L ESPRIT BOURGEOIS
L'esprit bourgeois de mercantilisme , d'individualisme et d'émiettement de la famille, conséquence inévitable de la doctrine judéo-chrétienne , si puissamment favorisé par la maison des Capets, ainsi qu'ils le montrent, d'ailleurs , en se faisant appeler rois très-chrétiens , soumis de la manière la plus absolue au joug de l'église catholique; cet esprit , développé d'une manière si puissante par Louis XI , roi bourgeois et hypocrite en toutes choses , s'étend sur une large échelle au xvi* siècle, au grand détriment de la classe rurale. Or, l'esprit bourgeois n'occupant que les villes, n'existant que dans un monde artificiel , ne se nourrit et ne vit aussi que du spectacle artificiel d^s yeux , créé par la main de l'homme ; tandis que l'esprit agricultural , industriel et de fabrique domestique , très insuffisamment développé par le prêtre, il est vrai , son unique et exclusif instituteur, ayant toujours pour spectacle la nature et ses phénomènss, reste et est aussi toujours resté plus près de la vérité. Or, quoique le bourgeois répudie hautement l'esprit d'autorité et de despotisme de l'église ; il en est cependant toujours demeuré imbu , parce que tous deux naissent de la même source ,
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quelque ennemi que le premier ait paru de temps à autre des derniers. Et aujourd'hui encore , une énorme fraction du parti révolutionnaire est restée fortement imprégnée du fond des doctrines qu'elle combat dans la politique avec tant de violence et de persévérance : ce qui est de sa part la plus grande des inconséquences !
Indépendamment du tableau général des événements, une source peu suspecte indique et prouve le développement prodigieux qui fut donné sous Louis XI à l'esprit bourgeois. Car, dans les trente années qui suivirent le règne de ce roi , le tiers des maisons du royaume de France fut nouvellement reconstruit. On ne bâtit plus maison sur rue qui n'eût boutique pour marchandise ou pour art mécanique (i). Le pauvre paysan , toutefois , qui ne pouvait vendre ses produits à un taux plus élevé pendant une année de grande fertilité, rassemblait avec peine le montant de l'impôt qu'on venait lui demander (2).
Dans le xvi* siècle , l'esprit bourgeois reçut un nouveau développement par l'église et tous ces prédicateurs anarchiqucs qu'elle lança contre le roi Henri III pendant la Ligue. Cette ligue n'était autre que l'opposition de l'esprit clérical du moyen âge, traînant à sa remorque l'esprit bourgeois, contre le pouvoir temporel, éclairé par la Renaissance devenant de plus en plus pratique, et qui cherchait à préserver de la destruction complète qui les menaçait les quelques traditions gouvernementales, très-oblitérées. il est vrai, qui surnageaient encore dans la société, et qui descendaient des institutions fmportées dans les Gaules par les Francs, surtout sous \e règne de la deuxième dynastie ou grande maison de Charlemagne.
François I®*^ avait rassemblé une noblesse de cour qui, plus tard, devint exclusivement parisienne ou de la résidence royale, aux mopurs bourgeoises et pleine de fi.tuité, noblesse de parchemin, tout à fait carthaginoise et de la fabrique du roi, de pure ville, de vie. de bals et de folies la nuit et de sommeil le^jour. Mais à côté de cette noblesse, en subsistait une autre qui avait saisi que le mouvement du monde, à partir de la Renaissance, était d'abord dirigé vers une haute indépendance de l'esprit pour le christianisme, . par de fortes études dans la voie des sciences physiques et
(1) Claude de Seyssel, Louanges du bon roi Louis XII, p. 128. [%) Continuât, de Monstrelet, t. 3, p. 2'i9. Machiavel, Tableau de La France. dans ses œuvres^ édit. du Panthéon, t. 1, \\ 293,
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1er madame de Caylus , dans son langage naïi , mais sans podear.
> Après CCS cinq enfants, dit-elle , madame de Montespan fut quelque tcin[>s sans en avoir ; et ce fut dans cet intervalle que se fit cette fameuse séparation et ce raccommodement si glorieux à M. Févèque de Meaux , à madame de Montausicr, et à toutes les personnes de mérite et de vertu qui étaient alors à la cour. »
« La ru[)ture se Gt dans le temps d'un jubilé. Le roi avait uu fonds de religion qui paraissait même dans ses plus grands désordres avec les femmes ; car il n'eut jainais que cette faiblesse. Il était né sage et si régulier dans sa conduite , qu'il ne manqua d'entendre la messe tous les jours que deux fois dans toute sa vie , et c'était à Tarmée. »
< Les grandes fêtes lui causaient des remords , paiement troublé de ne pas faire ses dévotions , ou de les faire mal. Madame de Montespan avait les mêmes sentiments , et ce n'était pas seulement pour se conformer à ceux du roi qu'elle les faisait : elle avait été parfaitement bien élevée par une mère d'une grande piété , et qui avait jeté dans son cœur des semences de religion dès sa plus tendre enfance, dont elle ne se défit jamais. Elle les fit voir, comme le roi , dans tous les temps ; et je me souviens d'avoir ouï raconter que , vivant avec le roi de la façon dont je viens dé parler, elle jeûnait si austèrement les carêmes , qu'elle faisait peser son pain. »
« Un jour la duchesse d'Uzés , étonnée de ses scrupules , ne put s'empêcher de lui en dire un mot. « Hé quoi ! madame , reprit madame de Montespan , faut-il , parce que je fais un mal , faire tous les autres? »
« Enfin ce jubilé dont je viens de parler arriva. Ces deux amants , pressés par leur conscience , se séparèrent (i) de bonne foi , ou du moins ils le crurent. Madame de Montespan vint à Paris, visita les. églises , jeûna , pria et pleura ses péchés ; le roi , de son côté , fit tout ce qu'un bon chrétien doit faire. Le jubilé fini , gagné ou non gagiié . il fut question de savoir si madame de Montespan reviendrait à la cour. « Pourquoi non , disaient ses parents et ses amis , même les plus vertueux ? Madame de Montespan , par sa naissance et par sa charge . doit y être ; elle peut y vivre aussi chrétiennement qu'ailleurs. » Monsieur l'évêque de
(1) Ea*675.