CHAPITRE l>RkSIIER. LA FF.HHK
épouie légitime, la possession de plusieurs in u très femmes étati légakmeni permise (i) et destinée à la santé du corps. Le contrat avec la femme non lé^time était aussi légal que celui qui arait été passé avec la femme légitime, et les enfonU qui en sortaient étaient tous les enfants de l'homme 00 du noari ; et l'homme qui séduisait la première pouvait être tué s'il était surpris en flagrant délit.
Lorsque le dogme antique dé Dodone , lorsque le dogme vrai des pélasges autochthones se perdit en Grèce, et lors^ que les désordres de la race sémitique s'y étaient introduits et s'y étaient de plus en plus développés, la sainteté de la femme s'y affaiblit pour y disparaître enfin tout à fait. Alors aosii , vers le v« siècle aVant l'ère vulgaire , arrivèrent en Grèce de l' Asie-Mineure , de la Syrie et de la Phénioie, toutjss ces femmes asiatiques qui , remarquables par la beauté de leurs traits et le charme do leur intelligence , détrradèrent au plus haut degré les mœurs et l'ordre social hellcniques, déjà profondément altérés par d'autres causes nombreuses que nous rapf>or(erons plus bas; ci»s fenmios entraînèrent les artistes. (|ui, à leur tour, par les tableaiix. les portraits, répandirent les rcèncs de libertinage ou de vie connnune de l'homme avec la femme, en dehors des vraies n^j^les normales et légales. L'hélaire était destinée à la volupté. Chez les Grecs cependant , ce plus beau peuple de la terre , la volupté était poétique et élevée par cette espèce de culte du beau que l'homme rendait avec passion à la plus belle créature sortie de la main du Créateur. La volupté grecque était plus spirituelle (2) que la débauche cynique sans intelligence du Romain de l'Empire et d'un siècle antérieur à Auguste. Elle était loin aussi des désordres honteux que les monuments historifjues nous montrent en Phénicie , en Judée et à Carlhage. yuelqm) légères (|ue fussent les moRurs athéniennes au temps de Péi iciès , il est cependant incontestable que la femme était iniiniment plus ros[>eclée en Grèce qu'elle ne le fut à Homo et, en dépit d'une morale qui se met constamment en travers de la nature, |)lus respectée encore ffu'elle ne Test dans la plupart dos pays de TEurope actuelle.
{i) Démosthènes c. Neeera.
(2) Voyez le curieux ouvrage : Histoire de la prostitution chet tout tes peuples du monde depuis C antiquité la plus reculée juS' qu'à nos Jours, par Pierre Dufour, 1851, çn 6 vol. in->^. L'autour est un bibliophile bieu conuu.
68 LIVKE PREMIER. ANTIQUITÉ.
Dans les temps héroïques de la Grèce , la fiancée était recherchée par des présents; ^le était accordée moyennant le paiement d'un prix que le mari ne réclamait que si elle était surprime en adultère. Le père choisissait ordinairement une femme pour son fils. Les célibataires étaient méprisés. Dans la loi de Lycurgue les fils seuls héritaient par droit d'aînesse, sauf lesaltérations apportées par l'éphore Epitadès. Dans la loi attique la femme ne pouvait disposer de plus d'un médimne de blé. Les filles n'héritaient pas : elles avaient droit à un trousseau. Mais elles héritaient à diéfaut de frères. Dans cette loi il n'y avait pas de droit d'aînesse ; les fils partageaient l'héritage également . mais ne fractionnaient pas en fait les biens de la famille. La femme athénienne recevait une dot dont le mari n'avait que l'usufruit. Si la femme mourait sans enfants, la dot retournait à ceux qui l'avaient donnée ou aux ayant-droit. La famille ou l'Elat faisait un sort à la fille orpheline.
Comme chez les Cfre^s , les Germains avaient plusieurs femmes. L'une d'elles était l'épouse légitime. Le nombre de femmes était proportionné à la noblesse de l'homme et à ses moyens (1). L'épouse n'apporte point de dot au mari; c'est le mari qui donne une dot à l'épouse (2), dit Tacite. Il en était de même chez lee Francs. Chez les Gaulois, au contraire, pervertis de bonne heure par le contact romain et phénicien , et fortement poussés à l'esprit d'égoïsme et d'individualisme , la monogamie était en usage , la femme partageait les fatigues et les travaux les plus pénibles avec Ihomme (3), et cet usage s'est perpétué jusque dans lés temps modernes . Chez eux, autant les maris avaient reçu d'argent de leurs épouses à titre de dot, autant ils mettaient de leurs propres biens, après estimation faite, en communauté avec cette dot. Quelque époux qui survive, c'est à lui qu'appartient la part do l'un et de l'autre, avec les intérêts des années antérieures (4'',, La race germaine des Francs, en continuant symboliquement ses mœurs nationales et normales dans la Gaule, par la polygamie, rencontra un antagoniste violent dans le haut clergé chrétien qui la pratiquait cependant lui-même. Le clergé ne fut pas longtemps à s'apercevoir que, sans la monogamie, il ne pouvait s'eui-
(1) T.'icitc, Gcrw., ch. 18.
(2) Ifi.
(3) Strabon, 1. m, p. 165; I. iv, ji. 197. (4, r.Hsar, Guerre Uvs Gaules^ I. vj, clj. 19.
CUAPITRE PBEMIER. LA FEMMR. 69
parer du pouvoir temporel et des influences sociales ; en effet, la monogamie détruisait le groupe famille qui, dans rétat normal , dans la nature , est nombreux , et le clergé mettait la société à l'état de multitude, qui est la faiblesse même et qui lui permettait et permet toute main-mise ; et alors il travailla de son mieux à l'établir.
Dans la civilisation actuelle , sortie d'une doctrine dont nous démontrons les éléments d'anarchie dans le courant de cet ouvrage, si la femme reste vierge forcément par l'imperfection de Tordre social, elle manque au but de U nature, et de plus si elle perd tous les membres de sa famille, elle reste solitaire et isolée sur la terre ; alors elle n'a d'autre
{)arli à prendre que de se livrer aux ecclésiastiques qui pour a dominer la poussent dans le cloître; ou bien elle est vouée à la misère, si on ne l'a pas fait rentière, ou elle est obligée de se prostituer pour ne pas mourir de faim, ainsi que cela se voit chez les nations civilisées, comme on dit, où l'organisation sociale , où surtout l'industrie ont amené une si triste position pour la femme et où son travail manuel de chaque jour ne suffit pas à son entrelien personnel. On ne vit jamais rien de pareil dans l'antiquité, et si la femme se vendait quelquefois pour ses charmes, dans l'antiquité moyenne où les mœurs étaient déjà en partie arabes ou phéniciennes, ou le plus souvent était vendue comme esclave, ce n'était certes pas de sa faute, ce n'était pas pour ne pas mourir de faim, ainsi que le contraire arrive tous les jours en Europe.
La femme, en dehors des vraies lois de la nature, est l'éternel point d'achoppement chez tous les faiseurs de systèmes sociaux. Ils ne pensent pas, ne voient et ne sentent pas assez que la femme est le champ , et que si le champ est possédé par l'homme tantôt avec paix, lorsque los lois naturelles régnent et que sa possession est respectée : tantôt avec guerre, lorsque celte possession lui est contestée : ils ue sentent pas le oesoin qu'a la femme d'être possédée , d'avoir un protecteur pour la nourrir et la défendre , afin de pouvoir se livrer à l'amour sans préoccupation et sans responsabilité ; ils ne sentent pas que ce besoin fait qu'elle se donne tandis que l'homme combat pour l'acquérir et pour la conserver. De même du côté de la femme, elle veut se donner ou se vendre, c'est dans sa nature. Chez les nations où -les traditions de la loi sociale vraie se sont maintenues, le mariage est regardé du côté de la femme comme une vente. « Car se marier ou acheter une femme, dit l'abbé
70 LIVRE PHbMllùR. ANTIQUITE.
Dubois, sont deux expressions synonymes dans l'Inde (I). Dans Tantiquité , chez les Germains, le mariage était uu achat , et jusqu'au xv« siècle an disait en Allemagne « ein Weib haufen », acheter une femme. Les épousailles se faisaient par le sou et le denier (2). Quand donc l'homme a sa femme ou une femme à laquelle il tient, il là conserve avec paix s'il y a des mœurs et des lois; ou bien avec lutte, si les mœurs dissolvent son lien ; mais par cette dissolution même, il peut alors, et c*est ce qui arrive souvent, avoir ou la femme déjà possédée par un autre, ou non donnée ou qui est à donner, et cela en travaillant à la prendre. De là, le trouble s'il rencontre concurrence.
Cette nature de la femme d'être possédée, d'être le champt fait que partout, dans tous les siècles et dans tous les lieux, elle s'est donnée ou vendue. De là la nécessité de la préserver par des mœurs et des formes extérieures sociales et architecturales. En Grèce, par exemple, avant la moyenne antiquité , où la femme était respectée au plus haut degré, elle n'assistait pas aux jeux et rarement aux fêtes publiques participant de la politique. La femme ne peut donc pas être possesseur d'elle-même, à la manière de Thomme et à bien plus forte raison des biens. Car posséder la femme, cela veut dire c celui qui la possédera, ou qui l'enlèvera. Donner donc la terre , les biens et les richesses du sol ou d'ordre majeur à la femme , c'est faire que l'homme pour le mariage dans la recherche entre les deux champs de la femme champ et de la femme terre , penche plutôt pour le champ qui lui rapportera de l'argent que pour le champ qui lui donnerait belle et bonne femme; parce que celle-ci métne plus elle serait belle , plus elle lui coûterait d'argent pour l'entretenir. Et puis encore, qu'avec de l'argent il sent d'ailleurs (]u'il en obtiendra à titre de maîtresse, car il sait que la femme se donne ou se vend. Les exceptions de quelques femmes graves et fortes ne font rien pour la masse qui est ce que nous disons ici.
Quand on connaît bien le génie' de l'antiquité, de l'antiquité grecque en particulier, on demeure convaincu qu'elle respectait au plus haut degré la femme. Toutes les institutions sociales, religieuses, politiques, civiles et domestiques lui sauvegardaient le grand respect qui lui est dû , et pour
(i) Mœur»t institulion» et cérémonie» det peuples de Vlnde^ Paris?, 18Î5, îvol. in-8, vol. 1, p. 297.
(2) Grimm, Originçs du droit allemand^ p. 420 à 424.
le lui conserver, on lu |)ri*sor\aii lo plus po<<il)lo dos convoitises Dalureiles, mais indiscrètes, immodérées et anarchiques des hommes.
La retenue chez la femme lui est naturelle. Elle constituait son caractère dislinctif dans les nations antiques où régnait un ordre social vrai et régulier, la femme est le second élément essentiel de la famille. Plus que l'homme elle s'occupe des enfants et cela encore d'une manière plus particulière. Par son langage , et surtout par son exemple, elle forme de bons ou de mauvais cilovons pour l'État. L'avenir de l'homme et de l'Êtnt est donc d^abord confié à la femme. Elle possède naturellemenl l'amour qui donne à l'enfant confiance en elle Elle possède plus iiue l'homme la science de Téducation physique. Elle a une plus grande abnégation que l'homme envers les enfants; elle est capable do plus grands sacrifices pour eux que le père.
Dans les temps ))èlasgiques d'abord et plus tard dans la Grèce hellénique, sous le règne de l'unité tliéologique , lorsque l'Etat était gouverné par le pouvoir royal, lorsque l'autorité suprômo se trouvait toujours dans les mains de ceux qui étaien t les plus nobles, les pi us distingués et les plus méritants; lors^jue le symbole vivant de la souveraineté était un autochlhone, le souverain consommait les sacrifices comme chef de l'unité sociale el religieuse, et les sacrifices les plus sacrés, les plus augustes et les plus mystérieux, Tétaient par sa femme, parce qu'elle représentait'la Reine, l'élément femelle de la nature. Plus tard, quand Thésée ras embla les habitants de l'AUique , pour ne citer qu'un exemple des temps helléniques , dans une seule ville , et qu'il établit la souveraineté populaire, qu'enfin la population de la ville s'accrut considérablement , le peuple choisit toujours encore, comme auparavant, un roi , son choix se fixait toujours aussi sur les hommes les plus braves, les plus énergiques et les plus dignes ; la loi prescrivait que sa /emme serait athénienne , de sang pélasgique aulochtbone, pour éviter le mélange du phénicianisme : qu'elle n'aurait encore appartenu à aucun autre homme, et que, comme épouse royale , elle se marierait vierge. C'était afin que les sacrifices et les mystères fussent accomplis par des mains et un esprit purs , pour le bien et au nom de l'Etat , et qu'ainsi tous les-usages et tous les devoirs traditionnels de la nation envers les dieux fussent strictement exécutés et que rien n'en fut altéré ni retranché. On voit ici l'importance donnée à la femme, haute et puissante im-
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porlance politique et religieuse , sociale en un mot. Car cet office , cet accomplissement des mystères et ce maintien des traditions par l'épouse royale, servait grandement d'exemple et d'enseignement continuel et vivant à toutes les autres épouses des familles qui composaient la cité. La loi qui renfermait ces prescriptions était gravée sur une colonne de pierre élevéedans le temple de Bëcchus (4), et cette colonne se voyait encore au tempsde Démostbènes, avec lescaractères pélasi^iques où attiques anciens qui en retraçaient le contenu(2).
Ôans Vantiquité , la femme était le plus bel ornement du plaisir que procure à l'homme supérieur et vertueux la vie intime, la vie intérieure , agréable par les plaisirs entamille et l'amour, plaisirs que l'homme dans son état normal ennoblit par 1 esprit et le cœur, par l'esprit d'initiative (jui sait inventer des formes . des représentations et des images multiples et infinies du beau. La femme embellissait de sa présence les plaisirs du banquet avec des familles amies. Elle assistait aussi, mais seulement à des occasions solennelles, aux panégyries ou réunions religieuses de la cité au temple et dans l'enceinte des sanctuaires.
Mais elle n'était pas prostituée aux regards de la foule indiscrète des jeux scéniques. Elle n'y assi&ta que dans la moyenne antiquité, pendant la phase civile de la civilisation , lorsque l'action corruptrice du mauvais orientalisme méridional avait anéanti les bonnes et saines traditions et perverti le cœur et l'esprit. Alors la famille fut détruite, ses membres éparpillés , l'absence de poésie et de vie tendre de Tesprit remplacée'par le vide d'idées et la débauche cynique; hommes et femmes cherchèrent des distractions dans le plaisir des yeux pour mener enfin la société au point où elle en était du temps d'Alcibiades , le digne disciple du moraliste arabe Socrates, et connu par ses excès dans tous les vices .'comme par la grande fortune que lui avait laissée son père , petit-fils de ce Clinias qui volait les citoyens d*Athénes au moyen d'une indiscrétion de Selon. Or. par sa mère Dinomaque, Alcibiades, descendait de Mégaclès, de la famille des Alcméonides.
Dans Je dogme théologique de l'antiquité , la femme do-
(i) . Cérémonies orphiques, que Ton appelle aussi
bachiques , qui sont les mêmes que les égyptiennes et les pythagforiques. HéTodote, l. ii, ch. 81.
(2) Proclus (Plat., TheoL, i, 5) dit que les mystères d'Orphée sont la source de toute la théologie grecque.
CUAPITBE PREMIEP. L\ VILLE, ETC. 73
venait prêtresse de cultes particuliers. Telle était elle en Grèce , en Egypte, en Etrurie, d'où vinrent à Rome, sous les deux prenoiers rois, les Vestales, gardiennes sacrées du feu éternel du temple de Vesla , et qui représentait la science, la sagesse, la pureté, le mouvement et la vie , par conséquent l'esprit premier et l'esprit créateur Qu'on se souvienne aussi de la personnification féminine des muses et des grâces, et l'on sera nécessairement obligé , en méditant en outre sur tout ce (jue nous avons rapporté précédemment dans cette section , de reconnaître que dans l'antiquité la femme était plus aimée, plus respectée et plus vénérée qu'au moyen âge avec son mysticisme fantastique et que dans les temps modernes encore , si fortement animés par une fausse sentimentalité, une sorte de sensiblerie niaise et maladive.
Dans la société antique, où il n'y avait ni anarchie ni confusion ni simple multitude comme dans la société actuelle, la fenmne était sans ignorance en amour, ce qui n'empêchait pas tout charme et tout bonheur et c^ qui lui donnait aussi la faculté de faire naître des enfants beaux et énergiques. Cela résultait aussi du fait que la femme ne vivait pas trop à l'extérieur, qu'elle no se produisait pas comme l'homme en toutes circonstances, et qu'une éducation pour le charme et la volupté dans les rapports des sexes dans le mariage, lui était donnée par des matrones expertes, sans la perdre. De là aussi le langage plus libre de l'homme dans les relations des hommes , Tes relations intimes entre l'homme et la femme et la possibilité de donner aux temples des décorations à fresque , do statues et de symboles, comme il convenait; les sexes y étaient séparés , mais se voyaient dans un lointain assez grnnrf pour qu'il ne résultât aucun inconvénient de cette présence respective des sexes par rapport aux décorations , aux symboles, à la musique et au sens des chants passionnés et voluptueux adresses à l'Etre et aux êtres de la création.