CHAPITRE ir
1. R-ELIGÏON PRIMITIVE. GRÈCE. TRINITÉ DE DIEU ET DU POUVOIR POLITIQUE.
Dans la religion primitive, Dieu est unique, le grand Dieu, le Dieu suprême, celui qui est, le Ciel , Dieu en un mot. Il est esprit sans matière, cause du mouvement universel , suite de sa volonté : il est incréé et tout-puissant. Il est la cause de toutes choses, le feu éthéré, subtil, l'invisible qui ne tombe pas sous les sens, qui né peut être saisi que par l'esprit. Il n'est point créé comme élément, puisque c'est lui qui, n'étant pas élément , a créé les éléments. Au commencement Dieu est , sa nature est d'être , son existence est éternelle. Il est l'esprit un , infini , incréé , tout-puissant, par qui toutes choses sont ou viendront , selon qu'on le concevra , comme dans les plaines de 1 Inde , les cités grecques ou les hiéropoles de l'Egypte , où il est à l'élat de puissance sans se manifester encore. Mais son sommeil cesse, il ouvre les yeux et sa veille commence; alors il veut, et le monde apparaît! ou bien il est dans le monde et par tout le monde, dans les choses de l'univers, comme en Cha-ldée, dans les terres, les soleils, les astres, les mers, lespeupK'S, les animaux, les fleuves, les montagnes , les forêts , qui sont ses enfants , la chair do sa chair et l'esprit do son esprit; libres dans leur volonté, ils agissent dans leur sphère coumie lui, parce qu'ils
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ponscnt el aimcnl comme lui. Le tout a toujours été ce qu'il est €l le sera toujours. Or, dans un cas comme dans Taulro . soit que Diou à l'étal de sommeil et contenant le monde on lui» ne le crée et ne le fasse se manifester qu'à son réveil , ou ({ue, toujours à Tétai de veille et en acte, il soit éternellement à l'état de manifestation vivante et clian^reante , il y a l'Etre et ses créatures. Les premières parmi celles-ci . tels que les globes , les soleils, les astres . les terres , seront plus puissants que les êtres qui peuplent ou habitent chacun deux : par rapport à ceux-ci , ils sont donc des dirux ? On ne peut nier, en effet, que la terre no soil animée el un être , et (fue, ranimai terre ne soit uu-dcssus de Tanimal homme, et que ce dernier ne dépende d'elle ; à tel point que la terre se débarrassi^ra do Tliomme, l'anéantira pour toujours ou pour un temps de dessus son corps quand il lui conviendra. Celte volonté, toutefois, n'arrivant à son Ame toujours pleinement libre, que quand un pareil acte de sa part sera pour concourir à l'ordre des desseins de l'Eternel et premier souverain de tous les êtres , la te^re comprise. Voilà ce qu'était le grand Dieu et les dieux ou les éléments de l'univers physique.
Le culte de l'homme et de l'empire était l'univers physique et des allégories, el des symboles édiliées par lui pour ses plaisirs, ses joies el sa sanctification ; mais allégories et symboles édifiés à l'instar el à l'imitation des créations ou formes divines , qui sont elles-mêmes des parties du culte divin du grand Dieu. La religion de Ihomme et de Tempire était la connaissance des rapports, de la liaison, de l'u-^ nité el de l'harmonie de tout cela. Tel était le culte égyptien, el grec primitif , el encore même des empires de l'Asie orientale aujourd'hui d'au delà du Gange.
« Les Egyptiens adorent le monde visible, le soleil, la lune , les planètes, les signes du zodiaque, le^ étoiles : voilà leurs dieux. Les aventures attribuées à Osiris, à Isis et autres divinités, n'ont trait qu'au mouvement des astres, à leur lever, à leur coucher , aux phases de la lune , à la marche du soleil dans l'hémisphère supérieur et dans l'hémisphère inférieur; à la croissance et à la décroissance du Nil; en un mot à l'aelion des choses naturelles. Mais la matière que l'Egypte reconnaît pour dieu n'est point impassible el inerte. Dans l'univers comme dans Thomme existe une âme , qui porte en elle le principe de la vie cl qui a tout organisé. • Une dans l'ensemble el individualisée dans chaque partie , elle gouverne , elle obéit. Et celte opinion n'est ^as 6<i\ilvL\!i\^^\
vs.
S6 LIVRE PREMIER. ARTIQUITE.
un théorème de philosophie , elle est la base de la religion , le motif des prières, le sujet des espérances de l'avenir (i).
Voilà la religion et le culte de l'Egypte et aussi de la Grèce aux temps de Linus , d'Orphée , en partie encore aux temps d'Homère et d'Hésiode , et jusqu'aux temps mêmes de Pisistrate et de Périclès.
- Lorsque les hommes étaient encore en petit nombre et clairsemés sur la terre, vivant de quelques laitages, d'herbes cueillies sur des terrains sans propriétaires et de chair de quelques animaux tués par eux , la reconnaissance et l'adoration de l'Etre ou esprit primitif , incréé , d'une manière abstraite leur était sumsante. Mais dès que l'agriculture et la propriété prennent un caractère prononcé, et cela par une grande multiplication de l'eE^pNèce humaine, que les hommes, disons-nous, s'étant volontairement rapprochés, forment de nombreuses agglomérations sous le nom de bourgs et de villes, que l'industrie et le commerce d'échange le plus rudiroen taire avec leurs innombrables ramifications, viennent analyser, manipuler des substances, combiner des couleurs et modeler des formes, c'est alors que, pour les gouvernemenls et pour les hommes , il est besoin de recnercher et de savoir comment Dieu crée et agit lui-même, afin de se modeler sur lui.
Prenons pour exemple un ancien peuple. LesPélasges, çius de deux mille ans avant l'ère vulgaire, dans la Grèce, la iScythie et la Celtie , étaient à l'état purement nomade et pastoral ; ils se bornaient à adorer le dieu de Dodone , dieu DU f esprit abstrait ou semblable , sous des noms difiéretits , dans toutes les contrées de l'Italie, de la Gaule et de la Germanie ; mais dès que par l'arrivée d'une nouvelle alluvion d'hommes, venue du centre de l'Asie, c& grand réservoir dépeuples et de nations, anciennement civilisées et bien assises, la population s'accrut en Grèce ; elle se civilisa aussi ; car avec l'agriculture qui amena la propriété, l'industrie et de nombreux progrès, les Pélasges sentirent le besoin de connaître Dieu d'une manière plus savante et plus profonde.; Indépendamment de ce qu'avaient déjà fait pour le même objet les chefs et conducteurs des colonies arrivées depuis deux ou trois siècles, des hommes supérieurs et à l'âme aimante, de race indigène, courent on Thrace s'inspirer des rit» et des dogmes des temples et des collèges de prêtres qui
(1) Chserémon, prêtre égyptien , analysé par Porphyre dans le Traiié de l*Abitinênce.