‹ Théologie cosmogonique; ou, Reconstitution de l'ancienne et primitive loiChapitre 24 sur 154 · CHAP. 11. RELIGION P11M1TIVE · texte numérisé non relu

CHAP. 11. RELIGION P11M1TIVE

y étaient. Quelques-uns vonl aussi «m Chaldéo et on Egypte pour se faire initier aux sciences théologiques qui passent pour des nnystères aux yeux de la multitude, et qui sont effectivement des mystères pour elle. Le plus ancien et l'unique oracle de la Grèce, permet aux Pélasges de recevoir la Douvelle science tbéologique rapportée de rétranger; dans la suite, les Grecs l'ont pris des Pélasges (1). Orphée le Thrace et Musée rapporteront dans leur patrie des formes du culte, des hymnes et des dogmes, sur lesquels la Grèce tout entière vivra pendant douze cents ans dans la paix. Alors le dieu deDodone continue de symboliser le Dieu abstrait, esprit primitif et incréé, mais avant les tempi et alors la distinction en est faite, parce que l'on a appris de l'Orient qu'il y a 0U des temps; et le dieu de Samoturace se fonde sous la j^ure des Cabires (2), qui sont les deux autres hypostases ou facesde l'Etre, c'est-à-dire la pensée du Père ou le Verbe, ou Néith et Kneph , et puis le monde produit ou son enfant. Jusque-là et dans ces termes-là, le dieu do Delphes qui a été fondé dans cette deuxième phase, existe bien aussi, avec un collège de prêtres. Mais ces prêtres et ce dieu sontsiTondaires, bien inférieurs aux dieux de Dodone et do Saniothraco. Les trois dieux Cabires sont incnVés ot inimortols, nés sans mère, et leurs prêtres savants; tandis que le dieu de Delphes, qui n'est qu'un dieu-soleil, une créature dès lors, ropré^ntc non le ciel et la ti^rre, comme les trois autres, mais une simple partie de la création ; aussi ses prêtres sont-ils inférieurs.

Cependant, en laissant marcher les siècles, de? mélanges de peuples sémitiques, marchands ou pirates, et des guerres de nations plus barbares quo les Hellènes, venant à détruire les grandes races gouvernementales et do la tradition chez cellê-ci, des individus de race moins perfectionnée, et par conséquent inférieurs, surgissent au pouvoir et au sacerdoce scientifique, et les dieux et les sanctuaires trop savants pour eux, les dieux de Dodono et de Samothrace, sont abandonnés pour le dieu inférieur de Delphes, qui devient V unique dieu de ia (f réce. Et effectivement, dès six cents ans avant lere vulgaire, il n'est plus question que de Delphes dans la Grèce.

L'ordre politique subit également une transformation. La royauté, qui dillère essentiellement des monarchies et des tyrannies (3), et qui avait existé partout, a |>artout disparu

Héroilote, l. ii, ch. 52.

Hérodote, 1. ii, ch. ol.

il) fléroilote, 1. il, ch. 52.

i\ Hérodote, 1. ii, ch. ol.

(8) Polybe, Uui,^ 1. vi, ch. 4.

88 LIVRE PREMIER. ▲MigiiTÉ.

-depuis deux siècles, et il n'est plus question que d'une anarchie décorée pompeusement du nom de démocratie oui coule partout à pleinsbords, ou de tyrannies, ce qui est la môme chose pour l'amour du mal et l'ignorance du bien.

La royauté est attachée au dieu un et trois: le dieu un et trois est son principe et son support. Dès qu'il périt dans l'esprit des nations, la royauté périt elle-même. Alors il se forme mille combinaisons politiques qui ne sontqu'cmpiriques; ici , c'est une classe de riches dépravés ou une oligarchie, qui gouverne: là, c'est une monarchie mitigée, c'està-dire régnant pour la forme, sous le couvert d'un parti et d'un intérêt, comme la plupart des monarchiers présentes de l'Europe. Dans d'autres lieux, c'est une bourgeoisie, copime à Thèbes, en Béotie ; une sorte de démocratie, comme dans TAttique; une aristocratie théurgique et déprédatrice, comme à Sparte ; pharisaïque et orgueilleuse; comme à Rome, sous le gouvernement patricion, dit de la république; une démagogie, comme en Sicile; une barbarie féroce, comme en Etolie;un industrialisme maritime, fleuri par les arts et le luxe, sans unité ni foi, comme à Corinlhe ; une royauté ténébreuse et féroce, comme à Samarie ; vicieuse et sanguinaire depuis là fin du règne de Salomon jusqu'à la conquête romaine, commedans la tribu deJuda et de Benjamin, c'està-dire à Jérusalem ; une oligarchie matérialiste, astucieuse, cupide et vindicative , comme à Tyr, Sidon et Carthage, etc., etc. Mais il n'y a plus nulle part la royauté naturelle, c'est-à-dire Vunité fonctionnant par la multiplicité harmonique, sous l'influence de l'esprit théologique savant et éclairé, de travaux modérés et paisibles et entrecoupés de fêtes, de cérémonies, de chants et d'hymnes à l'auteur de toutes choses et à ses personnifications.

Une des plus grandes méprises des historiens, c'est de croire dans l'histoire de certains pays , à un âge primitif, à une enfance des nations, qui n'est cependant que la suite et le résultat d'une décadence réelle et que les monuments historiques retracent de la manière la plus positive. Ainsi, pour iâ Grèce, l'Age héroïque, en partie si barbare et si sauvage , n'est que la dégénérescence de l'ordre socia l symbolique, amenée par l'inmuxtion de la race sémitique, par la piraterie et le commerce, et ensuite par l'usurpation du pouvoir militaire. Dans les âges héroïques , l'influence de la religion et par conséquent de la morales' est amoindrie. Il y a alors dos croyances encore vraies mais qui ont dévié, et, en général, £luiyijalisme,derexaltalion enthousiaste et delà superstition .

t:il.\P. U. h; lit. ON l'RIMlIlVK. «^î*

Fins tard, U\- i^raniis î^unt encore rclii;iciix, mais ils sont violents et emportés. On les voit toujours se repentir et pleurer môme quand ils ont commis quelque mal ou quelque crime. Dans l'âge symbolique, la religion et la théologie n'étaient que la science qui enseignait la manière de juger et d'apprécier les innombrables objets de l'ordre physique selon leur principe et leur but. Dans l'âge héroïque la théologie déchoit de sa science et de son importance. Elle est écartée du monde sublunairo , et sou objet est relégué jus- (ju'à un certain point dans le ciel, et par conséquent trop exclusivement dans les sanctuaires.

Alors aussi les oracles sont rendus par des hommes individuels que , de décadence eu décadence , on arrive a crorrompro pour les engager à se mettre dans l'intérêt de ceux qui les consultent. C'est le commencement de la jonglerie. Dans l'âge théologique symbolique , il n'y avait point d'oracles vocaux , mais des lieux publics et sacrés où étaient déposés les codes civils et religieux , inscrits soit sur des murailles soit sur des tablettes. Ces codes scientifiques avaient pour basé la théologie , ou connaissance de la nature des choses.

Ce n'est sans doute pas une opinion d'imagination ni personnelle des historiens et des philosophes de l'antiquité , lorsqu'ils ne parlent pas avantageusement dos guerriers et des villes maritimes , et du commerce fie luxe , comme Platon, Aristote, Dicéarque.Cicéron, etc Ils suivaient en cela, comme en beaucoup d'autres choses , d'anciennes et de durables traditions sociales, mais sans pouvoir les rattacher directement à l'histoire politique et religieuse des temps antérieurs. Les jalons et les preuves leur manquaient, parce que la science et les histoires écrites étant venues à se perdre ou à être détruites après l'âge héroïque, il n'y avait plus chi temps des historiens et des philosophes en question , de documents suffisamment explicites sur ces époques depuis longtemps passées. Mais le livre huitième de l'Etat ou de la République de Platon , retrace , on ne peut pas plus clairement, l'état de l'ordre social Aymboliquo , et la période mêlée de brutalité et d'ambition qui lui succède , et qui commença par la timarchie.

Polybe , cet homme grave , ce philosophe profond , nous a laissé dans le seul de ses nombreux ouvrages qui nous soit parvenu , un tableau vrai des différents gouvernements. Après avoir délini le gouvernement de la monarchie, dont le pouvoir du chef n'a d'autres limites «pie celles de la

force, dit-il, il continue en ces termes : « Puis, lorsque avec les années se sont formés une société et un commerce plus étroit entre les hommes, la royauté commence; en môme temps aussi naît, pour la première fois, l'idée du beau et da juste , ainsi que de leurs contraires. — Voici les origines et le principe des idées nouvelles que nous venons de nommer. Un penchant naturel entraîne rhomme. vers la femme : de ce ];)enchant des sexes Tun pour l'autre sortent des enfants, et si un de ces enfants, parvenu à l'âge adulte, ne se montre pas reconnaissant des soins qu'il a reçus; si, au lieu de protéger ceux qui Tout nourri , il les maltraite en paroles et en actions , une telle conduite excite évidemment indignation et colère chez tous ceux qui en sont témoins et qui connaissent le zèle et l'attention que les parents ont apportés à la nourriture et à l'éducation de ce fils pervers. Car tel est rhomme : comme il diffère des autres animaux , en cela surtout que lui seul a l'intelligence , il en résulte q[u'il ne demeure pas indifférent à une telle ingratitude, ainsi que font les autres êtres vivants, mais qu'il réfléchit sur ces infâmes procédés et les condamne , en vue du futur et ])ar la pensée que chacun peut craindre un pareil traitement. Supposons encore quelqu'un qui , après avoir reçu d'autrui assistance dans, un danger, ne lui en garde pas reconnaissance, et s'applique, au contraire, à lui nuire; il ne peut se faire que quiconque saura sa perfidie ne s'en indigne et ne s'en irrite, d abord par sympathie pour son semblable, ensuite par un retour sur soi-même. De là naît dans tous les esprits la notion du devoir , de sa puissance et de toult ce qui fait cette science morale, le principe et la fin de la justice. Qu'un homme , au contraire , aille au secours de tôos dans Tes périls , résiste pour eux aux animaux les plus re* doutables et soutienne leur choc, il s'attire les applaudissements et la bienveillance de la multitude, de même que celui qui agit autrement, le mépris et le blâme. C'est ainsi que se forment à leur tour la connaissance du bien, par opposition au mal, celle de leur différence et l'habitude de rechercher et de pratiquer l'un, en vue des avantages qu'il procure, et de fuir l'autre. Lors donc que le mortel qui est chef d*un Etat et qui exerce l'autorité suprême, favorise constamment les gens de bien dont nous venons déparier, conformément à Topinion du peuple, et qu'il paraît donner à chacun suivant son mérite, ses sujets lui ooéiasent, non plus par peur, mais de plein gré (1), le maintiennent d'un commun accord

l^) Pourquoi, dans les temps antiques?, dit Aristote, les peuples

i'MS9. II. Bt.UGION PRIMITIVE. 91

au pouvoir, le défendent, quelque vieux qu'il soit, avec ardeur et combattent quiconque tente de le renverser. l)e cette manière la monarchie devient insensiblement royauté, sitôt que la raison succède à l'empire et la violence h la force. » « Telle est la première idée du bien et du juste que la nature même donne aux hommes , et de leurs contraires. Telles sont aussi l'origine et la naissance de la véritable royauté. Les peuples d abord ne se bornent pas à conserver le pouvoir à ces chefs vénérables, il le transmettent même à iBur postérité , parce qu'ils pensent que , tenant d'eux la vie et l'éducation , leurs enfants suivront exactement les mêmes maximes. Mais si quelque jour ils ne sont plus contents de ces descendants , ils se choisissent des mattres et des rois, non plus d'après la force et la valeur, mais d'après la raison et la sagesse, sachant par expérience la différence de Tune et l'autre autorité. Dans le principe, les hommes que le peuple avait jugés dignes de la royauté et qui en étaient revêtus, vieillissaient sur le trône, occupés à fortifier et à ceindre de murailles les positions avantageuses, à augmenter le territoire pour assurer à leurs sujets une pleine sécurité et la jouissance de toutes les choses essentielles à la vie. Adonnés à ces soins, il n'excitaient ni haine, ni envie , parce qu'ils ne se distinguaient du reste de la multitude ni par leurs vêtements, ni par leur nourriture, et que, menant le même genre de vie Qu'elle, ils s'y mêlaient sans cesse. Mais dès que les chefs durent leur royauté à la succession et à leur naissance , et qu'ils eurent pour leur sûreté tout ce qui était nécessaire, et au delà du nécessaire pour leur subsistance , l'opulence irritant leurs passions, ils crurent qu'il fallait aux princes des habits plus riches qu'aux sujets. un train de vie plus recherché, une table plus somptueuse et plus variée, et que leurs amours, quelque illégitimes qu'elles fussent , ne devaient rencontrer aucune contradiction. Au milieu de ces excès, dont les uns provoquaient le blâme et l'envie, et les autres la haine et l'indignation , la royauté se changea en tyrannie, el en môme temps se préparait la ruine de cette tyrannie môme, par des conspirations contre ceux qui l'exerçaient; conspirations qui ne furent pas l'œuvre de citoyens obscurs, mais des houimes les plus nobles,

Bupportaient-ils la iyranuie et de nos jours toi ère ni- ils le régime oligarchique! C'est qu'ils n'étaient ni pillés ni troublés dans leurs travaux, ce oui laissait aux uns la facilité de s'enrichir, et aux autres celle crarriverà raisancc. Polit. ^ I. vi, ch. 4, ç. tlK,

les plus illustres, les plus hardis, parce que cesl à eux surtout que l'insolence des tyrans est insupportable (i). p

Cet important passage de Polybe, si vrai dans le fond , quoiqu'il ait sa source dans le sentiment , se justiGe par rhistoire positive. La royauté telle que Tentend notre auteur, est intimement liée aux hypostases ou trois éléments ou personnes de Dieu. Or, pour ne parler que de la Grèce, les Pélasges les connaissaient parfaitement. Ils portèrent cette doctrine théologique à Samothrace. C'est là que se réfugièrent les mystères du plus ancien culte -des Grecs.» Ces mystères conservaient sous Içs noms d'Àxieros, ^'Àxiocersui et d'Àxiacersa, les trois personnes du grand Dieu adorées par les Pélasges , le principe majeur et le principe mineur, le principe mâle et le principe femelle , l'esprit et la matière, le ciel et la terre, l'élément qui unit, la force virile et la force féminine , Eros et Anteros , amour, mari et femme. Ces personnifications des facultés de Dieu , sont également colles qui se trouvaient à Memphis (2), seconde ville royale de l'Egyple et où Cambyse détruisit le temple dcLPhtha en l'année 525 av. l'ère vulgaire. Mais ce n'est pas seulement en Grèce et en Egypte que nous trouvons ces trois personnifications. L'Inde cx)nnaU. aussi les trois divinités Asyorou , Asiotkersha ei AsiotkenhdsÇS) , qui ressemblent, comme Ton voit, aux dieux Cabires ,. sans leur faire la moindre violence. Les dieux des Pélasges, apportés dans 1 île de Samothrace, passèrent à Troie , en Asie-Mineure, pour ôire ensuite introduits en Italie par Enée ou tout autre, peu importe, et en dernier lieu, iious les vo)oitô cachés par Numa dans le temple de Vesta, qu'il éjeva à Rome entre les années 716 et 673 avant l'ère vulgaire(4). Ainsi, si la connaissance de l'unité multiple ou de la trinité s'est perdue, qu'on n'en accuse pas la religion antique , mais bien les lionunes, ol parmi eux surtout lepatricial romain qui chassa cette royauté dont parle Polybe, et qui par là, permit à toute (imtrine d individualité do faire sa course dans le monde. (Ju était-ce encore que celte apj)arilîonaux Romains en VM pendant la bat^iille (lu lac Regillo (5;?

(1) Polylxs ilist,, I. M, cb. 5, 6, 7. (ï) IKîrodoli^, 1. Hi, cil. 37.

(3) Wllford , Asiat, liesearch,, t. v, p. 297 et suiv. Voir aii.ssi dans l.'i Myiholoijie yermfniique de J. Grimm, 1^44, p. 126 et Huiv. du ier vol. le» mots IVum'h^ Odiiiy Oskif Oskopnir, etc.

(4) Voir Denys d'IIal., Ant, rom.y Iït. i, ch. 61, 68. — Liv. il, ch. 66.

(o) Denys dMIal., 1. vi, rh. 13, Cistni et Pollux, l»'? Piosrurcs

CHAP. 11. ABLIGION PftlMlTI?! . 93

Avant ta connaissance da diea triple. c*est-à-dire la con.naissance du distinct, du varié, du multiple, ou en un mot du nombre, la loi arithmétique des unités et dessommes est la loi sociale , la loi du nombre n'existe pas encore. Alors la monarchie de Polybe n'a pas lieu. Mais avec la loi une et trais, fonctionnant dans le temps, on a l'explication ot la science de la différence et de la dissemblance des hommes et des choses. La théologie du nombre régnait en partie encore dans la Judée sous Sa lomon , et David et dans la Grèce, comme dans tout l'Orient, à Tépoque de la guerre de Troie. Le poëU dans riliade, n'ayant pas à faire de science, mais à chanter, ne devait pas entrer dans le fond des raisons qui lui font personnifier des contrées souvent très étendues , par Diomède, par Nestor, par Ajax, par Achille, par Ménélas, etc. Mais les montrant partout aimées, comme sous l'ordre théologique, dont elles sont encore un magnifique reflet, en les montrant partout obéies et presque adorées, par chacun de tous les leurs, il est évident que ce sont là ses raisons, et que la chose venait du fait établi, d'un fait régnant dans la société édifiée à l'imitation du ciel.

Quand la loi arithmétique s'établit , les individus sont considérés co.r. me égaux, et l'on proche de plus en plus l'égalité absolue. Les hiérarchies naturelles se détruisent; la famille, le chœur ou l'octave, se brisent el se dispersent, la vieillesse n'a plus la vénération et la déférence de la jeunesse; l'esprit d'insubordination grandit, et l'anarchie règne; du moral elle descend dans le physique, et comme la société ne peut passe passer de gouvernement, c'est la force qui s'impose, et le despotisme se fonde.

La religion ou le dogme, non pas seulement de la Grèce, mais de tous les lieux du globe, une et nécessaire, n'est autre

aue lascience des choses, la connaissance de leurs rapports, eleorbarmonieetdeleur unité. Lecuff^pour tout peuple et tous lieux a donc pour objet l'univers physique ou les travaux divins de la création, avec des symboles et des allégories produits par les hommes pour l'embellissement des cérémonies et des fêles, ainsi que les plaisirsdu peuple. Mais ces allégories et symboles dérivent tous des créations divines, et ils sont faits à leur instar ^ rien ne s'y trouve d'arbitraire. Comnve le dogme n'est pas une science abstraite, qu'il

de Lacédémone ont de la parenté avec les dieut Cabires. Hérodote, i. m, ch. 37. Il en est de même de Targitaùs et de ses trois fils LipoxaïSy Ârpoxaïs et Colaxaïs. Hérodote, 1. iv, cb. 5.

94 LIVRE PREMIBR. ANTIQriTlè.

englobe le commerce , ragpicultttre , Tiiidustrie , qu'il renferme la raison et Teftet de toutes les activités de la vie humaine tant matérielles qu'inteiiec&ueUes , ce caractère universel et un lui donne une grandeur , une beauté , une variété qui le rend utile et agréable à la généralité des bom< mes ; et il est facilede concevoir le rôle important que jouent les artistes dans une telle religion^, où leurs œuvres deviennent non-seutemént publiques , mais nationales et cosmiques.

Le culte, dans ses détails, n'est pas le môme chez tous les peuples et dans tous les lieux, parce c^uele monde physique, entre comme symbole universel et allégorie dans l'adoration, l^ciel et les astres surtout pour une partie importante, et que leur aspect ne se présente pas à l'habitant de toutes le&conr trées du globe de la môme manière. Les constellations ne »ont pas partout les mômes; le printemps, l'hiver et l'automne ne se présentent pas partout dans le môme mois de Tunnée. La géographie, la météorologie, les climats, toute la vie terrestre, en un mot, ne sont nulle part les mômes, et comme tout cela concourt et participe au culte, celui-ci se trouve divers dansses accessoires et ses détails, selon les li ux.

En citant Polybe plus haut, nous avons vu comment il expliquait le passage de la monarchie à la royauté, etcomment de cette dernière, on était arrivé à l'aristocratie. Laissons parler maintenant Platon, qui a tracé cette transition demain de maître. « N'est-il pas vrai , en général , que les changements qui arrivent dans tout gouvernement politique, ont leursource dansla partie quigouverne, lorsquils'élèveen elle quelque division : et que, quelque petite qu'on suppose cette partie, tant qu'elle sera d'accord avec elle-même, il est impossible qu'il sefassedansi Etat aucune innovation?— C'est une chose certaine. -— Comment donc un Etat tel que le nôtre chançera-t-il de face? Par où la discorde, se glissant entre les guernerset les chefs, armera-t-elle chacun de ces corps contre l'autre et contre lui-même?.... Il est difficile que la constitution d'un Etat tel que le nôtre s altère; mais comme tout ce qui natt est soumis à la ruine, ce système de gouvernement, tout excellent qu'il est, ne se maintiendra pas toujours : il se dissoudra, et voici comment. Il y a, non-seulement par rapport aux plantes (|ui naissentdans le sein de la terre, mais encore à l'égard de lame et du corps des animaux qui vivent sur sa surface, des retours de fertilité et de stérilité. Ces retours ont lieu quand chaque espèce termine et recommence sa révolution circulaire, laquelle est plus courte ou plus longue.

CHAP. II. RELir.lON PRIMITIVE. î>5

selon que la vie de chaque espèce est plus longue ou plus courte. Vos magistrats, tout habiles qu'ils sont, pourront fort bien ne pas saisir juste par les sens, ou parle calcul, Tinstant favorable ou contraire a la propagation de leur espèce. Cet instant leur échappera, et ils donneront des enfants à TEtat, lorsqu'il n'en faudra pas donner Pour les générations divines, la révolution est comprise dans un nombre parfait. En ce qui touche les hommes , il y a un nombre géométrique! dont ^^ vertu préside aux bonnes et aux mauvaises générations. Ignorant la vertu de ce nombre, vos magistrats feront contracter à contre-temps des mariages d'où naîtront, sous de funestes auspices, des enfants d'un mauvais naturel. Leurs pères choisiront, à U vérité, les meilleurs d'entre eux pour les remplacer ; mais comme ils seront indignes de leur succéder dans leurs dignités, ils n'y seront pas plutôt élevés, qu'ils commenceront par nous négliger en ne foisant pas de la musique (i) le cas qu'il convient d'en faire , puis en négligeant pareillement la gymnastique (2) ; d'où il arrivera que l'éducation de vos jeunes gens sera beaucoup moins parfaite. Aussi les magistrats qui seront choisis parmi eux n'apporteront point assez de précaution pour discerner les races d'or et d'argent, d'airain et de fer dont parle Hésiode, et qui se trouvent chez vous. Le fer venant donc à se môler avec l'argent, et l'airain avecror,il résultera de ce mélange un défaut de convenance, de régularité et d'harmonie: défaut qui, quelque partau'il se trouve, entendre toujours ia guerre et l'inimilié. Telle est l'origine de Ta division partout où elle se déclare. — La division une fois formée , les deux races de fer et d'airain aspireront à s'enrichir et à acquérir des terres, des maisons, de l'or et de l'argent; tandis que les races d'or et d'argent, riches de leur propre fonds, et n'étant pas dépourvues , tendront à ta vertu et au maintien de la constitution primitive. Après bien des violences et des luttes, les gens de guerre et les magistrats s'accorderont à faire entre eux le partage des terres et des maisons . et ils attatheront comme des esclaves au soin de leurs terres et de leurs maisons le reste des citoyens, qu'ils gardaient auparavant comme des hommes libres, comme leurs amis et Iqurs nourriciers; et eux-mêmes continueront de

faire la guerre et de pourvoir à la sûreté commune

Mais quelle sera la forme de ce nouveau gouvernement?

il) Mesure de proportion et d'accord entre toutes choses, î) Beauté et uornialit(^ de formes.

96 LIYBB PBEMlEft. ANTIQUITÉ.

N'est-il pas évident qu'il retiendra quelque chose de l'ancien , qu'il prendra aussi quelque chose du gouvernement oligarcnique, puisqu'il tient le miUeu entre l'un et l'autre? Il conservera de l'aristocratie le respect pour les magistrats, l'aversion des gens de guerre pour 1 agriculture , les arts mécaniques et les autres professions lucratives, la coutume de prendre les repas en commun , et le soin de cultiver les exercices gymnastiques et militaires. Ce qu'il aura de propre , sera de craindre d'élever des sages aux premières difnités , parce qu'il ne se formera plus dans son sein des ommes d une vertu simple et pure , mais des natures mélangées; de choisir plutôt, pour commander, des esprits où la colère domine , et qui sont peu éclairés, plus nés pour la guerre que pour la paix ; de faire un grand cas des stratagèmes et des ruses de guerre , et d'avoir toujours les armes a la main. De tels hommes seront avides de richesses, comme dans les Etats oligarchiques. , Adorateurs jaloux de l'or etde l'argent, ils les honoreront dans l'ombre, et les tiendront renfermés dans des coffres particuliers. Eux-mêmes, retranchés dans l'enceinle de leurs maisons , comme dans autant de nids, ils prodigueront les dépenses pour des femmes, et pour qui bon leur semblera. Ils seront donc avares de leur argent, parce qu'ils l'aiment et le possèdent clandestinement, et en même temps prodigues du bien d'autrui par le désir qu'ils ont de satistaire leurs passions. Livrés en secret à tous les plaisirs, ils se cacheront de la loi, comme un jeune débauché se cache de son père; et cela grâce à une éducation dont la force et non la persuasion a été le principe, parce qu'on a négligé la véritable Muse, celle qui préside à la dialectique et à la philosophie, et qu'on a préléré la gymnastique à la musique (1). »

C'est ainsi que Platon retrace l'origine et caractérise le gouvernement ambitieux, ou tlmocratie on timarchie . Ajoutons ici les paroles de Polybe et qui font suite au passage que nous avons cité plus haut (2).

« Dès qu'il eut trouvé des chefs, le peuple leur prêta mainfor le contre la tyrannie pour les raisonsque nous avonsdites ; la monarchie et la royauté disparurent aussitôt, et l'aristocratie prit naissance ; carie peuple, dans sa reconnaissance, remit la puissance et le gouvernement aux mains qui avaient

(1) Platon, l'Etal ou la licpubliquey traduction de Giou, édif. Charpentier. Paris, 1840, 1 vol. iu-18, p. 851 à 355.

(2) Pag. 90 à 92.

CRAP. 11. HCLIGIOM PRIMITIVE. 97

détrnit le lyran. Les grands, charmés de cette confiance, ûe placèrent d'abord rien au-dessus de l*intérôt général, et pourvurent avec la plus vive sollicitude aux besoins des particuliers et à ceux du pays. Mais leurs enfants eurent à peine reçu d'eux une telle autorité, qu'en hommes étrangers à l'adversité, ignorants do Fégalité politique et de la liberté, et nourris dès l'enfance dans l'opulence, parmi les grandeurs de leurs maisons, ils se livrèrent, les uns à l'avarice et à une injuste cupidité, les autres à l'ivrognerie ou à des plaisirs de ce genre, ceux-ci enfin aux débauches les plus désordonnées. Ainsi l'aristocratie dégénéra en oligarchie. Mais ces chefs indignes éveillèrent dans le peuple les mêmes sentiments qu'il avait eus contre la monarchie , et l'oligarchie eut à son tour une fin aussi triste que la tyrannie (i).

Pendant le culte théologique sous Cécrops et Orphée, Tordre social en Grèce subsistera , comme la religion , sans altération sensible. Uy avait paix, harmonie, bonheur entre le corps des différentes peuplades ; et la royauté , c'est-àdire le règne de l'unité paisible et heureuse de gouvernement, y subsista. Mais quand la loi religieuse commença à s'obscurcir ou à se perdre, alors l'anarchie qui était dans les tètes et qui est crue par elles exister dans l'univers , descendit dans la ville. Le pouvoir devint un prix et non une charge, une récompense ae l'habileté, c'est-à-dire de la ruse, et non du mérite aroit et aimant. L'orgueil ayant remplacé la sympathie chez les riches et les gens instruits, ils ne pu« rent plus souffrir ni supporter la royauté qui les primait comme les masses. Alors des factions se forment, car il y a étoffe de faction dans la cité. La loi sociale, les rapports des hommes entre eux, tout cela devient violent; et chacun de ceux qui se sentent en position de craindre le désordre, soit par leurs mœurs, soit par leur fortune, désire l'établissement au despotisme pour faire taire les plus audacieux et empêcher le peuple , devenu lui-même sceptique , ou violent et moins probe, par les exemples au'il a sous les yeux, de compromettre la vie de tous, et de détruire la propriété. Thésée et plusieurs autres après lui , représentant encore le principe de l'unité vivante, furent à peu près des pères; maisDracon (2),

(\) Polybe, HisU, 1. yi, ch. 8.

^, Dracon a donné des lois civiles à sa patrie, qui avait déjà un gouvernement. 11 n'y a de frappant dans ses fois que leur rigueur et la sévérité dos peines. Âristote, Polit. ^ l. ii, ch. 10, p. 96. En 61^ a lieu une réaction contre les lois draconiennes,

l'un de ces oligarques orgueilleux caractérisés plus haut, est porté au.pouvoir (en 624) par les siens , et il y tracera un sillon de sang qu'il fera couler sur les riches et les oligarques, comme sur les pauvres.

Les VIII' et ix*" siècles, nous pouvons même dire le vue avant l'ère vulgaire , comprennent cette époque de violences et de ténèbres où périrent sur le plus grand nombre dépeints de la Grèce, la science, l'unité de Dieu, la richesse et la belle ordonnance du culte ancien , et enfîin tous les faits constatant le grand développement de la science des temps les plus recalés. Et lorsque la grande clarté divine , la science des choses se voila , les Grecs eurent recours aux. oracles de la clarté matérielle, et dè$ ce mpnient .aussi, la Dqdoae d'Homère, la Ûodone de Perrhébié (ij est xiétruitè pour être transportée plus au nord en Epire , sur les confina des provinces grecques, loin du peuple, sur une montagne élevée, et enfin dans un pays sauvage et inhospitalier. L'oracle d'Hélios, ou du Soleil , ou d'Apollon , en Phocide, éclipse celui du Dieu unique aux hypostases, fondé dans les temps reculés en Thessalie. L'unité divine détruite, les temples et les cultes se multiplient. Chaque province a. son sanctuaire d'Hélios, et le Zeus n'est plus le grand Dieu que nominalement.

. Sous l'ordre social théologique , il n*y a qu'un èeul tem-

?le du grand Dieu, du Dieu qui est, qui sera , qui a été (2). oiir lesPélasges, il était à Dodoue. Dans ce temple souverain , comme il s'agit de l'auteur de toutes choses , et qu'il ft'est aucune de ces choses, l'image d'aucune d'elles ne pouvais ni le personnifier, ni le peindre, ni le rappeler. On le r^tésentait donc par des allégories, a Quel est donc l'auteur, le père de cet ùftivers? C est une grande affaire que de

gtfn chef est Gylon, qui dst tué par les AlcmaBonides. Thucyâide, ï. I, p. 126 ; Hérodote, 1. v, ch. 71. Cylon avait cependaût unâ. Btatue en bronze à Athènes. Pausan., 1. i, ch. 28. ..

(i) Hiad, XVI, 233.— //t'arf. n, Ik^^—Carmtn sibyllin, m, p. 227.

— Strabon, 1. vu, p. 339; 1. ix, p. 441. — Steph, Byz. in Awc/U»vij.

— Kustath, ad 11,^ ii, 750.

(2) IliadCf çh. 1, 76.— Plutarque sur le El de Delphes.— Zeug étftitf.^eug estj. Zeus sera. Pausan., 1. x, ch. 12, $ 5. — Plutarque, Isis et Oiiris, ch. 9. ~

CHir. 11. BBLIOIOK PftimTItl. 99

le découvrir, et, après l'avoir découvert, il est imf)Oflsible de le féire connattre à tous (i). » Pour comprendre l'Être sqprème, il faut autre chose que du sentiment, il faut beaucoup de science, quoi qu'en aient dit les socratiques, et c'est aussi ce que pensait Platon.

Dans le dogme scientifique de l'antiquité et dans le temps, IHeu est toujoursavec ses œuvres, qui sont 1 univers physique; elles attestent son existence et il les anime continuellement. Un donc, vivant et multiple qu'il est, chaque chose dans la nature doit être considérée comfne utoe partie de son corps e( corps elle-même; esprit qu'il est. au point de vue de l'unité incréee, chaque chose dans la création doit être considérée comme un syîonbole de sa volonté, de sa pensée réalisée et passée à l'état de mani^tation symbolique. Or, si c'est une des grandes choses de la nature, tels que les soleils, lés astres , la terre , les globes , quoique créatures ayant eu an commencement et devant avoir une fin , que cette création cependant, ce commencement par rapport à l homme, peuvent se perdre dans la nuit des espaces, et leur fin se prolonger infiniment après la vie de l'humanité , il est évident que ces êtres, quoique créatures comme l'homme, et mortels comme lui, sont infiniment auffustes, et méritent de sa part un culte et des adorations secondaires, lesquels sont comme la place et l'importance qu'ils ont dans le concert divin; s^b^ables en cela à la considération dont jouissent dans un tf|heert les exécutants, selon l'instrument et la note dont ils jolent. Le culte était d'abord rendu pardessus tout, au grand Dieu, au Dieu suprême, comme nous l'avons dit, à celui dont on ne prononce le nom qu'avec une sorte de crainte , tant il est auguste. Un culte d'un degré inférieur était ensuite rendu aux éléments secondaires, comme les astres , mais trèsparUculièrement au Soleil, selon et dans les phases de sa course annuelle.

£n troisième lieu enfin un culte était rendu à la terre, Après Homère (dix siècles av. l'ère vulgaire), révolutionnaire social , véritable fondateur du polythéisme grec . et qui anthropomorphisa les dieux, l^esprit d'individuahté s'éleva, «i les ouvres d'art , les temples surtout, ne sont plus des œuvres collectives , mais personnelles. Alors aussi apparaissent des Dédales, des Agamèdes et des Trophonius, qui forment des familles et des races sacerdotales d'artistes et de travailleurs.

(1) Platon, TJmfi^t P 85, éd., H.. Martin, 1841, t, 1er.

Le temple de l'élément secondaire, le soleil, ^Uoç, le puissant, le grand, le considérable, un des grands enfants du Itieu premier et incréé, venait en second lieu. 11 est adoré à cause de la position qu'il occupe dans Tempire de l'Être éternel. Il a des temples et des sacerdotes, mais qui ne sont pas hiérophantes dans les grandes fêtes nationales; ils sont subordonnés au collège et au grand prêtre du temple du JDieu infini et incréé , qui ont revue sur tousles collèges et sacerdotes de la nation. Dans le temple du ëoleil , il y a des simulacres et des symboles pour rappeler encore davantage aux fidèles, et à tout assistant aux cérémonies, que c'est bien lui qu'on y adore, et en quoi consistent ses dons et ses bienfaits. Mais ces simulacres et ces symboles ne sont pas ceux du soleil, et on ne les adore pas , mais bien l'être que ces images représentent.

L'homme ne rend pas de culte particulier aux planètes , parxîe que, aux yeux des habitants de la terre, elles ne sont pas augustes pour eux. ^

Dans la religion scientifique et primitive des Grecs , le grand temple du soleil, de l'élément secondaire, était à Delphes en Phocide. Le quatrième temple , reconstruit par les prêtres Trophonius et Agamèdes (1), est celui qui fut incendié dans la première année de la 58' olympiade ou 548 av. l'ère vulgaire. Spinthare de Corinthe en fut 1 architecte. Les Amphictyons ayant fait marché à 300 talents (1 ,620,000 îxA pour rebâtir le temple , les Delphiens taxés à là quatrièJP partie de cette somme , firent une quête de ville en ville , et en rapportèrent de grands présents. Ceux qu'ils reçurent en Egypte ne furent pas les moins considérables. Amasis leur donna mille talents d'alun , et les Grecs établis en Egypte leur en donnèrent 20 mines (2). On était convenu que ce temple serait bâti en pierre de Porus (pierre tendre). Mais les Alcmaeonides qui voulaient capter le peuple et corrompre l'oracle, rebâtirent la façade à leurs frais en marbre de Pares (3). A l'instar du passé, Spinthare y bâtit sous terre l'Adyton , le lieu sacré ou saint, qui servait en même temps de trésor pour conserver les richesses offertes au dieu du soleil. Tous ces trésors souterrains, bâtis depuis le commencement des temps par des prêtres artistes , car l'architecture était un art savant et par conséquent aussi hiératique ,

(l) Homère, Hymne à ApoU,y \. 296.

h) Hérodote, 1. ii, ch. 180.

(3) Hérodote, 1. v, ch. 62.

CHAP. 11. BRLICION PRIMITIVE. 101

avaient la forme circulaire dans l'origine, témoins le trésor prétendu d'Alrée à Mycènes en Argohde et de Mynias à Orchomène en Béotiefi). Il est très naturel que les princes des âges héroïques conna^ent leurs richesses à la conservation des prêtres , qui les déposaient dans les souterrains des temples. Plus tara, ces dépôts leur servirent à faire l'usure et à se livrer à la simonie et à vivre dans l'oisiveté. Ce qui est remarauable, c'est que tous ces san(;tuaires ou adyta souterrains étaient circulaires et voûtés, et qu'une pierre supérieure, formant clef de voûte, était appelée harmonia, par métaphore, de l'harmonie universelle qui lie et contient tout comme Dieu. Le trésor de Mynias (2) en donne un exemple.

Nous avons dit qu'un culte était rendu à l'élément secondaire, à la terre, sphérique et peuplée partout. On sait que toute l'antiquité connaissait la rotondité delà terre (3) el les antipodes que nièrent les premiers docteurs chrétiens, et que parmi les modernes quelques-uns nieraient volontiers encore s'ils l' osaient. La terre est un astre, au point de vue du soleil ou de l'espace, comme l'étoile do Jupiter ou de Vénus. Elle est environnée de Dieu dans tous les sens. Au point de vue de l'homme et de l'humanité, la terre est un grand être. L'homme lui doit donc un culte : d'après les règles logiques du dogme, il célèbre à ditléren tes époques de Tannée lesbienfaits de sa mère nourricière , et cela sous différentes formes. Sous. une face générale Gî^ô, Gaea (du sanscrit gha. terre); sous une face particulière Latone (Aurtô, la cachée). Pou ries fêtes de la terre, comme pour celles du soleil, il y avait des symboles et des allégories dont le fond était la musique, la danse en chœurs, la volupté, la poésie et les jeux. Le grand temple de la terre était à Eleusis.

En Egypte, où le culte et l'ordre social théologiques se sont maintenus d'une manière presque intacte et pendant de plus longues périodes qu'en Grèce, nous voyons la même division géographico-religieuse.

Le temple du grand dieu primitif était à Thèbes (Toph),

(i) Pausan., I. u, ch. 16; 1. ix, ch. 38.

(2) Numa bâtit à Rome le temple de Vesta en forme circulaire.

(3) L'idée que se formait Homère de la terre, comme une tranche circulaire, limitée par TOcéan, n'est qu'un souvenir et une dégénérescence de la réalité, connue par la grande civilisation qui le précéda. Le monde chrétien ignora ou nia généralement les antipodes et la sphéricité de notre terre!

102 UVaB PRkMlER. ANTIQUITÉ;

SrelnièrB ville royale et sa ville éponyme. C'était là qu'Âmon- ;fl, ÂH)QiHGhDOuphis, Tétre suprême primordial, était i^doré. Cette uoité4T)u1tiple se composaitde la grande tdnité : Amon, le mâle et le p^e; Mout^, laléffîelle et la mère, et Khons le fils enfant.

- A Memplûs^ seconde ville royale de l'empire, était le temple, de Pbtha, le dieu esprit créateur actif. ■■ .À iiéliopolis, ledieuPhré, Hélios, le soleil avait le sien.

NeUh , TAthéné grecque, l'esprit de sagesse ou le logos, avait son sanctuaire à Sais. La statue de laNeïth de Sais avait pour iégende : « Je suis ce qui a été, -ce qui est etxe qui sera; aucun mortel n'a encore levé mon voile. »

Comme en Grèce, il y avait en Egypte etsans lieu spécial, dés temples <ile la terre.

Il y avait au sud de la Thessalie, mie province appelée laiPhthotide. Ce -nom -rappelle celui de Pht^, ou de VanciehneDodone, le dieu esprit créateur actif de la Memphis ^yptienne. On a donné au mot Egypte, commfe étymologie, ïes ^eux mots de ^Ego -phtbash, domus mundana yulcani (1 ) . Le culte à Dieu, au soleil et à la. terre, »b célébrait donc dans ces temples divers et édifiés par la souveraineté ou unité terrestre gouvernante : et comme application et boussole do conduite de la part de tout le monde, maissiartout du souverain «t de son gouvernement,, il y avait examen incessant et attentionné de la volonté de Dieu parles sentiments du. pou pie qui manifeste cette vcHonté. C était le premier pmnt de la trinité temporelle et pratique .

11 y avait ensuite observation de l'état terrestre ou séjour de l'homme, c'eat-à-dire de la vie, de la santé et de la mort de toute la nalure animale, végétale et minérale, dé la régularité et de la conformité aux lois de la ' nalure observée et connue/dela génération et de la reproduction de toutes ces choses. Céiâiile deuœième point de la trinité.

11 y avaitenfin observation mathématique et calculs de la marche et du mouvement des astres ou divinités secondaires pour kl détermination des périodes du temps ou confection du calendrier et règlement des fêtes religieuses et des travaux de l'agriculture, par une section du collège de la science et de la pénétration intellectuelle et politique, ou section secondaire du tribunal des rits , composé d'hommes propres aux sciences exactes. 11 y avait de plus observation du ciel météorologique, stellaire ou infini et de la nature terrestre

(1) Creuzer Symbolique, 1. 1, p. 476, noté Î5$>.

CUAP. II. RELIGION PRIVITIVE. 103

au poinl de vue général : observation enfin da ciel, de la ierretX de \ homme, ou delà volonté dn Dieu suprême dans sestBQvres ou son action, par une autre section supérienre ou coHége de la science, ou tribunal des riU, section qui primaft la ipihééédente parle savoir et le pouvoir, parce qu elle étart composée dliOTnmes à la nature pénétrante, généralisa-, tridétrt aimante, et qui était dès lors fa première et suprême conseillère du souverain pour la politique générale ou pensée suprême du pouvoir. C'était le troisième point de la trîm't^. L'autre section avec tous ses échelons inférieurs nécessaires et bifurcations pour la direction des travaux du corps social, dalis toutes les divisions et subdivisions aoe leur mise en œuvre nécessite à l'homme pour leur complote et plus facile exécution, l'autre section, disons-nous, formait un grand corps servant à composer tous les tribunaux ou sous-tribnnaux de justice et d'administration, d'art, de proférons et de carrières.

Dès lors donc, en partant de là, le souverain, ses ministres, conseillers, administrateurs et fonctionnaires publics, dejmis le sommet de la société jusqu'à la base, où allaientils jeter les yeux, que consulUiient-ils pour savoir oc (|u'il y avait à faire, comment et dans quel es[>ril le gouvorncnient devait marcher? Ils allaient tout naturellement observer et examiner la terre et le ciel, dans les deux codes faits pour être suivis : le pi^emier, le code cosmogonique et historique cru delà tradition, et le deuxième, le code administratif et réglementatif. Ces deux codes servaient de plan de conduite ou de termes de comparaison vis-à-vis des choses contemporaines. On examinait le ciel et la terre, disons-nous, car comme tout est lié dan§ l'univers, tout est aussi lié dans le monde sublunaire. 11 n'y a que les igtiorants qui puissent nier ou méconnaître que la météorologie influe sur l'âmè de Thomme isolé et sur la société politique, et que le ciel atmosphérique n'est pas sans rapports avec l'état des âmes des peuples; et réciproquement que l'état moral et intellectuel des nations, influe sur l'état de l'atmosphère et la météorologie dés lieux. Ainsi, comme dans la loi théoloçique Dieu est celui qui est, se manifestant par des formes qui sont l'univers physique, le souverain et ses fonctionnaires allaient examiner comment tout marchait, et dans l'ensemble des citéset dans l'empire; quelle était l'opinion publique, ce qu'elle pensait, ce qu'elle disait; et cela non pas d'une manière superficielle et pour en avoir l'apparence; car dans celle société nous avons déjà montré quon nese payait d'illusion sur

1C4 LIVBE PiŒMlER. AKTIQl'ITK.

rien. MaisTopinion publique vraie, c'est-à-dire le sens commun du genre humain, l'esprit caché des choses que Ton savait démêler. Car on savait dans ces sociétés antiques que : ee que le ciel veut et entend se manifeste par ce que les peuples veulent et entendent, et que ce que les peuples jugent digne de récompense ou de punition^ indique ce que le ciel veut récompenser et punir; quHly a, enfin, une communication intime entre Dieu et Le peuple.

Dans le culte antique, dans tous les Etats en Orien t,en Egypte et en Grèce, le symbole vivant de la souveraineté, le prince, appelé fils du ciel , était l'appui et le père du peuple , et le tyran des hommes vicieux, des voleurs, des pervers qui cacnent leur méchanceté sous le voile de l'hypocrisie , comme tant d'hommes influents , politiques et civils, le font en Europe au moment où nous traçons ces lignes. Dans le culte théologique symbolique, un roi travaillait du matin au soir, la nuit et le jour ; il pliait sous le faix du travail, et il ne se plaignait pas , parce que, à l'instar de l'activité éternelle et incessante de l'ordonnateur du monde, il savait qu'il devait veiller comme lui au bonheur de ses enfants.

Voilàcequ'étaientiareligion et le pouvoir politiquedu temps des Pélasges en Grèce , dans les temps antérieurs à Rhamsès III ou Sésostris en Egypte, plus tard même avec des modifications pendant les ix*. viii«, vii« siècles av. l'ère vulgaire, et dont un reflet brillant éclairait encore l'âge des Pisistrate et des Solon. On en acquiert les preuves nombreuses et certaines dans les monuments de pierre, les traditions, les historiens, les poètes et les mythographes de la Grèce , comme par tous les travaux des modernes sur l'Egypte et la Chaldée , qui , pçir analogie ethnographique, servent à reconstituer Tordre social primitif de l'antique société.

Cet ordre social, cette civilisation qui existait dans toute la Grèce encore lors de la guerre de Troie , était fondé sur l'ordre symbolique. Il y a synthèse et ensemble dans les idées; on voit que celte liaison des vues vient on d'une étude ou d'une connaissance étendue de la création ou de l'univers physique. Il n'y a pas de métaphysique, d'abstraction et de vide dans le savoir qui a surtout du corpset de la réahté. Les Dorions et les Thessaliens , au contraire , qui viennent plus tard envahir le Péloponnèse, et les ^Eoliens d'Arné la Béotie , ayant vécu do longs siècles d'une vie exclusivement hippique ou cavalière, violente, sans se livrer à aucuns travaux ou direction de travaux d'agriculture, d'industrie , de commerce ni d'arts, de lectures ni de scien-

CUAP. 11. Ui:Utili..N PRIMITIVE. 105

ces, bien aa contraire même, les méprisant et ne s occupant que de guerre et de gymnastique, et faisant travailler pour se nourrir la population qu'ils tenaient en esclavage dans leurs contrées , 1 occupation de Tâme , dans une pareille vie, est la violence, l'orgueil intérieur de la force et un pur mentalisme fanatique. Or avec de pareilles mœurs, leur souveraineté venant se poser sur le Péloponnèse et la Béotie, mais sur le Péloponnèse surtout, ils ne peuvent y fonder que la barbarie et un lourd despotisme sur les habitants ou populations symboliques qui y étaient. £t c'est ce qui a lieu aussi. Alors les populations de ces contrées du Péloponnèse (celles de Thèbes étaient allées antérieurement en Thrace et étaient passées ensuite en Phrygie) se dispersent et fuient dans toutes les directions , devant ces tyrans misérables. Toutes les familles distinguées et riches d'abord abandonnent la Messénie, l'^ialium, l'Acba'ie et l'Argolide, se sauvent dans la Mégaride, i'Atlique et la Béotie, ety fonderont^ si elles peuvent à leur profil, une aristocratie féodale sur la

Ï^opulationpéla8gique,cécropiquoquiyest.Ktc'estcequefont es Mélantides, lesPisislratidcs, les AlcmiX'onides, lesMédonlides et les Paeonides. Pour la population moyenne, agricole et industrielle qui était resiée dans les diverses contrées du Péloponnèse lors de l'arrivée des Dorions , croyant pouvoir supporter le pouvoir de ceux-ci, elle se voit bientôt obligée, elle aussi, de s'expatrier, et comme l'Attique et l'orient de la Grèce sont occupés, qu'il n'y a plus place pour des émigrants , et puis d'ailleurs que cette population moyenne éclairée et indépendante voit qu'en s y établissant elle se trouverait sous le coup de cette aristocratie péloponnésienne

3ui vient de s'y poser peu avant elle, elle prend le parti e s'en aller, avec tout ce qu'elle peut emporter, sur les rives de l'Asie mineure, et y fonde les villes grecques qui devinrent si florissantes plus tard. Cette contrée de l'Asie prit le nom d'Ionie, du nom de ces populations migrantes de la Grèce.

Plus tard, une partie des Dorions qui s'étaient emparés, lors de l'arrivée de la horde dorienne, des contrées d' Argos, de Tirynthe ,* d'Uermione , de Mycènes et de la Messénie , ayant été attaqués eux-mêmes par ceux qui s'étaient établis à Sparte et qui devinrent de plus en plus tyrans, ces Dorions s'en furent en Asie à leur tour. Ils s'établirent à Ualicarnasse , à Rhodes , à Ephèse, à Cos, en Crète , elc. Pour la basse population, les pauvres , les malheureux sans énergie ni appui du Péloponnèse, ils ne purent fuir par défaut

de forces et de lumières ; ils restèrent sous !e coup des Boriens et devitireot les ilotes et les esclaves.

Quant à xxM/^ invasion de la Grèce ])ar les l>oriëns , les Thessaliens, etc., et à Téta t de civilisation des deux populations , on voit que tes habitants pélopides ou les anciennes populations du Péloponnèse et de toute la Getèce centrale > occidentale et orientale , qui suivent Tordriè de civRisation

Sue l'on trouve dans Homère , portaient en elles le gertfle B tous les bons principes. Et comme ils ont 'échappé par leut fuite en Asie , on voit celte civilisation s'y développer avec nne force admirôtble. En effet , c'est cette civilisation qui pro(hiit Homère , Hésiode, tous les poètes dits cycliques des différentes îles et villes de ce rivBge de l'Â^; ITtafès , Pythagore, Pbérécyde de Scyros, Anaximandire, Ânaximène, Xéno^ne, Pittacus, Bias, etc., tous ces sages par excel- * 4ence. Mais par-dessus tout cette phihiophie. pratique , qui ne sépare jamais la science de la politique.

Les nobles de cet ordre de civilisation qui , eh fuyant les Dorions, étaient venus se poser dans VAttique , la Mégâride , l'orient de l'Achaïe , la Locride , \^ Béotie orientale , etc. , ou conservent ou cultivent encore la science développée chez eux , et l'esprit d'oppression et de tyrannie sur les masses n est nullement dans leur esprit, comme chez les brigands fanariiques de Sparte , par absence de connaissances pratiques. Cet ordre de civilisation de l'anden Péloponnèse et de la Grèce des temps de Troie et antérieurs, passé dans l'Attique , enfante la démocrati'ê, qui est sans doute une société imparfaite en ce que l'esprit et la "raison n'ont plus le preinier pas sur tout dans les âétermihatrohs et les affaires , par la perte de la foi et la rupture des hiérarchies, qui vaut mieux toutefois pour le pins grand nombre ria tyrannie de Sparte. Mais «ette tyrannie fanatique Dorieïïs se trouva nt là en contact avec le bon esprit civilisateur, libérât , conglomératif harmonique , de la civilisation homérique , lui communique cet esprit d'abstraction et de bavarda^ de la fitégaride , de l'école de Mégare la plus contiguëHl'elle , pois celle d'Anaxagore , de Sodràte et de ton tes les autres sectes postérieures, péripatéticienne, etô., qui finissent à la longue par repasser la mer et retourna abstraire et perdre aussi cette civilisation ionique de l'Asie, si pratique et si bien établie au profit de tous jusque-là. Oh voit donc dès lors, par cet exposé, l'influence dé cette barbarie tAeMa(t<?nn«^ «flolienne, arnéenoe, dorienftè sur la civilisation vraiment sociale de toète cette ^rèce c^utrale,

CHAP. n. UkCADENi:» bfc. la MtLllilUN PRIMITIVK. i07

orientale et occidentale pélasgique , enrichie dans ses dé- .tails par Inacbus, Danaiis etCécrops, des nations deTOrient, et peinte dans Homère , auprès de celle des Dorieus.

2. DÉCADENCK DE LA RELIGION PRIMITIVE ET DE LTJNITÉ DU POUVOIR POLITIQUE EN GRÈCE.

Dans les pages précédctitcs le nom de Dracon s'est déjà présenté à notre platno. Tout ce qu'il établit ne réforme pieB, n'arrête rien. L'orgueil qui avait consenti à accepter la tyrannie héréditaire, la veut maintenant décennale (753) poor se réserver les chances d'y arriver ; plus tard, de mémo, il la voudra aonnclle (683), et même partagée, dans le même but.

Dès lors » ^ malgré ces remèdes hcroico-poli tiques , Terreur marche , les ténèbres s'épaissis.<ent do toutes parts , les hautes sciences séculaires se perdent el les grands qui avaient commencé p^ir être. seulement des orgueilleux et des timarques, mais qui étaient restés probes, deviennent dos spoliateurs cyniques (1). Les grands d'abord, en se disputant le pouvoir, ont tous voulu travailler à se faire un domaine parciculier, une grande métairie de la société pour l'exploiter et en dévorer les produits comme le fait un mauvais bergerde son trou^)edu. Ensuite le peuple, le malheureux peuple, victime d'abord des sophistes impies et étroits qui ont 'Commencé par des livres et des discours à renverser la loi religieuse., c'est-à-dire la science et ses manifestations pratiques, ou le code d'équitable gouvernement : le pc^uple, disons-nous, de soumis à la science et de modeste qu il était sous ses anciens chefs vertueux et sans orgueil , devient kii-n>éme hardi, turbulent; et, soit qu'en descendant sur la place publique, il rencontre l'un , ou le fils de l'un de «es aaciens grands devenus immoraux jusqu'au cynisme et

Ji) Solon, qui avait été chargé par ses concitoyens de faire nn « de lois, aya-Di hi un jour ciiez lui à Gouou, Glinias et Hii)— ponicuà, ses amis et citoi(éns riches de la république, un chapitre q ai traitait de TaboPiliou des dettes, ces trois hommes déloyaux, pensant tout aussitôt au parti qu'ils pourraient tirer de cette connaissance , s'en dlerent immédiatement emprunter de chacun tout ce qu'ils purent i et puis attendent la promulgation du code Ae Solon. lis volent Tarf^ent d»'i coût qui ont eu le malheur de le leur prêter, et en achètent des» terres dans TAttiq^ue^ Flutarque, Selon, ch. xv.

108 LIVRE PRBMIËR. ANTIQUITÉ.

lui devenu aussi déloyal qu'eux; ou que, n'en rencontrant pas ou n'en voulant plus déjà par expérience , il élise . en levant le bras , l'un des siens , il va vouloir faire et discuter des lois politiques, n'y connaissant rien ! Et alors aussi il les fera toutes contradictoires les unes aux autres ; il va vouloir ioaême descendre jusqu'à l'administration de la cité , et il n'y connaîtra pas davantage, parce que, superficiel et multiple comme la foule qui le compose , il change d'avis comme de place dans l'Agora ! Alors les plus instruits déjà de longtemps , et ensuite tous les gens de bon sens comprennent que, tout est perdu, cité politique et même populations, si l'on ne s'en remet pourtant à quelqu'un de savant pour faire une espèce de code, un règlement législatif tel quel : que, quelque mauvais qu'il soit , il vaudra toujours mieux que ce que tous, se soupçonnant tous, feraient pour tous. Et c'est dans ces conjonctures et à cette occasion que Selon, en l'année 594 avant l'ère vulgaire, que Selon, le contemporain de Tarquin l'ancien à Rome et d Ouaphré ou Apriès en Egypte, fut chargé de donner des lois à Athènes. Il compose un code pour sa patrie, y inscrit pour la première fois, comme Servius Tullius à Rome , la loi du cens ; mais avec la vertu indispensable encore, qu'il sent nécessaire de sa part, de fuir bien vite à l'étranger, en cachant soigneusement le lieu de sa retraite, afin de passer pour mort aux yeux du plus grand nombre. Parce que s'il était resté là, par jalousie de tous contre lui à cause du service qu'ils Jui voyaient rendre à la société, personne n'aurait voulu suivre ni même faire exécuter ses lois. Ainsi voilà où en sont les esprits 1 Perversité profonde! méchanceté noire ou ténèbres intenses du cœur ! Mauvaise foi ou improbité de tous contre la chose pubhque 1 mais haines implacables contre quiconque voudrait rendre ou aurait rendu service à la chose publique , à la patrie ! Fuite et disparition obligée de Selon pour faire prendre son règlement; plus tard exil contre Aristide, qui n'a pas volé le trésor public qu'il a eu dans la main , comme tant d'autres l'avaient fait avant lui : captivité barbare de Miltiade ou exil semblable de Xénophon et autres, parce qu'ils étaient justeâ et éclairés ! Mais pendant ce malheureux temps, comme la vérité n'est

Ï)Ourtant pas sans être encore connue de quelques-uns de a cilé ; que cette vérité jure contre tout ce que tous ces tyrans ou bavards abstraits à divers titres et de sang mêlé essaient depuis plusieurs siècles : que la royauté des anciens rois et le culte d'Orphée et de Musée, sont encore dans bien des

CBAP. II. DiCAD£KCE DE LA RELIGION FllMITrVB. i09

cœurs, la famille des Pisistratides, de la maison royale de Pelée, de Nestor et de Codrus, tente pendant cinquante ans de les rétablir en rétablissant et la cité et la famille (560 à 509 avant l'ère vulgaire). Quand Pisistrate, doué d'une sympathie pour tous les hommes bons , riches ou pauvres , qu'il ne cesse d'avoir autour de lui lorsqu'il se montre en public et avec lesquels il joue et rit doucement, quand Pisistrate , disons-nous, indépendamment des sages mesures religieuses et politiques (i) qu'il prend, fait rechercher, réunir et coordonner en y travaillant lui-même comme un scribe , les hymnes d'Orphée , les chants et poésies d'Homère (2), d'Hésiode, il ne le fait pas sans une profonde pensée théologicjue, et un profond sentiment de justice. Etnestil pas certain que ce descendant de l'ancienne race nationale pélasgique, dont la famille avait conservé les vraies traditions de la loi antique, eût réussi et sauvé pour nous tous aujourd'hui le monde de l'Occident, si, au lieu d'opérer sur un petit Etat politique comme l'était la société athénienne, englouti au milieu d'une foule de nations barbares, Scythes, Thraces, Romains, etc., etc., qui venaient sans cesse anarchiser les âmes et défaire ce qu'il faisait , il eût opéré sur un grand Etat politique ?

Lorsqu'on fouille les entrailles de l'histoire, il ne faut pas seulement s'en tenir à la narration. Les faits anciens môme ne sont rien si l'on ne médite pas sur les circonstances qui les ont précédés, accompagnés et suivis. II faut se placer dans le milieu de l'historien qui les rapporte , rechercher les causes, les moyens et le but des entreprises humaines, comme dit Polybe ; peser ensuite la moralité de la population chez laquelle ces faits ont eu lieu et juger enfin si rhistorien a voulu la Qatter ou la blâmer.

En suivant cette méthode, nous disons donc sans détour, parce que cela est la plus évidente vérité, que Pisistrate (3) ne

(1) Il fit entre autres une loi contre Toisiveté. Plut., Solon, cb. 31. Il fut maître d'Athènes, dit Hérodote, mais saos troubler rexercice des magistratures, saos altérer les lois; il mit le bon ordre dans la ville, et la gouverna sagement en suivant ses usages. L. I, ch. 59.

(2) Cicéron, de VOrateuVy 1. ni, cht 34.

(3) Plutarque rapporte dans la Vie de Solon (ch. 39) que Pisistrate était à la tète des habitants de la montagne, auxquels se joignirent les ennemis déclarés des riches, ajoute-t-il.|Ces faits, pris isolément, n^ont aucune importance, et ils sont restés tels aussi dans les histoires modernes de la Grèce. Us en ont cepen-

iiO LiVmB PREMIER. AllTlOtnn&.

fut pas un tyran comme récrivaient tant d'oligarques orgueilleux et intéressés, et d'écrivains médiocres et que lui, Pisistrate, voulait empèd^er de piller le peuple dans son pays, t)a comme le criaient des ambitieux corrompus et égoïstes , cherdiant à se faire un marchepied de lui pour spolier la multitude. Il n'était certes pas un tyran celui-là quête peuple athénien croyait toujours revoir dans la parole et les attitudes de Périclès, lorsque celui-ci, soit dans la générosité de ses mesures contre ses ennemis, soit dans les transports d'utïè éloquence souvent olympique comme on le disait, les lui rappelait; alors il â'écriait en se regardant et les yeux

daot une si on les rattache à d'autres que nous allons rapporter. Plutarque dit encore que Mégaclès, fils d'Àlcméon, était cnefdès habitants delà côte. Les Âlcmœonides, race orgueilleuse et perverse, avaient du sang arabe dans les veines ; ils étaient ae la race métisBe ou croisée des "Grecs et des Arabes. Leurs sentiments correspondaient en tous points avec ceux des habitants de la côte et par conséquent des villeSydes petites villes maritimes de TAttique. Si ces villes attiques avaient pour population des Grecs, il y avait aussi dans leur sein des Phéniciens de la Phénicie et des Desqu^ils avaient peuplées anciennement. Là, dans ces villes, étaient donc des foyers anarchiques, ennemis de l'esprit d'ordre de l'autoohthonie que représentait Pisistrate, descendant des anciens rois pélasgiques d Athènes. Démosthènes a bien soin aussi de distinguer les habitant! des villes d'avec les autoéktlumeê ; les premiers arrivés comme immigrants , peuvent être comparés à des fils adoptifs (Orais, funébr,^ p. 1389, 1390). Et par autocbthones il entendait les habitants primitifs de la Grèce, les Pélasges, au sang si beau et si juste. Vous (les Athéniens), dit41, et eux ( les Arcadiens) êtes seu|s entre tous autochthones {Fausse ambassade^ p. 424). Or, on sait positivement que les Arcadiens étaient des Félasges.

Disons encore un root des AlcmsBonides. Lorsqu'on 612 avant l'ère vulgaire (olym. 42, 1), Cylon , Athénien, qui avait remporté le prix dans les jeux olympiques, qui était riche et distingué entre les anciennes familles (Thucydide, I. i, ch. 126; Hérod., l. v, ch. 71), .voulut abolir les lois féroces de Dracon et rétablir ce que rétablit cinquante-deux ans plus tard Pisistrate, l'unité de pouvoir, ce qui contrariait les Alcmœonides, ceux-ci tuèrent les partisans de Cylon. Les Alcmœonides étaient les dignes amis des Paralie'nft, habitants des côtes. En 597, les Alcmœonides quittent Athè^tieB, peut-être à l'instigation de Solon, pour le rétablissement de i'ordre. ïk sont chassés par Cléomène, roi de Sparte, '6iA MO, au Wfymbre de 700 familles (Hérod., 1. v, ch. 72) , apirès la modiilc&lion apportée à la législation de l'alcmœoniâe tîUsthènes.

Ce sont ces mêmes Alcmsonides qui chassent deux fois PisistrHte,et il n'est pas hasardé d« dire que c'est à leur incitatiou

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