CHAP. II. PRÉLUDES DE LA RENAISSANCE
que Guillaume témoigne sa prédilection pour l'antiquité, qui lui était familière, que les questions dogmatiques, morales, politiques, physiques et autres les plus subtiles y sont soulevées; qu'Homère, Pythagore, Socrate, Hippocrates, Aristote, Theophraste, Euclide, Ptolémée, Galien, Origènes, Catulle , Tibulle , Cornélius Gallus, Virgile, Ovide, Lucain, Juvénal , Claudien , Cicéron , Tite-Live , Valérius Maximus , Sénèque, Suétone, Solin, Macrobe, Boëce, Avicenneet une foule d'autres auteurs ne fussent connus de lui et cités fréquemment dans le courant de son ouvrage.
Le succès universel de ce livre prouve clair comme Je jour que la société était plus que fatiguée des recherches stériles, des investigations mystiques, des spéculations ascétiques et religieuses auxquelles on s'était exclusivement adonné jusqu'alors. Les nouveaux romans en vers et en langue nationale et vulgaire , firent passer les nouvelles idées sur le monde et les choses humaines dans cette partie de la nation cultivée, mais non lettrée, et l'anathème que l'église leur lançait du haut des chaires prouve assez la popularité à laquelle elles étaient parvenues. L'intelligence secoua enfin les entraves qui la tenaient enchaînée et terrassée sous le poids et la pression de conceptions , d'idées , de rêves et de fantômes ontologiques ou transcendantaux, après lesquels la raison égarée ou dominée par une exaltation extraordinaire du cœur peut longtemps courir pour les saisir et les fixer, mais qu'elle ne surprend jamais, parce qu'ils ne s'enchâssent pas dans le domaine de la réalité. Il arriva un moment où l'on avait tant fatigué l'homme des tableaux représentant tantôt les riantes, tantôt les sombres plaines de l'avenir céleste, qu'il s'ennuya de ces monotones perspectives. 11 s'aperçut qu'il était seul et délaissé tristement sur la terre qu'il habitait, et qu'il ignorait complètement. Il s'aperçut qu'il ne vivait que d'une idéologie sentimentale, quelquefois voluptueuse et pleine de charmas, mais qui n'en oblit,érait pas moins ses forces vitales tant physiques que morales ; et, s'ennuyant peut être malgré lui, du ciel et do ses joies éphémères ou inconnues, il abandonna peu à peu les éléments illusoires d'un passé sans regrets pour s avancer dans un avenir moins élhéré et plus conforme à l'organisation morale et intellectuelle dont la nature l'avait doué. L'homme descendit des hautes mais vagues régions créées par l'imagination , pour se retrouver dans cette position sur la terre qui devait lui être naturelle.
40G LIVRE II. LR MOYRN AGE.
Co moment de seconde création , pour ainsi dire , fut amené par les travaux lents et inouïs, faits pendant douze siècles pour conserver et propager les débris de la science antique, adversaire le plus dangereux de la doctrine morale mais non théologiquo, qui s'était élevée en Judée. Car dans l'origine et dans son principe, lidée chrétienne de Dieu , à rexem[)le de celle de Jehovah , n'était point une idée de la raison pure. Elle n'était point théorique, mais hors du domaine de la raison et de la science spéculative. Elle était du domaine de la morale, et, de plus, delà moraledu cœor et non de la raison , elle n'était pas du terrain de la raison pratique , ou but général , nécessaire , dictant les actions humaines, impérativement, sans les preuves du pourquoi ^ parce qu'elle manquait de la science des lois de l'univers. Si la doctrine de l'évangile était dénuée de science, ses premiers apôtres l'étaient également. Dans les premiers temps de sa prédication . elle fut facilement saisie par ceux à ([ui elle fut adressée, les gens du peuple. Or, le peuple sent et ne raisonne pas toujours, et si quelquefois on le trompe, il ne se laisse jamais corrompre. Le peuple est ce qui représente encore le plus fidèlement le type de la société humaine telle que Dieu l'avait conçu.
Si la science antique, réveillée au xiii* siècle , envahit la poésie populair(3 pour la vulgariser ensuite , elle eut pour auxiliaire la satire lettrée qui se chargea de porter de rudes cou[)S à la scholastique et aux ordres mendiants lancés dans le monde catholique au commencemcnl de celte époque Parmi ceux qui manièrent l'ironie et le sarcasme avec le plus (le verve et d'habileté, nous citerons Hutebeuf, qui écrivait de ISriO à IIUK) environ. On peut lire dans sa pièce de vers : des Ordres, ce (jue l'on pensait, au xni« siècle, des couimunautés religieuses des deux sexes.
Papelart et B«;guia Ont le biuclc houi.
Tel est lo refrain des treize strophes de cette satire. Ils n'é[)argne pas les nonnes :
ne^uine» a-on mont Uni larges robe» ont; licsouz les rol)CS l'ont Cu «ine pas n« vous di.