‹ Théologie cosmogonique; ou, Reconstitution de l'ancienne et primitive loiChapitre 118 sur 154 · DES MŒURS PENDANT LE MOYEN AGE · texte numérisé non relu

DES MŒURS PENDANT LE MOYEN AGE

Le tableau des mœurs de la civilisation monarchique et féodale , sortie entièrement du christianisme , est très peu édifia ht , comme tout ce qui se rapporte à cette triste époque de l'aplatissement de l esprit de l'homme. On y voit dan» les cours la vertu en paroles et le vice en actions , et cela au plus haut degré. La morale chrétienne fut élaborée, avec appauvrissement de science, delà morale universelle d'aJDord,. et de celle de Socrate, et de la mauvaise académie ensuite ,. élaborée dé plus dans l'ignorance complète des besoins naturels de l'homme, et en violant essentiellement le jeu des lois organiques de sa nature : élaborée enQn contrairement à

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SCS facultés physiques ot morales, au sein d'une petite communauté ascétique de cénobites et rempile de mysticisme , composée d'hommes de petite nature, et à sensibilité qk- ^^essive , peignant avec exagération les difficultés spéciales présentes et aliéguantdes dégoûts et des lassitudes chez beaucoup d*iodividtts qui n'étaient pas vrais , mais le tout , poor ruiner l'ordre social dans lequel ils vivaient.

£'est surtout dans le lableau des mœurs du moyen âge •qu'on voit l'impuissance de la mise en pratique de la morale évaagélique. Elies étaient au suprême degré licencieuses , g)ro8sières , barbares , quelquefois même féroces et représentant partout et en tout plutôt un laid affreux que le beau ; l'histoire nous a conservé la peinture des faits et gestes des hautes classes seules de cette triste époque pour le philosophe et le moraliste, et qui seule peut avoir des attraits pour l'archéologue. Les croisades avaient appauvri tes cl<isses nobles et guerrières, qui vendirent à vil prix leurs pi opriétés pour se procurer les nwyens d'aller en terre sainte, et se soustraire amsiaujoug épiscopal. Leur acquéreur était le clergé etles ordres religieux : le clergé, s'appropiiaiit la dépouille des chevaliers et s'associant juifs et moines usuriers , augmenta les biens de sa caste , dont les produits, recueillis avec ordre et esprit d'intérêt, lui permettaient de jouir, soit en public, soit en secret, de tous les piaisirspossiMes. Aussi Kutebeuf dit-il de son temps qu'à présent on donne peu ; — que chacun préfère garder ce qu'il a; — que tes riches sont lesplus chicheSj elc. Dans une pièce devers d'un manuscrit de la bibliothèque de Berne , et intitulée : « De nostre Signour », on lit entre autres Jes quatre vers suivants :

Nostre pastor gairdeut mal lor brebis, Qaûtapor deniers chascuns a louf la vaut; Maix fi péchiés les ait si tous sospris K'il ont mis Deu en obli por Tairgeût (1).

La monogamie chréti^ne et son indissolubilité conjugale, fatale, qui conduit dans une muKitude de cas à l'exlincLion des familles et des races, la solution de continuité que ces faits amènent dans celles qui ont le gouvernement (le la société, comme les maisons dynastiques et autres , et lt>s troubles politiques qui en sont la suite , et puis pour

(1) Rapport au ministre de TinstrucLion publique, etc., par A. Jubiual, 1838, p^ 37.

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celles des simples particuliers dans le trouble et la rupture des tradilions que ces extinctions entraînent, font que la société est trop mouvante , que les farailles et les groupes qui la composent n'y conservent ni leur position assez longtemps ni les rôles, les fonctions et l'action qu'elles étaient destinées à remplir dans des périodes de localité et de temps, comme la chose arrive aux autres choses et êtres do l'ordre universel dans la nature, et mettent cette société humaine en rupture avec cet ordre universel. De deuxième part, la violence des mœurs, qui entraînait aussi, de son côté, souvent à des interruptions de règnes et de fonctions; les saccades répétées et ruptfices de la tradition ; l'élection pour la papauté n'élevant presque jamais sur le siège que des vieillards dans la décrépitude , ce qui obligeait do recommencer tous les deux, trois ou cinq ans, ne cessaient de briser la suite et la liaison des choses , de déclasser les individus et les familles, et d'affaiblir ou de détruire l'obéissance. Les doubles élections de papes ensuite, qui avaient souvent lieu , et qui constituant deux chefs , constituaient aussi deux camps, ont contribué plus que toute autre chose à ensanglanter l'Europe pendant tout le moyen âge; à y entretenir l'agitation , la dureté et la férocité dies caractères et à faire dépeupler les contrées.

Les détails rapportés dans les chroniques du moyen âge, et écrites par des prêtres ou des moines, apprennent que la morale prescrite par le christianisme ne put être mise en pratique. Nous allons citer un fait qui prouve une contradiction entre les doctrines et la pratique.

A la même époque (1235), l'exécrable fléau des Caursins fit tant de progrès , qu'il n'y avait presque personne dans toute l'Angleterre , principalement cnez les prélats , qui ne fût enveloppé dans leurs pièges. Le roi lui-même était engagé envers eux pour une dette énorme. Us circonvenaient les besoigneux dans leurs nécessités , et palUaient Tusure sous l'apparence du négoce , feignant d'ignorer que tout ce qui vient augmenter le principal est usure, de quelque nom qu'on se serve. En effet , il est évident que leurs prêts ne pouvaient être confondus , en aucune façon , avecaes actes de charité, puisqu'ils ne tendaient pas aux pauvres une main secourable pour subvenir à leurs Sesoins, et qu'ils les circonvenaient , non pour secourir la misère d'autrui , mais pour satisfaire leur propre avarice.

Le contrat que nous a conservé Matthieu Paris nous fait connaître les liens inextricables dans lesquels les Caursins

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enchaînaient leurs débiteurs. Ces usuriers , pour jouer sur leur nom , étaient bien appelés caursins, comme des chicaniers, des ravisseurs et des oursins. Ils commençaient par attirer les besoigneux en leur prodiguant des paroles douces et mielleuses. Mais, à la fm, ils les blessaient aussi bien que des javelots. Aussi, plusieurs entendant leurs paroles captieuses et leurs termes pris dans les lois , les soupçonnaient d'être, en fait de tromperies, parents des avocats ^ et pensaient qu'ils agissaient ainsi de connivence avec la cour romaine (1).

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