L'ANGLETERRE ET HENRI Vm
Le roi d'Angleterre Henri YIII appartenait encore au monde du moyen âge par son éducation. Plongée U'op pro-
CHAPITIB PRBMIEft. LANGLBTBRRB ET HEMII Ylll. 437
fondement dans les subtilités vide^ et verbeuses de la scholastique , sa raison s'y débattait stérilement sans oser s'en affranchir d'une manière complète. Il combattait protestants et catholiques avec une égale fureur, avec une égale .cruauté. Il parvint enfin à secouer le joug de la suprématie apostolique romaine , et rendit l'unité au pouvoir, en établissant le roi d'Angleterre chef du pouvoir temporel et spirituel. Mais il rendit au pouvoir une simple unité défait, sans lui donner une lumière , puisqu'il n'y en avait pas dans Tordre romain , dit spirituel , qu'il venait de supprimer : mais ortlre romain qui dans les troubles anarchiques qu'il entretient dans l'ordre temporel , là où il est admis , permet pourtant assez souvent à des parties do vérité de se faire jour, ce qui n'a pas lieu dans l'unité protestante qui forme un marasme dans la sphère supérieure du pouvoir, et qui 'est très nuisible à cette unité protestante elle-même, en ce qu'elle dégoûte à tous instants des natures sentimentales et poétiques qui repassent au catholicisme ou sous le pouvoir temporel partageant la dualité papale ; ne trouvant pas en effet sous l'unité protestante le mouvement de vie et l'essor d'esprit que demande l'âme humaine dans la vie sociale; seulement cet élément de vie dans l'ordre catholique, ne se fait jour que par l'inconvénient très grave d'une certaine anarchie qu'il jette dans les esprits, dans les rapports politiques et dans les affaires (Cela tient à sa conception de Dieu qu'il présente comme un, tant spirituellement que cosmiquement , tandis qu'il est trois dans le monde réel . )
Henri VIII conserva dans la restauration de l'unité du pouvoir les éléments de dissolution et de luttes sociales, en maintenant la conception chrétienne si contraire à la paix dans l'ordre temporel qui , avec ses réalités du monde , est constamment en contradiction et en opposition avec les données vides et par conséquent irréalisables de la doctrine de l'Evangile.
Par sa configuration géographique, l'Angleterre a fait prendre une immense extension au commerce maritime.^a classe commerçante d'abord et ensuite la classe trafiquante
Î[ a assumé une prépondérance fatale; et comme rien dans a conception théologique n'y règle la mesure et la proportion, une partie de la nation anglaise est descendue et descend encore tous les jours insensiblement et sans s'en douter au plus bas échelon des nations exclusivement commerçantes de l'antiquité, quels que soient les efforts tent^')s par
4;{K LIVKE m. LA RENAISSANCE.
là î)artie agricole de la nation , pour la retenir sur la pente l'uneslo où se précipite la classe moyenne ou bourgeoise des villes , tant industrielles que maritimes. Or cette classe est animée de I esprit dont sont et ont été animées partout les populations exclusivement mercantiles : l'absence absolue de tous dogmes ou généralités de synthèse qui puissent lier l'homine et le gouvernant pour agir dans un sens juste et proportionnel, laissant toute liberté pour l'expédient, ce qui en définitive pousse l'homme à n*agir en îout que d après son intérêt.
Ajoutons enfin que les moyens et les menées des prêtres catholiques employés sur les fem'mes et le petit peuple, s'ils ne sont empêchés d'une manière radicale et absolue , entraîneront surtout la plus grande partie des femmes en Angleterre, où elles sont naïves, sentimentales et plus vierges de cœur peut-être que dans d'autres pays , et encore aussi beaucoup d'hommes, et perdront par là l'Angleterre.