‹ Théologie cosmogonique; ou, Reconstitution de l'ancienne et primitive loiChapitre 104 sur 154 · LA SaENCE DU UOYES AGE EST NULLE · texte numérisé non relu

LA SaENCE DU UOYES AGE EST NULLE

Il n'y a rien à dire de la science des siècles du moy^i âge. Car c'est seulement à -partir de la Renaissance, que la science est uniquement laïque, et c'est la vraie science. Ca science a été nulle chez les chrétiens, et en pouvait-il être autrement quand un de leurs docteurs, et aont ils font le plusdecas, Tertullien, s'est écrié: « Nous n'avons besoin d'aucune science après le Christ, d'aucune preuve après l'Evangile; celui qui croit, ne désire rien croire de plus. L'ifnorance est bonne en général^ afin que tu n'apprennes pas connaître ce qui est inconvenant. Mais, en vertu de tous les témoignages, ce qui fut d'abord étranger et faux, ce qui dans la suite fut traditionnel, est vrai et divin. » Comme la conception chrétienne faisait du monde un enfer, elle ne dut pas s'en occuper. Si elle avait cherché à le connaître, en admettant qu'elle en eût la faculté, elle serait arrivée immédiatement à la négation d'elle-même, comme cela a eu lieu dans lus siècles où enfin l'intelligence sa mit à observer les phénomènes de la nature, à en pénétrer les causes qui ne furent pas colles que le christianisme leur assignait. A son point de vue, saint Augustin avait donc raison de dire que « la doctrine des antipodes, par exemple, est entièrement incompatible avec les racines historiques de la foi chrétien'ne (1). ». Sans s'en apercevoir et encore plus sans le vouloir, saint Augustin a bien jugé la bible, elle est nulle.

Le moyen âee est nul pour l'étude des sciences naturelles; elle était complètement négligée à une époque où régnait la foi au surnaturel, où l'activité de l'esprit était reléguée dans la solitude du cloître ou soumise aux règles monotones et immobiles dos statuts d'un corps de métiers, dépendant en outre d'une vie publique et réelle très restreinte, et ellomômo enfin vouée à une profession complètement stérile

(1) Liv, V, p. ÎOl. (î) Voyez p. 42.

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pour le monde des actes pratiques, pour le monde qui travaille. Le moyen âge dédaigna la littérature classique. Les préjugés religieux ensevelissaient les ouvrages du monde grec dans un mépris absolu et funeste pour la civilisation. Le moyen âge crovait puiser les éléments de la science dans la bible. On sait ou cela a mené.

Toutes les questions sur l'ensemble de la science, de la théologie, de la chimie, de la physique, etc., furent résolues au moyen âge par des subtilités d'une dialectique verbeuse. En renonçant ainsi à l'expérience, qui, elle seule, donne le savoir, on bannit la véritable science. Faute d'exercer la pensée, on oublia la manière de poser exactement les questions relatives aux causes des phénomènes, et Ton désapprit aies observer, à en saisir les liens par l'expérience (i).

Occupons-nous seulement d'une seule science naturelle, cultivée par le chrétien : parlons de la géographie. Nous avons déjà dit qu'en fait de géographie, Lactance niait la sphéricité de la terre et par conséquent tout ce qui s'en dé* duit. Mais Lactance n'était point géographe, il n'écrivit point un traité spécial sur le sujet. Il ne le touche qu'accidentellement, pour tourner en ridicule les philosophes, c'est-à-dire des hommes qui se servaient de la raison et de Tentendement que Dieu leur avait donnés. Adressons-nous donc à un géographe chrétien de profession qui nous a laissé, pour notre édification, un travail particulier sur la géographie.

Il y avait au vi* siècle un marchand qui yivait à Alexandrie, et qui se nommait Kosmas; il se fit moine au retour de ses pérégrinations commerciales. Il composa en grec des ouvrages, dont l'un, sa Topographie chrétienne, fut achevé vers l'an 336. Suivant Kosmas, notre terre a l'apparence d'une grande maison, sa surface est plane et elle forme un parallélogramme, dont les longs côtés ont deux fois la longueur des autres ; sur ces derniers s'élèvent verticalement deux murs, joints au sommet par une voûte. Deux autres murailles, également perpendiculaires , s'élèvent pareillement des deux côtés longitudinaux, et s'étendent jusqu'à la voûte, de sorte que Thomme est sur la terre comme l'oiseau dans sa cage. Le (^el forme le toit de la maison ou cage. Dans l'intérieur de l'habitation, au nord, et au delà de l'océan septentrional, dont la mer Caspienne n'est qu'un golfe, se trouve la terre antédiluvienne. Dans son centre, s'élève une

(1) Liebig, Nouvelle* lettres sur la chimie y 1852, ?• lettre, p. 301.

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haul<î montagne, autour de laquelle tournent éternellement le soleil, la lune et tous les astres. C'est ce mouvement gyratoire, qui produit les levers, les couchers, les phases, les éclipses. Tout cela est expliqué en douze livres, etces livres ont été écrits cinq siècles après l'achèvement du bel et savant ouvrage de Strabon , si près des lumineux enseignements de Théon de Smyrne et de sa glorieuse et si savante fille Hypatie, et postérieurement à tous les travaux merveilleux sur la géographie mathématique et physique de l'antiquité. Et les errements mystiques, déraisonnables et imbécilles de Kosmas Indicopleustes, ont maintenu leur empire dans la science de l'église pendant tout le moyen âge, et une secte de ténébi*eux, d'audacieux et coupables modernes voudrait nous faire revenir au point où elle était chez l'ignorant etstupide moine du vi« siècle!

Revenons encore un instant à Lactance, qui mourut vers l'année 325, croit-on. Rancuneux contre les grands auteurs de son pays, il s'efforça de supprimer l'étude de Cicéron et de ses imitateurs, comme Grégoire et Basile tentèrent de le faire pour les écoles des sophistes. Dans son ouvrage en sept livres sur la doctrine chrétienne, Divinarum instilutionum, il n'y a qu'un débordement de mots, une rhétorique fausse et artificielle. L'éloquence empruntée à Cicéron est travestie par lui en une forme emphatique et gonflée, qui prend l'accent de l'interrogation et de l'interpellation à une société et à une opinion ptublique qui n'ont plus aucune des nombreuses, savantes, traditionnelles et indépendantes familles par la fortunequ'elles avaient encore aux temps des Auguste et même des Trajan 1 Nous avons parlé de son aversion pour les antipodes. Citons une de ses naïvetés, pour ne pas employer un mot plus dur. Selon lui, la folie et la sagesse sont mal appréciées dans le monde, parce qu'on ne tient aucun compte de l'immortalité de l'âme. Car si l'homme n'était point immortel, il serait insensé de ne pas s'inquiéter de la manière la plus vive des avantages et des jouissances de la vie actuelle. Il prétend encore que les chrétiens reconnaissent la vie éternelle d'une manière intime et tout exceptionnelle, et qu'il n'y a pas à s'étonner s'ils sacrifient leurs biens et leursangdans les persécutions pour leurs croyances religieuses. La logique et l'argumentation de cet apologiste de i'eglise sont fortes et profondes, comme l'on voit, par les deux citations que nous venons défaire.

La doctrine de la science des choses, de leurs lois, de leurs causes et de leurs effets, ne peut et ne doit nier en

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