‹ Théologie cosmogonique; ou, Reconstitution de l'ancienne et primitive loiChapitre 16 sur 154 · L'ÉTAT · texte numérisé non relu

L'ÉTAT

Dans la pensée du fondateur ou des fondateurs primitifs de l'Etat, l'Etat leur représentait une vaste maison à constituer, et puis à faire habiter et à faire fonctionner. Alors , considérant les trois ou quatre ordres généraux de travaux que cette grande maison a à remplir , ils distribuèrent les rôles à ses habitants (1). Aux uns, ils assignèrent le service militaire, pour défendre la cité d'abord contre l'extérieur, et protéger ensuite la justice dans son sein; aux autres, l'agriculture et le commerce, c'est-à-dire la production et la manutention de tout ce qui est nécessaire à la vie et au vêtement des habitants de l'Etat ; à d'autres l'enseignement et l'éducation de la maison et le soin du service de Dieu et

(1) Tout a une place marquée dans le monde, poissons, bètes, animaux, plantes; mais il y a des degrés différents, et les êtres ne sont pas isolés les uns des autres; ils sont dans une relation mutuelle; car tout est ordonné en vue d'une existence unique. 11 en est de Tunivers, comme d'une famille. Là, les hommes libres ne sont point assujétis à faire ceci ou cela, suivant Toccasion; toutes leurs fonctions, ou presque toutes, sont réglées. Les esclaves , au contraire , et les bétes de somme , concourent pour une faible part à la lin commune, et habituellement Ton se sert d'eux au gré des circonstances. Le principe du rôle de chaque chose dans l'univers, c'est sa nature même : tous les êtres, veux-^ je dire, vont nécessairement se séparant les uns des autres, et tous dans leurs fopctions diverses, conspirent à l'harmonie de l'ensemble. kTistote^ Métaphysique ^ 1. xu, ch. x, p. 236, trad. de Pierron et Zevort.

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des dteax, et enfin à ceux-là le soin des troupeaux, à ceux-ci i^le autre chose si le territoire le comporte. Et , à partir de cette ordonnance, chacun par lui et ses descendants va exécuter régulièrement et dans les siècles des siècles, ces trois, quatre, cinq ordres ou plus de travaux qui forment rensemole da mouvement coordonné de la maison. Chaque pièce du grand oeuvre est d'autant plus parfaite. Qu'elle a un emploi plus exclusif. Voilà pour les Etats situés dans la zone torride oa dans son voisinage, où les travaux agricoles, commerciaux et antres sont réguliers par la nature du sol. non acctdeiilés par de grandes élévations, des vallées, des montagnes , des plaines et des ravins. Mais si le territoire était très inégal à sa surface , de sorte qu'il y eût des villages et des villes très élevés et d'autres au contraire très bas . ou des contrées entières avec un printemps éternel par la disposition et la direction de ses chaînes de montagnes , d'autres avec un été perpétuel, d'autres tempérées et glaciales, d'autres sous des climats très variables, très irr^uliers , où le mouvement annuel du soleil marquerait les saisons d'une manière saillante , alors , selon toutes ces différences , le ODde social avec le dogme était de même que dans les premiers lieux, la sdence ou l'exposé de Dieu et des choses, il était le même par toute la terre , sur toute la superûcie du globe. Et c'est eiectivement aussi ce qui avait lieu : de là, les analogies sociales parmi les peuples les plus éloignés les uns des autres.

Le culte aussi qui convenait à ces lieux y était également donné ; mais la fonction ou plutôt aucune des nombreuses fonctions qu'entraînait la marche de la maison ou de la cité, par rapport à l'inégulilé et a la grande variété de son territoire, n'était départie à priori et d'une génération pour ses descendants; à 1 origine, les fonctions étaient réparties le mieux possible entre tous les habitants de la maison, selon leur goût et leurs vocalions , mais en tâtonnant nécessairement, sauf à modifier le lendemain ou l'année suivante par rapport à ceux pour lesquels on s'était trompé ou mépris , jusqu'à ce qu'on eût trouvé l'harmonie des vocations avec le sol.

Et puis enfin , en considération de toutes les choses sortant du sol et y rentrant , des choses allant de l'homme au sol , des animaux domestiques que comporte ce soi , et puis de l'homme et de la terre au eiel, et du ciel à l'homme , et à toutes ses productions, il était fait un code , que l'on peut nommer , Code de mise en (Buvre. Par ce code , l'éduca-

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lion, non de tous, cela va sans dire, posée en principe dans le grand code, le premier code , le Code du Dieu suprême y le code théologique et scientifique , on pourrait dire code suprême , l'éducation fut organisée. Les modes d'enseignement , Tordre des études et la hiérarchie des titres, ou degrés de science , y étaient posés; toutes les fonctions dans râtelier social avaient pour base ce code-là; mais la science à apprendre et lit consignée dans l'autre. Dans celui-ci étaient posées , indépendamment du dogme, toutes les formes, images, emblèmes, symboles, allégories qui ressortent du dogme ou de la science; ce sont les travaux fûtifs : ce sont les rits et le culte; dans le second code, étaient consignés la description exacte et le règlement de tous les travaux de la société : ce sont les travaux réels. Les degrés de fonctions publiques, la hiérarchie des rangs politiques dans TEtat, étaient de toute nécessité de trois ou de neuf, jamais de plus , jamais de moins de trois , quand ils n'étaient pas d'un , parce qu'il faut partout unité ou trinité pour l'exécution des fonctions politiques, afin qu'il y ait harmonie, et, parce que, de plus. Dieu est encore trois partout dans ses œuvres ou dans ses manifestations. Comme on peut facilement l'apercevoir et cela sans grande peine , dans cette dernière institution sociale , il n'y avait ni caste ni noblesse politique; il n'y avait que des fonctions, et les rangs temporels qui y étaient altacnés. Pour citer une chose contemporaine et vivante , c'est l'empire chinois d'aujourd'hui altéré : et dans le passé, ce sont les empires de la Bactriane et de Ninive, dans la haute antiquité; pour l'acquisition des degrés de science , il y avait concours établis, qui remplaçaient l'initiation.

Quelques exemples pris dans l'histoire vont prouver ce que nous venons d'énoncer. Dans la première institution sociale, il y a castes ou tribus avec ou sans principe nobiliaire : en Egypte et en Grèce, au temps de Thésée (vers le milieu du xi\*' siècle avant l'ère vulgaire), il y a castes ou tribus, mais il n'y a pas principe de noblesse en "ce sens que la lignée et les aïeux de chacun sont tous également honorables, hors la lignée royale , non de sang, mais de règne, qui est en dehors et enregistrée dans les livres tenus par le tribunal ou comité des rits, et figurant dans la légende comme une série de dieux. Le roi est hors caste, parce qu'il représente l'unité multiple, il résume en lui la nation. 11 peut sortir de toutes les castes ou tribus , et nous voyous qu'il en sortait en effet dans la Grèce, en Phénicie et en Egypte

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