CIIAP. II. PRÉLUDES DE LA RENAISSANCE
congcience. Les livres et les solutions de saint Thomas , peuvent ôtre dans ses bibliothèques; mais les habitants de ces lieux .justes et raisonnables, les y laissent et les laisseront tranquillement dormir, malgré le remuement que decertains hommes se donnent pour les faire sortir de leur case. Des Anglais, des missionnaires protestants courent à Jérusalem catéchiser les Juifs, lit-on dans le Journal des Débats du 29 avril 1853 , se postent devant la porte même de leur synagogue au moment de leur office pour y prêcher leur conversion qui ne se fera point. Parce que le Juif est et restera de race sémitique. Il y a dix mille ans, peut-être vingt mille, qu'il est dans l'Arabie. Le ciel et la terre arabes, avec les autres tribus arabes , forment son milieu , qui est sa loi , comme sont pour la race indo-caucasique la maison et la ferme bâties, la charrue et le bœuf, le vrai marchand , le manufacturier , le producteur et l'industriel de tous les ordres, avec leurs boutiques, leur domicile assis, leurs magasins , hangars , chariots et camions , leurs règles , leurs compas, lenrs outils, leurs instruments de précision. Comme sont leurs hymnes savants et saints, produits et à produire, à Dieu le premier , à Dieu trois ou ouvrier , à la Mère des êtres, Y épouse aux mille dons ! qui fait germer et produire le grain qu'on lui confie , comme à la femme et l'homme la faculté de produire des enfants pour leur plaisir et l'accomplissemenl des fins, et à son brillant époux , à cette terre qui veut bien nous rajeunir par périodes tous les printemps et nous procurer les scènes variées de l'année, qui forment pour nous un poème et une musique toujours divins et sanctifiants! Cela se fait par des lois qui sont vraies , qui sont convaincantes et satisfaisantes. — Tandis que votre muliiplication de cinq pains pour en nourrir cinq mille hommes , ne l'est point , et qu'il n'y a que les natures à la Bari en Calabre, qui croient et qui vont regarderies prétendues saignées de la sainte épine ! Mais ceux qui arrangent et montrent en Calabre celte épine! agissent parle mobile de ceux qui ailleurs se font quatre-vingt millions de fortune en deux ans de temps, par des expédients connus! Ce sont des cousins germains de nature et d'âme; ils se ressemblent !
Dans le siècle si vanté pour sa morale et sa piété, Guillaume de Lorris écrivait son roman de la Rose. Les grands, les hautes classes de la société , les heureux favorisés de la fortune et du hasard, concouraient à l'édification de cathédrales , d'églises paroissiales et conventuelles. C'était sans
doute pour se racheter de leurs péchés secrets et se faire passer aux yeux de la foule ignorante pour ce qu'ils n'étaient pas. Cela est prouvé par le roman de la Rose. Ce roman est un rêve , à l'instar du Somnium Scipionis de Macrobe , ou l'art d'amors est tote enclose. Son but est d'indiquer, comme Ovide dans son Ars amandiy les moyens d'arriver à ses fins en amour, qu'il personnifie en une rose. L'auteur a vu cette rose dans un jardin; pour la cueillir, pour posséder Imatériellement l'objet de son ccèur , de ses pensées et de ses désirs, il est obligé de franchir les fossés du parc où il se trouve, d'escalader des murs , de prendre enfin des châteaux forts. Il est aidé dans ses efforts par leurs habitants, divinités bonnes et méchantes, personnifications des sentiments qui accompagnent l'araour, tels que les passions, les vertus et les péchés ; tantôt elles l'arrêtent, tantôt elles le secourent. Enfin , il arrive à son but. Il va sans dire que dans la poésie d'un tel sujet , on rencontre des passages licencieux, frisant môme l'obscénité ; le clergé n'y est pas non plus ménagé. Les dames du xui« siècle y sont également fort maltraitées quant à la délicatesse de leurs sentiments et de leur conduite. C'est surtout aux femmes de la cour que s'adressent l'auteur et son continuateur, que souvent ils qualifient directement de prostituées. Jean de Meung prétend môme que lorsque le cœur de la meilleure et de la plus vertueuse d'entre elles est touché par l'homme destiné à le posséder, elle se livre à -lui de toute âme. Jean de Meung à ces causes et faits, fut banni de la cour, et les nobles dames surent habilement gagner à leur intérêt la femme de Philippe le Bel , qui ordonna de l'arrêter, de le déshabiller tou na de le lier à un poteau et qui permit aux dames de le fouetter de verges de leurs propres mains. Mais comme la reine avait permis au condamné de demander une grâce relative à l'exécution de sa peine, il désira que la plus grande prostituée d'entre les dames lui appliquerait le premier coup ; et comme aucune d'elles ne voulût s'avouer pour telle, le rusé poète échappa ainsi au châtiment qui l'attendait. On tonna du haut des chairs et l'on anathématisa l'auteur de ce poème en plus de vingt-deux mille vers. Le fameux chancelier Jean Grerson se crut obligé de lancer contre la poésie de Guillaume de Lorris son Tractatus contra romancium de Rosa. Lorris mourut en 1240, et Jean de Meung entreprit la continuation de son ouvrage dès 1280 (1). On ne peut méconna!li*e
(1) Voyez Raynouard, Journal des Savants^ 1816, p. 69 et 70'