CHAP. II. LA SCIENCE DU CHRISTIANISME
également sapérieur , comme Dieu lui-même , et semblable au père H du fils , et plus lard , ce do^me fut déterminé tel aue le présenta saint Augustin au y siècle dans le symbole dressé par Athanase. Alors la substance divine devint commune aux trois personnes divines, et les trois personnes furent réputées constituer le rrai Dieu. Il n'jr a aucun texte dans le nouveau Testament qui fasse mention d'une seule idée se rapportant à la trinité. Elle ne s'éleva que lorsque l'on traita de la personne du Christ d'une manière spéculative, que lorsque, vigoureusement battue en brèche par la science antique , la religion chrétieime fut forcée de s'expliquer par le raisonnement. Cardes hommes puissants et intelligents, comme Porphyre par exemple, l'attaquèrent avec une telle vigueur, que les chrétiens détruisirent leurs ouvrages autant que possible : c'est ce qui est arrivé aux quinze livres de Porphyre entre autres. On peut voir le désespoir des auteurs chrétiens , leur courroux contre des hommes tels que Porphyre dans la prélace de l'explication de l'épître aux Galates par Jérôme (t. IX, p. 159, éd. Basil.) : « Quod nequaquam intelligens Bataneotes et soeleratus ille Porphyrius in primo operis siii adversus nos libre Petrum à Paulo objicit esse reprehensum , quod non recto pede incederet ad evangelizandum , volens et illi maculam erroris inurere , et huic procacitatis , et in commune 6cti dogmalis accusare mendacium , dum inter se ecclesiarum principes discrepent. » Le stupide et criminel Porphyre de Batanée, dans le premier livre de son ouvrage contre nous , met en avant que Pierre fut repris par Paul parce qu'il ne marchait pas droit dans la prédication de l'évangile ; il veut imprimer à l'un la souillure de l'erreur, à l'autre celle de la rébellion , et par un mensonge commun à tous les deux , les accuser de propager un dogme faux, profitant ainsi des différends qui divisent les chefs des églises. »
Il y a quelque chose dans le monde qui ne va plus et oui rarrete dans sa marche. Il y a qùelaue chose qui <;mpôcho l'harmonie sociale. Les ignorants elles aveugles disent que c'est la science tt le progrès qui empochent l'obéissance des peuples envers les chefs d'Etats et les gouvernements. Ils prétendent qu'il faut revenir au bon temps , où c'était une gloire de ne savoir ni lire ni écrire, au bon temps où l'on employa ces instruments de torture qui ne manquaient jamais (fans le château fort d'un seigneur féodal (i), destinés
(1) Florent. Cont., a. 1138; Chron. saxon., a. 1137.
à extorquer de i'argent.et des richesses à ceux qui les avaient légitimement gagnés en travaillant, etc., etc. D'autres, au contraire , voyant l'insuffisance du christianisme pour introduire Tordre et l'harmonie , prétendent qu'il mut une doctrine et une théologie nouvelles, pour remettre en équilibre les choses terrestres et leur faire suivre les effets des lois qui doivent les déterminer, les proportionner et les conduire à ne plus amener de révolutions funestes à tous les partis.
Ce n'est pas seulement le peuple juif qui admit l'unité de Dieu dans l'antiquité , comme on le prétend dans tous nos livres d'enseignement. Elle était admise dans l'Inde et dans tous les grands pays, par les Orphiques (1), et leTimée, la Politique de Platon , la Lettre sur le monde , attribuée à Aristote et où on lit que Dieu, qui est un, sont là pour nous prouver qu'elle était connue et répandue en Grèce et dans le nord de l'Europe. Ce n'est donc point le christianisme non plus qui est venu la proclamer et l'enseigner à l'Occident. Numa la connaissait , mais avec les hypostases . sans lesquelles il n'y a point de vérité théologique et politique , et il n'y a point de raison gouvernementale sans théologie. Cinq siècies avant le christianisme, lorsque régnait l'empire de Jéhovah avec celui des Elohim en Judée, Pythagore, théologien et philosophe véritable , puisqu'il était expert dans les mathématiques, l'astronomie, la physique, la médecine, la logique et la morale , apercevait l'unité de Dieu dans toute sa beauté sublime. Ce fut Pythagore qui le premier donna dans la langue grecque le nom de Kosmos (2) au monde, à cause de l'ordre et de l'harmonie admirables dont il connut le principe et la marche naturelle. Il connut aussi la providence abstraite des chrétiens, mais sous une forme concrète, dans le mouvement régulier des lois de la nature. Sa morale était dirigée aux préceptes d'application, et il y parvint à une rare élévation. Il enseignait 1 immortalité de l'âme, l'amour du prochain et non la charité qui dégénère parcimonieusement en aumône , mais l'amour, la fraternité et par conséquent la liberté pour ceux qui s'en rendent dignes.
(1) Les Pélasges ne donnaient ni nom ni surnom à aucun
d'entre l«s dieux, dit Hérodote (1. ii, ch. 52). Les Pélasges n'en
adoraient qu'un. Car quand on croit à plusieurs dieux, on est
obligé, pour les distinguer, de leur donner des noms différents.
Mais l'unité de Dieu rend les noms différents superflus
(2) Stob., ^clogœ pRysicoBf p. 450.