‹ Théologie cosmogonique; ou, Reconstitution de l'ancienne et primitive loiChapitre 122 sur 154 · CHAPITRE PREMIER. L'ÉCLECTISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. L'ÉCLECTISME

y 2. L'ÉCLECTISME.

La Renaissauce eut pour résultat Tétude approfondie de la philosophie et de la science grecques et de leurs rapports avec le monde matériel. Les hommes qui se foi*mèrent l'esprit à cette étude, virent s'élever devant eux un champ tout nouveau. Mais, non encore assez éclairés ni assez perspicaces, et non encore assez hardis pour rompre en visière avec l'égliçe qui était forte, et que de plus, Tégoïsme avait intérêt à ménager parce que l'Etat était toujours en son pouvoir, et que de 1 Etat dépendaient les places, les faveurs, les dispensations de toutes sortes : il se forma parmi les philosophes une secte qui , en empruntant beaucoupàla philosophie antique, cherchait cependant à ne pas trop se compromettre ni à irriter l'église par des propositions hardies et contraires à sa doctrine. Cette secte philosophique constitua l'éclectisme , doctrine hybride , peureuse et sans caractère. L'éclectisme , prétendu choix fait par l'esprit reposé et sans chaleur de ce qui lui paraît vrai et rationnel dans chaque chose , n'-est qu une aperception superficielle , sans le concours du sentiment des choses qui fait seul , avec l'esprit quand il s'y trouve, leur vrai fond, et donne à l'esprit la pénétration et la spontanéité suffisantes pour les atteindre. L'éclectisme n'est qu'un matérialisme erroné dans lequel le fond vrai des choses échappe entièrement à l'éclectique.- L'éclectisme donc , loin de saisir et de signaler le vrai , ne signale que les apparences grpssières de ce vrai et lAarche tout à coté de la vraie vérité , du beau et du saint , et pervertit l'opinion en faisant partout triompher un pharisaïsme qui n'est qu'une universelle mauvaise foi.

Se gardant bien de pénétrer dans le fond des choses, fuyant la connaissance du vrai par l'étude sérieuse et sincère des lois naturelles divines qui régissent le monde intellectuel comme le monde physique, ce qui le mènerait infailliblement à la synthèse nouvelle, l'éclectisme ne prend pour sui'ets de ses inutiles travaux que des abstractions, qui ne leurtent en rien l'ordre irrationnel sur lequel reposent les constitutions présentes des Etats. Car l'éclectisme a vécu et vit du budgetdepuis sa naissance et il veut continuer à en vivre encore. Quand l'éclectisme a bien flotté dans le monde des abstractions inutiles au bien-être des sociétés, il a toujours peur de ses témérités logiques accidentelles. Alors il se ramasse, se prosterne devant la religion révélée ou passant pour telle, et lui donne par poltronnerie un coup de chapeau

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en gage de bonne entente et de soumission. Telle est cette philosophie officielle qui, sous les Médicis en ItaHe et dans ces trente dernières années en Europe, a su traverser avec habileté, mais non sans honte, les obstacles opposés à la raison et à la vérité, ne se brouillant jamais avec personne et se soumettant humblement au sémitisme de l'Église chrétienne.

De Gémiste Piéton, Bessarion, Pic de laMirandole et autres, à Descartes, fort imbu de la scholastique du moyen âge et qui sut rajeunir l'arbre de l'éclectisme, et à Kant qui, de son côté, le renouvela aussi, mais en l'obscurcissant, cette philosophie verbeuse ou uniquement verbale, ne pouvant jamais et ne s' étant jamais traduite en actes, traîne une lueur blafarde comme une fusée en l'air pour venir jusqu'à ces derniers temps mourir entre les mains impuissantes d'une école, ayant en France pour chef M. V. Cousin, exemple théorique et pratique de Timpuissance de la philosophie éclectique. Elle a formé également dans le protestantisme un autre personnage qui a constamment démenti par sa conduite et ses discours parlementaires, les doctrines professées dans ses livres. Tour à tour pour et contre la liberté, pro^ testant et ultramontain, absolutiste et libéral, la liberté sur les lèvres et la violence dans l'action, M. Guizot enfin, a montré à l'Europe attentive qu'il savait enterrer une monarchie et en conduire le deuil. Après le révolution de 1848, cet homme d'un autre monde et d'un autre siècle, a cherché à galvaniser le cadavre de son fait, en rééditant plusieurs des ouvrages qui avaient fait autrefois une partie de sa renommée, ne se doutant pas que les progrès de la science, l'étude et la connaissance des réalités, ont fait faire dans l'intervalle un pas immense à l'esprit humain, qui ne se paie plus de? sophismes éclectiques de l'école à laquelle appartient l'auteur de l'histoire de la civilisation en Europe. Dans cette secte philosophique, un seul homme a eu une valeur réelle et solide. Par sa moralité d'abord, versé ensuite dans les traditions sociales, tenant compte avec une grande portée d'esprit et un jugement sain et profond, des idées et des choses nouvelles développées au milieu des sociétés européennes par la Révolution française, M. Royer Collard restera un des publicistes, comme un des orateurs parlementaires les plus honorables. En janvier 4822, il caractérisait fort justement à la tribune nationale la transférai a lion delà nation française depuis 1789. « Messieurs, dit-il, nous avons vu la vieille société périr et avec elle une foule d'in-

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atitutioDS domestiques et de magistratures indépendantes qu'elle portait dans son sein ; faisceaux puissants de droits privés, vraies républiques dans la monarchie. Ces institutions, ces magistratures ne partageaient pas, il est vrai, la souveraineté; mais elles lui opposaient pourtant des limites que l'honneur défendait avec opiniâtreté. Pas une n'a survécu, et nulle autre ne s'est élevée à leur place. La Révolution n'a laissé debout que des individualUés, etc. »

Cette digression dans la philosophie moderne, était nécessaire pour montrer l'origine et la filiation de l'éclectisme, qu'on peut faire remonter mômejusqu'à l'école d'Alexandrie. Pour qu'une philosophie soit véritablement digne de ce nom, il faut qu'expression du dogme vrai, elle en expose scientifiquement et rationnellement le contenu; ou bien, s'il n'y a pas de dogme vrai, qu'atteignant jusqu'à l'unité ou à l'Etre, elle en sente la vraie nature et expose que, par sa vraie essence qui est harmonie, comment en pensant, sa pensée est trois. Il faut ensuite qu'elle expose comment ce trois agit pour produire les corps et les êtres, tant pour leurs formes, leur nature, leur espèce, leur sexe, c'est-à-dire la face d'eux qui regarde la durée ou le temps, que pour leurs places, leurs dispositions, leur agencement dans l'en^mble, c'est-à-dire, la face ou le côté d'eux qui regarde VespcLce^ et que cette pensée trinaire qui est vivante ou productrice, agit comme avec la règle et le compas : d'abord, par le trian-gle, ensuite par Xescourhes et courbes qui sont les types des arcs du cercle, et le cercle même, par des arcs et des ellipses do section du cône et par ceux qui entrent dans le cylindre ; qu'avec ces lois qui sont sa nature môme, son être, sa pensée féconde, qui sont enfin l'harmonie n^ême ou la musique, il produit toutes choses et fait la terre et le monde^ le monde lactée.

Mais qu'ayant par une ode qui est trois actes, fait un monde qui doit en dépenser à son tour trois autres à vivre , pour accomplir sa destinée, destinée que l'Etre créateur ne peut pas détruire avant cet accomplissement, puisque, souverain bien et harmonie ineffable qu'il est, produisant des harmonies sensibles , le monde produit souffrirait , s'il était détruit avant cet accomplissement de sa période, qui forme sa fin, le Dieu premier ou l'Etre n'est pas réduit à l'inaction , car quand il a ainsi entonné un chant et produit par ce chant un monde dans le temps, sur un certain modeeirhythme, il produit plus loin, dans l'espace, d'autres mondes sur d'autres rhythmeset modes, tout à fait indépendants du premier,

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et que c'est là ce qui constitue les mondes appelés nébtdeuses par les astronomes, et dont la fonne est d'une foule de maniè< res : en spirale ^ en sphère, en disque, en ceuf, en coquille, en fruits,eic., etc. ; parce que des attractions spéciales à chacun d'eux , donnent pour résultantes ces formes : tous les corps et tous les mondes de la voie lactée ont la même forme ou essence d'attraction que la terre et les êtres et substances qui la composent. Il faut donc que la vraie philosophie, la philosophie orthodoxe, donne des idées, ou procède par des idées qui soient des âmes d'actes, passant dans la pratique et non par des idées irrationnelles à priori, à la manière phénicienne qui produit toutes les choses qui constituent le mobilier de nos villes, très utile assurément, mais non conforme aux vraies lois du nombre et qui sont produits et agencés en monceaux. Toute philosophie qui n'est pas cela, n'est qu'un vain verbiage aussi inutile aux hommes que la scholastique des xiu« et xiv« siècles.

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