HAP. III. LES ÉTRUSQUES
Iltalie et dHs cyclopéens avee ceux qui existent en Grèce, vient confirmer Vorigine pélasgiqne on thrace de ce peuple. D'abord soumis à un seul chef, dit Strabon , les Etrusques exécutèrent de grandes choses; plus tard chaque ville se gouvernait elle-même. A sa tête était un des lucumons , choisi annuellement : il y avait donc dans cKaque confédération étrusque douze lucumons . qui formaient le consâl supérieur de toute la ligue. Des rois ou des tyrans , dans la bonne acception grecque du mot , n'existent plus dans lés temps postérieurs chez les Etrusques, quoique l'histoire nomme Porsenna et Tolumnius. Pour représenter l'unidh ou la ligue des douze villes et Vimperium , chaque lucumoh était accompagné de douze licteurs portant des faisceaux de lances et des haches; il était revêla de la toge de pourpre, de \dibuUa, ceinture ou collier, et d'autres insignes d'autorité. Le lucumon , avec ses assesseurs , présidait les tribunaux de la justice tous les neuf jours, anx nundines ; ces jours étaient pour les Etrusques dies fasti et des temos de marché général et d'affaires. On sait que la demanae en paiement des dettes chez les Etruques n'était point traitée avec la dureté des premiers Romains. Il y avait dans chaque ville un conseil inférieur ou sénat, composé des autres lucumons , ou atnés ou notables , et les aériens formaient ce que Denys appelle à Tarquinii , ecclesia et âemos , ou grande assemblée. Les lucumons-chefs des douze vîtles , s'assemblaient en conseil général auprès du temple de Voltumne, qui n'est pas une divinité particulière, mais une des ouatîtés ou attributions du Deus Etruriœ princeps ,• là on discutait la paix ou la guerre ; on y élisait aussi un chef militaire qui devait commander les phalanges et rentrer dans la vie privée après la paix.
Nous avons dit comment se traçait le pomœrium. L'aruspice ensuite , tourné au sud , ayant par conséquent l'est à sa gauche , l'ouest à sa droite et le dos au nord , traçait unô ligne du nord au sud à travers le mondus , ligne qui s*â^ppelait cardo, et une autre perpendiculaire à la premièrô^ de 'l'ouest à l'est, qu'on nommait decumanus. Ces deux ugnes représentaient des voies de communication et des limites. Celle verticale à Téquateur, le decumanus, était Ja principale et la plus large. Ces deux rueâ perpendiculaires divisaient la vJUe étrusque en quatre quartiers ou tribus, et chaque tribu renfermait dix curie^ et cliacune des curies était divisée en centunos dont le nombre nous est inconnu. Dans l'origiiie toutes les propriétés rurales étaient divisées
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dans le sens de la ligne du nord au sud, à moins que la configuration du terrain ne s'y opposât d'une manière absolue, pour que l'orientation du soleil de midi . si favorable à la végétation , ne fût entravée par aucune clôture.
La divinité des Etrusques était l'unité trinaire et féconde, avec division des personnes, linia, Bina, le dieu de la lu- .mière. était le principe mûlo, actif: les Romains en ont fait ' Jupiler; le jour, la pleine lune(idus)et la foudre lui étaient consacrés. La Cwpra, Cypra , le principe femelle, passif, déesse de rélémenl physique ou la nature, n'est autre que la Junon des Romains; comme Jupiter, elle lance la foudre qui, avec la nouvelle lune (lescalendes) lui était consacrée. .La Menrfra , iMinerve, l'esprit de sagesse ou le logos, semblable à la Neïlh égyptienne et à l'Athéné grecque , formait la troisième personne de la trinilé étrusque. Elle lançait aussi la foudre, et l'équinoxe du printemps lui était consacrée. Les Ides, les Calendes et les Nones, ou Nundines, étaient marqués par des cérémonies religieuses. Vortumne ou Vertumne , nom collectif de ces trois personnes que renferme l'unité créatrice , était le De%u Etruriœ princeps, comme nous l'avons dit plus haut; il représente aussi la prospérité toujours nouvelle et variée de toute la nature dans les différentes saisons. Les divinités des Etrusques étaient des divinités cachées, enveloppées, invelati, cela était théologique et rationnel , et quand le lucumon sacerdote sacrifiait, c'était la tête enveloppée, captïeveta^o. Lorsque Tarquin le jeune bâtit le temple de Jupiter sur le Capitole, il le divisa en trois cellules, la centrale pour Jupiter, et les deux latérales pour Junon et Minerve (1), cellules placées sous le même fronton et le même tott. Tous les auteurs grecs et romains qui parlent des divinités étrusques, vivant dans un miUeu corrompu par l'esprit phénicien , n'y connaissent déjà plus rien, et, ont par là, créé aussi chez les graves et profonds Etrusques, une mythologie qui n'a jamais existé que dans l'imagination des auteurs, poètes et historiens, dont nous parlons. La théologie étrusque est identitique à celle des Grecs et de plus à celle des nations de race germanique , ainsi que nous le verrons plus bas dans cet ouvrage. La personnification des facultés de l'unité multiple chez les Etrusques, se nommait Âesar ; chez les Germains on les appelait Aies. Tinia , Dina rappelle Odin. Le Lars étrusque ressemble à Laërtes , père d'Ulysse dont parle
(1) Deuy» d'Halica masse, l. iv, c!w 61.
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Tacite (1), et de son temps on voyait encore aux confins de la Germanie et de la Rhétie des tombeaux portant des irlscriptions grecques et un autel consacré à Ulysse, qui n'est autre qu'Odin. Ce fait vient confmner fortement le séjour des Etrusques dans la Rhétie.
Lorsqu'en 663 Cypsclus abrogea h Corinthe le gouvernement des prytanes , qu'il devint chef de celte ville et qu'il chassa les Bacchiades qui s'étaient maintenus plus de deux cents ans au pouvoir dans leur patrie, Démarate, l'un d'eux, s'enfuit de sa patrie et vint s'établir en Etrurie, à Tarquinii (2). Avec Démarate les Etrusques reçurent une sorte de greffe de décadence, de cette décadence hellénique amenée par l'envahissement des idées et de l'esprit phéniciens. Le Corinthien importa chez lesEtrusques des lettres nouvelles, dit Tacite (3); on voit , dit-il , que la forme des lettres latines est la môme que celle qui fut adoptée par la plus haute antiquité grecque. Autre preuve par Talphabet de l'identité des deux peuples. Le magistrat ou chef politique étrusque , le Lucumon Tarquin l'ancien ou Priscus , qui devint roi de Rome en l'année 617 , était fils de Démarate qui , lout aristocrate qu'il était , faisait le commerce maritime sur une grande échelle. En parlant des Etrusques , Diodore dit d'eux : Supérieurs à tous les peuples par leurs forces navales , ils dominèrent pendant longtemps sur la mer, et celle qui baigne les côtes de l'Italie a pris de leur nom grec celui de mer Tyrrhénienne(4). Une preuve des grandes forces maritimes des Etrusques , c'est le nombre considérable de vaisseaux qu'ils équipèrent avec les Carthaginois pour livrer aux Phocéens le grand combat naval près de Cyrnée, la Corse, dans la merde Sardaigne , en l'année 536 avant Père vulgaire (5). 0. Mùller a prouvé que dans le troisième siècle de la fondation de Rome, il existait encore une ancienne roule commerciale qui conduisait des rives de la mer Baltique aux contrées qu'arrose le Pô (6).
L'esprit de la noblesse étrusque se traduisait à Textérieur par le beau dans la pompe, les vêtements et les insignes matériels de la supériorité intellectuelle. Tout ce qui grandissait l'autorité des magistrats romains était emprunté aux
(1) Germanie, ch. 3.
(2) Strab.,1. viii, p. 378. L. v, p. 219. Pausan., l.n, ch. 4,
(3) Annal., 1. xi, en. 14.
(4) Liv. V, ch. 40.
(5) Hérodote, 1. i, ch. 166. ,
(6) Le* Etrusques, 2 vol., 1828, t. 1, p. 279 à 284.
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Etrusques. Les triomphes, le scepire , le diadème de feuille» de cbône que portaient les chefs de TElat, le siège curule, les licteurs, etc. , étaient des emprunts faits à ce peuple. Mais les triomphes chez les Romains dégénérèrent en scènes purement matérielles et -d'orgueil pour le triomphateur, et les insignes de l*autorité gouvernementale sous ta république , tombèrent souvent dans des mains qui n'y avaientaucun droit.
Les découvertes modernes font connalirs de plus en plus la grande civilisation des Etrusques. On connaissait depuis longtemps la magnificence de leur art céramique. Aujourd'hui, on commence aussi à savoir leur excellence dans l'orfèvrerie, la statuaire , la peinture et l'architecture. Les monuments des Etrusques étaient de moyenne grandeur et d'une exquise délicatesse de goût; d'autres avaient des di-^ mensions -colossales , et une solidité qui les a fait résister à la destruction des temps et des hommes à la fois , témoins les murs cyclopéens de Volterre , de Cosa, de Préneste, de Cortone et le monument funéraire de Porsenna, auprès de Clusium. Ils avaient de grands temples , des cinjues , des théâtres, et les digues qu'ils élevèrent comme les irrigations qu'ils établirent,, témoignent puissamment de leur intelligence, de leur grande activité et de leur habileté dans l'art de l'agriculture.
Lesrestes des murs cyclopéens ou pélasgiques , ainsi que ceux des constructions étrusques, prouvent qu'il y avait chez leurs auteurs des prificipes scientifiques , -et un grand perfectionnement dans les beaux-arts comme dans les arts industriels. Ces vénérables monuments prouvent encore au'à l'époque de leur édification , il y avait surabondance d ustensiles de fer, un grand nombre de bêtes de somme pour le transport des matériaux , une agriculture perfectionnée et étendue, capable de pourvoir à la sustentation des travailleurs, et à la nourriture des animaux employés aux travaux qui avaient une longue durée. Mais ce qui doit surtout frapper, c'est la persévérance, c'est la conception de l'idée d'un av^enir long et assuré ; ce sont les efforts patients et soule^ nus , de fonder des œuvres pour réternité , toutes choses qui caractérisent essentiellement les temps primitifs , où les hommes étaient encore dans la vérité , «t sous la conduite éclairée des collèges de prêtres éminemment scientifiques. Ce furent des sacerdoles intelligents, généreux et vertueux qui conçurent les projets des monuments en question , ils furent les directeurs des tracés comme les maîtres des œuvres de leur eonstruction. Mais il faut en écarter l'idée de
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corvées ignominieuses ; les corvées ne s'^ccorddntp'as avec le génie des âges symboliques , où le règne de fa vérité n'imposait aucune sorte de joug. Ces grandes entrépfrises monumentales se recommandaient par leur caractère sacré d'iitftité publique ; elles étaient populaires , et 8*élevaient joyeusement par des diapasons d'âmes parfaitement harmoniques.
La parfaite ressemblance de la construction des murs du Péloponnèse avec celle qui subsiste dans le Latium, conduit à cette conclusion naturelle que les uns et les autres ont été élevés par des peuples ayant parenté et même par des tribus diverses d'un seul et même peuple , tribus qui apportèrent déjà cet art avec elles, de leur siège primitif, l'Asie. Ce fait, confirme ce que nous avons dit sur la vraie essence de la parenté des Italiques avec les primitifs ancêtres des Grecs.
Les Etrusques avaient des livres d'histoire écrits dans le cours de leur vm* siècle (1) «Les Etrusques, ditDiodore(î), se sont encore appliqués avec ardeur, aux lettres, à l'étude de la nature , à la tliéoloizie, et, plus que tous les autres hommee, se sont adonnés à l'observation des phénomènes produits par le tonnerre. » C'est que l'élude de ce phénomène météorologique les introduisit plus que tout autre phénomène daos la connaissance de l'action des deux principes qui sont partout en jeu et en activité dans la nature, soil pour créer, soit pour détruire les corps sous la domination du troisième principe qui plane au-dessus d'eux et qui dirige ou modère leur action. Ce phénomène du tonnerre et des orages qui se présente à tout Instant et dans tous les lieux de ia terre sur une échelle étendue, montre d'une manière palpable la division ou la trinitédes trois personnes en l'Être. « Aussi, de nos jours même, continue Diodore , les maîtres de presque toute la terre (les Romains) admirent leur science profonde en ce genre, et n'ont pas de plus habiles interprètes des pronostics à tirer de la direction de la foudre. • L'année tropique des Etrusques était de 365 jours , 5 heures et 4 minutes : Numa l'introduisit à Rome. Ce roi apprit des Etrusques la théologie et ses connaissances des choses do monde. C'est encore d'eux qu'il emprunta la forme circulaire du temple de Vesta, son arrangement intérieur, ainsi que la figure ou image de f univers qu'il y plaça.
(1) Censorin, du Jour natal, ch. 17.
(2) L. V, ch. 40. €e chapitre douue aussi la de^ripticro dei ma lions étrusques.
Nous lenninons noire esquisse sur les Elrus(^ues et leur antique civilisation, en rapportant les considérations sur ce peuple, queW. A. Schlegel a consignées dans son analyse critique de l'histoire romaine de Niebuhr. Ce beau travail , si profond et si remarquable , n'a pas encore trouvé de traducteur français. Il mériterait cependant d^entrer dans la collection de nos critiques historiques et archéologiques. « Le passage de Denys (1. i, ch. 30) est probablement corrompu , ou bien l'historien était lui-même intéressé à une méprise. Nous sommes fermement convaincu que les Etrusques se nommaient eux-mêmes Turseni, et que les Grecs changèrent Tvpoxvden Tv^énvof, Le nom italique était Tusci. S'ilnous est permis de nous appuyer sur un passage des tables eugubiennes(Tarsinate Turscum), la prononciation primitive aurait été Tursci. Turseni et Tursci étaient donc tout un dans la racine, seulement différents dans la terminaison : la dernière était italique, la première indigène; elle se trouve dans beaucoup de noms étrusques (Porsena, Vibena, Sisena , Ceicna , selon l'orthographe romaine Caecina, etc.). Tus.Turis, semble avoir eu originairement une signification toute générale; tout ce qui est brûlé pour le sacrifice. Dans les tables eugubiennes se trouve tursiandu , ^y^avri. Turseni aussi bien que Tursci, signifieraient donc sacrificateurs, prêtres. Cette dérivation est neuve, autant que nous le sachions. Quant au sens, elle coïncide avec celle de Denys, mais non en ce qu'elle est forcée par l'intermédiaire du grec et fondue de tuscus en &u<txo'&«, et ensuite qu'elle explique du même coup Tv/s9f,vrA, y avait-il rien de plus naturel que , sous une domination sacerdotale aussi décisive . l'ensemble du peuple fût nommé d'après la classe ou la caste prédominante? »
« Nous repoussons l'origine des Etrusques, des Lydiens, ou pourparler plus correctement des Méoniens, par les mêmes raisons qui y ont déjà porté Denys, et par beaucoup d'autres encore. Mais il en est autrement des passages de Sophocle et de Thucydide où les noms des Péla^ges et des Tyrrhénéens sont accouplés comme ayant la même signification. Ces passages sont du plus grand poids, et ne se laissent pas mettre de côté , ainsi que l'essaie Denys (1. i, ch. 25). Nous ajouterons ici un témoignage non encore utilisé. Schol. Cod.,
cendantsdesTyrrhéniens: ^eysç^hutrbv Ê»àv(leg. Voù,- ê».cù,-)
CUAP. lY. ROME ROYALE. 177
Il attribuait doncroracledeDodoneauxTyrrhéniens, qu'Homère nomme expressément Pélasgique. Lorsque Denys admet encore d'autres Pélapges, indépendamment des Tyrsénéens , qui ont dû chasser les Ombriens de leurs sièges antiques, il embrouille tout; mais comme il n'existait pas dans la Haute-Italie d'autres peuples que les Tyrsénéens'et les Ombriens, il est forcé do raire retourner lesPélasges dans la Grèce, et c'est ce qu'il y a de plus incroyable. Il fausse également lerécitdeMyrsile de Lesbo?; car celui-ci n'a point du tout parlé des Pélasges, mais bien desTyrsénéens (Denys, 1. 1, ch. 23, in fin.); et de la manière la plusforle. le passage d'Hérodote (1. 1, ch. 57) que nous avons par bonheur, et que nous pouvons comparer. D'abord nos manuscrits d'Hérodote portent Vxffrwv ; ensuite it/îrfrwv ne va pas pour Cortone [dans l'ensemble du passage. L'historien clicrche à prouver que les Pélasges de son temps parlaient encore la même langue que les anciens Pélasges. Les Oestoniates et les Placiens se comprennent entre eux, dit-il, quoique séparés; mais leur langage n'a rien de commun avec celui d'aucuns de leurs voisins. Comment Hérodote, qui n'avait jamais été en Etrurie, pouvait-il savoir que les habitants de Cortone parlaient un autre idiome que leurs voisins, et qu'ils s'entendaient avec ceux do Placie sur l'Hellespont? Cet essai ne fut sans doute jamais tenté depuis que Cortone et Placie existaient. Ainsi s'anéantit toutle fonds sur lequel Denys veut fonder sa fausse leçon et son interprétation erronée et vicieuse. »