quand on remonte à son origine. Son père, Gilbert Becket, commerçant et shériff de Londres, s'en alla en pèlerinage en terresainte. Il fut fait prisonnier par les Sarrazins, la fillo de son maître devint amoureuse de lui. Cette jeune fille lui procura les moyens de s'évader, et quand il revint à Londres, pour toute récompense, il ne se souvint plus d'elle. Mais, ne pouvant vivre sans Gilbert , la juive-arabe . qui ne savait quo deux mots des langues occidentales, « Gilbert et Londres » , parvint en Angleterre où elle retrouva son amant oublieux et ingrat, qu'elle épousa après avoir été baptisée sous le nom do Malhilde. D'origine arabe du côté maternel, Thomas eut tous les caractères de cette race, qui sont d'insupportables défauts pour les nations agricoles , industrielles et manufacturières de noire Occident. L'imagination exaltée et le sentimentalisme poussés jusqu'au dernier entêtement de la folie, de Thomas Becket , vinrent heurter la sagesse des mesures que le roi Henri II opposait, comme chef du pouvoir temporel de son pays, aux privilèges du clergé, aux immunités ecclésiastiques que l'esprit d'envahissement et de domination appauvrissante de Rome, le dévouement des moines, l'igno-» rance, le fanatisme et la superstition de la multitude avaient arrachées à la faiblesse de ses prédécesseurs. Les coutumes de Clarendon (février 1164) ne cessaient de tourmenter et d'inquiéter Thomas. On sait que ces coutumes avaient, en toute justice, soumis le pouvoir spirituel au pouvoir royal et populaire. Les ayant d'abord acceptées, sicnées et scellées de son sceau, Thomas n'en put supporter l'idée et le sou-
venir. Il n y eut pas de tracasseries, tl'ombûclies, de trahisons, de luttes et de véritables monstruosités que Tarchevôque de Canterbury ne suscitât à son roi et maître temporel et naturel. Le roi souffrit horriblement de la conduite de Thomas, et manifesta un jour hautement son extrême mauvaise humeur contre l'hostilité de rarchevéque . alors quatre gentilshommes , Réginald Fitzurse , Guillaume de Tracy, Hugues de Morville et Richard Breton, résolurent de venger l'insulte faite à leur seigneur; car il faut savoir que, dans sa duplicité grossière, le pape Alexandre III avait absous Henri et permis à 1 archevê(jue d'excommunier. En l'apprenant, le roi d'Angleterre, qui se trouvait à Rouen en Normandie , s'était écrié : « Quoi ! un homme qui a mangé mon pain , un misérable qui est venu à ma cour sur un cheval boiteux , foulera aux pieds la royauté ; le voilà qui triomphe et s'assied sur mon trône! et pas un des lâches que je nourris n'aura le cœur de me débarrasser de ce prêtre I » Les quatre chevaliers partirent pour l'Angleterre et tuèrent Thomas le 29 décembre 1170. Les démêlés de Henri II d'Angleterre avec Thomas Becket sont le digne pendant de la lutte de Henri IV d'Allemagne avec Grégoire VII. Seize ans avant la mort de Thomas, Jean de Salisbury, son secrétaire, plus tard évêque de Chartres, lui avait adressé à Toulouse, dont Henri faisait le siège , son célèbre ouvrage du PolycratictMt dans lequel l'auteur, ecclésiastique, justifie la mort violente d'un tyran. On y lit que : la tyrannie n'est que Tabus de la puissance concédée par la volonté divine... Kt par conséquent il est évident que les princes n'ont pas seuls la faculté d'être tyrans, mais encore tous ceux qui abusent de leur pouvoir sur ceux qui leur sont soumis. — Vers la (in du même chapitre xvm, Jean dit : « De tout cela il résultera clairement que si l'adulation est permise au tyran, il est également permis de le tromper et honorable de le tuer, 81 l'on no peut enchaîner autrement ses excès. Il ne s'agit pas, en elfet, des tyrans particuliers; mais de ceux qui gouvernent la chose publique. Caries particuliers sont faci- I lement arrêtés par les lois qui gouvernent la vie de chacun. Mais si c'est un ministre du culte qui affecte la tyrannie, le caractère divin du sacrement dont il est revêtu doit écarter le glaive matériel, à moins qu'il ne l'eût souillé lui-même et quil n'étendît dans l'église de Dieu une main sanglante. >
La raison et la morale ne se révoltent-elles pas à la pensée que les odieuses doctrines de ce moine s'adressaient di-
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rectement au roi d'Angleterre , et cela précisément dans le temps des plus forls démêlés entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, à l'époque où le pouvoir rationnel social cherchait en Angleterre à abriter la société contre le flux d'une autorité spoliatrice et turbulente, sortie du vide mystique et contraire à la nature des choses, qui force à l'inaction, asservit les fortes intelligences et fait le malheur terrestre des natures vertueuses! Les doctrines de Jean de Salisbury retombèrent en plein sur Thomas Becket, quelque restriction qu'il eût mise à l'atteinte au caractère divin du sacrement dont est revêtu un ministre du culte.
Guillaume le Conquérant , ce chef de la race normande des rois d'Angleterre, avait si bien assuré la paix publique dans sa nouvelle patrie, qu'au dire de l'historien Matthieu Paris, « une jeune fille chargée d'or aurait pu traverser l'Angleterre en toute sécurité. » Par leurs doctrines anarchiques, les évoques catholiques romains ne furent pas longtemps à troubler cet ordre temporel admirable dû au talent du roi normand Guillaume. Qu'on justifie si Ton peut ce fait social et historique que, partout où le catholicisme s'introduisit, se développa et établit son empire, il sema le désordre et mit en lutte les multitudes avec leurs rois et les ecclésiastiques. Les princes séculiers d'abord et les masses ensuite , quelque anarchisées qu'elles fussent par les doctrines romaines , s'aperçurent à un moment donné que les désordres de toute nature provenaient uniquement des empiétements de l'église sur les prérogatives civiles du peuple ; et quarante-cinq ans après la mort du grand perturbateur social et révolutionnaire absolutiste Thomas Becket, la nation anglaise dicte à son roi Jean sans Terre la Magna Charta communium libertatum. C'était la renaissance de l'esprit germanique d'indépendance, et sa réaction en Angleterre, où il s'était plus purement maintenu qu'ailleurs , contre* l'asservissement que dictait avec violence et fureur le génie sémitique , chananéen et carthaginois. La grande charte donnée à Windsor, end21S, jeta les fondements d'une constitution libérale pour la Grande-Bretagne, et taudis que la monarchie bourgeoise et en partie monacale fleurit en France, l'Angleterre voit éciore les premiers rayons de cette liberté politique, civile et d'intelligence qui aujourd'hui encore est un des plus beaux fleurons du diadème de ses souverains, et qui fait le plus d'honneur à toutes les branches de la race pélasge caucasique, représentée aujour-
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d'hui par toutes les nations agricoles , manufacturières et commerciales de rEurope, anti-sémitiques.
A la fin du xiy* siècle s'éleva le puissant auxiliaire du pouvoir temporel, Jean Wickliffe, professeur de théologie d'Oxofrd, celte étoile du matin de la réforme, comme l'appelle Luther. Il était né dans le Yorkshire , province sep— . tentrionale de la Grande-Bretagne , et où se conservaient plus intacts les traditions et les instincts nationaux primitifs. Wickliffe s'éleva contre la suprématie du pape, les richesses de l'éghse, la sécularisation du clergé et l'extension excessive que prenaient les ordres religieux.
Quand au xy*" siècle la maison de Lancaster se remit de nouveau sous le joug de l'église et du sacerdoce catholiques, elle se perdit et perdit aussi toutes ou presque toutes ses grandes possessions de France.
L'histoipe générale comme l'histoire particulière de l'Angleterre prouvent que dans ce pays on eut toujours une profonde et constante aversion ppur les idées sorties du fond de la Méditerranée et élaborées en Palestine. Si le christianisme s'y maintient encore, ce n'est que nominativement et par tradition ; car toutes les actions des hommes, comme tous les actes des gouvernements , sont marqués là au coin de la raison, du bon sens, de l'esprit pratique, toutes choses en contradiction diamétrale avec le christianisme , qui veut commander la foi au surnaturel et le sentimentalisme niais que nous voyons pratiquer ailleurs sur le continent au grand détriment des multitudes et de leur bonheur.
Nous aurons à nous occuper de la réforme opérée sous le règne de Henri VIll, lorsque nous traiterons de la Renaissance, a'où datera une ère nouvelie.
A l'ouest de la Grande-Bretagne est une île fertile où vivent ou plutôt où végètent volontairement sept millions d'hommes de race mêlée et très déviée de la souche kimrique et celtique primitive ; car ils descendent du rameau indo-gei ma nique qui a peuplé, comme on sait, tout le nord et l'occident de l'Kurope. Lors de la conquête des Gaules par les Romains, un grand nombre de Celtes se réfugièrent en Irlande. Ils appelèrent l'île Erin, l'île de l'ouest, l'île occidentale.
Dans les temps de la splendeur commerciale et maritime, des Phéniciens d'abord , et des Carthaginois ensuite , des marchands et industriels sémitiques, franchissant le détroit de Gadès et longeant les côtes de l'Ibérie et des Gaules, se