‹ Théologie cosmogonique; ou, Reconstitution de l'ancienne et primitive loiChapitre 13 sur 154 · DIEU, LE PRINCIPE PREMIER, L'ESPRIT CRÉATEUR · texte numérisé non relu

DIEU, LE PRINCIPE PREMIER, L'ESPRIT CRÉATEUR

Parcourez l'étendue des mers, avec leurs vagues circulaires , parcourez les continents avec leurs montagnes et leurs plaines , élancez-vous dans l'étude du ciel éthéré par l'astronomie de calcul et de contemplation ; plongez, à l'aide du télescope , dans des régions d'où les rayons lumineux mettent des millions d'années pour franchir les espaces qui les séparent de nous , quand la lumière qui nous éclaire , venant du soleil , de 112 diamètres plus grand que la terre , met huit minutes dix-sept secondes à parcourir les 1 5,347,000 myriamètres qui la séparent de lui : pensez aux résultats merveilleux que nous révèlent les opérations chimiques et physiques , qui répètent en petit ce que l'on voit en grand dans le monde, et alors, si vous êtes doué de quelque pénétration , vous serez infailliblement élevé à l'idée de l'esprit qui a fait toutes ces choses , de sa toute-puissance , de son action toujours mesurée , de sa sagesse , de sa bonté , de sa beauté et de son intelligence qui ont conçu l'ordre et l'unité multiple répandus partout sur l'activité visible et invisible de tout ce qui existe dans le monde 1

L'observation journalière et pratique des phénomènes de la nature astrale et terrestre, confirme ce que montrent la théorie., la science et ses découvertes innombrables et incessantes.— Tout dans le monde marche, palpite et vit d'une ftme appropriée au miUeu qui lui est destiné. Tout dans lo monde marche, palpite et vit sans jamais encourir de perturbation essentielle, durable, arbitraire et éternelle. L'ordre musical du monde, non absolu, non mort, ni mécanique, mais infini . quoique réglé par des lois immuables, fait la beauté dans les mnombrables scènes qui s'offrent à la vue et à la contemplation de l'homme. La science lui révèle et lui apprend que le globe qu'il habite n'est qu'un atome dans l'univers, où lui-même n est qu'un autre atome infmiment plus petit et plus insignifiant encore. Notre monde n'est qu'une simple vibration de la note qu'il ûgure dans Iharmonie universelle, qui n'a que Dieu pour spectateur et qui seul aussi en a unejoieetun plaisir éternels.

Or, il résulte de ce que nous venons de dire , que plus la science des choses célestes et terrestres est grande et étendue , plus on pénètre profondément dans te fond des objeté qui b'oO'rent aux regards et à la méditation de l'homme,

CBAPlIRIk FRbSIILR. DIEU* IH

plus aussi on acquiert la foi que ce n'est pas la force d'inertio, ni encore moins le hasard qui ont produit l'admirablo ensemble que Siiisit. en le contemplant , un e>prit supérieur. La loi une, iridi visible et vivante, oui se montre partout rattache le monde à une unité triple, intelligente et continuellement active , qui est Tesprit ouvrier. Cet esprit , qui possède spirituellement et dune manière abstraite, toutes les faculté» de la matière , qui est la loi spirituelle et abstraite de la formation de toutes choses , les dégage de lui dès l'instant qu'il les a pensées et voulues, et dès ce moment, les impondérables, les pondérables, etc., etc., naissent progressivement en se développant les uns des autres d'après les lois naturelles , lois qui continuent la création , qui maintiennent les grandes généralités, lois enfin que les hommes ont déjà connues, qui se sont perdues et que la science cosmogonique moderne retrouve les unes après les autres dans leur divine et surprenante unité.

L'ignorance de ces lois , de ces lois qui nous font voir Dieu face à face, pour ainsi dire, ou leur connaissance, règlent le bonheur ou le malheur de Thommo. Leur ignorance conduit au merveilleux , au despotisme et à la décadence de l'esprit et des mœurs. Leur connaissance, au contraire, ramène à la raison, à l'ordre, à la liberté et au perfectionnement de l'entendement et des arts ; alors , aussi , et uniquement alors , les mœurs sont pures et nobles.

Nous disons donc que le principe supérieur n'est pas la matière, mais que , lui donnant les formes et la vie , comme créateur, il passe à travers d'elle , comme Tarchitecte à travers le monument , pour y laisser son empreinte , et lui donner les facultés qu'elle manifeste, facultés par lesquelles elle agit ensuite, soit dans l'espace par la force centrifuge , Foit sur un point déterminé par la force attractive.

11 ne faut pas s'imaginer pouvoir embrasser l'idée de Dieu . séparée de l'ensemble des choses , de l'observation de tous les objets qui constituent le monde. Si on prétend la distinguer du grand tout de son œuvre , elle reste , incomplète et erronée , par son omnipuissance. Alors aussi elle égare les chefs d Etat , comme les Etats eux-mêmes et les multitudes qui les composent, et avec cet égarement universel , les sociétés sont plongées dans la confusion, l'anarchie, et le malheur. En n'étudiant pas Dieu dans le travail divin de son activité incessante, en ne cherchant pas à le connaître dans les arcanes de ses œuvres, on est entraîné à faire, au lieu de la vérité &ur

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lui , des (Téalions cirbilraircs , rebcHefl aux applicationa inoralcH, [)olili(|U('s ut sociales ({«ron tcnto sur les choses (le ce iiiondf;. Ht c est auss^î ce ({ui est arrivé. En ne s'en tenant sur l'idée de Dieu qu'à un esprit pur , qu'à une sinifile uiiiu'; nominale, on n'en peut rien tirer ci'utilo et d'cfiicace pour le bonheur du inonde et son gouvernemont.

Après lo grand nombre d'années qu'il a fallu à la terre connno ôtro pour arriver à l'état où elle est, l'homme y Gt son apparition. S'il n'y apparut pas immédiatement avec le souvenir de la cause qui lui avait donné sa forme et sa vie, comme il est raisonnable, il ne tarda pas lonfçtcm()s à s'^ lever jusqu'à elle: 1" par la constitution do notre ôtro plus parfaite (jue celle de tous les autres êtres terrestres, qui le conduisit a Tobservation du monde physirpie, en s(; servant de sa raison et de sa mémoire : et 2" par les effets que produiait dcjns son âme riniluenco de son cœur. Dans FintcrvallC; il était gouverné par un instinct savant et en rapport avec sa nature auguste. En cffer, non préoccupé encore de la satisfaction des besoins inutiles et superflus, créés par l'oisiveté , l'ennui et les abstractions cérébrales d'un âge (]ui n'est pas aussi éloigné de nous qu'on l'admet et qu'on le pense ordinairement , l'esprit et la raison de l'homme étaient plus graves, plus purs et par conséquent aussi plus aptes à la méditation sur les causes ot les effets dont il a été témoin dans les grandes révolutions terrestres de l'âge humain.

L'observation et la mémoire lui firent porter ses regards sur la nature qui l'entourait. 11 s'aperçut bientôt de la régularité , de la succession et de l'ordre qui y régnaient incessamment et que jamais rien no venait troubler. Obéissant à un sentiment inné , de suivre ce qu'il voit, qui, chez les animaux , est l'instinct, et qui , chez l'homme , est une notion plus réfléchie , imitant la nature dans les créations nécessaires à sa vie , tant physique que morale , il comprit bientôt que les effets naturels qui s'offraient à son esprit n'étaient point produits par le hasard ni Tarbitraire. 11 voyait se succéaer régulièrement ot retenait dans sa mémoire , la variation et la variété des saisons , et tout ce qu'elles produisent de plantes et d'animaux, chacune dans leur temps; habitant encore les hauts plateaux ou les mon*tagnes les plus élevées de la terre , il onsorvait la régularité du cours des astres, surtout celle du lover et du coucher du soleil et de la lune, et, on un mot, tous les autres phénomè-

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nos do la nature : repliant alors son esprit sur lui-même , comparant les effets dont il était témoin aux effets physiques qu'il produisait lui-môme dans la pratique de sa vie par la spontanéité de sa propre volonté immatérielle, il ne Fut pas longtemps à concevoir l'idée d'un Être suprême , tout-puissant, toute science, origine de ce qu il voyait, ou de Tunivers. Des points les plus hauts de la terre, où il était placé, sa vue, bornée à l'horizon, lui présentait le sol qui le supportait comme une étendue circulaire. Lorsque les mers s étaient formées d'elles-mônx's |>ar réva[)oration insensible de la chaleur de la terre ; que l'homme, se répandant le long des rivages, observait dans les distances parcourues que les montagnes dont il ne voyait pas le pied se découvraient dans toute leur étendue , aperçues d'un endroit plus rapproché, par Tinvisibililé à une distance moyenne d'oDjets peu élevés , l'enfoncement de hautes montagnes dans l'éloignement , etc., l'homme fit un progrès dans la connaissance de la forme solide de la terre : et, l'esprit pur encore de toutes les sottes inventions de l'ignorance postérieure sur la forme carrée et p^ane de notre §lobe , il conçut sa sphéricitéainsi que son complet isolement ans Tespace. Car les documents les plus reculés de Thistoire de l'homme prouvent tous que Fantiquité la plus haute et bien plus haute que nous ne nous la figurons habituellement, faussé qu'est notre jugement par les élucubrations sémitiques , connaissait parfaitement cette sphéricité. L'époque qui passe ordinairement pour celle de la naissance des sciences , est diamétralement Topposé. Ces tentatives du savoir humain, loin d'être son enifance, ne sontque les dernières lueurs d'une science qui se perd. Nous le prouvons dans la suite de cet ouvrage. C|est surtout le creux et ignorant bavardage des écrivains qui a enveloppé le monde des téntîbres où nous le voyons, comme un des chapitres de ce volume le démontrera.

L'homme donc, frappé de la sublime ordonnance de l'univers , de l'ordre étonnant qui y règne , des rapports intimes qu'il y a entre le monde sidéral et lunaire avec le monde terrestre , saisit par la science, très rudimentaire d'abord . qu'il n'y a pas d efl'et sans cause , et que le monde où il n'était qu'un point mathématique pour ainsi dire, un atome , devait avoir un ouvrier, un auteur, un créateur. En méditant sur le bonheur qu'il éprouvait dans ce monde , l'homme ne put voir dans cet auteur qu'une essence bonne , aimante et attractive. L'imposante majesté de tout ce qui l'entourait .

la grandeur qui respirait en toutes choses, lui révéla la force oni^riipo tente du suprême architecte , et comme rien ne se fait sans une puissance , il en reconnût une et lui attribua en môme temps une volonté. Observant sur sa propre espèce l'acte de la conception , de la génération et de la naissance des êtres vivants , il dut nécessairement reconnaître en l'être principe, deux principes divers : 4° le principe actif , majeur, mâle, de la vie, de la force; 2" le principe passif, mineur, femelle, de l'inertie, de la faiblesse, ou la matière (1). Lorsque la science fut en progression et que la langue se forma , qu'elle se développa dans la poésie, qui a précédé la prose, parce qu'il fallait bien que la parole qui est le son de l'idée, eût l'harmonie musicale et cosmique qui existe dans l'univers , alors et dans un âge avancé de la culture intellectuelle humaine, mais, nous le répétons, beaucoup plus reculé que nous ne l'admettons dans les livres, alors on distingua les trois éléments ou personnificalions de l'Etre Un multiple, et on leur donna le nom û'hypostases , qui veut dire réalité de substances.

Platon rapporte qu' « anciennement un Dieu gouvernait l'univers »(2); Dieu se manifeste par des formes, non pas seulement une fois pour toutes, mais sans cesse ; et tout ce qui est dans le monde et du monde, dans les nations, ressort de lui et d'elles. Car leur voix est sa voix ; ce qu'il entend , elles le proclament, et ce qu'elles veulent, il le veut ; et dans la lutte , tout ce qui leur aurait résisté pourrait être considéré comme impie et traité comme tel. Après Platon , Aristole (3) dit : « C'est une tradition ancienne , transmise partout des pères aux enfants, que tout émane de Dieu, et que c'est par lui que tout est composé pour nous. Il n'est point d'être dans le monde qui puisse se suffire à lui-même, et qui no périsse s'il est abandonné de Dieu. » Ce qui a fait dire à quelques-uns des anciens , que tout est plein de dieux ; qu'ils entrent en nous par les yeux , par les oreilles , par tous nos sens : ce qui convient à la puissance active de Dieu plutôt qu'à sa nature. Oui , Dieu est essentiellement le générateur et le conservateur de tous les êtres, quels qu'ils soient,

(1) L*idée du fétiche n'appartient eiclusivement qu'à la race noire de l'Afrique et à ses divers rameaux ou branches. Rien n'autorise de croire à un fétichisme primitif chez la race caucasienne ou blanche. Nous ne parlons pas des athées, secte inté— ressée qui n'a paru que très tard dans le monde.

(2) Polit,, édit. Serran, t. ii, p. 269.

fB) Lettre »ur le monde, édit. Charpeutier, t8«8, p. 509.

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