CHAP. II. ȣLUDEI DE LA RENAISSANCE
Dans son autre pièce , la Voie de Paradis , il les dépeint ainsi :
Defors samblent beguineg estre A lor samblant et à lor estre, Et eles sont dedenz culuevres Toutes plaines de maies œuvres.
U faut lire aussi le portrait moral de ceux qui sont destinés à prêcher les vertus chrétiennes aux fidèles , dans la pièce intitulée : « La bcUaUle des vices contre les vertus , ou ci encoumenee Hz di de la mensonge. » Dans la bataille des VII arts , de Henri d'Andely , nous voyons la marche de la dispute entre l'Université d'Orléans , qui enseignait la science classique sous le nom d'auctors autoria%u , et celle de Paris , qui préférait les sciences dialectiques. La première tenait pour la réalité , la seconde pour les vaines fictions. Henri d'Andely cite entre autres ouvrages , celui de Everard de Bethune , < De figuris deque octo partibus oraiionis » j et ayant pour titre : < Grœcismus , » de 1212.
Nous ne taririons pas dans l'énumération de toutes les tentatives faites dans les sciences et les arts à cette époque , pour les tirer de l'abîme de ténèbres où la nudité de science du christianisme les avait engloutis. La société fit des efforts inouïs pour sortir de l'ignorance où l'église l'avait plongée et tenue. Dans les arts , la dégénérescence de l'archilecture allait croissant , parce que tous les préceptes et toutes les règles de ce grand art, légués par l'antiquité , s'étaient perdus ou corrompus dans les mains des moines ignorants. Alors aussi apparaissent les artistes laïcs , ainsi que nous l'avons dit; les maîtres Henri Suneré et Gérard de Rile , élèvent la cathédrale de Cologne , Robert de Coucy celle de Reims , Robert de Luzarche commença Notre-Dame d'Amiens , que Thomas de Cormont continua , Pierre de Montereau exécutait la Sainte-Chapelle , et Jean de Chelles continuait Notre-Dame de Paris, Erwin de Steinbach ajoutait à la cathédrale de Strasbourg sa haute et miraculeuse tour ; la statuaire aussi s'émancipe par la science : elle étudie le corps humain , et au lieu des statues en manche de couteau , qui n'ont ni âme , ni corps, ni vie , Sabine , fille d'Erwin de Steinbach , crée celles de la porte du sud du portail , comme celles de la Synagogue et de la Religion chrétienne de la porte du transsopt méridional delà cathédrale de Strasbourg i Notre-Dame de Reims et Notre-Dame de Chartres s'embellissent de statues gracieuses , élégantes,
et respirant la liberté et le sentiment des belles formes que surent leur donner leurs auteurs, qui , comme les architectes de la même époque , s'émancipèrent de l'archaïsme , les premiers pour faire entrer dans leurs œuvres le résultat d'études profondes de la nature ; les seconds pour faire pénétrer dans les leurs , par la géométrie , les lois de la proportion et de la mesure (1). A la même époque , Nicolo et Giovanni Pisano laissèrent des œuvres immortelles de sculpture à Sienne , à Pistoja , à Rome, à Pise et à Florence. Dans la peinture , Duccio di Buoninsegna commença une nouvelle direction et fut un des fondateurs de cette belle et élégante école de Sienne; Giotto di Bondone , peintre^ sculpteur et architecte florentin , dota Florence du magnifique campanile de Sainte-Marie des Fleurs, et devint le modèle de l'école florentine de peinture. Après ces grands hommes paraissent les Taddeo Gaddi, lesiTommaso de Stefano , dit Gioltino , les Andréa di Gione , etc. , etc.
Nommons encore le « Trésor » de Brunetto Latini , noble florentin, qui écrivait , de 1265 à 4283, en langue française , dans le dialecte du Midi , » parce que , dit-il , françois est plus délitables langages et plus communs que moult d'autres , » appartient par le fait à la France (2). Il fut l'ami et le maître du Dante , qui , dans son 45« chant de ï Enfer , lui consacre ces paroles de reconnaissance :
e or m' accuora
La cara e buona imagine paterna, Quando nel moudo ad ora ad ora, M' insegnavate, come V uom s*etBrna.
(Et elle m'afflige en ce moment , votre chère , et bonne , et paternelle image, lorsque dans le monde, vous m'enseigniez comment l'homme s'éternise,) et plus loin , fait en ces termes l'éloge du livre :
Sieti raccommadato '1 mio tesoro Nelquale il vivo ancora; e più non cheggio.
(Je te recommande mon trésor dans lequel je vis encore, et ne demande rien de plus.)
(i) Voyez notre Manuel de l'histoire de V Architecture^ 1843 , 2« vol., et notre texte de Tédition française de MoUer, Mor.U'ménts de C architecture allemandey in-fol.
(2) Voyez P. Paris, Manuscrits français^ t. 4, p 3oi à 407 , et réponse à la science de M. Leaormand, \k 413 à 4Î9.